Nita Chicooree

Carnet Hebdo

 

Excès de Plaisir

Nita Chicooree

 

On raconte que le père promenait son chien en hélicoptère. A moins d’avoir la mémoire courte, on se souvient de l’escapade de Suisse à Marseilles pour déguster une bouillabaisse lors d’une mission officielle, c-à-d aux frais des contribuables. Donc, la Citadelle fut le haut lieu d’un méga cocktail qui a coûté la bagatelle de 4 millions à l’heure où l’austérité s’annonce grave chez les G8 et le couperet menace de tomber sur les dépenses publiques. Le père était un personnage hors pair; on pouvait lui accorder les excès des grands. Peut-être bien que la transmission de mode d’une génération à une autre explique ces droits…Hors-la-loiTraiter des ouvriers comme des malpropres et les déloger de force du pays sous prétexte qu’ils ne respectent pas la loi, voilà qu’on ne fait que perpétuer les injustices des puissants lontan. Si des Mauriciens se trouvaient dans la même situation dans un pays européen, on aurait fait tout un tam-tam en criant au racisme. Là, ils n’ont qu’à rentrer chez eux dans leurs villages pouilleux s’ils ne sont pas contents!

 

 

Directeur d’usine, force policière et appui ministériel: la force réunie. La force des faibles qui, pour chacun dans l’exercice de leur fonction, ont peu de marge de manoeuvre pour décider quoi que ce soit tant sont-ils dépendants d’autres paramètres et instances sur lesquelles ils n’ont aucune emprise, face aux plus puissants qu’eux. La revanche des impuissants. Des psychanalystes pourraient expliquer cette reproduction d’un schéma comportemental dominateur et sadique des faibles sur plus faibles qu’eux!

Au-dessus de la loi

Bonne nouvelle! L’horaire d’ouverture et de fermeture des commerces, boutiks, supermarkets, retailers et autres sera désormais règlementé. Or, ils le sont déjà. Mais dans les bonnes vieilles habitudes locales, toutes catégories socio-professionnelles confondues, les lois sont faites pour être… transgressées. Tant elles freinent la démesure et les appétits individuels. Dans une localité dans le nord de l’île, un supermarket faisant fi de la loi se permet de rester ouvert jusqu’à fort tard dans la soirée. Tout le monde est d’accord pour dire que ce n’est pas normal mais personne ne proteste. Il se trouve qu’un des membres de la famille, propriétaire du commerce est… policier.
Dans la même localité, l’accès à la plage obtenu après moult pétitions des habitants aux autorités compétentes est régulièrement bloqué par le propriétaire d’un campement qui détient la clef du portillon! Primo, on se demande pourquoi cette petite voie qui permet l’accès du public à la plage doit être clôturée par un portillon. Secundo, pourquoi la clef se trouve entre les mains du propriétaire du campement jouxtant l’accès qui, comme chacun le sait, ouvre et bloque l’accès au gré de ses humeurs… coloniales. Manifestement, ils ne veulent pas voir le grand public, c-à-d les autres qui osent et se permettent d’acheter et de construire à des prix exorbitants, flâner sur une plage où ils étaient les seuls jadis.
Pétitions au District Council et ministère. Indifférence totale. Qui plus est, dans la folie des constructions de campement sur leur terrain où ils en possèdent déjà un, afin de gagner Rs 60000 à Rs 70000 de plus par mois, un propriétaire a repoussé sa clôture jusqu’au bord de la voie publique. Complètement illégal. La police n’intervient pas. Sans doute, par… timidité. Il est vrai qu’il est plus facile de déporter les ouvriers indiens en pleine nuit.

La France de l’océan Indien No. 2

Une boulette pareille! Le tableau de nos grands, les bara aadmi à l’entrée des toilettes. Prochain Comité Vieux Grand Port 2011, il faudrait voter un budget plus généreux et recruter plus d’organisateurs. Rs 43 millions, insuffisant pour encadrer les divers stands et veiller au bon déroulement de l’événement et sélectionner les organisateurs selon leur… culture générale et leur bon goût. Les tableaux des deux capitaines blessés étaient certainement mieux exposés. Ex-colonisés for ever. La télé nous rassure (par des interviews rapides et sélectives) que tout le monde était content. Encore heureux!
Que des bougonneries inutiles des plumitifs et des esprits chagrins ! En matière de culture aussi, vaudrait mieux appliquer le laisser-faire, le libéralisme culturel. Rentabiliser et capitaliser les Rs 43 millions. L’an prochain, l’organisateur éternellement reconnaissant de pouvoir s’exprimer en français, vous fera un discours sur le rapport entre pouvoir économique et prédominance linguistique et culturelle. Les danseurs bretons importés de la Réunion raconteront comment le pouvoir central parisien s’est employé à éliminer les langues régionales, comment les écoliers étaient punis en portant une chaussure attachée à une corde autour du cou lorsqu’ils se permettaient de parler le breton. Les Réunionnais pourraient témoigner de l’interdiction du créole sur les ondes de RFO et de la violence policière à l’encontre des chanteurs de séga.

Maurice serait donc « le seul pays où la langue française progresse constamment ». Rien d’étonnant, l’Alliance Française s’installe de plus en plus dans les villages. La France déploie des moyens énormes pour répandre le français dans le monde. En net recul en Afrique où le drapeau français est en berne, idem pour Madagascar sous Ravalomanan appuyé par les Américains.

 

Langues et stratégies économiques

Sierra Leone et Rwanda ont récemment enguirlardé Tony Blair, ce dernier ayant reçu le titre de ‘Bringer of Peace’. L’Angleterre et l’Amérique grignotent petit à petit l’espace linguistique rétrécissant du français en Afrique. Maurice, dernier bastion. Un peu comme le Pape en Inde. Là, c’est possible.
En tant que bons polyglottes, les Mauriciens devraient aussi profiter de la manne chinoise en matière de fonds déployés pour l’enseignement du mandarin dans le monde. La Chine aussi est dans la course doucement mais sûrement. Pouvoir économique oblige. Autant se mettre au mandarin aussi, sinon avec les milliers de touristes qu’on envisage d’attirer, la communication risque d’être un véritable casse-tête… chinois.
En attendant, on devrait demander au consul de France pourquoi on fait tout pour rendre l’entrée à la Réunion, la vraie France de l’océan Indien, si difficile pour les Mauriciens, de si bons élèves de la langue française.

Nita Chicooree

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