Le Destin du Pays

By Nita Chicooree-Mercier

Dans un contexte de pandémie où le pays fait face à de nombreux défis, l’heure n’est plus à un orgueil mal placé, à l’ego et au calcul électoral. Dividendes faramineux de SBM Holdings, et maintenant, une ‘administration volontaire’ à Air Mauritius qui va jouer la prolongation à coups des millions sur la tête des contribuables, c’est effarant !

Les yeux sont rivés sur les décisions que prendront les autorités pour sauver les meubles en cette période de banqueroute qui guette de nombreux pays. Ici, c’est celle de la compagnie de l’aviation, perçue comme un véritable patrimoine national, qui mobilise particulièrement l’attention de tous ceux qui s’inquiètent de son avenir.

De nombreuses voix s’élèvent pour proposer des solutions afin de maintenir Air Mauritius dans le giron de l’économie locale. L’autonomisation de la compagnie est possible, selon l’ancien ministre des Finances, Rama Sithanen. Il est envisageable de remettre la compagnie à flot en la rendant plus indépendante tant au niveau des investissements répondant à ses besoins qu’au niveau d’une gestion professionnelle et efficace.

Quelques voies sont proposées pour permettre à la compagnie d’assumer un plus grand rôle dans les diverses filières qui, au final, la rendrait moins vulnérable auprès de ses créanciers. C’est un vaste chantier qui requiert de l’ambition, du courage et surtout des compétences comme la gestion de son propre service informatique, entre autres.

Quand on pense aux petits détails qui coûtent cher, celui du choix de l’uniforme confié aux étrangers en pensant que tout ce qui vient d’ailleurs est forcément mieux. Résultat : une couleur sable qui sied davantage à la peau claire qu’à un teint basané local. Ici, les stylistes locaux auraient proposé mieux. Le petit kit offert à chaque voyageur sur le long courrier : chaussettes, masque, brosse à dent, dentifrice, etc., est importé de Thaïlande. Ce n’est quand même pas de la haute technologie !

La poudre utilisée dans la fabrication des jus de fruits à Plaine Lauzan et servis à bord vient également de Thaïlande. Ce sont des milliers de kits, de jus de fruits et bien d’autres produits par jour.

Tout remettre à plat et tout refaire avec du sérieux, c’est le cri de tous ceux qui ont à cœur l’avenir de la compagnie nationale. Le leader du Reform Party et ancien ministre de la Bonne gouvernance Roshi Bhadain propose de suspendre la construction de la ligne Rose-Hill-Curepipe du tramway et d’investir les 10 milliards dans Air Mauritius. Et il en faudrait encore… dans les 7 milliards, d’où viendront-ils ?

L’ancien ministre des Finances a quelques sources de financement à suggérer, manifestement. De par son expérience, il aurait certainement des pistes de sauvetage à conseiller à l’actuel responsable du portefeuille national.

Quant au bruit qui circule sur une mise en tutelle par Ethiopian Airlines, présentée comme super efficace, on se permet de se poser quelques questions, notamment sur la sécurité si jamais la logique des profits à tout prix prime. Cette compagnie a continué à opérer les Boeings 737 dont les pièces fabriquées dans divers pays et leur assemblage ont été jugées défectueux et dangereux.

Le 29 octobre 2018, un 737 de Lion Air, compagnie indonésienne, décolle de Jakarta avec 189 passagers à bord, et dans les airs, pique et repique du nez pendant treize minutes avant de s’écraser dans la mer de Java. Problèmes de moteurs placés différemment … et de défaillance anti décrochage. Ce qui n’a pas empêché un 737 d’Ethiopian Airlines de décoller avec 157 passagers le 10 mars 2019 d’Addis-Abeba et de d’écraser six minutes plus tard à la vitesse vertigineuse de 925 kms heure. On se dit que la première qualité d’une compagnie aérienne, c’est de s’assurer de la sécurité de ses appareils avant toute autre considération.

Dans un contexte de pandémie où le pays fait face à de nombreux défis, l’heure n’est plus à un orgueil mal placé, à l’ego et au calcul électoral. Dividendes faramineux de SBM Holdings, et maintenant, une ‘administration volontaire’ à Air Mauritius qui va jouer la prolongation à coups des millions sur la tête des contribuables, c’est effarant !

La pandémie pousse à une remise en question de tout par rapport aux questions qui concernent les choix des pays. Tout le monde est au pied du mur. Ce n’est plus le moment de s’esquiver et de miser sur un retour à la normale parce que plus rien ne sera comme avant. Un malheur n’arrivant jamais seul, c’est la loi des séries qui s’abat sur le pays ces jours-ci, et qui révèle au grand jour les failles d’un système dont les uns et les autres se sont accommodé pendant des décennies.

C’est de la pure folie de produire moins de 30% de nos besoins et d’importer tout le reste ! Le pays a vécu au-dessus de ses moyens, la classe dirigeante politique s’octroie des sommes mirobolantes comparées à d’autres pays, et les gros bonnets du privé se partagent des dividendes mirobolants non-imposables et des parachutes en or en décalage complet avec la réalité économique du pays.

Il y a une prise de conscience générale de tous les enjeux et défis. Les décisions prises aujourd’hui détermineront la direction à suivre à l’avenir pour les futures générations. Tout cela requiert une synergie des meilleures compétences à mettre à la disposition du pays. S’obstiner à faire cavalier seul risque d’entraîner le pays sur une voie cahotante. On s’attend à des mesures efficaces et concrètes suite à cette prise de conscience bénéfique car c’est le destin du pays qui est en jeu.


* Published in print edition on 12 May 2020

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