Notre « bouillon » de cultures et notre quotidien bouillonnant

L’île fait de peuplement au cours des siècles a évidemment frayé la voie à des communautés linguistiques, culturelles, religieuses, plurielles. Ce qui est toujours crié sur les toits, c’est un pays multiculturel et, qui plus, est admiré par les touristes. Soit dit en passant ; sa cuisine, ses fêtes, tout cela est exotique et ne peut que donner un semblant de cohésion, de belle harmonie sociale. Mais n’est-ce pas aussi une façade pour attirer les visiteurs de la région et d’ailleurs et pour pouvoir parler d’industries florissantes ?

A voir ce qui se passe ces jours-ci, il est temps de repenser notre multiculturalité, notre interculturalité… Les chercheurs et universitaires eux-mêmes laissent planer le doute dans les esprits. Souvent d’ailleurs la tendance serait plutôt vers le communautarisme. Pourquoi faire croire que les célébrations de telle journée ou autre ne sont destinées qu’à rassembler les jeunes et les gens emballés par la mixité ? Pourquoi ne pas dire blanc sur noir que ce ne sont que des pratiques d’accommodement ?

En théorie tout est beau, tout est bien. Chacun vient déballer son discours et s’invite pour ce partage culturel. Tous les moyens sont bons pour faire perdurer cet esprit : cuisine, festival, salon, etc. ; bref les efforts sont louables mais encore une fois cachent des agendas et servent les intérêts politiques. Ce serait plus honnête de dire que les groupes tirent profit de ces pratiques d’accommodements avec des arrangements consentis par les autorités ou les institutions publiques ou privées.

A chaque fois il faut qu’un problème surgisse pour provoquer un sursaut au niveau institutionnel et collectif. Ce n’est pas la première fois que nous faisons cette expérience de saccage : guerre communautaire à Plaine Verte qui a déraciné des familles fuyant vers les Plaines Wilhems, puis l’affaire Kaya qui a entraîné des incendies à la Louise et Candos, et encore des actes de vandalisme dans des lieux de culte. Ce ne sont pas des actions ponctuelles, isolées. L’idéologie de la sécurité, de paix durable vise à occulter les objectifs réels des groupes qui travaillent dans l’ombre.

Le Commissaire de Police, malgré sa bonne foi, peut clamer que tout est sous contrôle, les Chefs religieux peuvent plaider pour le vivre-ensemble mais il faut prendre en compte que le « fait religieux » n’a jamais été aussi présent que maintenant, qu’en 2015. A lire « Le retour du religieux, phénomène mondial ». La religion est devenue le pilier de base des communautés diverses sur le sol mauricien. Et comment ne le sera-t-elle pas ? La société perd ses valeurs, la famille est en crise. L’Ecole ne jouit plus de la même autorité, la justice est sans cesse remise en cause. Il ne reste que la religion. Mais est-elle interprétée comme il le faut ? Ou s’en sert-on comme arme pour semer la terreur ?

Le Premier ministre a exprimé sa volonté de manière claire et nette. Avec Sir Anerood Jugnauth « pas de casse contour » mais un discours « blunt » et direct. Pour lui « zéro tolérance » pour les esprits qui affirment leur foi ou vengeance de manière violente. Faut-il comprendre que la chasse aux fondamentalistes est en cours ? Est-ce un signal fort contre les groupes qui rejettent notre jeune république laïque qui se réclame du Progrès et la vision de « Maurice Ile Durable » ? Devrait-on croire à une remise en cause du régime avec ces périodes de tension ?

Quoiqu’il en soit, il faudrait suivre de près le nombre d’évolutions sociologiques de ces derniers temps. Dans la société mauricienne, la sécularisation perd du terrain avec le regain des pratiques radicales, l’affaiblissement de notre cohésion sociale due à l’affaire BAI et d’autres dans le même sens, la persistance du chômage, l’enfermement/la ghettoïsation des groupuscules qui s’adhèrent aux fondamentalismes idéologiques et religieux via Facebook.

C’est un problème sur lequel manquent cruellement des débats. Les circulaires ne suffisent pas. Les interventions visent sans grand succès à donner quelques repères aux publics concernés. Hélas ! Les médias jouent dans le bon et le mauvais sens en même temps. Qu’on cesse le moindre élément de provocation par un mot, un geste inconsidéré ! Que l’on n’oublie pas les horreurs qui ont frappé le monde comme le cas de Charlie hebdo ! En tout cas, une chose est sûre : la grande communauté mauricienne veut préserver son patrimoine sous toutes ses formes.

 

  • Published in print edition on 11 September 2015

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