Jooned Jeeroburkhan

Rituel quinquennal et vote blanc 

— JOONEED JEEROBURKHAN 

Les élections du 5 mai vont être, plus que jamais, une pure formalité. L’issue en a été scellée longtemps à l’avance, cinq années d’opposition fantôme et trois mois de « koz-koze » stérile autour d’une possible alliance ayant mis le MMM sur la touche. Navin Ramgoolam a déjà gagné par défaut. Mais, réaliste jusqu’à la prudence, le Premier ministre sortant n’a pas voulu prendre de risques – comme le caudillo du MMM lui-même en 1982. Échaudé par l’Accord de Medpoint MSM-MMM qui l’envoya « dan karo kann » en 2000, il s’est vengé en éreintant Paul Bérenger, et nos médias- spectacles, avec son faux cinéma et son « koz-koze » prolongé.

Se retournant, il a ensuite serré le MSM de Pravind Jugnauth dans une étreinte qui ressemble drôlement au resserrement d’une « prise de l’ours » politique bien amorcée avec l’élection partielle de 2009 dans la circonscription no 8. Pour paraphraser un historien du Québec, « le chat Navin, échaudé ou pas, cherche à avaler le serin Pravind ». 

Alliance « après » et non « avant »

Et si la date du 5 mai flatte la fierté du PMSD en commémorant la mort de Gaëtan Duval en 1996, il y a fort à parier que le très anglophile chef de l’Alliance de l’Avenir, bien entouré à Maurice et bien conseillé depuis Londres, a voulu devancer les législatives britanniques du 6 mai où les sondages prévoient un recul du Parti travailliste de Gordon Brown.

En convoquant les Mauriciens aux urnes un jour avant les Britanniques, le PM sortant s’est assuré de n’avoir pas à subir l’impact psychologique d’un éventuel « Hung Parliament » à Westminster. Il prive en même temps l’Alliance du Cœur de l’occasion d’exploiter sur les Îles mauriciennes une possible défaite du Labour dans les Îles britanniques.

Ce qui ne veut pas dire qu’une alliance Ptr-MMM est impossible. Mais APRÈS le 5 mai. Question de montrer aux bailleurs de fonds du MMM et consorts, qui ont pédalé dur pour l’alliance avec le PTr AVANT le scrutin, qu’il est prêt à les écouter, voire à collaborer avec eux, mais À SES CONDITIONS, et sur la base de son projet de « démocratisation de l’économie ». 

L’acte citoyen de la PNK

À quelque exception près, ces mêmes bailleurs de fonds financent aussi le PTr et consorts, soit dit en passant. Ce qui montre bien que « démocratiser l’économie » est pour Navin Ramgoolam plus symbole que substance. Tout comme la promesse d’une nouvelle Constitution pour une 2e République, idée piratée chez la PNK de Rezistans ek Alternativ, et Mouvement Premier mai, alors même que ses candidats étaient disqualifiés pour leur acte de citoyenneté et leur refus du tribalisme.

Les grands enjeux pour Maurice, État-archipel au cœur du nouvel axe du monde qu’est l’océan Indien, de la nouvelle mondialisation non-colonialiste qui s’impose, et du 21e siècle qui déferle, ont été absents du « débat » électoral. Il y a eu certes quelques échanges, notamment dans les médias, mais c’est la PNK qui a présenté une « vision » de l’avenir avec son combat citoyen et son projet constitutionnel.

Cela m’a emballé au point où, depuis Montréal, j’ai demandé à des camarades d’inscrire ma candidature sans décliner ma « communauté ». J’aurais été ainsi dans le même sac que Jack Bizlall et Philippe Forget Jr, mais c’est cela le dialogue national que requièrent le temps présent et l’avenir des jeunes. Avec Forget, on aurait pu aussi « koz-koze » du financement des partis et des élections, thèmes entièrement occultés durant la campagne, chez les partis comme dans les médias – où des empires de presse pèsent désormais de plus en plus lourd. 

Lalit et le « vote blanc »

Lalit a lui aussi développé sa « vision » pour Maurice, archipel durable. Et s’il refuse d’entrer dans le mauvais cinéma des deux « Alliances » pepsi et coke (la liberté de choix, à l’américaine!), il prône la stratégie du vote blanc – une grande croix sur l’ensemble du bulletin, pour qu’il soit comptabilisé. Car, dit-il, il faut prévoir un Parlement monocolore après le 5 mai, et donc une opposition qui sera extraparlementaire – ou ne sera pas.

Lalit s’est distancié de la PNK sur la question de la déclinaison communale parce que, dit-il, celle-ci refuse de contester le Best Loser System lui-même. Mais la PNK et les autres organisations citoyennes – femmes, syndicats, étudiants, écolos, artistes – peuvent très bien se rallier à la campagne du « vote blanc » afin de miner la légitimité du prochain Parlement et d’amorcer la mobilisation de cette opposition extraparlementaire qui paraît incontournable. 

Droit de vote banalisé

Le droit de vote à Maurice est une conquête obtenue de haute lutte après mille sacrifices de nos ancêtres esclaves et coolies. C’est le pouvoir le plus sacré du citoyen et de la citoyenne dans un système fondé sur le principe du vox populi, vox dei (La voix du peuple, c’est la voix de Dieu). Les carriéristes politiques qui s’y réfèrent seulement une fois tous les cinq ans, le temps de marquer trois croix sur un papier, banalisent et insultent ce droit par un rituel destiné à préserver et à faire fructifier les intérêts des riches et des puissants. Le « vote blanc », c’est un acte de reconquête de ce pouvoir sacré.

La Bolivie a réuni cette semaine, à Cochabamba, non loin du village de La Higuera où Che Guevara fut exécuté en 1967, un sommet mondial sur « Notre mère, la Terre ». Le président Evo Morales, hôte du sommet, a déclaré : « Nous avons le choix entre le capitalisme et la planète Terre ». Je n’ai rien vu là-dessus dans les médias mauriciens en ligne. Et combien de Mauriciens ont vu le reportage de l’excellente émission de la télé française Thalassa sur la destruction de Maurice, de ses îles et de ses lagons par le tourisme et l’hôtellerie?

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