La Vague Optimiste

Jeux des Iles de l’océan Indien

By Nita Chicooree-Mercier

L’engouement de ces dix derniers jours de tout un public pour une compétition sportive inter-îles a été ponctué tout le long au moyen d’une euphorie qui anticipait la victoire finale. Par les tonnerres d’applaudissements sur le terrain, les cris d’encouragements et de joie vibrant de patriotisme et le drapeau national flottant gaiement dans tous les coins et recoins de l’île, le public n’a cessé d’accompagner les sportifs et sportives que comptent les différentes disciplines. De loin ou de près, devant l’écran ou en voiture, au bureau et à l’atelier, tout un chacun paraît bien informé du déroulement des épreuves.

Ceux qui d’habitude ne sont pas spécialement portés sur la chose sportive se sont laissés entraîner par l’ambiance festive. D’ailleurs, le souvenir d’une équipe réunionnaise redoutable dans toutes les disciplines ne laissait rien présager d’un retournement, ce qui a surpris tout un chacun. C’était sans compter avec la détermination de l’équipe locale de triompher pendant ces jeux que les uns et les autres préparent depuis quatre ans sous la houlette du ministère des sports, sans tambour ni trompette.

On s’est presque résigné à se faire battre à plate couture par une équipe de l’île sœur, laquelle bénéficie d’un entraînement de haute facture et fortement financé par les instances locales et françaises. Que nenni ! Les voisins, donnés comme gagnants d’avance, ont baissé la garde, et se sont mis au travail depuis un an seulement. Ici, on a le sentiment que plus qu’une passion, c’est une rage de se hisser le plus haut possible qui a motivé le ministère et a nourri l’ambition des sportifs qui se démènent de toutes leurs forces depuis quatre ans.

L’information sur l’encadrement des sportifs, l’entraînement dans d’autres pays et l’aide des coachs dénichés à l’étranger a vaguement circulé, d’où l’effet surprise de ces jeux inter-îles. La détermination, la volonté, l’ambition et le travail mis à contribution pour toute une recette vouée à la réussite. On ne peut que féliciter tous ces jeunes qui ont brillé dans leur discipline respective et les encourager à persévérer dans la voie qu’ils ont choisie.

Le ministre Stephan Toussaint a récolté les fruits de son engagement et de son investissement dans le domaine sportif. La récolte des médailles est tout à son honneur. Quand bien même un système de vedettariat showbiz politique met toujours le poulain de l’écurie au premier plan en veillant à soigner son image et en fait de tout feu un éclat de réussite personnalisée…

Aussi louable, cependant, est la volonté de l’Etat d’accorder la place que mérite le sport dans le budget national depuis quelques années.

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Un public solidaire et déchaîné a répondu présent dans les gradins en cette période des vacances scolaires, lesquelles tombaient à pic. Autant en emporte le vent, la pluie et les nuages par ce temps grisâtre, le public quand même a raflé les tickets sans se faire prier. D’ordinaire casaniers par défaut, hommes, femmes et enfants ont profité de l’occasion exceptionnelle de sortir et de participer à un rassemblement sportif à l’allure de fête.

Dans cette île où ils sont nombreux à tourner en rond dès qu’un peu de congé les libère de la routine de boulot (bientôt métro) et dodo, rien d’étonnant que tout ce beau monde se soit précipité à un événement d’une telle ampleur. Il va falloir organiser aussi des évènements culturels qui soient intéressants et motivants pour sortir les gens de leur case.

Pas de fête sans musique ! Surtout dimanche soir, les artistes locaux ont gratifié le public au stade Anjalay d’un spectacle de qualité. Ils ont l’air d’être des habitués de la scène des hôtels tant leur performance fait preuve d’un certain professionnalisme à en juger par la chorégraphie, les costumes et la musique. Une ambiance d’enfer.

Sur fond de tambour et ravanne, une reprise de Rosida zoli ti fam kama twa fit vibrer les cordes de la mémoire collective pour le plus grand bonheur des aînés et la voix de Tifrer résonna avec chaleur et force aux oreilles de tous ceux à l’écoute. Autre reprise chaleureuse du grand Dalon Serge Lebrasse, qu’on ne voit plus ces temps-ci, Madam Euzène chanté en chœur par le public. Artistes, hommes et femmes, tous habillés superbement et dansant à merveille.

Le sens inné de la fête, peuple fêtard, dirait-on. La joie et la fête sont aussi ce à quoi aspire une société ; pas que le travail et l’économie toute l’année… Faut-il rappeler que le Cardiac Unit des hôpitaux ne regorge pas de sportifs et de fêtards ?

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Il reste à faire bon usage de Côte d’Or à l’avenir, et à inviter les amateurs à en profiter pour se défouler à leur niveau. Quant aux sportifs issus d’un milieu social modeste, quelles opportunités de décrocher un emploi pour leur permettre de gagner leur vie correctement toute l’année?

Comme on a pu entendre des intervenants sur le sujet, il ne s’agit pas de leur proposer un emploi plutôt ‘physique’ ; c’est un peu réducteur de présenter un tableau binaire des qualifications ‘académiques’ des uns opposés aux qualités ‘physiques’ des autres.

En général, ce qui caractérise aussi les moniteurs de sport et les sportifs, ce qui se dégage de ces prouesses de jambes et de bras dans une course ou un ring de boxe et un terrain de foot est un élan optimiste. On participe pour gagner, et on ne gagne ni on ne perd à moitié. Le dynamisme physique et l’énergie déployée portent vers l’optimisme, un élément vital en vue d’atteindre le but qu’on se fixe. Le découragement et les états d’âme ou la fausse modestie n’ont pas leur place dans cet objectif à atteindre.

Outre la discipline que l’on s’impose, cet optimisme peut être une qualité dans le secteur privé. Le secteur public, véritable tonneau des Danaïdes, où toutes les compétences se rejoignent avec une motivation variable, et avec cette tentation de se la couler douce et peinarde peut être un repoussoir pour des gens dynamiques. La discipline n’est pas toujours de mise, on s’absente selon ses caprices, horaires pas toujours respectés, pause déjeuner prolongée pour moult raisons, du bon temps, prières, empêchement familial, et du grand n’importe quoi… aux frais des autres contribuables.

Mais d’autre part, l’attrait d’un salaire garanti peut être un atout qui permet de se consacrer à l’entraînement. De grâce, il n’y a pas que la force policière, quand on y voit ce qu’on n’a pas envie de voir ; et comme autre alternative du genre ‘physique’, gardien de prison, grrrrhhhh! Invitation à la déprime garantie de ce milieu carcéral où sont réunies les âmes égarées de la société.

Les complexes sportifs ouvriront d’autres opportunités d’emploi. Une taxe dans les régions rurales permettrait aussi de financer l’embauche des moniteurs pour les sportifs qui veulent bien être polyvalents pour gagner leur vie. Et c’est tout un programme pour insuffler l’esprit sportif dans les familles où le sédentarisme a fait des ravages depuis des décennies. Le Mauricien moyen n’est pas sportif, il est plutôt gnan-gnan en général. Un coup d’œil à Mont Choisy suffit pour prendre la température de la difficulté que procure l’effort physique chez les uns et les autres : une simple marche les épuise.

Jogging, n’en parlons pas, un cercle restreint. Quant à la baignade dans une eau à 22 degrés qui ne fera pas hésiter ceux venus des contrées froides, ici, ils s’en éloignent pour ne pas attraper froid! C’est le Pôle Nord; certains hommes se baladent avec un bonnet sur la tête. Pour le courage, il faudra repasser. Et ce défaut influe sur le caractère et la mentalité, il va sans dire. Il faut des bras et de bonnes jambes, et un esprit discipliné pour faire bouger les autres…


* Published in print edition on 2 August 2019

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