Jean-Baptiste Placca

Chronique de Jean-Baptiste Placca

Les coups d’Etat ne sont pas une fatalité !  

Comment redresse-t-on une démocratie ? Les militaires qui ont pris le pouvoir, le mercredi 21 mars, à Bamako, finiront peut-être par nous le dire. Ou nous le montrer, puisqu’ils se proclament « Comité national pour le redressement de la démocratie » A moins d’un spectaculaire retournement de situation, auquel personne ne semble croire à Bamako, Amadou Toumani Touré a perdu le pouvoir. Renversé par des militaires peu gradés, qui lui reprochent, à lui, le général, son… « incompétence » ! Ce putsch, intervenant à quelques semaines de la fin du second mandat de « ATT », peut même paraître inutile. Mais, de l’avis d’un des leaders de l’opposition, si ce groupe-là n’avait pas perpétré le putsch, un autre l’aurait fait. Et nous qui commencions à nous habituer à l’idée que les coups d’Etat ne font plus partie de la vie politique africaine ! La grande leçon de ce qui est en train de se produire au Mali est qu’il y a, sur ce continent, des pays où un coup d’Etat ne peut jamais survenir, ceux qui ne sont à l’abri de rien, et ceux qui, par nature, appellent les coups d’Etat. En d’autres termes, il y a les pays démocratiques, les pays en voie de démocratisation, et les pays pas démocratiques du tout.  

 

« L’arrogance de la corruption » 

Dans un Etat réellement démocratique, les frustrations des militaires, quelles qu’elles soient, ne débouchent pas sur un coup d’Etat. Parce que les pratiques politiques sont saines, l’état de droit effectif, la démocratie réelle, avec une opposition respectée et, de temps en temps, une alternance au pouvoir.

Dans les pays en voie de démocratisation, la vitrine peut être attrayante, mais les pratiques quotidiennes ne sont pas toujours en accord avec les règles d’un Etat de droit. Parce que la tentation des élections approximatives y est souvent grande, et que la corruption est parfois visible à l’œil nu, ces Etats restent à la merci d’éventuels « redresseurs de démocratie ».

Dans les Etats pas démocratiques du tout, la façade, même bien soignée, ne trompe guère. Dans ces pays, ce sont toujours les mêmes qui gagnent les élections, toujours les mêmes qui ponctionnent l’Etat à des fins privées, et qui affichent ce qu’une Tunisienne a appelé un jour : « l’arrogance de la corruption ».

En général, ces régimes s’appuient sur une armée aux ordres, tribalisée au possible. Par nature, ils génèrent la tentation des coups d’Etat, et personne ne vient les pleurer, lorsqu’ils tombent. Après tout, les élections frauduleuses qui permettent à ceux qui sont déjà au pouvoir d’y rester indéfiniment sont aussi une forme, sournoise, de coup d’Etat. 

Jean-Baptiste Placca

MFI

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