Trafiquants: nos lois en faillite ?

La société mauricienne est forte en accueil. Chefs d’Etat, conférenciers, vedettes de cinéma, du sport, bref autant de gens qui puissent créer un stimulus manquant ou tout simplement élargir le champ d’activités des gens du pays.

Retombées de ces visites souvent en suspens sauf pour quelques politiciens qui font avancer certains dossiers. Que les travailleurs sociaux valables – hommes et femmes de terrain – nous visitent pour de vrai et analysent des données pour chambouler le système, y fait-on du tamtam ? A croire que non. Il faut que quelque journaliste mette la main sur la femme-courage pour que la population admette les failles des institutions publiques et privées.

Florence Boivin n’est pas inconnue. Son combat signalé par Yasin Denmamode dans l’express du 3 novembre est tout à l’honneur de la militante qui a pris son bâton de pèlerin pour comprendre la situation déplorable des enfants victimes de trafic. Elle l’a fait au Benin. Même chez nous, elle a pu mener plusieurs enquêtes et a consulté des dossiers pour arriver à cette conclusion horrible.

Je cite une phrase de l’article de Yasin : « Le travail forcé et la prostitution ne sont pas les seuls problèmes auxquels Maurice fait face… » Combien vraie cette affirmation ? Nous sommes bien loin de l’époque de la traite des nègres et des travailleurs engagés.

Troisième millénaire : Et cette culture n’a pas changé sauf que les maîtres et bourreaux ont changé de face ! Pas d’Adolphe de Plevitz, pas de Jean Lebrun, de Manilal Doctor pour plaider en faveur de nos pauvres enfants et femmes exploités sexuellement, forcés de se prostituer et de vendre des drogues dans des quartiers ciblés.

Il ne manque pas d’histoires à ce sujet. Ce qui manque, ce sont des hommes et des femmes de terrain qui font scientifiquement ce sale boulot de dénicher les trafiquants. Les chercheurs pour la majorité, bardés de diplômes, vont-ils quitter leur bureau et paperasses pour le faire ? Cela m’étonnerait !

Les étudiants de nos institutions tertiaires et stagiaires des corps publics et parapublics ne sont pas toujours bien équipés ou font des enquêtes qui doivent être corrigées et recorrigées jusqu’à ce qu’elles deviennent caduques. Malgré tout, certaines ONGs ont fait leurs preuves lors des sessions avec Gender Links et ont exposé leurs données sur les drogues sans attaquer de front les trafiquants.

Sont-ils des monstres, ces trafiquants ? Pour oser se servir des enfants et des collégiens pour écouler leurs drogues, attirer des mineurs dans des réseaux de prostitution infantile, profiter de la faiblesse des femmes d’ailleurs travaillant dans nos usines. Il est vrai que c’est de l’argent facile que les enfants, les jeunes filles et les femmes reçoivent. Mais le cercle vicieux dans lequel ils plongent est une grosse menace pour leur sécurité, voire leur vie.

A écouter des jeunes, il est peut-être impossible de dénoncer les trafiquants pour ne pas ternir leur réputation, ne pas avoir des histoires.

Conclusion évidente : la mafia mauricienne existe bel et bien. Opacité sur cette situation. Le silence est d’or, dit-on… Ce n’est pas que le trafic d’argent sale, pas que le trafic des singes à des fins scientifiques mais c’est malheureusement un trafic de petites communautés fragiles, vulnérables qui manquent de sous ou qui ont subi un lavage de cerveau.

Pourquoi préfère-t-on se taire ? Ce n’est pas qu’on craint deux balles dans la tête et en pleine poitrine comme en Sicile, en Italie, en Mexique où la mafia fait ravage ! Ce n’est pas qu’on sous-estime la police qui est débordée par d’autres activités !

Mais qu’on s’interroge sur nos lois. En faillite. C’est le cas de le dire. Des lois qui cherchent la petite bête pour ne pas encercler les trafiquants. On les laisse courir en attendant que les données soient réunies, que les preuves soient récoltées et que les procédures suivent leur cours, etc.

Les trafiquants savent bien qu’ils ont bien du temps pour continuer leurs activités criminelles et dormir sur leurs deux oreilles. Tant qu’on n’assouplit pas cette lourdeur et qu’on ne désengorge pas nos salles d’audition, la situation va s’empirer. Que de fois ne reproche-t-on pas à Maurice d’être une plaque tournante par rapport au trafic de drogue avec les passeurs ! Cela ne tardera pas de faire de Maurice la cible préférée des trafiquants des enfants abandonnés et des jeunes filles piégées par des réseaux de malfrats.

Si on montre ses griffes pour empêcher le détournement des fonds et éviter que nos caisses ne se vident, il est temps de s’armer pour débarrasser nos rues et certains quartiers de ces bandes de trafiquants.

Avec la législation douce-amère, ces trafiquants finiront par se donner des titres comme dans la mafia américaine et italienne. De quoi paraître plus attrayant pour les grands crédules ! Nos enfants et nos jeunes filles ne sont pas là pour grossir les poches d’une mafia de plus en plus dangereuse.

Que les ministères concernés, les corps parapublics et les municipalités brandissent leurs armes pour s’élever contre des lois qui ne font plus date.

  • Published in print edition on 6 November 2015

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