Jean-Baptiste Placca

Chronique de Jean-Baptiste Placca

L’intégration ou la fierté nationale

 

 

« Air Afrique n’a pas disparu parce qu’elle était un mauvais projet, non ! La libéralisation du ciel africain, sans un minimum de règles de sauvegarde pour protéger cet outil d’intégration, a donné le coup de grâce à une compagnie déjà fragilisée par l’immixtion des Etats dans sa gestion… »

 

 

 

 

 

Une semaine avant d’endosser son costume de président en exercice de la Cédéao, le chef de l’Etat ivoirien entérinait la création d’une compagnie aérienne, Air Côte d’Ivoire, censée combler le vide laissé par la compagnie nationale Air Ivoire, maintes fois décédée, mille et une fois ressuscitée. En vain !

 

Au-delà de la gestion, souvent hasardeuse, c’est la taille même de ces petites compagnies nationales qui hypothèque leur viabilité. Tenez donc ! L’infime partie de la flotte de Delta Airlines, que l’on peut apercevoir chaque jour sur le tarmac de l’aéroport d’Atlanta est bien plus importante que les avions de toutes les compagnies africaines réunies. Malgré cela, Delta a jugé utile de s’allier à Air France-KLM et à treize autres compagnies, pour survivre et offrir à sa clientèle du choix et de la flexibilité.

Que l’on nous dise donc par quel miracle Air Côte d’Ivoire va pouvoir survivre, là où Air Gabon, Air Sénégal International, Cameroon Airlines et tant d’autres aventures solitaires ont échoué ! Dans le cimetière des compagnies aériennes, on trouve aussi, hélas, Air Afrique. Une des meilleures réalisations jamais initiées par l’Afrique indépendante. La multinationale a fédéré le continent, au-delà de la douzaine de pays actionnaires. L’acte posé, le 28 mars 1961, par les chefs d’Etat africains en créant Air Afrique est d’autant plus remarquable que c’est exactement ce que tentent de faire, aujourd’hui, les plus grandes compagnies de la planète.
 
Si l’on se replie sur soi

 

Air Afrique n’a pas disparu parce qu’elle était un mauvais projet, non ! La libéralisation du ciel africain, sans un minimum de règles de sauvegarde pour protéger cet outil d’intégration, a donné le coup de grâce à une compagnie déjà fragilisée par l’immixtion des Etats dans sa gestion et par l’incurie d’une partie de son personnel.
L’Afrique n’a jamais eu autant besoin de dirigeants qui voient au-delà de leur seul pays, qui bâtissent pour unir les peuples de ce continent. Vaines sont les touchantes effusions vantant l’intégration sous-régionale, si l’on se replie sur soi, là où, justement, il faudrait agir ensemble.
Imaginez donc le bel outil que serait une compagnie aérienne réunissant les quinze pays de la Cédéao, dont l’immense Nigeria, et les six pays de la Cemac, en Afrique centrale ! Une telle compagnie, confiée à des professionnels choisis sur le seul critère de la compétence et de la rigueur, et pour peu que la gestion ne soit pas politisée, a de bien meilleures chances de succès que les « compagnies de la fierté nationale ».

 

Jean-Baptiste Placca

MFI

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