Le Parti Travailliste: A lui seul un livre d’Histoire

80 ans célébrés : dans quel but ? Et surtout comment célébrer cet évènement ?

Il est vrai que les partisans et les fidèles sont invités à se regrouper autour du leader des rouges et que les traditionnelles manifestations sont là pour rallier la population disséminée un peu partout dans les districts. Entre le Parti Travailliste et le peuple mauricien, c’est une histoire d’amour et de haine qui se répète au vu des résultats lors des élections. De l’époque coloniale à l’ère de la République, ce parti est devenu à jamais le symbole de la lutte et de la conquête d’une génération qu’on n’efface pas de la mémoire collective.

Parmi les partis les plus médiatisés depuis les dernières élections, ce parti se retrouve souvent à la une. Et pour cause ! Quel leadership mérite le parti ? Qui constitue l’état-major ? Quels sont les problèmes qui ont miné la base ? Et quel est l’avenir du parti ?

Pour reprendre l’expression de Jules Michelet qui disait de Notre-Dame-De-Paris qu’elle est à « elle seule un livre d’Histoire » à cause du sacre de Napoléon, du geste de Charles de Gaulle qui y voit un symbole au lendemain de la libération de Paris en 1944…etc., pourquoi ne pas en dire autant du Parti Travailliste ?

Historiens, chercheurs, hommes et femmes politiques ont rappelé sans cesse la lutte des classes, la revendication des droits des hommes et des femmes ou la reconnaissance d’un prolétariat exploité et isolé des véritables forces vives. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Ces idées ressassées ne tiennent plus la route dans une jeune République qui se veut le tigre de l’océan Indien, le pont entre l’Asie et l’Afrique ; ce sont là les idées inscrites à l’ordre du jour.

Si le Parti Travailliste réussit à créer l’Histoire avec une démocratie vivante et accélère le processus de l’indépendance, il poursuivra son ascension pour sa fidélité aux principes fondamentaux d’un socialisme agissant. Par exemple, il mettra en œuvre sa mission de modifier le paysage mauricien discriminé par l’héritage légué par le capitalisme, sa tâche d’éducation de la masse, de rehaussement du niveau de vie de la petite bourgeoisie.

Sir Seewoosagur Ramgoolam entre dans l’Histoire grâce à sa vision et aux grandes lignes déterminées par Maurice Curé, Emmanuel Anquetil, parmi tant d’autres. L’Histoire du Parti Travailliste ne se dissocie pas dans les années qui suivent avec la création des hôpitaux dans les différents districts, du bel aéroport qui n’a rien à envier aux aéroports des métropoles, la mise en place des structures sociales visant à augmenter la productivité au travail.

Le Parti Travailliste entre dans l’Histoire avec la participation effective des classes laborieuses aux tâches de gestion. L’émulation prend alors toute son ampleur. Chaque village devient à long terme une commune de production et de consommation. Prenons les exemples de Grand-Baie, Flacq, Rose Belle, Mahebourg qui sont des stimulants pour les environs et dont on peut comprendre les causes menant à leur réussite.

Le Parti est à lui seul une histoire avec l’avènement d’une nouvelle classe sur la scène politique qui passe par des phases de tâtonnements, d’hésitations et d’expériences, et qui finit par comprendre les rouages de l’économie, les problèmes de langues et de cultures ; une nouvelle classe de fonctionnaires et de cadres organisateurs, surtout dans les années 1970 et 1980 doués de bon sens pratique et qui entreprenaient des mesures d’organisation louables.

Tout balayer d’un revers de main relèverait de mauvaise foi ! Peut-être bien que les remarques, les palabres de part et d’autre permettent de tirer des conclusions sur l’agenouillement du Parti travailliste suite à deux élections consécutives : législatives et municipales.

Qu’entendons-nous ? « Ena dans ancien gouvernement ki fine travaille, ki ti a l’écoute population. Mais ti bizin averti zotte leader ! » Il fallait sonder l’opinion. Il fallait récolter des informations et identifier les raisons des mécontentements et des peurs au sein des différents groupes d’âge. C’est dément de dire que la débâcle s’explique par une simple alliance avec le MMM.

Aujourd’hui, les réseaux se forment de nouveau en fonction des techniques, de la politique et du bon vouloir de chaque régime. Mais la reconnaissance n’est possible qu’en fonction de ce que chaque parti nous a légué. Contrairement aux idées reçues sur les lobbies, les erreurs commises, les empires, la population revient encore sur les architectes qui ont rêvé de transformer leur pays en une cyber île ou comme d’un miracle de coexistence pacifique.

Les 80 ans du Parti Travailliste ne doivent pas être un simple rappel à l’ordre des troupeaux ni un moment de nostalgie du pouvoir qui a glissé des mains. Mais ce devrait être la mise en place d’une vision nouvelle.

Chaque parti a son âge d’or indissociable de sa propre histoire et de celle d’un peuple. Prédiction ou non ! Chaque parti a son potentiel, son leader et se doit de privilégier le sentiment d’appartenance à une nation et de construire la cohésion des communautés d’intérêts.

Avoir une histoire, ce n’est pas se contenter d’agiter l’épouvantail du capitalisme mais d’analyser les tentatives concrètes, diverses ou même imparfaites pour ne pas se laisser submerger par les flots…

* Published in print edition on 19 February 2016

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