Liste rouge à nuances

Par Nita Chicooree-Mercier

Si aujourd’hui encore des parents qui emmènent leur fils de cinq ans à l’hôpital sont anéantis par l’annonce de son décès suite à une injection, il faut bien débattre à propos de l’efficacité du service de santé. La santé publique devrait être une préoccupation permanente tant que les décès inexpliqués et trop récurrents survenus dans les hôpitaux détruisent la vie des familles et de leurs proches.

Chacun sait que les services de santé étaient submergés de patients atteints de la Covid-19 pendant les derniers mois avant décembre 2021, et que cela n’était pas toujours sans conséquence, parfois même tragique, pour d’autres patients. Si, dans un premier temps, le public adhérait à l’idée que les médias amplifiaient le problème pour discréditer les autorités concernées et nuire à l’image du pays dans le but délibéré de porter un sale coup au secteur du tourisme et affaiblir l’économie, le nombre de morts dans chaque localité, sans aucune explication valable, a suscité une inquiétude légitime.

Trop de gens ont vu leurs proches se rendre à l’hôpital quand ils avaient un symptôme extrêmement bénin d’une maladie chronique ou un autre ennui mineur et, contre toute attente, ils n’en sont plus revenus vivants.

Hormis les radios qui leur permettent d’exprimer leur désarroi et leur souffrance, y a-t-il eu une véritable volonté de mener une enquête approfondie sur les causes de ces décès et de fournir un rapport en bonne et due forme aux familles endeuillées et aux responsables du ministère?

2020 est loin derrière nous : à ce moment-là, on avait applaudi le personnel hospitalier et on l’avait remercié pour son dévouement au public à une période où les cliniques privées aux tarifs mirobolants ont joué aux abonnés absents.

La question qui se pose aujourd’hui était la même il y a quelques décennies, et ce, malgré les progrès accomplis dans le service hospitalier, l’équipement médical moderne, les nouveaux services mis sur place pour traiter divers problèmes de santé, un meilleur accueil des patients, etc.

Feu le ministre Kishore Deerpalsing avait remis de l’ordre dans un secteur où les manquements étaient criants. En effet, certains patients reviennent satisfaits de leur séjour à l’hôpital tant au niveau des soins qu’au niveau de l’attention qui leur est accordée. Dans certains cas où ils sont affaiblis psychologiquement en raison de relations familiales destructrices, ils apprécient l’aide fournie par le psychologue de l’hôpital. Ce dernier s’occupe d’eux avec humanité et compassion.

D’autres sont reconnaissants suite à une opération chirurgicale réussie. Le service est gratuit et accessible au grand public contrairement à la plus riche démocratie du monde où les soins médicaux dépendent de votre assurance privée. Sinon, zéro soin aux Etats-Unis.

Il ne s’agit pas de jeter la pierre sur un secteur-clé du service public. Il s’agit de rassurer la population, de répondre à ses interrogations et d’établir ou de rétablir la confiance du public dans le service hospitalier.

(a) D’abord, la fameuse injection qui envoie trop de monde dans l’au-delà dans la demeure du dieu védique Yama, dans le monde souterrain de Hades de la mythologie grecque, si tant est qu’il soit encore connu de nos jours, ou dans le domaine des âmes qui attendent que le patriarche du ciel et de la terre décide de leur sort, pour d’autres. Que contient cette injection pour être si mortelle ?

(b) Ensuite, certains médicaments fabriqués localement et qui provoquent tremblement, faiblesse et nausée…

Si on arrive à un point où on évite les hôpitaux comme des mouroirs, et les médicaments comme du poison, il faut poser des questions et exiger des réponses.

Que se passe-t-il en cas de diagnostique erroné qui mène à une opération inutile et à une mort gratuite? Dans de tels cas de suspicion et de doute, la relation médecin/infirmier-patient ne peut pas se résumer à une condescendante et méprisante ‘Vous êtes médecin, vous?’ qui cloue le bec aux adultes traités comme des enfants attardés.

A l’heure d’internet, il est interdit de poser des questions gênantes à ceux qui pensent détenir le monopole de la science médicale. C’est oublier que la santé est un service et que le personnel est employé pour servir le public.

* * *

Tourisme et Tromelin

Il y a urgence en la demeure non seulement pour les morts inutiles mais aussi pour les milliers

d’employés embauchés et licenciés à tour de bras dans les hôtels ; ils espéraient de beaux jours lorsque la liste rouge écarlate a fait dégringoler le pays de l’échelle des destinations fréquentables.

Quand bien même la France a voulu protéger ses ressortissants et ceux de La Réunion du service hospitalier mauricien, cette liste rouge à nuances variables nous a laissés perplexes.

Début décembre, le nombre de patients hospitalisés était en nette régression à Maurice tandis que c’était l’explosion en France et son département voisin à la même époque et encore maintenant. Il n’y avait aucune logique de lever l’interdiction en France et de la maintenir pour les Réunionnais. Résultat : un coup de massue pour le secteur touristique de Maurice avec des milliers de réservation de bungalows et d’hôtels annulés à travers l’île. De 800 réservations, un hôtel du nord est passé à cinquante touristes.

Maurice a encaissé le coup. Les chaînes de supermarchés à la Réunion ont rempli leurs caisses au-delà de la période festive. Il y a de fortes chances que le treizième mois des Réunionnais ait profité aux importateurs de voitures, secteur qui finance les partis politiques locaux. Quand l’économie est en berne un peu partout, c’est du chacun pour soi, d’abord. Et les décisions sont prises dans la haute sphère des lobbies économiques, au-dessus de la tête des administrateurs locaux et du grand public.

Maurice a certainement pris note que Réunion Première avait diffusé un reportage sur Tromelin en présentant l’île comme le plus petit territoire de la république française deux jours après que le gouvernement a remis sur table l’avenir de Tromelin. C’était en décembre. Ni plus ni moins. La géopolitique a pointé son nez dans un cadre de crise sanitaire et de grandes difficultés économiques que Maurice se démène à gérer. Et ceci malgré l’apparente coopération de la France, à travers l’Inde, dans l’entraînement militaire conjoint avec l’armée mauricienne pour contrer la puissance de la Chine communiste, le diable rouge des Américains.

Il faudrait aussi faire le tri dans toutes ces simagrées géopolitiques à fabriquer des ennemis, et qui profitent à l’industrie de l’armement des grandes puissances, comme par exemple, les milliards d’euros encaissés par la France dans la vente des avions de guerre Rafale à l’Inde. Comme le léopard qui ne change pas de taches, l’appétit impérialiste des anciens colonisateurs est resté intact. Au fond, ni la Chine ni l’Inde ne sont les bienvenus dans un espace océanique convoité par l’Occident.

Il fut un temps où le cercle intellectuel de la Réunion aurait réagi à cette posture de Paris, mais les voix se sont tues depuis bien des années. Notre dépendance sur certaines clientèles dans le secteur touristique, et sur le tourisme tout court, est à revoir. La tournée des ministres à Dubai sert à trouver des investissements et d’autres créneaux rentables pour l’économie du pays, on présume. Tôt ou tard, la question de Tromelin et d’autres îles sera-t-elle remise d’actualité conjointement par Madagascar et Maurice dans les instances internationales ?


* Published in print edition on 11 February 2022

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