Opération Clean Mauritius : Une démonstration de bonne gouvernance ?

Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’opération Clean Mauritius bien enclenchée nous promet de traîner devant la justice un gros paquet de nos gentlemen en costume et cravate.

Quant à nous, nous retenons qu’il y a des siècles, le principe de l’économie était fondé sur la circulation du sang. Ah ! Pour les non-initiés, cela signifie en clair que, tout comme la santé corporelle est assurée par une bonne circulation du sang dans toutes les artères et les veines qui irriguent notre anatomie, de même la circulation des biens, que ce soit dans un système de troc à l’ancienne ou l’échange moderne des biens par vente, est indispensable pour le bon fonctionnement de tout un corps social.

Leçon d’économie à deux balles. Suite. On déduit qu’une anatomie mal irriguée par le sang entraîne un déséquilibre dans la répartition d’énergie et crée un dysfonctionnement des différents organes. Un sang trop engraissé provoque un blood clot qui pourrait être fatal au propriétaire du corps et, au pire, un AVC porterait le coup de grâce au cerveau. Une paralysie même partielle de ce corps qui nous enveloppe est un handicap majeur, voire tragique. De même, toute énergie, Argent et Bien doivent circuler selon les règles et le bon sens, à tous les niveaux, au sein d’une famille aussi bien que dans tout le corps social.

Si tout le monde est d’accord que ça sentait le roussi depuis quelques années et que les affaires allaient se gâter davantage comme une mangue pourrie dont la chute était prévisible, admettons que le gouvernement n’a fait qu’intervenir pour éviter que les odeurs nauséabondes incommodent plus des gens.

Dans ce cas, on range au placard les susceptibilités, la théorie du complot, le bashing et tutti quanti. Si on attribue à SAJ, ou à son bras droit, l’intention machiavélique d’avoir orchestré tout ce tam-tam pour démolir les piliers d’un empire qui soutenait l’adversaire honni, est-ce que cela changera quelque chose à la gestion douteuse qui allait, tôt ou tard, mener droit dans le mur tou le monde ? Faut-il ruer dans les brancards à chaque fois que les ministres jouent aux toreros en promettant de prendre le taureau par les cornes? Il est vrai que, dans une corrida, le torero risque sa vie s’il ne se métamorphose pas à temps en matador. A l’Assemblée, ils risquent leur carrière si l’adversaire n’est pas mis hors d’état de nuire…

Si on leur a accordé une carte blanche pour le Grand Nettoyage, ce n’est pas le moment de mettre les bâtons dans les roues de l’opération Swacch Marish Desh tout comme en Inde Modi a déclenché Swacch Bharat. Les deux pays ont grand besoin d’un assainissement à tous les niveaux. Mais, au moins là-bas, un ministre démissionne s’il a un peu de décence.

La réussite et l’enrichissement des uns ne posent pas de problème en soi pour les autres. Le problème se pose lorsque les nantis ont organisé leur propre sauvetage en laissant les autres qu’ils ont mené en bateau se battre dans un naufrage en haute mer.

Et puis, ce corporate-political nexus devait être mis à nu tôt ou tard. Nombreux sont-ils de tous les partis politiques qui se sont bien servis dans le passé. Une fois que le Soleil a bien brillé pour certains, il est plus aisé d’obliger les autres à faire preuve de moralité…

En Inde, il arrive que les nantis parmi les industriels, chefs d’entreprise et même les politiciens puisent dans leur compte bancaire pour construire des bâtiments, clubs, ashrams, etc., d’utilité publique. Certains parrainent le développement de tout un village. Idem en Europe. A-t-on déjà entendu ici un des riches du secteur privé ou de la classe politique se séparer de son argent pour le bien-être général ? Au contraire, ils font preuve d’un appétit insatiable pour leur clan et eux-mêmes.

Le peuple, au bas de la hiérarchie sociale, a pour réputation de recourir aux multiple jobs pour joindre les deux bouts. D’autres, parmi le peuple du milieu, surtout parmi les enseignants corrompus, le font plus par gourmandise. D’autres encore endossent un manteau qu’ils auraient mieux fait de laisser aux vestiaires. Après les policiers, supposés d’être des agents de l’ordre et de la paix convertis en gros bras que la Justice devrait coffrer en taule pour longtemps dans le cadre du grand Nettoyage, c’est l’homme du barreau notaire qui aurait réglé ses comptes par des cocktails….

Et maintenant, les control freaks vont nous en faire voir des vertes et des pas mûres. Pour ce qui est de la bonne gouvernance, on a envie de dire : « Chacun à sa place, et les vaches seront mieux gardées. »

 

* Published in print edition on 17 April  2015

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