Placca

Derrière chaque grand homme, il y a une femme de feu

Comme vous avez pu vous en apercevoir, l’Afrique n’a pas commémoré le vingtième anniversaire de la libération de Nelson Mandela, dont l’ex-chef de l’Etat sénégalais, Abdou Diouf, dit qu’il est, actuellement, le plus grand homme vivant sur cette terre. « J’ai, dit Abdou Diouf, de la vénération pour cet homme qui a passé vingt-sept ans en prison. Il pouvait en sortir complètement démoli ; il en est sorti plus fort. Il pouvait en sortir complètement aigri ; il en est sorti apaisé, avec une âme plus belle encore. Mandela, c’est vraiment un homme achevé », conclut-il. « Cet homme achevé » appartient à l’Afrique. Mais, à force d’adorer les fausses idoles et de magnifier en permanence la vanité, l’Afrique a oublié de saisir l’ultime occasion de rendre à Mandela ce qu’elle lui doit. Et il est déjà trop tard. Car lorsque le grand homme s’endormira pour de bon, il n’appartiendra plus à ce continent mais à l’humanité. Alors, l’Afrique sera bien en peine de dire en quoi elle aura mérité de cet homme. 

Cela aurait pu être un moment unique…

Imaginez-vous le moment unique qu’auraient été des hommages à la chaîne, d’un bout à l’autre du continent, pour rappeler que Mandela, à lui tout seul, a réhabilité l’Afrique par son courage, son abnégation, sa simplicité, son élégance ? A l’échelle de l’Afrique, la libération de Mandela vaut au moins la chute du Mur de Berlin. L’Afrique n’a pas connu un seul événement d’une telle dimension, depuis février 1990. Et le continent, à ce jour, ne compte pas une seule personnalité de l’envergure de Mandela.

Avoir condamné Winnie… et ne rien dire de Zuma ?

Un dernier mot – que certains trouveront sacrilège – sur celle qui a maintenu en permanence Mandela dans l’actualité, alors qu’il était en prison : Winnie Mandela. On lui a beaucoup reproché son excentricité. Mais cela a été parfois bien utile pour rappeler au monde l’injustice dont était victime le grand homme. Les ténors de l’ANC, l’African national Congress, ont estimé que les incartades et autres infidélités de Winnie pouvaient détruire l’œuvre de la vie de Mandela.

Ils l’ont donc répudiée et mise en quarantaine. On aimerait tant entendre aujourd’hui ces gardiens du temple sur ce qu’il faut bien appeler la vie dissolue de Jacob Zuma. Les barons de l’ANC auraient-ils été aussi cruels avec Winnie, s’ils avaient eu connaissance de cette chanson d’un groupe ivoirien, qui dit que derrière chaque grand homme, il y a une femme de feu, et que derrière la femme de feu en question, il y a toujours… un petit pompier ?  

Mamadou Tandja, suite et fin  

La tragi-comédie en cours au Niger depuis une bonne année s’est donc achevée, à l’improviste, ce 18 février. Juste au moment où le président Tandja donnait l’illusion d’avoir parachevé son forfait anticonstitutionnel et de maîtriser la situation.  

Comme on dit à Niamey, Dieu ne dort pas. Le spectacle est fini ! « Ite missa est, alléluia ! », dit-on chez les catholiques, pour marquer la fin des belles messes chantées. Et puisqu’il s’agit du même Dieu, Mamadou Tandja n’a plus qu’à lui rendre grâce de s’en être sorti à si bon compte.

En 1999, pour régler un problème à peu près similaire, la même armée avait déchiqueté en mille morceaux le général Ibrahim Baré Maïnassara, en lui tirant dans le dos. Certains pensent que Baré n’était pas allé plus loin que Tandja dans la forfaiture, et n’avait opposé aucune résistance. Il est bien chanceux, finalement, Tandja. Dans sa retraite forcée, il a désormais tout loisir de bénir Dieu de n’avoir eu que le déshonneur. 

Le Niger a tout à recommencer pour convaincre 

S’il avait respecté la Constitution qui l’a fait président, Mamadou Tandja serait aujourd’hui un des hommes les plus respectés du continent, et la démocratie nigérienne serait une référence, ce qui peut aider un pays, sur le plan économique. Par l’égoïsme d’un homme et la gloutonnerie de son entourage, le Niger vient de perdre dix ans et va devoir tout recommencer pour convaincre qu’il peut être un pays fiable.

Où sont donc les collaborateurs et autres ministres-griots du président déchu, qui nous assénaient que Tandja était tellement précieux, tellement indispensable que le Niger ne pouvait s’en passer ? Ce type de margoulins se retrouvent, hélas, dans l’entourage de tous les chefs d’Etat, et sont autant de dangers pour les nations africaines. Car, par leur faute, les démocrates nigériens en sont réduits, pour la troisième fois en quinze ans, à applaudir un coup d’Etat, à parler de putsch salutaire. Parce qu’il leur permet de sortir du blocage, d’une suicidaire fuite en avant, de l’arbitraire ou du grotesque, imposé hier par d’autres, ces derniers mois par Tandja.

Pour toutes ces raisons, et parce que le Niger ne peut prétendre à un avenir radieux en recommençant ainsi sans cesse sa démocratisation, le choix des hommes qui vont conduire la transition actuelle est essentiel, voire vital. 

Jean-Baptiste Placca
MFI

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