Jean-Baptiste Placca

Chronique de Jean-Baptiste Placca

Comme elle serait belle à voir, cette Afrique !

 

Vous avez tous suivi le sommet extraordinaire de l’Union africaine, réuni la semaine dernière à Addis-Abeba pour arrêter des mesures vigoureuses face à la famine qui affecte quelque 12 millions de personnes dans la Corne de l’Afrique.

L’Afrique refuse de se donner une nouvelle fois en spectacle. Et elle agit !

Avant même que le sommet ne s’achève, les chefs d’Etat ont donné des consignes de mobilisation, chacun au niveau de son pays. Des luxuriantes hauteurs du Fouta-Djalon aux généreuses plantations du pays bamiléké, les vivres affluent vers les ports et les aéroports. Partout, les peuples donnent et se donnent pour venir en aide aux populations en danger en Ethiopie, en Somalie, à Djibouti et en Ouganda.

Dans les champs, les bénévoles n’en finissent pas de remplir les sacs de céréales pour les wagons gracieusement mis à disposition par les compagnies de chemins de fer. Les transporteurs routiers ne sont pas en reste, qui chargent leurs camions de produits frais vers les aérodromes, d’où les avions de transport militaire, chargés de fruits et légumes, font des rotations pour déverser leurs cargaisons dans la Corne de l’Afrique.

 

Cette Afrique solidaire d’elle-même !

 

Depuis son poste de commandement, à Addis-Abeba, l’Union africaine centralise les offres d’aide et oriente chaque cargaison vers les régions sinistrées, en fonction des urgences. Dans les églises et les temples, une quête spéciale est organisée en faveur de la Corne de l’Afrique. Des dons sont recueillis dans les mosquées et dans certains lieux publics. L’Afrique généreuse est en mouvement ! Comme elle est belle à voir !

Mais oui ! L’Afrique peut largement nourrir l’Afrique. Dans les années soixante-dix, Ebongue Soelle, percutant éditorialiste africain du Cameroun, écrivait dans la revue Bingo que si l’on amoncelait les restes de nourriture que jettent chaque jour les Africains, du sommet de ces gaspillages, l’on pourrait regarder avec mépris l’Himalaya. L’Afrique, désormais raisonnable, a décidé de traquer la famine.

Dites-nous donc que nous ne rêvons pas, et que ce sommet a bien eu lieu ! Ne nous dites pas que les dirigeants africains observent passivement, pendant que les autres, venus d’ailleurs, se portent au secours des millions de sinistrés de la faim, sous leur nez ! Dites-nous que l’Afrique ne laissera pas passer cette énième occasion de rédemption ! Elle serait tellement belle à voir, cette Afrique solidaire d’elle-même !

 

Jean-Baptiste Placca
MFI

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