Nita Chicooree-Mercier

Carnet Hebdo

Première expérience de traversée sur le Mauritius Pride

— Nita Chicooree-Mercier

Première expérience de traversée sur le Mauritius Pride, nom transpirant la fierté de l’ego national, pour profiter de la généreuse possibilité de 22 x 2 kg de bagages et déménager des cartons de livres en deux ou trois voyages. Plus de place en cabine pour cause de réservation tardive, on se contente donc des ‘sièges’ assez confortables bien que le tissu recouvrant les sièges, la petite couverture en polyester et les rideaux laissent deviner qu’ils ne sont pas passés à machine à laver depuis belle lurette.

Moins glamour en apparence que leurs confrères de la compagnie aérienne nationale, l’équipage est serviable et attentionné, et crée une ambiance conviviale à bord. Egalement moins glamour, billet moins cher oblige, la clientèle est composée essentiellement des gens du peuple qui sont ravis de prendre le large et de s’offrir une petite escapade sur l’île voisine. Craignant l’excitation qui gagne souvent les représentants du plus gaulois des peuples dans les lieux publics, on commence déjà à regretter l’avion… Que nenni ! Tout ce beau monde se calme une fois le repas servi.

Inadmissible et exaspérant : Mauritius Pride passe un film vulgaire à un public composé de nombreux enfants et adolescents ! (On se passerait bien des films!) Question d’économie en période de crise ? Les bons films sont plus chers ? Sans aucun doute.

Arrivée à Port Louis. C’est le moment des questions frisant l’absurdité dont certains fonctionnaires du service public ont cultivé l’art.

Mettez-vous de côté, s’il vous plaît.
– Il y a un problème?
– Vos valises. Un peu suspectes au scanner. Vous pouvez les ouvrir?
– Ah bon? Ben, allez-y, ouvrez et regardez.
– Que faites-vous avec tous ces livres?

Bonne question !

Ki travail ou faire ? Oune fini lire tou sa ou pou alle lire tousala?, rajoute la jeune collègue du fonctionnaire.

De quoi on se mêle? Allez, c’est juste une curiosité déplacée. Mais ce n’est pas terminé.

– Pourquoi cette troisième valise de livres est-elle au nom de votre amie ?
– Essayez de deviner!

Il se trouve que leurs collègues à l’aéroport avaient fait mieux, il y a à peine deux mois. A une remarque selon laquelle les valises sont souvent ouvertes et des objets disparaissent, ils vous transforment en suspect. Et vous voilà soumis à une fouille corporelle et votre valise vidée et examinée minutieusement.

C’est une aberration locale qui transforme les accusateurs en accusés dans le milieu politique et qui déteint sur les subalternes dans ce pan du service public…

* * *

Respect de la religion et pratiques culturelles

Au Vatican, les fidèles attendent avec impatience le nom du futur Pape. Au même moment, ici, on a la certitude que d’ici trois siècles Grand Bassin se dotera d’une nouvelle divinité dont la statue rivalisera avec celle de Durga en construction ces jours-ci. Pour cela, va-t-on chanter les louanges de celui qui a donné le transport scolaire gratuit ? Attention de ne pas finir par en faire un mythe ou une perversion de la tradition bhakti qu’on semble exploiter sans vergogne !

De même, on est admiratif devant l’érudition en hindi et les citations des écritures sacrées en sanskrit de certains de nos hommes politiques. Serait-ce là de la poudre aux yeux ? Ici, tout est possible.

Ayant grandi à Paris, deux jeunes femmes de foi musulmane cherchent à mieux connaître les cultures locales du pays. Habitant le même quartier, nous serons amenées à nous revoir souvent. Et en cette journée de la célébration de la Femme, c’est un peu avec humour que nous abordons l’explication de la nuit de Shiva.

Les offrandes, les prières et le mouvement incessant des pèlerins et visiteurs contribuent à l’atmosphère sereine et mystique de ce lieu paisible qu’est le Grand Bassin.

Le Phallus du patriarcat céleste le plus vénéré de la planète Terre par des milliers d’hommes et de femmes (aussi), tout un symbole ! On y verse l’eau bénite, miel, lait et on le pare avec des fleurs. Féministes invétérées : s’abstenir et se tourner plutôt vers les diverses manifestations de Shakti.

Au lieu de servir ces discours politiques dont tout le monde est bel et rassasié aujourd’hui sauf pour ceux qui ne veulent pas comprendre, la Sanatan Dharma Temple Federation devrait mieux éduquer le public afin que Grand Bassin et la cour des shivalas à travers l’île ne soient pas transformés en dépotoir de feuilles de banane et de verres en plastique pendant les périodes festives.

Autre problème d’éducation : Il suffit que quelques personnes veuillent passer avant les autres pour être servies en premier pour que la discipline, régnant depuis le début de la célébration, soit bousculée.

Autre trait d’humour frisant l’absurdité : On n’a pas compris la raison pour laquelle à Triolet (outre les références habituelles à la politique) l’animateur a procédé à une sorte de quiz sur le cinéma indien au beau milieu des chants sacrés… Quel rapport existe entre les deux ? Serait-ce l’art de faner ?

En revanche, le mandir de Grand Baie est imprégné d’une plus grande ferveur, l’assistance étant moins nombreuse et plus concentrée. Même le discours est en phase avec l’air du temps à un moment où les apparences et les paroles sont souvent trompeuses. On invite le public à prendre conscience du règne de Kaliyug. Message à ceux qui orientent la destinée du pays et se spécialisent dans la langue de bois ? Message à celui qui fait et qui dit n’importe quoi, n’importe comment ? Développement de l’importance de vivre et de penser avec l’intelligence du cœur et de l’esprit. Ne pas se laisser berner par un excès de tamas qui nous éloigne de notre véritable être.

* * *

Femmes du 21e siècle

Si les signes annonciateurs annoncent un 21e siècle qui sera, dit-on, spirituel, il se parera d’une aura féminine. Les femmes commencent à s’immiscer dans ce qui a été le monopole de la gente masculine et qui a été malmenée et détournée de sa véritable vocation.

Sans crier gare, il y a deux ans en Inde, une députée de BJP en Inde s’est introduite avec d’autres femmes dans l’enceinte d’un temple où se déroulait une cérémonie censée être destinée seulement aux hommes.

Tant mieux si en Israël les femmes s’autorisent la liberté de prier en public en défiant une tradition qui les exclut de toute participation. Avec le soutien des érudits en Islam, les intellectuelles du monde musulman ont déjà entamé un mouvement de réforme.

Dans un ordre plus pratique et concret, comment améliorer le bien-être quotidien des femmes qui touchent un bas salaire et des hommes qui s’adonnent à l’oisiveté, l’alcoolisme et d’autres vices destructeurs qui pourrissent la vie en famille et en société ? Il ne s’agit pas d’avoir une vision négative et d’occulter toutes les avancées effectuées par les femmes. Le cocon bourgeois voit la vie en rose. Mais on ne peut ignorer le désarroi psychologique de celles et de ceux qui n’ont pas encore les moyens financiers pour s’émanciper du joug de soumission à toute sorte d’injustice et d’aberration sans parler des carcans et tabous qui freinent l’émancipation.

Créer des structures qui n’existent pas et qui pourraient contribuer au bien-être social tout en ayant un bénéfice économique, c’est le thème abordé avec nos deux compatriotes venues de Paris et qui cherchent à s’installer dans l’île. Il faut créer une synergie et orienter la volonté des uns et des autres. Etre innovateurs et non attendre que la société prenne des initiatives pour vous. On est d’accord sur ce point et un vaste chantier s’ouvre à tous ceux qui ont la flamme d’entreprendre…

Nita Chicooree-Mercier

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