Musée: nouvelle école. Pourquoi pas ?

L’initiative de créer un musée olympique à Maurice s’inscrit dans une politique de sauvegarde du patrimoine. Sous l’ancien régime le combat pour que Le Morne Brabant, Aapravasi Ghat et d’autres sites soient reconnus mondialement et préservés ont concrétisé bien des rêves. De ceux qui ne veulent perdre les traces, les empreintes et luttes des ancêtres.

A Trianon, le Ram Ruhee Olympafrica Centre encouragera les athlètes à fournir davantage d’efforts pour se retrouver dans le panthéon des grands comme Bruno Julie, médaillé aux Jeux Olympiques. Tant d’autres dans le sport méritent de figurer parmi nos héros. Mais seuls les athlètes ne complèteront pas cette liste. Il faut inclure les têtes pensantes. Que le monde du sport fouille ses archives au lieu de les laisser jaunir dans des tiroirs et placards !

L’Aventure du Sucre et le Blue Penny Museum ont déjà jeté les bases d’une politique d’enrichissement de la culture mauricienne de l’époque coloniale à nos jours. Les autres musées, comme le musée naval et celui de Robert-Edward Hart attirent moins. Pourquoi ? Technologie oblige ! Et innovation touristique aussi ! Il faut combiner des attraits différents avec les attraits traditionnels. Il faut surtout investir dans la culture. Qui ne s’en plaint pas ? C’est un domaine moins loti que d’autres ; c’est le parent pauvre, dit-on souvent.

Voilà pourquoi, dans les ventes à l’encan, on voit partir des lots de livres anciens, des objets précieux d’une époque révolue ; bref ce sont des traces qui s’effaceront. Quelques individus essaient de bâtir leur musée dans le district de Grand Port/Savane et invitent à découvrir les us et coutumes des travailleurs engagés, des esclaves. Mais souvent c’est à leurs propres frais et la récompense est minime. Il n’y a que la satisfaction d’avoir pu accumuler ces choses et de les montrer au public. Et quel public ? De moins en moins de jeunes y manifestent quelque intérêt. Plutôt des adultes et vieux qui ont la nostalgie d’une certaine époque. C’est une habitude qu’il faut changer. Le musée doit faire école, avoir plus d’adeptes. Comment s’organise-t-on pour des aventures dans certains lieux et pas pour des visites guidées dans des musées ? Combien sont nos jeunes qui arrivent à comprendre l’importance de nos musées ?

A l’étranger, les queues sont interminables pour entrer dans un musée à presque toutes les saisons. A Amsterdam, deux heures d’attente pour visiter le musée d’Anne Frank, à Londres une heure pour avoir accès à Mme Tussaud ou au musée du Vatican, parmi tant d’autres où nous devons satisfaire notre curiosité avec grande patience. Nous sommes prêts à abattre des kilomètres pour visiter les musées du monde parce que chez nous, dit-on, on n’exploite pas assez ce créneau. Pourtant un musée océanique pourrait se combiner avec le musée naval et attirer des gens du pays et des touristes.

Un grand musée colonial pourrait abriter l’héritage des époques esclavagistes et engagistes. Pourquoi persister à créer des divisions et dire « chacun son poulailler » et fomenter des mini-identités ? En matière des sciences, des mathématiques, des technologies, on ne parle pas d’identité orientale ou occidentale. On parle bien de la Fête des Sciences, du Salon de l’informatique ; c’est la même enseigne qui attire toujours une bonne foule.

Il va de soi que c’est la politique des communautés au détriment de la politique nationaliste qui l’emporte à chaque fois. Chaque communauté linguistique et culturelle veut redorer le blason de son centre en organisant tel festival, telle célébration… Avec le musée olympique, ce ne sera sûrement pas le cas. Les athlètes sont de tous les âges, de tous les groupes linguistiques et de tous les bords. Il faut à court terme s’inspirer de ce musée qui est « un vieux rêve de Ram Ruhee », lit-on dans Week-End, pour remettre en chantier nos musées en place, revoir leur fonctionnement et adopter une nouvelle politique en accord avec le fait mauricien.

Un musée est à la fois historique, artistique, technique, scientifique ; avec des aspects multiples qui invitent au regroupement et non à la division. C’est comme une conférence qui mobilise toutes les compétences, tous les spécialistes et stagiaires. C’est un site qui interpelle à tout moment comme un gadget qui nous concerne par son utilité, son innovation. Un musée fera tourner nos industries ! Petit prix et grande rentabilité ! Tournez le regard ailleurs pour en comprendre l’importance.

* Published in print edition on 27 November 2015

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