La loi entre mille mains

Par Nita Chicooree-Mercier

C’est quoi ce méli-mélo? on se le demande en s’interrogeant sur cette tendance à régler les comptes par les coups quand on lit à propos de ce qui se déroule dans l’actualité. Ce dérapage qui consiste à suspendre toute réflexion et à refuser de discuter d’une manière rationnelle, doit-il nous étonner? Pas vraiment.

Depuis des années, on assiste à cette propension à l’irrationnel, à se laisser emporter par la susceptibilité, l’émotion et les caprices de l’égo.

  • Niveau 1:Cela se traduit par des prises de bec, des cris, des invectives, des hurlements et des insultes visant la vertu des mères si ce n’est qu’une partie de leur anatomie. Lorsque c’est un commerçant qui s’adonne à ce genre de comportement, il est tout à fait inconscient qu’il risque de perdre des clients. C’est invraisemblable mais bien vrai !
  • Niveau 2 : Les engueulades se terminent en coups de poing, des objets volants sont lancés furieusement sur la victime.
  • Niveau 3:C’est un passage à tabac systématique, chacun tabasse l’autre sans scrupule. On ôte la vie de l’autre, c’est la descente en enfer consciemment ou inconsciemment. Dans cette dernière catégorie, quatre femmes ont perdu la vie sous les coups de leur mari au mois de mars.

Revenons aux informations des médias. Un jeune homme se fait rouer des coups dans un champ à Triolet. Est-on si bien informé par la presse d’investigation ? A ce jour, on ne sait toujours pas s’il est propriétaire ou voleur de légumes!

Il semblerait que la violence dans les cellules de la police soit un rituel. Par ailleurs, un policier du NCG s’en prend à la SMF, les manifestants attaquent les policiers, les CID auraient envoyé au tapis le président du Bar Council et l’injonction de la Cour suprême avec.

Bien entendu, cette affaire fait penser à autre, plus ancien, rapportée par la presse écrite : cet homme de loi s’était défoulé à coups de poing sur un jeune homme qui a eu le malheur d’égratigner sa belle voiture lorsqu’il était ministre.

De quoi est fautif leslovaque?Le saura-t-on un jour ou ne le saura-t-on jamais ? D’après ce qu’on entend dire ici et là, si c’est le commerce de la drogue, il y a bien quelques ressortissants d’Europe de l’Est qui en ont fait leur fond de commerce dans le nord du pays depuis des années. Le réseau serait graduellement démantelé grâce à la vigilance de l’ADSU.

Un meneur d’émeutes s’indigne qu’une manifestation contre la vie chère et le prix de l’essence – en saccageant les biens publics – concerne la police. Donc, selon lui, la police ne devrait pas s’en mêler. On se pose la question : est-ce que cela reflète une piètre connaissance du fonctionnementdes institutions ?

Dans tous les pays, du Sri Lanka aux Pays Bas, le devoir de la police est de préserver l’ordre public. En revanche, dès lors que des policiers sont en nombre face à un détenu, ils ne doivent pas se croire au-dessus des loisetse défouler sur un détenu. Quand ce comportement existe, cette attitude relève d’un sentiment d’impunité que les gouvernants n’ont que trop toléré.

Parfois, il arrive que la police soit aussi complice de non-respect de confidentialité des dossiers dont elle a la charge, un autre maillon défectueux dans la chaîne des services qui font fi de la déontologie de leur métier, sujet qu’on a évoqué dans cette colonne récemment. Le compte bancaire n’est confidentiel que sur papier, un rapport à la presse contre tel individu ou telle société est dévoilé sans vergogne par certains journalistes dès lors qu’ils connaissent la personne visée dans ce rapport. Comment situer le professionnalisme d’un journaliste dans ce cas ?

De même, il suffirait de ‘connaître’ certains officiers ou alors, d’être proche du pouvoir, pour avoir accès au dossier confidentiel d’une plainte qu’un citoyen ordinaire aurait déposée à la police, entend-on souvent dans le public. N’y a-t-il pas, dans de tels cas, un manque de principe, un manque de constance,un manque de droiture et un je-m’en-foutismequi devraient empêcher bien des gens de dormir ?Ou faudrait-il les féliciterd’avoir les nerfs de supporter ce type de comportement ?

Pourrait-on avancer avec prudence que l’insécurité dans ce pays remonte à 1995, période d’un début de laxisme qui permettait aux malfrats de tout poil de cambrioler, d’agresser les gens dans leur demeure, et de voler sans trop s’inquiéter ? Malheureusement, ce déchaînement des bas instincts à différents niveauxpeine à ralentir.

Les autorités sont certainement conscientes que ce climat d’insécurité est loin d’être un atout pour attirer les investisseurs. Comment faut-il comprendre les meurtres non-élucidés? Manque de compétence des investigateurs dans un pays en voie de développement? C’est une pilule amère à avaler pour les gens du pays, et que les dieux consolent les ressortissants étrangers qui ont perdu leurs proches dans des circonstances inexpliquées…

Il y a des années, une touriste française et sa fille disparaissaient dans des circonstances mystérieuses. Accablé par cette tragédie, le mari chercha à connaître la vérité. A force de revenir ici et d’insister pour connaître la vérité, il finit par êtretraité de persona non grata. Ce manque de sensibilité et d’humanisme a choqué bien des gens, Mauriciens ou étrangers. Cette incapacité à avoir de l’empathie, à se mettre à la place des autres est surprenante, effarante, voire ahurissante.

Dans la liste de meurtres où les coupables courent toujours en toute liberté, rappelons-en quelques cas.

  • Celui de Vanessa Lagesse qui demeure non-élucidé à ce jour.
  • Personne n’a cru au suicide de Anand Kumar Ramdhony dans une cellule policière pour une Rolex rachetée à un receleur ou volée.
  • Le cas Michaela Harte ressort des tiroirs, et ce n’est toujours pas gagné. Un des suspects s’est suicidé, il y a des années. On se souvient que les étudiants en droit de l’UoM rigolaient en assistant, en tant que stagiaires, à la performance de leur tuteur/avocat mettant un knock-out à la partie adverse dans le procès que se déroulait en présence des membres de la famille de la victime. C’était d’une telle désinvolture !
  • Et on ne sait si l’enquête sur l’assassinat de Kistnen aboutira ou fera preuve du contraire ?

Des moyens sont investis dans d’autres secteurs pour moderniser à tout prix. Le public s’attend à ce qu’un service public aussi chargé de personnel soit efficace. Il y a urgence à apporter des réformes quitte à faire appel à l’expertise étrangère. Le prétexte que certaines divisions de la police ne disposent pas de toutes les compétences dans un pays en voie de développement n’est pas une explication satisfaisante.

N’importe quel peuple sensé s’indigne contre l’incompétence chronique et la loi appliquée à deux vitesses. Si ce n’est pas le représentant de la loi et la force de l’ordre qui créent le désordre, alorsce ne devrait pas être la politique non plus qui contribue au dysfonctionnement des institutions…

Il ne faut pas se leurrer. Quelle serait la cause de l’ensauvagement qui touche, comme un virus, toutes les couches de la population ? On pourrait encore parler de l’irrationalité, de la susceptibilité et du sang chaud des insulaires sous les tropiques… La propension à la violence serait-elle une spécificité du sous-développement ?

Quant à l’égo explosant dans la poitrine, les rancunes, les petites vengeances, les jalousies, la compétition malsaine, l’incapacité de raisonner… c’estune toxicité dont chacun se protège à sa manière. 


Mauritius Times ePaper Friday 29 April 2022

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