Jean-Claude de l’Estrac

Commission de l’Océan Indien

Jean-Claude de l’Estrac succède le 12 juillet 2012 à Callixte d’Offay, à la tête du Secrétariat Général


La cérémonie de passation des pouvoirs entre le Secrétaire général sortant de la COI, Callixte d’Offay et son successeur, Jean-Claude de L’Estrac, a lieu hier soir à l’hôtel Hilton de Flic en Flac, en présence du Premier ministre de Maurice, Dr Navin Ramgoolam, du ministre des affaires étrangères des Seychelles, Jean-Paul Adam, au titre de la Présidence de la COI, et de nombreux invités dont les représentants du gouvernement mauricien, du corps diplomatique et des partenaires du développement.

Jean-Claude de l’Estrac reprend le flambeau de la COI, une organisation qu’il a portée. sur les fonts baptismaux en 1982, alors qu’il était chef de la diplomatie mauricienne. C’est la première fois qu’un Mauricien dirige le Secrétariat Général – il devient le septième Secrétaire Général – de la COI. Seule organisation régionale insulaire d’Afrique, la COI regroupe cinq Etats membres : l’Union des Comores, la France/réunion, Madagascar, Maurice et les Seychelles.

Les grands chantiers annoncés

Jean-Claude de l’Estrac s’est donné comme première tâche « de valoriser le rôle et les multiples activités de la COI, de les rendre plus lisibles, plus visibles, plus audibles ».

Il a plusieurs chantiers qu’il compte lancer au plus vite. Mais ses priorités sont la stabilité régionale et le règlement de la crise malgache. La crise qui sévit depuis 2009 affecte non seulement la population et tout le tissu socio-économique de la Grande Ile, mais elle a aussi des répercussions sur tout l’espace COI.

Depuis 2009, la COI soutient activement le processus de sortie de crise à Madagascar, engagé par la communauté internationale sous l’égide de l’Union africaine, ainsi que les médiations menées par la SADC et de la Troïka. « Organisation politique de proximité, elle est au moins aussi compétente que la SADC pour accompagner les dirigeants politiques malgaches dans leur recherche d’une solution à la crise », estime Jean-Claude de l’Estrac, qui compte faire davantage valoir la réelle expertise de la COI dans la compréhension des enjeux politiques à Madagascar. Il y a urgence à régler cette crise, a-t-dit, et « il ne faudrait pas que les desideratas de la Communauté internationale prolongent indûment une transition politique qui épuise les Malgaches».

Son ambition est par ailleurs de faire avancer rapidement quelques chantiers pour donner corps à l’intégration régionale :

· Faire de Madagascar un pilier de la sécurité alimentaire régionale

« Madagascar, c’est 90 % des terres arables de la COI », avec un potentiel de développement énorme pour l’ensemble de la région, souligne Jean-Claude de l’Estrac. Madagascar a tout le potentiel pour devenir le grenier des îles de l’océan Indien. A condition de régler au préalable des questions comme celles des infrastructures de commercialisation, mais surtout de stabilité politique et de retour à la confiance des investisseurs. Les échanges inter-îles restent encore embryonnaires (3 à 5 % du commerce total).  Selon JC de l’Estrac, la sécurité alimentaire de la région passe par des «synergies entre les entrepreneurs de l’agro-industrie de Madagascar, de la Réunion et de Maurice par exemple… Une étude récente a démontré que les produits alimentaires malgaches, exportables dans la région, en particulier vers La Réunion et Maurice, s’élèvent à environ un milliard d’euros par an. C’est pratiquement le montant des importations alimentaires de la région. »

· Améliorer la connectivité entre les îles

Il s’agit, selon Jean-Claude de L’Estrac, d’améliorer « les infrastructures d’accessibilité et de connectivité, sans lesquelles l’Indianocéanie restera un projet ». Le nouveau Secrétaire général a plusieurs projets  en tête, parmi lesquels la mise en place d’une ligne maritime régionale, en partenariat avec le privé, qui prendrait appui sur un ou deux ports de transbordement de la région. « C’est un projet auquel les pays de la région doivent accorder la plus grande priorité, si nous voulons continuer à parler d’intégration régionale. Cette question fait l’objet d’études depuis 1979… Il faut maintenant passer à l’action et cesser nous-mêmes de faire du cabotage programmatique, d’études en études ».

Autre projet qui lui tient à cœur, même s’il ne nie pas la complexité de l’enjeu, la création d’une compagnie aérienne régionale, « Air Océan Indien par exemple », qui serait « rentable, solide, et stratégiquement utile à la fois pour l’activité économique intra régionale, le tourisme et les communications extérieures de toute l’Indianocéanie ». Actuellement, la région abrite quatre compagnies aériennes déficitaires, Air Madagascar, Air Seychelles, Air Austral, Air Mauritius. Et Air Comores a disparu. Il est temps, conclut-il, que le Conseil des Ministres se penche sur cette question cruciale pour l’avenir de la région.

· Créer une  chaîne de télévision régionale – La voix de l’Indianocéanie

Jean-Claude de l’Estrac entend aussi utiliser désormais le mot d’Indianocéanie pour qualifier l’espace COI : « L’Indianocéanie est cet ensemble d’îles, géographiquement proches, peuplées de gens issus pour une large part d’une histoire commune, de vagues migratoires de mêmes origines. Ces liens de sang, les affinités culturelles qui en ont découlé, les nécessités pratiques, la volonté politique, ont forgé, entre les peuples, au fil du temps, des liens qui ont façonné une vraie communauté… Ce mot juste, déjà en usage chez nos scientifiques, chercheurs, historiens et écrivains, dit mieux notre identité et notre singularité». Et pour accroître la connaissance des peuples qui la composent, Jean-Claude de l’Estrac milite pour la création d’une chaîne de télévision régionale, « une plateforme d’échanges culturels et économiques, le forum où les peuples de l’Indianocéanie se parlent à eux-mêmes et s’adressent au monde».

· Ancrer davantage la coopération régionale et l’intégration dans les Etats membres

Pour Jean-Claude de l’Estrac, « la réalisation de nos ambitions d’intégration régionale reposera davantage sur la volonté politique des Etats membres, sur la cohérence de leurs actions, sur la démonstration de leurs engagements, bien plus que sur le fonctionnement même de la Commission ».

Il souhaite notamment l’institution dans chacun de nos pays membres d’un Conseil national de la Coopération régionale pour renforcer le rôle vital des OPL et assurer une meilleure cohésion des îles autour d’objectifs communs.

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