Cadeau : Réflexe normal ou geste traditionnel

L’évolution de notre société – qui a du mal à conserver son passé tout en suivant le rythme de la modernité – fait que le cadeau aussi ne s’enferme plus dans une seule définition. Il change de pli au gré des humeurs et des croyances !

Les fêtes de fin d’année changent toujours l’atmosphère des villes et des villages. La société de consommation attend ce moment pour rénover son décor, se donner la chance d’avoir les vêtements et accessoires en vogue et évidemment trouver le cadeau de rêve.

Tout le monde ne part pas en voyage pour dénicher les belles parures et les gadgets ou les objets de luxe ou utilitaires. Les autres fêtes que celles de la fête de mères et pères, que Rakhi pour les Hindous, que des naissances et mariages ne mobilisent pas autant de gens dans les rues.

Une tournée à Port Louis permet de comprendre que le banané mauricien est assez unique. Ce peut être malaisé de sillonner les rues, surtout celles de l’ancien quadrangle transformé au début du XXe siècle en bazar par la communauté Gujeratie, et toujours aussi bondées ; mais c’est si curieux de voir cette foule profiter des aubaines. Les idées pour les cadeaux ne manquent pas, allant des jouets simples aux plus sophistiqués en passant par les kurtis, tuniques et shorts, et aussi la vaisselle.

On n’a pas que des cotonnades indiennes et épices fort prisées de l’époque coloniale. Les variétés d’articles à même les rues laissent un grand éventail de choix. Tout acheteur a acquis le réflexe de toucher les articles, de vérifier les paquets et de comparer les prix. Geste normal ! Quand il s’agit d’un cadeau, il faut davantage faire le tour des quartiers et tomber sur ce qui tape à l’œil. Parfois c’est un vrai casse-tête. Puis cela dépend du porte-monnaie. Combien peuvent offrir des Smartphones et des tablettes variant de Rs 8,000 à Rs 25, 000 ?

En cette période de restrictions budgétaires, les familles prêtes à casquer gros deviennent de plus en plus rares. Pour la grosse majorité, il s’agit de faire plaisir à mamie, papi, tatie, dadi, nani, etc, ou aux cousins sans oublier les copains et copines. C’est sûr qu’un cadeau, ne serait-ce qu’un bouquet de fleurs, qu’une tablette de chocolat, qu’un livre ou un porte-clés, a une valeur. Toute personne qui en offre un a eu une quelconque satisfaction et veut à son tour faire plaisir.

Les bons sentiments remontent à la surface et le banané mauricien est l’occasion propice de renouer, de donner la preuve qu’on pense toujours à telle personne ou autre ; et qu’on peut faire l’effort de venir exprès pour offrir, présenter les bons vœux, goûter à une sucrerie ou trinquer dans certaines familles.

Faut-il encore rappeler que dans les années 1960, 1970 et 1980 les cadeaux symbolisaient un lien indéfectible entre deux personnes. La tradition voulait que le grand repas familial regroupe les membres dispersés dans les quatre coins de l’île, les voisins sans distinction de couleur et de foi, de même que les domestiques de tous les grades. Et après le repas combinant mets français, créoles, indiens et chinois, les cadeaux étaient distribués par les vieux qui y ajoutaient un brin de morale. Donner un cadeau est un moment d’appréciation.

La dinde faisait partie de cette tradition de même que le curry poisson et les dholl puris. Existe-t-il toujours ces moments de réjouissance à la veille du nouvel an et ce don du cœur ? Il semble que dans certaines familles la tradition perdure, surtout quand le doyen ou la doyenne de la famille est bien présente pour rappeler l’importance des petits gestes. Sinon qu’en est-il du cadeau ? Autres temps, autres mœurs !

Pour les fiançailles, les mariages et même les funérailles, dit-on souvent no box please, no flowers ! C’est comme un souci de caser dans une pièce tous les cadeaux ; quelques-uns disent avoir gardé les cadeaux tels quels pendant dix ans sans se soucier de les ouvrir pour en apprécier la valeur. Incroyable mais vrai ! Le cadeau empaqueté, enrubanné a de moins en moins de valeur ou tout au moins a perdu ses lettres de noblesse.

Selon les dires de certains, tout se simplifie. Les jeunes préfèrent les moyens électroniques pour transmettre leur amitié et autres sentiments. Un cadeau qui leur plaît est un repas autour d’une table dans un restaurant ou un hôtel pour retrouver la joie de vivre. Et, pour se sentir comblés, ils se défoulent en discothèque.

Auparavant, beaucoup de gens croyaient que le paquet-cadeau était indispensable… Et pourtant, ce dernier a été remplacé par l’enveloppe cachetée. Heureusement le sapin de Noël sert toujours à récompenser les enfants pressés d’ouvrir le cadeau-surprise qui fait rêver au Père Noël et à ses largesses.

L’évolution de notre société – qui a du mal à conserver son passé tout en suivant le rythme de la modernité – fait que le cadeau aussi ne s’enferme plus dans une seule définition. Il change de pli au gré des humeurs et des croyances !

* Published in print edition on 11 December 2015

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