Nita Chicooree

 Carnet Hebdo

Au Coeur du Sacré

Il y avait un peu de monde sur l’esplanade ce jour-là. De petits groupes discutaient ça et là tandis que d’autres, visiteurs de passage, accompagnés de leur guide, s’attroupaient sur le parvis de la Cathédrale et attendaient leur tour avant d’y pénétrer. Ce haut lieu de culte traduit la sensibilité artistique et le raffinement des Latins au Moyen Age.

 

 

C’est assez curieux, cet air de pique-nique qui règne devant ce chef-d’œuvre architectural dédié au Divin. Certes, c’est encore l’heure du casse-croûte et les uns et les autres dégustent frites, boissons et sandwichs tout en conversant, détendus et joviaux.

A l’intérieur, les regards se lèvent vers les vitraux lumineux et sereins. Elle est grandiose, Notre Dame de Paris. Comme tous les grands monuments, on les redécouvre et on les apprécie différemment à chaque fois. Combien de fois n’a-t-on cessé de renvoyer à une date ultérieure le rendez-vous avec ce joyau situé au cœur de Paris faute de temps ou alors, d’autres obligations sollicitent votre attention et dispersent votre énergie ? Et puis, au fil du temps, les rencontres avec le Beau et le Sublime se font de plus en plus pressants.

Cette fois-ci, nous y sommes. Sur le bas côté à droite, figurent tous les illustres personnages – — rois, ducs, comtes, seigneurs et évêques ayant contribué à la construction de la Cathédrale. En levant les yeux vers le haut, on decouvre des vitraux magnifiques, ces piliers imposants et finement sculptés, quel travail !

Pourquoi ne pas acheter une bougie avec l’effigie de la Sainte Dame pour faire plaisir aux marchands du temple?

Bougie à la main en échange de quelques euros, on est enfin assis sur un banc. Les chants grégoriens élèvent l’âme jusqu’aux sphères célestes. Quel bonheur! On s’y éterniserait. Une musique qui rappelle les souvenirs des camarades de classe chantant des prières dans la cour de Notre Dame de Bon Secours à Port-Louis. Magique et exaltant, c’est un peu ce qu’on souhaiterait faire partager avec son fils: quel que soit le lieu de culte ou la langue, l’hymne au divin procure un tel bien-être !

Et voilà, le petit s’est déjà endormi depuis une bonne demi-heure, probablement dû à l’effet d’un repas à la bonne franquette dans un resto du Quartier Latin.

– On se sent bien ici, cette musique, cette atmosphère paisible…

– Oui, acquiesce-t-il, à peine réveillé et somnolant encore, oui, c’est vrai.

Poli et respectueux, mais on connaît le fond de sa pensée. A peine sorti de l’adolescence, ses convictions n’ont pas changé: les hommes ont inventé Dieu parce qu’ils aiment leurs parents, et ils ne cherchent qu’une prolongation de leur amour, protection, etc. Un euphémisme de ce que disent vos amis athées: prendre les désirs pour des réalités.

En feuilletant le livret sur l’Histoire de cette Cathédrale, on apprend que cet endroit était jadis le haut lieu de culte des Celtes, des Druides, ces philosophes et mystiques qui ont jalousement gardé le secret de leurs connaissances. Ils avaient un sens fort du Sacré.

Le lieu fut rasé et la Cathédrale construite au même endroit. Pourquoi ne pas construire ailleurs ? Dommage, c’est le signe d’un comportement primitif. Une amie dirait: c’était déjà le capitalisme, on détruit et on reconstruit.

Dans le film australien ‘Beneath the Clouds’, une jeune fille métisse montre la photo de son père irlandais à un jeune homme, un Aborigène. Le père a été photographié parmi les rochers sacrés en Irlande.

– Les Blancs aussi avaient le sens du Sacré? demande le jeune Aborigène, qu’est-ce qui leur est arrivé alors?

– Ils l’ont perdu, répond la jeune fille en quête de son père.

Et les Druides ont emporté dans leur tombe tout le mystère de leur savoir…

Dehors, sur l’esplanade, on reprend la balade, bras-dessus bras-dessous vers l’Hôtel de Ville, Les Marais, en flânant dans le quartier des antiquaires et, plus loin encore, dans les ruelles baignées d’une lumière douce.

Plus tard, en contemplant l’église de Sacré Coeur à Montmartre, on ne peut s’empêcher de penser que les grandes œuvres sont inspirées par l’Amour, l’amour d’un homme pour son épouse, celui des parents pour leurs enfants, des hommes pour leur patrie ou pour Dieu. Qu’est-ce qu’on construit de nos jours? Et qu’est-ce qui nous inspire?

La Rue d’Assas, autre lieu favori de promenade solitaire, évoque à chaque fois le souvenir d’une discussion avec le directeur de l’Institut Catholique dans son bureau sur le thème des ‘signes et symboles’, que l’auteur de ces quelques lignes n’avait compris qu’à moitié à l’époque. Reste le souvenir de la patience du Père Vidal et l’infinie bonté qui se lit dans son regard. Une bonté qui rappelle la possibilité du divin dans le cœur de l’homme. Vessies, lanternes, désirs et réalités, peu importe.

Revenons à Maurice. Le premier jour du nouvel an à l’endroit où on a érigé quelques statuettes à Mon Choisy, hormis un couple faisant des offrandes face à l’océan, le lieu est désert au lever du jour. Un jeune ressortissant indien, tout de blanc vêtu, se dirige vers la mer et se penche pour recueillir l’eau de ses deux mains. D’un petit livre en Sanskrit, il récite une prière, debout parmi les murthis. La récitation du mantra OM et la vibration qu’on entend traduit, dit-on, le son sacré logé là où le commun des mortels songe à peine de chercher le Divin: au fond du cœur.

NITA CHICOOREE

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