Jean-Baptiste Placca

Le fiasco de la CAN 2010 peut être salutaire

 

Rideau, à Luanda, ce dimanche 31 janvier, sur la Coupe d’Afrique des nations 2010, avec la finale théoriquement déséquilibrée entre la pépinière des Black Stars du Ghana et les Pharaons d’Egypte, double tenants du titre, mais amers d’être privés du Mondial sud-africain.

 

Cette CAN 2010 aura été source de nombreuses frustrations pour les amoureux de football en Afrique. On a hâte de l’oublier. D’oublier son sanglant prologue, mortel pour les Togolais. On voudrait oublier ses obscures et mercantiles histoires de droits de diffusion, qui ont privé bien des Africains des images de la CAN. L’oublier, aussi, pour toutes ces règles qui ont pu donner une impression d’amateurisme, au moment d’annoncer les qualifications après la phase de poules.

 

Mais la grande frustration, celle dont nous ne nous consolerons jamais est ce sentiment désarmant que tous les grands noms africains du football mondial ne suffisent pas à faire de grandes nations de foot au niveau du continent. Comment est-ce possible que tous ces professionnels, qui nous régalent toutes les semaines dans leurs différents clubs des championnats européens, se soient révélés si ternes en Angola ?

 

Plus de solidarité nécessaire dans le foot… comme dans le développement

 

Où sont passés Kolo Touré, Yaya Touré, Salomon Kalou, Didier Drogba, Samuel Eto’o, Gérémie Njitap, Achille Emana, Achille Webo, Idriss Kameni, Seydou Kéita, Frédéric Kanouté, John Obi Mikel, Obafemi Martins, Peter Odemwingié ? Au cas où ces noms ne vous diraient rien, alors, ceux de leurs clubs devraient justifier votre frustration : Arsenal, Chelsea, FC Barcelone, Galatasaray, Real de Madrid, Juventus de Turin, Lokomotiv Moskou, Ajax d’Amsterdam, Kaiserslautern, Inter de Milan, et bien d’autres.

Nous voilà contraints de devoir spéculer sur les causes de ce joli fiasco. Exactement comme certains n’en finissent pas de se demander comment, en dépit de toutes ses richesses, l’Afrique campe frénétiquement dans le dernier wagon du développement, en lointaine banlieue de la modernité.

Peut-être encore une carence de leadership. De coaching, dirait-on en football. Peut-être aussi un certain manque d’humilité. Avec tous ces joueurs qui se présentent sous le drapeau national en stars, là où l’on attend un groupe solidaire, avec cet esprit de famille qui anime les vraies équipes. Pour les « mondialistes », la déculottée de la CAN peut se révéler salutaire, à condition de savoir en tirer des leçons, pour plus de rigueur, de travail, de solidarité, et de tous ces mots qui peuplent leur devise nationale.

 

Jean-Baptiste Placca
MFI

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