Jean-Baptiste Placca

Chronique de Jean-Baptiste Placca

Soudan du Sud : Une nation nouvelle est née !

 

« Nous sommes libres ! Adieu le Nord ! Bonjour le bonheur ! ».

Au bout de la nuit profonde, une aube nouvelle, que l’on souhaite radieuse pour les populations du Sud-Soudan. Puisse la vigilance des dieux Dinkas, Nuers, Shuluks… ne jamais être prise en défaut. Car il en faudra, pour que soit clément le destin de ce nouvel Etat. A l’œil nu, l’on voit déjà poindre les embûches dressées au-devant de ce Sud-Soudan qui naît d’une double soustraction : un tiers du territoire et trois quarts du pétrole de l’autre Soudan, qui a cessé, à minuit, d’être le plus grand pays d’Afrique, en superficie.L’indépendance, la vocation ultime des peuples opprimés

 


A ceux qui, au nom d’un certain panafricanisme, seraient tentés de déplorer une balkanisation de plus du continent, il faut juste rappeler que l’indépendance est la vocation ultime des peuples opprimés. Faute d’avoir pu s’épanouir au sein du grand Soudan, ils iront vivre leur destin à part, à l’abri du racisme et du mépris. Car le projet politique de l’oligarchie au pouvoir à Khartoum a souvent, sinon toujours été d’arabiser ces populations noires, animistes ou chrétiennes du Sud.

Depuis un demi-siècle, ce peuple a payé le prix qu’il faut payer pour demeurer lui-même : emprisonnements, liquidations, exil… Hommage à la mémoire des guérilleros du Front de libération de l’Azanie, entrés dans l’Histoire sous le nom de guerre : Anya Nya, les premiers à se soulever, en 1963. Un accord, signé sous l’égide de l’OUA, en 1972, reconnaissait le statut de régions autonomes aux provinces sudistes d’Equatoria, du Bahr el Ghazal et du Haut-Nil. Mais il n’a pas été respecté par le maréchal el-Nimeiry. C’est alors qu’apparaît John Garang. Fondateur de la SPLA, il est le véritable père de l’indépendance que l’on célèbre aujourd’hui.
Libre, oui ! Libre enfin ! Pour ce qui est du bonheur que chantent les manifestants de Juba et d’ailleurs, il dépend d’abord et avant tout des Sud-Soudanais eux-mêmes : ils ont, en Afrique, sous leurs yeux, toute la panoplie de ce qu’il ne faut pas faire.

 

Jean-Baptiste Placca

MFI

A minuit, ce samedi 9 juillet, tandis que les cloches chantaient la liberté, la foule en liesse, à Juba – et sans doute ailleurs dans ce nouveau pays – a laissé jaillir ses émotions les plus enfouies.

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