Enseignants, Etudiants et polémiques : Quelles réactions ?

Une interview de Nandini Bhautoo-Dewnarain, Senior Lecturer à l’Universite de Maurice, sur les mécanismes en place, le mode d’enseignement et les résultats dans le journal L’express vise à signaler les failles au niveau tertiaire et les liens avec le niveau secondaire.

Dans la presse écrite et sur Facebook, des commentaires fusent dans tous les styles et sur tous les tons. Cette interview cause des remous sur le campus et secoue le système secondaire.

Constat

Forte de ma longue expérience (30 ans de carrière en tant que professeur d’Alliance Française et 20 ans comme professeur dans les Sciences Humaines), je peux certainement affirmer que les meilleurs sont derrière nous. Dans les années 1990, nous avons eu la chance d’avoir Natacha Appanah-Mouriquand qui brille sur le plan international, Amal Seetohul dans la diplomatie et qui a aussi fait ses preuves comme écrivain, et tant d’autres bien placés ou enseignant en Amérique, en Australie, ou en Grande Bretagne.

Le niveau culturel et littéraire des jeunes n’est certainement plus d’une année à une autre année. Il m’arrive d’entendre que les nouveaux diplômés ne sont pas up to the level. Par ailleurs, des parents ne cessent de se plaindre du niveau de certains enseignants et des copies mal corrigées. De plus, il suffit de lire certaines pages des médias, surtout les grands titres pour en tirer des conclusions désastreuses. Que de coquilles, que de fautes d’orthographe !

Qui est privilégié ? Ceux-là mêmes qui sont ici, qui n’ont pas pu peut-être faire une percée dans des établissements étrangers ou qui sont motivés par d’autres facteurs (les liens familiaux, entre autres), essayant de se garantir une place au soleil. Les mêmes formés souvent par des anciens lecturers – ces derniers pour la plupart bardés de diplômes britanniques, français, australiens — mais, par arrogance et imbus de complexes, certaines têtes finissent par se prendre pour le maître du maître, et se croire plus royalistes que le roi.

A ce jour, quand j’interroge les étudiants de certaines facultés, je ne donnerai pas un vote de confiance à certains lecturers. Apparemment, ils dispensent 30 minutes de cours, distribuent des polycopies et ils disparaissent ensuite pendant deux heures. Ce ne serait pas à cause des consultancies plus rentables, entend-on chuchoter ici et là ? Dans d’autres cas de figure, le taux d’absentéisme est élevé et contestable. Aux étudiants de se débrouiller et d’aller se documenter. Tertiaire oblige ! Dans le secteur du secondaire, la priorité de plusieurs enseignants est le respect du syllabus. Sans plus ! Et on se contente d’avoir des œillères plutôt que d’élargir les horizons des élèves qui n’ont pas, pour une majorité, des compétences attendues à la fin de leurs études. Exception faite pour les élèves qui ont suivi des cours au British Council, à l’Alliance Française et dans certaines institutions mettant l’accent sur les connaissances générales et l’esprit critique, les autres en grand nombre restent bornés et se tournent vers les outils technologiques pour glaner des notes. Heureusement, des contrôles ont été mis en place au niveau universitaire et le plagiat coûte cher aux étudiants.

Une minorité, et c’est le cas de le dire, excelle en langue, culture, en droit et sciences, etc. Il ne suffit pas d’avoir un certificat de HSC pour prétendre détenir le record des connaissances. Une baisse générale : sujet rebattu mais on en fait la sourde oreille. Lorsque Mmes Nandini Bhautoo et Lydie Ribot parlent haut et fort et font connaître leur point de vue dans les médias, elles ont des arguments qui parlent en leur faveur. Que des lecturers parlent dans les coulisses, ils/elles veulent aussi se défendre. MAIS on n’a pas le droit de masquer la réalité aujourd’hui. If the cap fits wear it ! La culture classique, traditionnelle a perdu ses lettres de noblesse. La mass culture court les rues et foisonne dans les copies.

Questions

A vrai dire, de 1990 à 2015, les attitudes ont changé, les méthodes ont évolué mais faut-il pour autant ne pas admettre les faiblesses des nouvelles recrues ? On a beau dire qu’on change de système, qu’on introduit des méthodes interactives mais tant que la visée qualitative ne s’incruste pas dans les esprits, n’aura-t-on pas sur le marché du travail des jeunes incapables de dépasser la moyenne ? Ne continuera-t-on pas à entendre les récriminations et critiques des parents qui vous disent noir sur blanc : J’ai un budget pour les leçons particulières ? Et pourquoi ?

La politique de recrutement des enseignants – que ce soit au niveau secondaire ou supérieur – n’est-elle pas contestable ? Comment justifier la recrudescence des leçons particulières pour toutes les matières et leur entrée en milieu universitaire ? Est-il normal que l’on ferme délibérément les yeux sur les partisans du moindre effort, que ce soit au niveau secondaire ou universitaire ?

Pour conclure

Suite aux réactions des uns et des autres, par voie de presse ou par les moyens technologiques modernes, il est évident que chacun doit prendre du recul par rapport aux difficultés et retards cumulés à l’intérieur du système éducatif par l’ensemble des responsables au lieu de perpétuer une confrontation inutile.

A mon sens, aujourd’hui, l’autocritique doit prendre une place prépondérante dans notre société. Il s’agit d’abord de nos enfants, de leur éducation et de l’avenir de la collectivité. Que l’on y songe !

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