Jean-Baptiste Placca

Chronique de Jean-Baptiste Placca

Zimbabwe : Le vieil homme et le pouvoir

 

 

Pour beaucoup, il est, à jamais, un héros national. Tribun hors pair, leader charismatique, il a été de toutes les luttes, de tous les combats pour la liberté de son peuple. Une vie entière consacrée à la politique, et cela lui vaut la vénération de nombre de ses concitoyens. Et lui-même, parfois, n’est pas loin de se prendre pour un demi-dieu. Peut-être est-ce pour cela qu’il s’accroche au pouvoir, alors qu’il s’achemine vers ses quatre-vingt dix ans.

 

 

 

Contrairement à ce que disait le Général, l’âge avancé (la vieillesse), en Afrique, n’est pas un naufrage. C’est même un privilège, qui vous propulse sur un piédestal, dans une dimension autre, celle des anciens. Dans les assemblées comme dans les fêtes, les gens font la queue, juste pour pouvoir serrer la main de l’ancien et s’entendre dire un mot, une phrase, qu’ils emporteront comme un cadeau, un viatique. Les avis de l’ancien pèsent autant que la chose jugée. Il est le conciliateur, le médiateur.

Mais, pour jouir de ce privilège, il faut avoir su s’extraire de la mêlée des fonctions exécutives, ce que n’a pas su faire le Président, qui vient de prendre date pour un nouveau mandat, en ayant conscience que cela le conduirait aux portes du club des centenaires.

Un entourage complaisant

 

A toute allusion à son âge, il rétorque, cinglant, qu’il a largement l’énergie pour demeurer au pouvoir. « Je suis mort et ressuscité, et je ne sais combien de fois je vais mourir et ressusciter. C’est en cela que j’ai battu le Christ ! », dit-il.
Mais il n’est pas le Christ. La preuve ? Il se montre facilement irritable, versatile, de plus en plus capricieux, allergique aux critiques et à la contradiction. Ses colères sont foudroyantes. Il rudoie ceux qui lui résistent, se sert de l’appareil d’Etat pour régler ses comptes avec ses opposants, jetant en prison qui il veut. Et pour servir son envie maladive de mourir au pouvoir, il peut compter sur un entourage complaisant, des collaborateurs au zèle vindicatif.
Mais le vibrato patriotique des discours du chef de l’Etat cache de moins en moins le rapport insatiable de son pouvoir à l’argent. La famille présidentielle est impliquée dans toutes les affaires juteuses. Et le héros, subrepticement, se mue en vieillard indigne.
Pour célébrer son anniversaire, le samedi 25 février, un grand rassemblement était prévu dans un stade, où les discours politiques ont alterné avec un concert et un match de football. A Mutare, dans l’est du Zimbabwe, Robert Mugabe est donc allé  souffler les bougies de ses 88 ans. Ne l’enterrez pas encore : il est candidat à sa propre succession, et il sait comment ne pas perdre une élection !

 

Jean-Baptiste Placca
MFI

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