Les orques attaquent les bateaux au large de l’Espagne : Que se passe-t-il ?

La planète Terre est en souffrance à cause de la mondialisation, de la consommation effrénée d’une population insatiable, de la déforestation foudroyante

Au cours des deux derniers mois, le long des côtes espa­gnoles et portu­gaises, des marins ont envoyé plusieurs appels de détresse après que des orques se sont violem­ment attaqués à leurs bateaux. Photo – www.ulyces.co


Par Vina Ballgobin

Les dauphins ont probablement un problème ces temps-ci, mais lequel ? Bien difficile à dire pour les experts qui ne les comprennent qu’imparfaitement. Il existe plusieurs types de dauphins et dans chaque population, il existe aussi des sous-populations et espèces, chacune ayant ses spécificités. Récemment, plusieurs personnes ont rapporté des cas inhabituels d’agression envers l’humain par une espèce de la famille des dauphins : l’orque.

L’orque : un ami de l’humain

Les orques appartiennent à la famille des dauphins. On les appelle aussi « épaulard », « orca » ou « Orcinusorca ». Ce sont les plus grands cétacés de la famille des dauphins : les mâles mesurent entre 7 et 9 mètres de long et les femelles font entre 6 et 7 mètres. Le mâle pèse entre 5 et 8 tonnes tandis que la femelle ne dépasse pas 4 tonnes. Les orques vivent partout sur la planète, même au Pôle Nord et au Pôle Sud. On les retrouve en Nouvelle-Zélande, dans le détroit de Gibraltar, en Argentine ainsi qu’au Canada à proximité de l’île de Vancouver.

Une femelle orque donne naissance à un bébé orque environ une fois chaque 5 ans. 50% des petits meurent dans les 6 premiers mois suivant leur naissance. Toutefois, pour celles qui arrivent à passer ce cap, une femelle vit en moyenne 63 ans tandis que le mâle vit 36 ans. Certaines femelles peuvent vivre jusqu’à 90 ans et les mâles, jusqu’à 60 ans.

En général, les orques vivent en groupes familiaux menés par une femelle. Ce sont des carnassiers. L’orque océanique attaque les requins et autres cétacés de grande taille. D’autres orques se nourrissent de calamars, de manchots, de phoques, de poissons, de tortues, entre autres. Les orques ont des techniques de chasse bien développées. Elles peuvent attaquer en masse des êtres vivants bien plus massifs qu’elles-mêmes. Pour cette raison, on donne un surnom à l’orque : c’est le « loup des mers ». Les jeunes orques apprennent en observant les plus âgées.

En ce qui concerne la relation avec les humains, habituellement, les orques sont pacifiques et nagent à côté des bateaux. L’orque, noire sur le dessus avec la partie ventrale blanche, suscite l’admiration par ses sauts, ses bonds et ses pirouettes hors de l’eau. Les humains sont fascinés par le système de communication des orques et les considèrent comme des mammifères intelligents. Celles-ci émettent plusieurs sons : grincements, sifflements, grognements, cris et clics pour l’écholocation. Chaque famille a son propre répertoire vocal. Il existerait des « clans acoustiques » par transmission culturelle d’une génération à une autre au sein de chaque groupe spécifique. Chaque individu possède sa signature vocale.

Changement de comportement récent

Depuis juillet 2020, certaines orques sont devenues agressives envers les embarcations des humains dans les mers européennes. Le 29 juillet 2020, une passagère a dit que l’attaque de son navire semblait organisée par les orques. Elles communiquaient entre elles et tentaient de faire chavirer l’embarcation. Le 30 août 2020, une bande d’orques pourchassait un navire français qui a dû signaler cette attaque aux garde-côtes. Un peu plus tard, le même jour, un navire espagnol a signalé l’attaque de l’embarcation par des orques. Le 11 septembre 2020, une orque a attaqué un yacht de dix mètres à 15 reprises. Une autre fois, quatre orques s’amusaient à faire tournoyer un bateau sur lui-même. Au large des côtes espagnoles et portugaises, les orques de 6 à 8 mètres de long attaquent les bateaux causant plusieurs dégâts, entre autres, elles endommagent la coque du bateau ou le gouvernail. D’autres fois, ce sont les passagers qui sont blessés à cause des mouvements brusques du bateau.

Bien entendu, les spécialistes sont interpellés par ce phénomène inhabituel et, pour l’instant, il y a plusieurs hypothèses pour expliquer le changement de comportement des orques envers les humains.

  • Le neuro-spécialiste, Lori Marino, parle de l’effet Covid-19. Etant donné que les activités humaines avaient été arrêtées temporairement, les mers étaient calmes. Le retour des bateaux aurait probablement dérangé les orques. Ces dernières attaqueraient les bateaux afin que les humains s’éloignent de leur milieu de vie.
  • Un autre spécialiste travaillant à l’université de Séville, Rocio Espada, parle de stress qui affecte les orques. Ces dernières sont menacées de disparition. Dans le Détroit de Gibraltar, il ne reste plus qu’une cinquantaine d’orques.
  • La pêche industrielle de thons dont se nourrissent aussi les orques a provoqué un déséquilibre dans la chaîne alimentaire. La surpêche a entraîné une réduction massive de thons… De plus, les équipements blessent ou tuent les orques qui sont malencontreusement capturées par les filets ou autres matériaux de pêche.
  • Certains pêcheurs blessent ou tuent les orques, soit au moyen de filaments électriques, ou ils les arrosent de pétrole, ou ils coupent leurs nageoires dorsales.
  • La pollution marine affecte et stresse les orques.

Marco Lambertini du World Wildlife Fund (WWF) explique que la planète Terre est en souffrance à cause de la mondialisation, de la consommation effrénée d’une population insatiable, de la déforestation foudroyante, entre autres. Le « budget biologique » consomme plus que les capacités de régénération de la Terre, dit-il. Le WWF propose depuis quelques années des solutions pour une gestion durable des activités de pêche dans des mers et des océans surexploités. Pourtant, certaines espèces sont en voie de disparition comme l’orque…

L’instinct de survie de l’orque la pousserait-elle à communiquer avec l’homme ? Voudrait-elle vraiment vivre en paix dans son habitat et essaie-t-elle de nous faire comprendre l’urgence d’un changement de comportement individuel et collectif ? Il faudrait moins de bateaux qui tuent non seulement les adultes, mais aussi les bébés et les orques en gestation… Est-ce une requête, une revendication, une protestation véhémente ou une supplique d’une espèce en détresse ? Et les humains sont-ils prêts à écouter les orques ? Charles Nodier a dit que l’expérience nous apprend la réalité des choses et élève notre esprit à la connaissance des vérités…


* Published in print edition on 22 September 2020

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