Sookdeo Bissoondoyal

Nous commémorons en ce 25 décembre le 107e anniversaire de la naissance d’un des plus grands politiciens, au sens le plus noble du terme, que notre pays a produit en la personne de Sookdeo Bissoondoyal.

Enseignant, écrivain, journaliste, leader de parti, député, ministre, feu Sookdeo Bissoondoyal a tout au long de sa vie contribué à améliorer le sort de ses compatriotes, peu importe le poste qu’il a occupé.

Sookdeo est né en 1908 dans le village de Tyack. La maison témoin de sa naissance a été rachetée par le gouvernement et convertie en musée en 1987. C’est un endroit qui raconte l’histoire de Maurice en même temps que celle de ce grand tribun. Les deux sont inextricablement liés car depuis son plus jeune âge jusqu’à sa mort, il a été de tous les combats comme le fait ressortir R. Jeetah dans son livre, The Life and Times of Sookdeo Bissoondoyal.

Ayant pour inspiration et comme enseignants ses frères aînés, Soogrim et Basdeo, Sookdeo détestait l’injustice et prenait sa plume quand le besoin se faisait sentir pour dénoncer des pratiques injustes comme le témoigne cet article dans Le Cernéen du 2 février 1937 intitulé Dans l’enseignement, au moment où il était venu en aide aux probationers qui n’étaient, selon lui, en aucun cas, inférieurs aux autres enseignants dans les écoles où ils travaillaient et devaient donc percevoir la même rémunération.

Cependant, étant un employé du gouvernement colonial, il ne pouvait utiliser son nom et ainsi il écrivait sous un pseudonyme: Magister. Il a eu trois noms de plume au cours de sa vie journalistique entre 1920 et 1970 dont Surendra et Karma Lall. Il a contribué à plusieurs journaux de l’époque parmi lesquels on retrouve Le Mauricien, L’Essor, Mauritius Arya Patrika et il a aussi lancé son propre journal Zamana en 1948 qu’il avait fait publier chaque deux semaines à son domicile historique se situant au 14, Rue Vallonville que la famille avait acheté en 1928.

L’éducation a toujours occupé une place importante dans la vie des Bissoondoyal. Les frères, même s’ils avaient contracté des prêts pour l’achat de la maison, se débrouillaient pour acheter des livres, des dictionnaires et des encyclopédies. Comme eux, Sookdeo était un passionné de lecture et il dévorait les mots. Il avait une passion non seulement pour la littérature et les mathématiques mais aussi pour l’histoire.

Il a commencé sa carrière dans l’enseignement à l’école Villiers Renée mais il a travaillé pendant une longue période à l’école du gouvernement Western Suburb où il avait pour collègue Mootoocoomaren Sangeelee. C’est d’ailleurs ce dernier qui l’a inspiré à prendre part aux élections de 1963. Les deux avaient aussi mené une lutte sans relâche pour l’émancipation politique de ceux qui n’avaient pas de grands moyens financiers mais qu’ils puissent voter comme c’était le cas auparavant.

En effet, pour les élections de 1948, avec l’avènement de la nouvelle Constitution, ceux qui pouvaient écrire leur nom en hindi ou dans une des langues orientales ont eu le droit de voter. Ils ont parcouru l’île avec Basdeo et d’autres camarades pour s’assurer que tous les habitants ayant l’âge pour voter puissent signer leur nom.

Basdeo et Sookdeo assuraient cela dans les baitkas du pays et Mootoocoomaren allait dans les écoles tamouls du soir pour s’assurer que les gens puissent écrire leur nom en tamoul.

A son domicile, à Tyack, on peut voir le tableau dont il se servait pour enseigner et aussi les notes destinées aux enfants qu’il écrivait au dos des boîtes de cigarettes mais aussi les devoirs pour les enfants en géographie et en français. Sookdeo n’avait peur de personne et il n’hésitait pas à s’adresser au Directeur de l’Education pour faire part de ses doléances, ce qui n’était pas au goût de ce dernier.

Sans doute ressentant que l’heure était venu pour servir son pays d’une autre façon, Sookdeo at quitté l’enseignement après 22 ans de service (1923-1945). Décision aussi prise sans doute à cause du traitement qu’on lui a infligé en lui demandant de travailler dans des établissements se situant là où le climat était mauvais.

Entretemps, il donnait des leçons particulières pour subvenir à ses besoins et ensuite il a rejoint la politique et il a été élu pour la première fois en 1948 pour représenter le district de Grand-Port et Savanne. Il était réélu en 1953, 1959, 1963 et 1967. Il a passé en tout 28 ans au Conseil législatif et comme membre de l’Assemblée occupant le portefeuille de ministre des Administrations régionales après son élection en 1963 sous la bannière du parti qu’il a fondé en 1958, l’Independent Forward Block.

C’était durant son passage à ce ministère que plusieurs village halls et municipalités ont été construits dans le pays. L’accession de Port-Louis au rang de cité est aussi l’un des patrimoines que nous a légué Sookdeo Bissoondoyal, événement dont nous célébrerons le jubilé d’or le 25 août l’année prochaine.

Les discours de Sookdeo au Conseil législatif et à l’Assemblée étaient toujours bien réfléchis et appréciés de tous ses collègues, et même dans l’opposition.

Plusieurs livrets ont été imprimés par le Hindoo Press contenant ses discours mémorables. Sookdeo n’a jamais trahi ses principes et a même fait de la prison à quatre reprises entre 1947 et 1957 pour défendre ses idéaux et celui de son parti. Il a aussi contribué au mouvement que son frère ainé Basdeo avait lancé à son retour à Maurice, le Jan Andolan en 1939.

Sookdeo a pris les rênes de ce mouvement quand son frère était en prison et en a assuré le maintien. Il a aussi beaucoup contribué pour propager la langue hindi et les langues orientales en général. Il est lui-même à la base de l’ouverture de 300 écoles de hindi à travers le pays entre 1946 et 1947.

Sookdeo a participé aux conférences constitutionnelles à Londres en 1965 et il s’était rallié avec le PTr de Seewoosagur Ramgoolam et le CAM d’Abdool Razack Mohamed pour les élections de l’Indépendance en 1967. Il a été nommé ministre des Coopératives après avoir été élu mais il a démissionné ensuite le 25 mars 1969 suite à des désaccords avec le Premier ministre Seewoosagur Ramgoolam pour prendre le rôle de chef de l’opposition. Sa défaite en 1976 a aussi été son dernier combat politique.

Son rôle dans l’obtention du suffrage universel en 1956, la création d’un Ombudsman pour agir comme gardien des droits publics en 1965, l’indépendance en 1968 pour ne mentionner que ceux-là font de Sookdeo Bissoondoyal un grand homme qui a sa place parmi les géants de la nation mauricienne. Il est le fleuron de ce que Maurice peut produire de plus beau et de plus juste. Il demeure, même pour les générations à venir, un modèle de sagesse, un exemple à méditer mais surtout à suivre.

Références: ‘The Life and Times of Sookdeo Bissoondoyal’, R. Jeetah – Sookdeo Bissoondoyal Memorial Museum

 

* Published in print edition on 18 December 2015

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