“Le brouillard s’épaissit…

Tant que Sherry Singh n’apporte pas les preuves solides – nous resterons dans l’obscurité”

Interview : Dr Avinaash Munohur, Politologue

* ‘Allons nous vers un point de bascule ? Nous verrons bien, mais il est clair que le Premier ministre navigue dans une zone sensible’

* ‘Sherry Singh a pris l’initiative et a montré qu’il n’avait pas froid aux yeux. Maintenant, si ces allégations ne poussent pas le Premier ministre vers la sortie alors c’est Sherry Singh lui-même qui sera mis KO,…”


Dr Avinaash Munohur, politologue et Président de la Commission Développement durable du MMM, aborde avec nous toute la question des allégations formulées lors de la démission de Sherry Singh comme CEO de Mauritius Telecom, contre le PM l’accusant de vouloir lui forcer à accepter qu’une tierce partie étrangère ait accès au réseau de MT afin d’y installer des équipements de « sniffing ». A ce stade et sauf précisions additionnelles de Sherry Singh, rien n’autorise de porter un jugement sur une affaire d’une telle gravité, mais les implications morales, juridiques et géopolitiques, sans compter la portée politique locale sont abordées par notre invité.


Mauritius Times: Une allégation d’une extrême gravité a été faite par l’ex-CEO de Mauritius Telecom, et celle-ci a été démentie par le Premier ministre dans sa réponse à la PNQ du leader de l’Opposition, mardi dernier, au Parlement. Les avis au niveau du barreau divergent quant au délit qui aurait été commis et ce qui pourrait être rapporté à la police, ce qui fait que faute de détails précis et de preuves fournies par Sherry Singh lui-même, on risque de tourner en rond, non?

Dr Avinaash Munohur: Il est clair que les allégations portées par Sherry Singh sont d’une gravité extrême, et dépeignent un portrait particulièrement inquiétant de l’exercice du pouvoir actuellement à Maurice – un État démocratique qui a toujours été respecté et cité comme un modèle des pratiques libérales exemplaires dans la région, par nos partenaires géostratégiques, auprès des institutions internationales et auprès des investisseurs étrangers.

L’image pour le pouvoir est extrêmement dommageable, le nier relèverait de la mauvaise foi. Nous avons d’un côté un Sherry Singh communiquant de manière efficace et de l’autre un Pravind Jugnauth qui semble pour l’instant acculé, et dont les réponses sont faibles au vue de la gravité des accusations. La performance du Speaker de l’Assemblée nationale le 5 juillet dernier n’a clairement pas aidé le Premier ministre à rétablir un peu de confiance en son action, dans un moment aussi critique de la mandature.

Le Premier ministre a bien confirmé, le 6 juillet dernier, qu’une conversation téléphonique avec l’ex-CEO de Mauritius Telecom concernant l’accès à une équipe technique de l’Inde à Baie Jacotet avait bien eu lieu. Mais il a rejeté les accusations de Sherry Singh selon lesquelles il aurait demandé l’installation d’équipements permettant le ‘sniffing’ ou l’interception de données informatiques.

Il est clair que le brouillard s’épaissit et tant que Sherry Singh n’apporte pas les preuves solides qui soutiennent ses allégations et ses accusations – et en particulier des preuves démontrant la volonté d’installation d’équipements pour le ‘sniffing’ et la capture de données – nous resterons dans l’obscurité. Et il est essentiel que Sherry Singh fasse cela afin que nous puissions y voir plus clair.

Sommes-nous vraiment dans une affaire grave au cœur du pouvoir ou bien sommes-nous uniquement dans une guerre d’égo, où un ancien proche collaborateur ayant peut-être été poussé vers la sortie cherche à faire du sensationnalisme afin d’éclabousser son ancien maitre ? Ce point reste à être éclairci et il est urgent et extrêmement important que Sherry Singh vienne de l’avant avec des preuves puisque ses révélations ont plongé la réputation du pays dans une spirale qui peut devenir extrêmement toxique.

Je n’oublie pas que nous nous remettons à peine de l’inscription de notre secteur financier sur la liste noire des paradis fiscaux de l’Union européenne, nous devons donc tout faire pour améliorer et renforcer notre image à l’international. Notre pays est bien trop dépendant des investissements étrangers pour que ce genre d’allégations, voire ces soupçons de complots, restent sans réponses claires et précises. 

* Un autre courant d’opinion soutient que l’allégation à l’effet que le Premier ministre aurait donné des instructions à Sherry Singh pour qu’une “third party” soit autorisée à accéder au réseau de Mauritius Telecom pour installer des équipements de ‘sniffing’ pourrait être considérée comme un délit portant sur des directives pour commettre un crime au terme de l’article 38 du Code pénal ou d’incitation à la haute trahison. Encore une fois, sans preuves ni témoins, il n’y aura pas de procès contre le Premier ministre…

Il est absolument clair que sans preuves, que sans enquête policière et que sans matière à des poursuites, il ne peut pas y avoir de procès. Et, jusqu’à preuve du contraire, tout citoyen accusé a droit à la présomption d’innocence jusqu’à ce que cette accusation se transforme formellement en un verdict d’une Cour de justice.

De manière objective, nous sommes forcés de constater que nous ne savons en réalité pas grand-chose du contenu concret des allégations formulées. Nous avons besoin d’en savoir bien plus avant de pouvoir avoir une opinion informée puisque énormément de questions restent en suspens.

Supposons que les allégations soient fondées et que Sherry Singh remette des preuves de ce qu’il avance à la police, tout un ensemble de questions se poseront alors.

À l’heure où nous échangeons, PravindJugnauth a déjà reconnu qu’il a bel et bien appelé Sherry Singh pour lui demander l’accès aux installations de Baie Jacotet afin d’y effectuer un ‘survey’. La raison évoquée pour cette demande est « la sécurité d’État » et nous savons qu’une équipe avait été dépêchée à la suite d’une demande de PravindJugnauth auprès du PM indien. Mais nous ne connaissons pour l’instant rien quant à la nature de ce ‘survey’, tout comme nous ne connaissons pas les raisons qui ont poussé le Premier ministre à demander que ce ‘survey’ soit effectué.

De plus, un ‘survey’ effectué par des techniciens indiens ne nous informe pas forcément sur qui est le bénéficiaire de ce ‘survey’, ce qui revient à dire que nous ne savons pas encore de manière certaine qui est la « third party » évoquée par Sherry Singh. S’agit-il d’une puissance étrangère ou bien s’agit-il plutôt d’un dispositif installé pour que l’État mauricien puisse recueillir des informations pour son propre compte ? Si cette dernière hypothèse est vérifiée, alors pourquoi est-ce que le gouvernement mauricien doit recueillir ces informations ? Lorsque le Premier ministre parle de sécurité d’État, à quoi fait-il référence ?

Je laisse aux lecteurs le loisir de la spéculation sur les réponses à ces questions. Je voudrais plutôt attirer votre attention sur le fait que nous sommes en face de deux hypothèses différentes.

Il me semble que dans la première hypothèse – celle de l’installation des équipements de surveillance pour le compte d’une puissance étrangère – nous sommes effectivement dans le cadre de l’article 38 du Code Pénal et qu’il peut y avoir haute trahison du fait que le chef du gouvernement ait autorisé l’accès à des dispositifs et des informations engageant sa responsabilité en tant que Premier ministre et ministre de l’intérieur. Il peut même y avoir un ‘breach’ extrêmement sérieux pour la sécurité nationale, ne le sous-estimons pas, dans cette hypothèse.

Dans la seconde hypothèse – qui est celle de l’installation de ces dispositifs de surveillance pour le compte de l’État mauricien – il n’y a pas forcément haute trahison puisque l’accès aux réseaux et aux informations se fait dans le contexte d’un mandat du gouvernement pour sa propre utilisation. Je ne dis pas ici que cette hypothèse ne pose pas problème. Au contraire, nous sommes, tout comme dans la première hypothèse, en face de sérieuses questions liées à la liberté d’expression, au bon fonctionnement de la démocratie, des droits des individus à s’opposer à un pouvoir, etc., mais nous ne sommes pas dans un cas où un chef de gouvernement a agi pour le compte et au profit d’une puissance étrangère.

Il me semble qu’il est important de poser cette distinction puisqu’elle a des conséquences radicalement différentes.

Mais, par delà la question juridique et la définition juridique de la haute trahison dans ce cas précis – qui relève d’un débat de juristes –, nous ne devons pas occulter la dimension politique de la notion de trahison. Sommes-nous aujourd’hui à Maurice dans la situation où un chef du gouvernement, qui est le garant de notre sécurité nationale et de la souveraineté de notre pays, aurait usé de son pouvoir afin d’essayer d’obtenir des informations par des moyens illicites, que sa fonction ne pourrait cautionner ?

Encore une fois, nous spéculons, et sans preuves, sans précisions et sans réponses à tout un ensemble de questions qui se posent, nous ne pouvons pas savoir. Nous devons donc attendre et éviter toute spéculation dangereuse et hasardeuse.

* Au bout du compte toute cette agitation autour de l’allégation de Sherry Singh risque aussi de se transformer en eau de boudin surtout pour l’opposition si l’ex-CEO de Mauritius Telecom ne parvient pas à soutenir par moyens de preuves ou pire ne souhaite pas avancer plus loin, n’est-ce pas?

Encore une fois, l’impératif de la preuve est sur Sherry Singh. Il est l’accusateur, il doit maintenant soutenir ses accusations. Il en va de sa réputation et de son honneur en tant que citoyen, et surtout en tant que citoyen jouant soudainement la carte d’un patriotisme retrouvé, après tant d’années passées en première ligne des bénéfices et des avantages que peuvent procurer la proximité avec le pouvoir.

Que l’affaire se transforme en eau de boudin pour l’opposition, je ne le pense pas. L’opposition joue son rôle. Elle est la première à demander à Sherry Singh de venir de l’avant avec des preuves ; ne pouvant baser ses actions sur des spéculations gratuites. Il y a, de ce fait, une responsabilité des partis de l’opposition, et surtout ceux avec des représentants à l’Assemblée nationale. Leurs députés posent des questions et voudraient des réponses, comme tous les Mauriciens curieux des affaires publiques. Mais, comme vous le savez, ce n’est pas toujours évident pour les députés de l’opposition d’exercer le droit souverain que leur confère le peuple de le représenter et de défendre ses intérêts en questionnant la majorité à l’Assemblée nationale.

Dernier point quant à votre question… on entend, dans la dernière partie le fait que Sherry Singh pourrait être convaincu de retirer ses accusations et de faire une sorte de mea culpa publique. Il me semble qu’en déballant de telles accusations, et avec une telle force, il ne peut plus reculer maintenant. Il y aurait de très sérieuses questions à lui poser s’il reculait, et il aura le devoir moral d’y répondre.

* Toutefois si ce que Sherry Singh a déclaré s’avère vrai, qu’est-ce qui vous préoccupe le plus dans toute cette affaire?

Si cette hypothèse – et j’insiste sur ce terme, il ne s’agit pour l’instant que d’une hypothèse – s’avère vérifiée et prouvée, alors c’est une boîte de Pandore qui aura été ouverte, avec des ondes de choc pouvant avoir des répercutions d’une gravité extrême sur le plan géopolitique.

Dans un premier temps, le Premier ministre devra démissionner et s’expliquer sur les raisons de ses actions, avant de s’en remettre à la justice. Encore une fois, nous serons en face de tout un ensemble de questions. Pourquoi avoir fait une telle chose ? Est-ce que les raisons relèvent purement de la politique partisane – comme ce fut, par exemple, le cas pour l’affaire Watergate aux Etats-Unis ? Ou bien sommes-nous pris au cœur d’une guerre du big data et de l’information entre différentes puissances étrangères ?

Je n’oublie pas, par exemple, que le nerf de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine fut la guerre de l’économie du big data et de l’information, avec Huawei et la 5G chinoise en première ligne des attaques américaines – et notamment pour des raisons de surveillance et de contrôle des flux de data et d’informations. Nous sommes là dans le domaine des grands enjeux géostratégiques, avec la compétition pour l’hégémonie mondiale en jeu.

Certains géopolitologues disent d’ailleurs que nous sommes actuellement dans une phase historique de redistribution des rapports de pouvoir à l’échelle du monde, avec d’un coté les États-Unis qui revoient leurs ambitions mondialistes et leurs priorités sécuritaires à vitesse grand V ; et de l’autre la montée en puissance de la Chine à travers notamment la Belt and Road Initiative qui est dans une phase de conquête agressive de nouveaux marchés pour ses industries.

Il y a bien évidemment, dans le sillage de ces deux superpuissances mondiales, tout un ensemble d’autres pays dont les ambitions et les aspirations géostratégiques ne devraient pas être sous-estimées. Cette redistribution des cartes se produisant d’ailleurs tout autant dans les eaux de l’Indo-Pacifique que dans les espaces digitaux – le contrôle du dataéquivalant aujourd’hui à contrôler l’un des nerfs centraux de ce qui fait fonctionner le commerce mondial et la globalisation.

Je rajouterai ici qu’il serait extraordinairement innocent de penser que nous ne sommes pas pris dans ces enjeux ici à Maurice.

* Quelles soient vraies ou non ces allégations de Sherry Singh, quelles peuvent être ses motivations réelles, selon vous? Le vent tourne-t-il, à votre avis?

Il s’agit, selon moi, d’un moment extrêmement critique du mandat actuel. Et oui, les choses peuvent basculer pour le Premier ministre.

La première chose qu’il faudrait dire c’est que Sherry Singh a choisi l’attaque frontale. Il n’y est pas allé de main morte, et c’est le moins qu’on puisse dire. En faisant cela, Sherry Singh a pris l’initiative et a montré qu’il n’avait pas froid aux yeux. « He’s going for the kill » comme on diraitenAnglais. Au regard d’éventuelles ambitions politiques, il s’agit d’un excellent coup de communication. Maintenant, il nous apparaît de manière extrêmement claire également que si ces allégations ne poussent pas le Premier ministre vers la sortie alors c’est Sherry Singh lui-même qui sera mis KO, avec des conséquences que nous pouvons deviner extrêmement sérieuses pour lui.

Nous sommes vraiment comme dans un match de boxe entre deux hommes, et cette situation pourrait produire une instabilité politique réelle.

Je distingue ici situation politique et situation électorale. Je m’explique… Il me semble qu’au vu de la réalité économique actuelle, avec l’explosion du coût de la vie, les préoccupations de la majorité des Mauriciens sont ailleurs. Si vous rajoutez à cela le fait que nous sommes ici dans une affaire qui est – au regard du manque de précédents, des technologies et des enjeux impliqués – extrêmement complexe et obscure à comprendre, il se pourrait bien que nous soyons dans une situation où le Premier ministre soit en mesure de gagner une élection générale – qu’il aura tout intérêt à déclencher s’il se voit être poussé à la démission – alors même qu’il sera dans une situation de défiance généralisée. Défiance des acteurs institutionnels, défiance des acteurs économiques, défiance des partenaires étrangers, défiance des observateurs mondiaux, etc… Maurice ferait alors face à une situation extrêmement dangereuse et grave que ce soit pour notre économie, pour notre démocratie, voir même pour la sécurité de la nation. Je pousse un peu le bouchon, mais ce scénario n’est pas impossible. Il ne relève aujourd’hui plus de la fiction.

C’est d’ailleurs aussi pour cela que les forces de l’opposition ont le devoir de mettre leurs différends de côté pour pouvoir former un front solidaire et uni afin que notre pays ne se retrouve pas dans cette situation.

* Par ailleurs, l’affaire de ‘sniffers’ et le ‘coming-out’ de Sherry Singh ont déjà un impact sur l’échiquier politique et cela ira probablement en s’accentuant durant les prochaines semaines si ce denier vient déballer encore d’autres affaires susceptibles de déstabiliser l’alliance gouvernementale. Avez-vous toutefois l’impression que la campagne électorale a déjà été déclenchée, bien plus tôt qu’on ne l’attendait?

J’ai eu l’impression, en écoutant le dernier budget, que la majorité gouvernementale se donnait tous les moyens pour déclencher les élections générales le plus rapidement possible.

Il y a une disjonction trop importante entre la situation économique actuelle, et notamment l’instabilité de la Roupie, et la capacité du ministre des finances à mettre en place des mesures onéreuses pour soutenir le pouvoir d’achat des classes populaires pour penser le contraire.

Je ne dis pas que le gouvernement a déjà un calendrier pour les prochaines élections générales, mais il me semble qu’il s’est donné les moyens de le faire et il faut avouer qu’il s’agit d’une bonne tactique de leur part.

Nous sommes dans une telle situation d’incertitude et d’invisibilité par rapport au moyen terme que la majorité aurait tout intérêt à déclencher les élections générales anticipées dès qu’une fenêtre de tir lui étant favorable se présentera. Attendre la dissolution naturelle de l’Assemblée nationale en novembre 2024 équivaut à accepter de naviguer dans l’incertitude du futur, ce que les stratèges du MSM ont souvent refusé de faire.

Je me souviens, par exemple, ici des mandats de SAJ qui duraient moins de 5 ans dans les années 1980 et 1990. Je ne doute pas que PravindJugnauth appliquera la même méthode, surtout s’il pense que l’opposition sera prise au dépourvu.

* L’affaire Sherry Singh constitue un gros morceau pour l’opposition, probablement plus efficace que les autres affaires et thèmes, dont la dépréciation de la roupie et la crise du pouvoir d’achat affectant la population, etc., qui ont dominé l’actualité ces derniers mois. Faut-il toutefois qu’elle se fasse voir comme une alternance valable, n’est-ce pas?

Un gros morceau très certainement, mais il ne faut pas oublier que ce gouvernement n’a eu de cesse d’accumuler les scandales.

Nous n’avons pas oublié la gestion désastreuse de la marée noire du Wakashio, nous n’avons pas oublié l’obscurité autour des Emergency Procurements passés pendant la Covid, nous n’avons pas oublié la démission de l’ancien ministre du commerce dans le cadre de l’affaire Kistnen, et j’en passe…

Cette affaire vient s’ajouter à une série déjà longue de scandales mais nous sentons bien que nous sommes ici en face d’une affaire dont les implications et les répercutions pourraient être beaucoup plus graves que les autres.

Allons-nous vers un point de bascule ? Nous verrons bien. Il est encore trop tôt pour s’avancer sur cette question, mais il est clair que le Premier ministre navigue dans une zone sensible.

L’opposition agira très certainement comme elle l’a toujours fait, c’est-à-dire de manière responsable. Il est important de ne pas basculer dans les fantasmes et les spéculations dangereuses, et d’avancer prudemment et de manière rationnelle. La sécurité nationale et la paix sociale restent les priorités de toute personne engagée de manière sérieuse en politique.

Parallèlement à cela, nous continuons à travailler – comme je peux le faire avec mes camarades de la Commission Développement Durable – à une meilleure compréhension de notre monde, de notre pays et des problèmes que nous vivons et qui touchent nos compatriotes, parfois de manière violente.

La responsabilité de l’opposition n’est pas uniquement la construction des alliances politiques représentant une alternative crédible, mais le fait de construire ces alliances sur des projets solides et qui répondent aux défis actuels – qu’ils soient économiques, sociales, sécuritaires, énergétiques, institutionnelles ou culturelles.

* Certains observateurs politiques persistent à croire qu’il faut absolument une alliance PTr-L’Entente de l’Espoir pour affronter l’alliance au pouvoir, mais les choses sont toutefois toujours coincées sur ce plan-là, en raison du désaccord sur le leadership d’une alliance élargie de l’opposition. Et, on ne sait pas si les Travaillistes regardent dans la même direction que les autres composantes de l’opposition, en particulier le MMM. Qu’en pensez-vous?

J’ai beaucoup de respect pour les observateurs politiques, surtout quand ils nous permettent d’avoir une meilleure lisibilité des situations politiques parfois complexes. Mais ils se trompent également parfois, et notamment dans la facilité avec laquelle ils ont de voir dans toutes les petites phrases des postures ne correspondant pas à la réalité des négociations et des pourparlers.

Des alliances politiques ne sont pas des choses qui peuvent être prises à la légère, selon le bon vouloir du sentiment que l’on peut avoir en se réveillant le matin ou en rentrant du travail après une dure journée. Les alliances politiques sont fondées dans des projets communs, et il est extrêmement important de s’accorder sur les projets, et sur la manière de les réaliser.

Nous ne sommes pas ici dans de l’improvisation pure. Le musicien que je suis vous dira que le jazz peut sembler improvisé, et il est indéniable qu’il comporte un élément de créativité, mais le jazz répond à une structure harmonique extrêmement rigide et solide. Il en va de même pour les projets politiques et les négociations d’alliance : ils doivent répondre à des critères qui feront que le projet proposé au peuple sera mené à bien, et ce malgré les imprévus qui se présenteront sur notre chemin.

Je peux d’ailleurs vous affirmer que les partenaires de l’Entente de Lespwar regardent dans la même direction et ont un objectif commun : l’urgence d’un changement politique. Il me semble que le PTr a le même objectif. Mais cela ne suffit pas selon moi. Ce qui compte, à ce moment donné de l’histoire de notre pays et dans la conjoncture actuelle, c’est de s’accorder sur un projet commun qui permettra à la République de Maurice d’effectuer pleinement son entrée dans le 21ème siècle et d’ouvrir un cycle politique qui nous permettra de poser les bases d’un projet national nous menant vers les années 2050.

Encore une fois, je considère que mes camarades et moi sommes pris dans cette démarche même si elle reste un travail de fond qui n’attire pas forcément l’attention des médias devenus parfois trop friands de sensationnalisme, jusqu’à en oublier la fondamentale de la politique : le fait qu’elle soit l’instrument avec lequel nous pouvons changer notre monde.


Mauritius Times ePaper Friday 8 July 2022

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