Quand la culture reprend ses droits…

Les questions telles que qui suis-je ?, qui est l’autre ? ont depuis toujours mis en avant des différences et des ressemblances intra-sociétales.

Il est vrai qu’aucune culture ne peut prétendre à l’universalité ; pas plus la culture occidentale que la culture orientale.

La culture à Maurice qu’on croyait se perdre avec tous les métissages que l’on connaît — biologiques, linguistiques, artistiques, rituels — se proclame reine en de nombreuses occasions : naissances, fêtes, mariages et autres contextes. Incroyable mais vrai ! La culture avec un grand C comme produit des mentalités se retrouve dans les pratiques sociales de tous les groupes.

Mass-culture : Avec la culture de masse, beaucoup ont cru à une déculturation des sociétés ; notre société comme bien d’autres n’échappant pas aux phénomènes de mode avec le bombardement des mass-médias. L’opinion adulte se trompe sur ses influences concernant les rites, pèlerinages, et pratiques de la jeunesse.

En premier lieu, l’habillement, sans oublier ses accessoires comme les bijoux, est une preuve que les jeunes acceptent de suivre ce que la communauté importe et façonne pour le plaisir de tout un chacun. Les fameux jeans américains dont la mode avait explosé avec la culture de masse dans les années 1960 sont toujours portés mais moins avec le t-shirt qu’avec le kurta ou kurti.

Pour les célébrations à la fin du carême, nous sommes encore plus étonnés de voir enfants et jeunes qui rivalisent entre eux pour les vêtements. Et ils acceptent volontiers de respecter des rituels consistant en prières, visites, partage… Il ne s’agit pas de revendication de quoi que ce soit mais plutôt de comportement, d’habitude. On est élevé de telle manière, on s’exprime de cette manière ou on se comprend de cette manière ; alors comment rompre avec son patrimoine culturel. Les vieilles croyances ont la peau dure ! dit bien le proverbe.

Mariage de nos jours : L’interculturalité dans le monde nous met constamment en présence de l’autre. Les préjugés qui germent de tant de discours de représentation de l’époque coloniale à nos jours semblent tomber dans les oubliettes ; et tant mieux pour ces jeunes qui ont choisi l’intercompréhension. Pour sûr, c’est le cœur qui l’emporte chez eux. Les deux partenaires acceptent la culture de l’un comme de l’autre.

Pour preuve, l’occasion m’a été donnée d’assister à un beau mariage au château de Bel Ombre – cadre enchanteur et recherché par des touristes en mal d’exotisme — de l’Europe. Le tambour indien et des musiques rythmées accompagnent le marié, un jeune belge qui est vêtu de l’habit traditionnel hindou ; également sa famille étalant les saris et lengas cholis de couleurs vives et certaines avec des fleurs dans les cheveux blonds. Presque deux heures pour le rituel qui ne rate aucune étape jusqu’au moment du Kanya Dan et l’échange des guirlandes et bagues.

En une autre occasion au Domaine des Pailles, musique indienne, cortège et danse pour le marié anglais avec le magnifique kurta grenat et le gros turban safrané… Sourires aux lèvres et pleine participation des familles et invités de cultures différentes.

On a beau se dire que la culture est sacrée ; que l’identité ne se monnaie pas ; que chaque communauté se cantonne dans des croyances et pratiques ; mais le temps vient prouver le contraire.

Pouvoir de la culture : Plusieurs exemples donnent un aperçu de l’emprise de la culture. Prenons l’exemple du voile qui continue à faire débat. Les jeunes filles choisissent d’avoir ce voile pour une raison évidente : être plus décente.

Se couvrir la tête se fait plus par pudeur que par revendication de sa croyance, confirme la présidente d’une association islamique. Cette pratique se répand sur le campus universitaire, dans le domaine sportif et dans la rue.

Porter le thali chez les hindoues et la croix chez les catholiques est une autre tendance. C’est normal car on ne se pose même pas de question.

Le mode de reproduction familiale et sociale se voit partout et c’est légitime. Ainsi d’avoir ses prêtres, imams, pandits même parmi les jeunes ne signifie pas arracher cette culture à l’ancienneté dans une communauté. C’est qu’une nouvelle classe émerge et veut imprimer sa marque sur sa culture. Et c’est tant mieux ! Car il y a une plus grande ouverture d’esprit et une tentative pour être à proximité de tout le monde.

Il est certain que la culture est à la mode et qu’elle se porte bien. La culture a un autre look. Certainement. Avec le dialogue des cultures de plus en plus présent dans les discours des sociologues, politiques ou autres. Mais malgré les courants d’influence, la culture reprend ses droits.

Chez nous, c’est une évidence.

* Published in print edition on 15 July 2016

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