Avoir une vision ou se positionner ?

Les plans se multiplient ; les idées fusent de toutes parts. Le pays doit être en phase avec le programme de l’Alliance Lepep. Programme appliqué coûte que coûte et par tous les moyens si l’on en croit les discours et ce que rapportent les médias.

Changement de têtes, changement de comités; mais peu de changement concernant la dégradation des rues, des places publiques, des bazars.

Lepep est roi, après tout, depuis les dernières élections et peut se permettre des abus comme fumer parmi les étals, jeter ses pelures de banane, ses boîtes et sacs de Kentucky au vu et au su du grand public. Même pas de poubelles prévues pour les bouteilles à être recyclées. Changement élémentaire pour satisfaire le citadin, le villageois; rien en vue. Rien ne bouge !

On vient pourtant avec le fameux plan des ‘smart cities’. Le grand ‘summit’ remplit les feuilles de la presse locale. Les lieux ciblés sont listés ; préférence faite pour les endroits qui ne sont pas encore touchés par le tassement des maisons, par les rues où les murs des propriétaires débordent au point que la circulation peut rester bloquée pendant une bonne trentaine de minutes (à voir rue Hugnin à Rose Hill), ou encore par une pollution sonore à en donner des migraines (des motos klaxonnant dans les rues des villes jusqu’à 10 heures du soir pour livrer les pizzas). Société de consommation et société de loisirs qui ont pris le pouvoir des rues ! On ferme les yeux ou bien on est incapable de dire virer pep.

Interdire ne sert souvent pas à grand-chose… beaucoup de politiciens le savent ou prétendent ne pas le savoir. Lepep trouvera toujours les moyens pour contourner l’interdiction.

Voyez ce qui se passe pour les marchands ambulants, les pollueurs des plages, la disposition des tables dans les foires et bazars où les acheteurs ne peuvent même pas avancer à l’aise et ont peur que leur sac ne soit arraché. Et le rôle des inspecteurs des municipalités et la police de l’environnement ou la police tout court ! Ça, c’est une histoire qu’on ne peut pas régler car chacun se renvoie la balle.

Comment montrer que le système marche ? Quel est le dernier choix ?

Capitaliser sur des endroits qui sont des oasis de tranquillité et qui offrent une cascade de services. L’idée de ‘smart cities’ n’est pas nouvelle. Il y a un an, la ville de Quatre Bornes a été choisie pour se transformer. Un groupe de chercheurs a eu des réunions avec l’ancienne équipe du conseil. Mais qu’est-il advenu du dossier ?

Cela aurait été un projet qui redonnerait ses lettres de noblesse à la Ville des Fleurs. Mais on n’en entend plus parler et d’autres sites apparaissent. Parmi ces sites d’exception, Highlands qui a la cote auprès des jeunes couples, Médine qui est bien située et qui a en tête ses ‘hubs’, Mont Choisy qui attire depuis un bon bout de temps les familles souhaitant être far from the madding crowd.

Vision normale, dira-t-on, quand on voit les ambitions des politiciens de l’Inde, de la Chine, de la Malaisie. On veut modeler sa politique sur celle des autres.

Vision qui compensera le manque à gagner dans les villes déjà congestionnées par des constructions mal planifiées et un trafic insupportable à certaines heures du matin ou de l’après-midi.

Vision qui ne dément pas la politique de développement durable. Mais combien de temps cela prendra-t-il pour voir émerger ces ‘smart cities’ ? Tous ces projets impliquant divers promoteurs sont-ils fiables ? Est-ce que le niveau de vie dans ces lieux sera aligné sur celui des villes et villages existants ?

Avec de nouvelles structures et la création d’un environnement moderne avec une meilleure qualité de vie, le risque de voir se vider certaines villes n’est pas à écarter. Le Mauricien est friand de gâteau-piment mais aussi de migration ! Il fut un temps où une communauté quittait le centre-ville et bougeait vers le littoral, une autre quittait les vieux quartiers de la Capitale pour être près des montagnes, sinon on quittait les villages pour s’implanter dans les quartiers chics des villes des Plaines-Wilhems. Le résultat : maisons abandonnées, commerces fermés, disparition d’un passé riche en culture.

N’oublions pas la publicité qui sera complice pour rendre alléchantes ces ‘smart cities’. D’ailleurs, combien de gens se déplacent-ils avec la détérioration des infrastructures, des moyens de transport et les préjudices causés par la négligence des services sociaux ? On ne les compte plus.

Peut-être bien que les ‘smart cities’ émergentes aideront à se positionner dans le long terme. Ce seront les accomplissements à ajouter dans un programme où tout négatif doit disparaître au profit du positif. C’est une histoire de calcul.

Pour l’heure, il est difficile d’évaluer les retombées des lieux en devenir. Rien que les projets futuristes présentent l’avantage de porter sur une classe d’investisseurs bien définie et bien déterminée à aller de l’avant. Les stratégies politiques et juridiques sont novatrices. Voilà de quoi rassurer la population avec un management différent, autonome : pas de lourdeur administrative comme dans les bureaux où les dossiers peuvent passer de main en main, d’un comité à un autre jusqu’à n’en plus finir.

On pense aussi transformer les ‘smart cities’ en un haut lieu de recherche, de l’art… De quoi faire rêver. Et dont des nouveaux riches vont s’approprier pour hausser le statut social et se retrouver dans du haut de gamme.

Mais réfléchit-on à ce qui est en place depuis des années et ce qu’il faut comme mesures d’incitation ? Les citoyens de plusieurs villes se posent encore de questions. Voilà la raison pour laquelle la majorité refuse de collaborer et dit non au devoir de vote dans notre démocratie qui glisse…

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