Elections municipales : Combattre l’abstention

Les Mauriciens seront appelés aux urnes dans le cadre des élections municipales le week-end prochain. 

La cause de la tenue des élections « prématurées » par rapport à la durée de six ans pour laquelle les édiles municipaux avaient été élus se trouve dans le droit fil de ces types d’arrangements conjoncturels qui font bien les affaires des partis politiques, mais pas nécessairement celles des électeurs.

 

Quoi qu’il en soit, avant de poursuivre plus loin notre réflexion, il est intéressant de se rappeler quelques faits historiques concernant l’administration des collectivités locales à Maurice.

Parlant de l’administration régionale dans son livre ‘Ile Maurice (Encyclopédie Politique et Constitutionnelle)’, Professeur Louis Favoreu fait mention du caractère particulier de la capitale en ces termes : « A Maurice c’est plus complexe. Il faut mettre à part, tout d’abord le cas de la capitale, Port Louis, qui dotée d’une Municipalité dès 1850, a été érigée en ‘Cité’ par décision prise par la reine en conseil privé (août 1964) ; la ville est administrée par un conseil municipal de trente membres tous élus (seize jusqu’en 1968) ».

Les quatre autres agglomérations, Beau-Bassin-Rose-Hill, Vacoas-Phœnix, Curepipe et Quatre-Bornes, qui avaient jusque-là une autorité urbaine à leur tête accédèrent de plain-pied au statut de ville lorsque cette dernière fut remplacée par des Conseils municipaux en 1967.

La promulgation de la ‘Local Government Ordinance’ en 1962 avait déjà pris acte du fait que les habitants du pays, malgré sa petite taille, seraient quand même mieux servis par une administration décentralisée.

La tension entre la tentation d’une centralisation outrancière des prises de décisions par l’Exécutif central et le désir d’autonomie dans la gestion des affaires courantes des collectivités locales est une caractéristique quasi permanente des rapports entre élus locaux et gouvernement central. C’est ainsi que la perversion de l’esprit démocratique, qui sous-tend la tenue des élections locales, atteint son apogée lorsque des représentants du gouvernement central, comme cela a été le cas dans un passé récent, se permettent de faire un chantage à peine voilé aux électeurs afin qu’ils votent pour les partis au pouvoir sous peine d’être «punis».

Une période de campagne électorale est probablement loin d’être le moment idéal pour réfléchir objectivement à la meilleure façon de régler ces tensions politiciennes qui, comme chacun le sait, ne contribuent en rien au bien-être des citoyens ou à un apaisement dans les rapports entre partis politiques sur la question.

Il serait cependant éminemment souhaitable que le Gouvernement et les partis de l’opposition, qui reconnaissent par ailleurs que c’est un problème critique méritant une attention particulière (à voir les programmes gouvernementaux de tous les partis), trouvent la formule appropriée afin de convoquer une assise représentative de toutes les forces vives pour dégager une vision nationale et un plan d’action non partisan, ce qui rendrait ses lettres de noblesse à la gouvernance locale et à la gestion de proximité.

Nous pouvons déjà imaginer un Chit Dukhira, figure emblématique de la gestion des collectivités locales, à la tête d’une telle entreprise. D’ailleurs, les grands principes qui devraient guider cette réflexion sont connus :

–       plus d’autonomie financière ;

–       une refonte du fonctionnement des Municipalités et des Conseils de district afin de rendre les élus locaux directement redevables envers leur électorat ;

–       des mécanismes institutionnels qui permettraient aux citoyens d’influer de manière plus significative sur ce que doivent être les priorités, et

–       l’introduction d’un « droit à l’information » au niveau de toutes les actions entreprises par les collectivités.

Loin de nous l’idée de suggérer que l’exercice des élections régionales soit considéré comme « apolitique ». Il est cependant indispensable de séparer les caractéristiques fondamentales ayant trait aux structures organisationnelles qui rendraient plus efficaces les Conseils de district et autres Municipalités et sur lesquelles un consensus pourrait être dégagé parmi tous les acteurs. A charge pour les partis politiques de convaincre les électeurs sur la base de leur programme politique au moment des élections.

L’urgence de ces changements radicaux au niveau de la gouvernance des collectivités locales se fait de plus en plus sentir au vu de la désaffection grandissante des citoyens envers les élections des édiles locaux. La quasi-indifférence qui marque l’exercice en cours et qui, selon toute vraisemblance, devrait se manifester par un taux de participation des plus maigres aux élections du week-end prochain devrait interpeller tout citoyen en ce sens. La teneur des discours et le contenu des programmes n’arrivent franchement pas à mobiliser la grande majorité des électeurs sauf pour une poignée de partisans.

Face à cette morosité ambiante, les deux partis politiques en présence ont décidé semble-t-il, en cette fin de campagne de faire monter le tempo en ayant recours à des arguments politiciens qui ressemblent plus à des invectives réciproques qu’à des appels à l’intelligence des électeurs.

L’absence d’une différenciation significative dans les propositions des partis en présence, ajoutée aux faiblesses structurelles des collectivités urbaines et rurales, ont fini par avoir un effet pervers sur l’engagement du citadin (ou du villageois, le cas échéant) envers ces élections régionales. Ceux qui ont appris à leurs dépens que « plus ça change, plus c’est la même chose » s’excluent de ce fait de toute forme d’engagement dans la gestion de leur région.

On ne peut conclure cette réflexion sur les élections municipales du week-end sans un commentaire sur le fait que le Parti Travailliste, dans sa grande sagesse (!), ait décidé de s’abstenir de participer à cet exercice sous prétexte de manque d’argent. Guy Rozemont, l’on ne mentionne que lui parmi tant d’autres, dont on s’apprêterait à fêter dignement le centenaire, aurait apprécié !

Sous peine d’être traité de quelqu’un qui manque de réalisme, voire même d’idéaliste tout court (car ceci est un péché), je ne peux m’empêcher de penser qu’en tant qu’étudiant à l’université de Maurice en 1976, n’ayant pour argent que le «pocket money» octroyé par l’obtention d’une bourse, j’ai été élu à l’Assemblée nationale pour représenter la circonscription de Port Louis Sud-Maritime suite à une campagne électorale des plus âpres. A l’époque, le soutien des « militants » avait largement suffi à compenser le manque de moyens…

 

*  Published in print edition on 12 June 2015

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