Des discours politiques à la réalité de terrain

Larzan larzan larzan, martèle le Président, tout le monde veut en gagner plus, et pourtant l’argent ne fait pas le bonheur, ajoute-t-il. Leçon morale à deux balles.

Notre grand défaut serait de vivre au-dessus de nos moyens. Travailler pour Rs100 roupies et dépenser Rs200.

Et quid des salaires mirobolants des députés et ministres d’un petit pays d’un million d’habitants ? Votés à l’unanimité par tous les élus. Les salaires les plus élevés d’Afrique, et dépassant ceux des élus, ministres et Président de l’Inde avec plus d’un milliard d’habitants. Quel exemple donnent-ils au public si ce n’est celui de la démesure? On sait que le désir de ces salaires indécents est animé par une compétition malsaine avec les gros bonnets du secteur privé…

Qui sont ceux qui vivent réellement au-dessus des moyens que les fonds publics mettent à leur disposition ? Grand train de vie, voitures de luxe, montres bling bling, avantages pour leurs proches, et une avidité sans fin. Ce qui finn devire anbalao, c’est la classe politique, ceux-là mêmes qui sont pris au piège de la civilisation moderne. Une trappe que convoitent les adversaires d’en face, et qui attendent leur tour avec une impatience non dissimulée et sans honte.

Jamais nos parents et nos grands-parents n’auraient imaginé, lorsqu’ils avaient placé tant d’espoir dans l’indépendance du pays, qu’il y aurait une telle perte des valeurs et des idéaux…

Si certains de nos compatriotes dépensent un peu plus que le peu qu’ils gagnent grâce à la publicité non-stop du système capitaliste à outrance, d’autres ont la chance inouïe de toucher un salaire exorbitant sans abattre la somme de travail attendu. Et ils sont nombreux à chauffer les bancs de l’Assemblée nationale sans apporter la moindre amorce d’une proposition qui mènerait vers le progrès dans un quelconque domaine.

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Il semble que le Swami Vivekananda avait remarqué que l’Occident livrait une véritable course contre le Temps avec une énergie inépuisable. Les Occidentaux déploient tant de zèle en voulant tout faire et tout faire évoluer le plus rapidement possible. Et cela relèverait d’une différence culturelle de la notion du Temps.

Eh bien, ici-même, à Maurice, dans cette frénésie des travaux, des projets divers et d’attribution des contrats, mais aussi d’accaparement des terres et des plages, on y décèle non un excès de zèle et d’ambition mais un désir plus tordu de tout rafler, de couvrir la moindre parcelle de terre publique de béton et d’empocher les gains des contrats juteux pour l’intérêt personnel.

Dans le même esprit chaque mètre de plage et de l’espace côtier est pris d’assaut par divers promoteurs locaux et étrangers. Après Roches Noires, convoité par les Chinois, c’est sur Poudre d’Or que certains ont jeté leur dévolu en brandissant une création d’emploi pour 300 habitants du quartier, dont la plupart ne gagnera pas plus de Rs 8,000, comme chacun le sait.

Bungalows de luxe ou non, personne n’ignore que l’industrie hôtelière a largement dépassé le nombre raisonnable de structures à but touristique. C’est à ce système capitaliste débridé qu’il faut adresser le discours moralisateur de course après larzan larzan larzan.

Le facteur Temps n’est, donc, aucunement lié à un concept philosophique quelconque mais plutôt à une échéance électorale dont les airs de campagne sont à peine dissimulés.

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Le White Paper sur la réforme électorale en, chassant le Best Loser System (BLS), a accentué les problèmes existentiels de ceux qui s’imaginent déjà comme victimes potentielles et, prétendent que leurs intérêts ne pourront être défendus que par leur banne.

Les voix les plus tonitruantes, poussées par une forte montée d’adrénaline, vocifèrent des propos virulents et menaçants à l’encontre des responsables de la réforme et du grand public. L’on dit à qui veut entendre que le pays perdrait la paix sociale si jamais leurs intérêts sont piétinés !

Ceux qui cherchent à intimider sont bien au courant des faiblesses des dirigeants de tous bords car ceux-là mêmes ont usé et abusé de la carte ethnique sous tous ses angles depuis des décennies par clientélisme électoral.

Il faudrait un backbone et des guts aux décideurs pour mener à terme la réforme et nous épargner un piètre spectacle de tango avec un pas en avant et deux pas en arrière.

On devrait convaincre les mécontents de la valeur symbolique de la disparition de la déclaration ethnique et du BLS, et cela, tout en sachant que le calcul ethnique et les intérêts sectaires ne disparaîtront pas du jour au lendemain. Un symbole possède sa propre force qui, tôt ou tard, imprègne les esprits et opère la transformation souhaitée par la volonté du plus grand nombre. Et il s’agit aussi de convaincre le public que le calcul ethnique ne profite qu’à une petite clique qui gravite autour du pouvoir et nullement à l’ensemble d’une communauté quelconque.

Cependant de vives inquiétudes se font entendre dans la perspective où le choix des perdants reposerait sur le diktat du seul leader, ce qui écarterait d’un revers de main arrogant le vote des électeurs. L’autre faille concerne le seuil de 10% que devraient atteindre les partis pour être présentables; c’est l’enterrement assuré de petits partis qui sont susceptibles de gagner la confiance des électeurs.

C’est en toute connaissance de cause que, dans un contexte où le pouvoir monte en flèche à la tête et crée des hallucinations sur la valeur réelle des détenteurs de pouvoir, que nous pouvons garder une certaine réserve sur certains aspects de la réforme.

Finalement, pour la majorité d’entre nous, l’essentiel réside dans la réforme de la classe politique.

Qui sont dignes de représenter le peuple et le pays?

Faut-il se désoler d’avance que la médiocrité pourrait continuer à régner dans les plus hautes instances ?

Faut-il craindre que cette attitude n’attire d’autres médiocres?

Car ils ont l’art de faire fuir ceux qui leur font de l’ombre. Certains se sont installés à l’Assemblée nationale avec un niveau académique frôlant tout juste le HSC. Un walk-out énervé d’un soi-disant ambassadeur à la salle de conférences de Grand-Baie reflète bien ce manque d’éducation et de maturité qui caractérise bon nombre de mâles au comportement tyrannique dès lors que leurs souhaits ne sont pas des ordres.

Et quid de la valeur «larzan par tous les moyens» chez les représentants du peuple, Monsieur le Président? L’ICAC, ne serait-elle qu’une parodie de bataille anti-corruption ?

L’exemple vient de ceux qui pavoisent comme des faux role models et qui, par leur comportement, déteint sur les autres.

Une véritable refonte de la classe politique écarterait la bande pour qui le pays est un plaisir: cocktails, voyages, luxe et bénéfices de toutes sortes.

En attendant que les exigences venant du peuple s’imposent quant à la qualité des candidats sur les listes, nous souhaitons vivement l’avènement d’une autre réalité : None of the above comme le Aam Aadmi Party l’avait obtenu en Inde.


* Published in print edition on 4 April 2014

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