Joseph J.A. Varondin

Lettre de La Réunion

Ni peuple ni nation mais Parc National

– Joseph J.A. Varondin

Comme ils refusent d’être une nation, les Réunionnais ont sollicité de leurs Maîtropolitains l’octroi d’un Parc National couvrant les deux tiers de l’île dans lequel ils vivent comme une espèce à protéger. Comme les tandracs qu’ils appellent tangues, bestioles à piquants protégées — introduits par les habitants malgaches des premiers jours de la colonisation – dont ils sont très friands et dont la chasse est réglementée par leur grand Chef de France, Monsieur Le Préfet.

Lui, n’étant pas indigène mais Souchien, c’est-à-dire Français – de souche française de France -, ne mange pas de tangue ! Pouah, l’horreur puante !

 

 

Ne pouvant rien créer de tangible, ni nation ni peuple, chacun dans cette île bénie est libre de créer autant de Parcs Nationaux qu’il veut. Ainsi il peut décréter son jardin Parc National. D’ailleurs son parc à cochon peut être également proclamé Parc National même si la France ne tient pas à les nationaliser car ses représentants de souche dans l’île ne mangent que de la viande métropolitaine, de la viande française de pure origine t du caviar d’Iran baptisé Petrossian.

On ne saura jamais exactement qui a mis en marche le business du Parc National réunionnais. Ceci dit, c’est un business qui rapporte de l’argent à ceux qui le gèrent mais qui n’a été voté ni au Conseil Général ni au Conseil Régional. En tout cas, ce parc – voulu par quelques écologistes qui n’ont jamais planté un pied de piment ni un pied de bringèle -, a été conféré par Paris sans que la population indigène n’ait été consultée. Comme elle ne l’a pas été quand la colonie de La Réunion avait été transformée par une Assemblée fantôme parisienne en département français en mars 1946.

 Notons en passant qu’il n’y a pas de peuple réunionnais ni de nation non plus, le Conseil Constitutionnel français l’interdit. Les habitants de La Réunion ne sont pas dignes d’être un peuple, ni d’être une nation. Ils ne constituent qu’une population. Comme une population de tangues dans un Parc National.

Ils sont neuf vénérables toques à former ce Conseil Constitutionnel et on les a déjà vues à l’œuvre. Il y a une décennie de cela, une nuit, ces insomniaques ont décidé d’une seul voix que le peuple corse n’existait pas ! Cela faisait pourtant plusieurs centaines de milliers d’individus à faire passer à la trappe ! Comme ils ont affirmé que ce n’était pas un génocide constitutionnel, il faut les croire. Comme il faut croire qu’il n’y pas eu de génocide vendéen sous leur Révolution.

En fin de parcours, comme nos riches voisins réunionnais ne constitutent ni un peuple ni une nation, ils se sont fait offrir avec succès un Parc National. National de quelle nation, ils l’ignorent. Pourvu que le mot national soit écrit quelque part. Quand on n’a pas droit au substantif, on se gave de l’adjectif.

Maintenant nos voisins –ne veulent plus être nos cousins depuis qu’ils sont devenus Européens, riches, diplômés et chômeurs mobiles. Nourris, logés et blanchis également – ils ont gagné leur Parc National – toujours en majuscules, sinon il devient un parc ordinaire.

Comme un parc à cabris – pour le protéger des futures prédations des indigènes d’en bas, Paris a imposé à sa tête et à son entrée une implacable et invincible Jeanne d’Arc verte qui, l’épée de feu toujours en alerte, en rangers boueux, T-shirt mauricien de hawkers et jeans de magasin d’usine, montera désormais la garde aux portes de son Parc National. Un dragon, même chinois garanti RPC, modèle 2012, ne pourrait pas faire mieux. Devant un tel chef-d’œuvre de trucage écologique, à la demande réitérée des parqués, l’UNESCO n’a pu que donner son agrément pour en faire son patrimoine. Du coup, ces riches Réunionnais, enclos dans leur Parc National, n’ont plus de patrimoine ! Ils ne connaissaient pas l’histoire du jako qui scie la branche sur laquelle il est assis. Le jako aussi ne connaissait pas cette histoire sinon il ne l’aurait pas scié !

Il y a deux décennies, peu ou prou, de braves gens qui s’effrayaient, avaient défilé dans les rues de La Réunion en vociférant à qui mieux mieux : « Coupe pas nous ! ». Le profane s’était inquiété de savoir si un despote parisien avait concocté un projet de Loi Nationale prévoyant la castration d’une certaine catégorie de personnes jugées déraisonnablement prolifiques.

Il en existe plusieurs : celles qui défilaient justement et dont les reproductrices sont opérationnelles dès l’âge de seize ans suivant le principe alimentaire : « Au lieu d’un diplôme qui ne paie pas, mieux vaut un ventre qui rapporte » (entendez des allocations sociales de toutes natures) ; les établissements scolaires, elles, servant de centre d’apprentissage.

En réalité, ce n’était que le département insulaire, déjà partagé entre quelques puissantes familles politiques, que l’on voulait diviser en deux gâteaux à cette époque. In fine, l’île n’a pas été coupée mais beaucoup de Castrés Nationaux des défilés carnavalesques sont restés sur le carreau. Aujourd’hui, par la grâce et la puissance de grands amoureux et défenseurs de la nature réunionnaise, l’ex-Ile Bourbon se trouve bel et bien coupée en deux. Pas verticalement comme un gâteau mais horizontalement comme une tête de singe dans un restaurant de Shanghai.

La calotte montagneuse insulaire, au niveau des pitons, cirques, planèzes, plateaux et coteaux, est devenue le Parc National, réservé à la sagesse écologique d’autochtones parfaitement dressés. C’est la Réunion d’en haut. Tandis que la base littorale, inqualifiable et restée sans qualificatif, est livrée à la prédation du tout venant indigène et allogène, pollueur par nature sinon par conviction. C’est La Réunion d’en bas.

Autrefois on connaissait le parc bœuf, le parc moutons, le parc cabris, le parc cochons, le parc poules à côté de la case du Zabitan. Aujourd’hui, le Zabitan des Hauts, devenu « Européen pied coco » est lui-même parqué. Certes, dans un Parc National mais parqué quand même. Comme ses animaux qui n’ont plus le droit de divaguer dans la nature. On ne lui a pas demandé son avis. Habitant les Hauts, il ne savait pas se protéger des Réunionnais d’en bas qui venaient polluer sans vergogne ses vertes montagnes pendant leurs loisirs.

Alors on a décidé de la protéger. Qui « on » ? Il ne le sait pas trop, nous non plus, mais « on » a décidé pour lui qu’il était urgent deprendre de telles mesures. Et pour ce faire, quoi de mieux que de le parquer chez lui dans un Parc National en tant qu’Homme des Bois ? (En javanais vernaculaire : « Orang Outang » et en mauricien : « Zako »). Quelle ascension citoyenne !

On peut noter que les articles, sections et alinéas pour protéger le Parc National, sont tous négatifs. « Il est interdit de… Il n’est pas permis de… On ne peut pas… on ne doit pas… ». Cela se comprend. Qui dit National dit réservé aux nationaux, comme dirait Marine Le Pen. Alors interdits pleuvent. Certes ! Même si l’on n’est pas ressortissant du parc, à titre national, on est autorisé à s’y introduire sans passeport ni visa à titre provisoire et limité et ce, sans pouvoir introduire autre chose que soi-même.

L’interdiction est valable pour les chiens errants et les chats marrons. Egalement pour les serpents constrictors, les oiseaux prédateurs, les araignées et les couleuvres venimeuses, les rats norvégiens ou d’égout, les tortues carnivores et autres horribles iguanes que les zoophiles – au sens de « ceux qui aiment les bêtes » – en mal de compagnie introduisent dans l’île et qu’ils balancent ensuite dans le nature quand ils n’en sont plusintéressés.

On imagine facilement Obéronne – c’est le nom donné à la Gardienne Suprême du Parc National — donnant la chasse par monts et par vaux aux roquests, harets, sangliers, serpents et marrons maraudeurs qui seraient tentés d’entrer dans son Paradis National. Comme Caïn en son temps interdisant à Dieu d’y entrer, il lui faudra pour ne pas s’épuiser trop vite, afficher aux entrées de son Parc des pancartes sentinelles lisiblement libellées : 

« Accès par voie terrestre et aérienne interdit aux êtres vivants non autorisés ».

Une chose est sûre. La Madone protectrice du Parc National réunionnais ne risque pas de voir des légions de touristes mauriciens se déplacer pour souiller son parc. Ils détestent tellement la montagne qu’ils ne montent plus à Chamarel pour voir les jakos et la Terre des Sept Couleurs qu’ils abandonnent aux touristes.

A propos de l’Oukase, il est encore écrit que la chasse aux tangues et aux cerfs, et la pêche aux truites sont autorisées dans le Parc National. Mais pas un mot au sujet de la chasse au dahu dans les rampes, ni de la cueillette des chou-choutes dans la case, ni de la pêche aux chevakines et aux loches dans les rivières, ni de la collecte des zandètes — larves d’insectes — dans les vieux troncs.

Et les maraudeurs mauriciens qui, à l’atterrissage de l’avion, entendront un jour la voix suave de leur hôtesse leur annoncer : « Nous venons d’atterrir à Rolang Outang, aéroport International du Parc National français de l’Océan Indien… » . Attachez vos ceintures !

Joseph J.A. Varondin 

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