Le Grand Flou

By Nita Chicooree-Mercier

Opération peu réussie que celle, un peu inattendue, de rendre public la déclaration des avoirs des représentants du peuple au Parlement. Une exigence nécessaire dans l’exercice démocratique de la bonne gouvernance. Cette dernière promeut la transparence tout en combattant toute tentative de corruption et d’enrichissement personnel en abusant du pouvoir politique que confère un mandat accordé par les électeurs.

Dans les pays développés, la justice veille à ce que les élus ne puissent s’autoriser des dérives qui les placent au-dessus des lois, et que les fonds publics soient utilisés en toute transparence pour le bien-être commun et le progrès d’un pays. La tentation de détournement des fonds ou de commissions fortement monnayées existe chez certains mais, une fois pris dans le filet de la justice, ils ont peu de chance de s’en sortir indemnes.

La sévérité de la loi oblige les uns et les autres à exercer leur fonction dans l’intérêt général. Un principe qui, pendant des décennies, a fait gravement défaut dans les pays dits en voie de développement et sous-développés, et qui a privé leur peuple d’une infrastructure publique moderne, d’un niveau d’éducation adéquat et des conditions de vie décentes tout en engraissant une clique proche du pouvoir en toute impunité dans certaines contrées.

Ici, sous prétexte de mater le voyeurisme malsain du public, le discours officiel s’est autorisé une originalité en la matière : celle de dévoiler les biens et les avoirs selon les termes établis par eux-mêmes, et donc, au-dessus des lois… régissant les avoirs et comptes en banque des membres du public. Toute la difficulté de sortir d’une culture de secret !

A défaut d’une réelle volonté d’informer le public de l’état de leurs finances et de biens acquis, l’exercice de ‘transparence’ vise à apaiser les esprits et la presse, et par conséquent, d’assurer leur propre tranquillité d’esprit. Un semblant de déclaration ?

Au final, les politiciens de tous bords s’accommodent de cette mascarade car il y aurait trop de squelettes dans les placards. Donc, dans une éventuelle alliance à l’avenir (où ils sont tous interchangeables), il vaudrait mieux calmer les ardeurs de transparence et se taire.

Pour donner suite à l’actualité, quelques interviews inutiles qui n’ont rien apporté au public si ce n’est une vaine tentative pour certains de se tailler une image de Monsieur Propre.

Peine perdue si aucune question sur le coût et la provenance des fonds pour l’acquisition des biens ou d’un appartement à l’étranger n’est pas posée.

C’est à se demander si dans les coulisses de la presse se trame un réseau d’influence pour polir l’image auprès du public de quelques politiciens sélectionnés pour des raisons obscures, ayant pour but de faciliter une promotion au sein de leur parti, et satisfaire leur ambition politique à long terme.

Tout cela devient croustillant lorsque le bon peuple qui n’a pas sa langue dans la poche rappelle que jadis certains traînaient les pattes en shorts et savat léponz, et que grâce à ‘nos croix’ sur le bulletin électoral, ils roulent maintenant en BMW.

Les individus susceptibles d’utiliser leur influence dans le pays ou lors d’une mission à l’étranger pour promouvoir un autre projet que l’intérêt général, et dont on aurait tort de sous-estimer la capacité de nuisance sont à écarter comme le coronavirus mortifère.

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Dans la famille des nantis grâce au commerce des stupéfiants, qui sont les parrains ?

L’opacité inhérente à la culture du secret est une calamité nationale. Que la police ne jouit pas de toute la liberté à mener les enquêtes est une idée aussi répandue que celle des ripoux dans leur rang et des personnes issues du milieu politique qui seraient mouillés dans ce commerce illicite.

Hormis les petits poissons qui tombent dans les filets de l’ADSU et la police des frontières, rideau de fer sur les gros bonnets. Protégés par qui ? Secret d’Etat, secret des lobbies. Jusqu’à quand ?

Entretemps, les ravages continuent sur la santé physique et mentale de nombreux jeunes. Aucune nouvelle sur les commanditaires de la drogue importée. Aucune transparence, par exemple, sur les activités de ceux accusés de fabriquer de la poudre suspecte dans un laboratoire dans un village du nord du pays. La police s’était rétractée, parait-il. Qu’en était-il vraiment ?

Tout comme l’ICAC, les sommes englouties par la commission Lam Shang Leen sont puisées des deniers publics. Pour quel résultat ? C’est à croire que certains hauts responsables ont les mains liées et portent un bandeau sur les yeux dans ce pays, et que le peuple s’est habitué à détourner le regard.

Compte tenu de la dangerosité de ce fléau qui gangrène la société, l’inefficacité de la lutte contre la drogue est quand même dramatique, et sape le moral du public.

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On s’attendait à un volet ouvert sur l’intention de promouvoir les nouvelles technologies et la science dans le discours présidentiel. Un oubli ?

On reste dans le flou total quant aux opportunités dans ces filières pour les jeunes diplômés passionnés de technologie innovante. La nécessité de reconnaître leur potentiel, l’ambition et le désir d’apporter, par leur savoir-faire, leur contribution au progrès technologie de la société. La reconnaissance de leur compétence au sein des entreprises où souvent l’ancienneté a une mauvaise tendance à faire fi des solutions apportées par les jeunes diplômés, où les anciens s’octroient jalousement, et à tort, le privilège du dernier mot.

Tout un état d’esprit à changer pour reconnaître à chacun la valeur qu’il a, et de cesser d’étouffer les talents par une attitude paternaliste et condescendante. Comment se fait-il que dans les pays développés les étrangers arrivent à réaliser leur ambition, et leur valeur est reconnue, et finalement, ils y sont beaucoup plus épanouis sur le plan professionnel?

Les contours de ce ‘Youth Empowerment Programme’ restent à définir. Il serait utile que la télévision offre l’espace de son écran aux jeunes gens qui ne demandent qu’à prendre la parole sur la technologie innovante et la filière scientifique qui les intéressent et qu’il faudrait promouvoir. Cela afin d’éviter des frustrations, de leur permettre de proposer un plan de recherche et de créer les conditions propices pour l’évolution de leur carrière.


* Published in print edition on 7 February 2020

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