Jean-Baptiste Placca

Chronique de Jean-Baptiste Placca

Sommet du G8 : L’Afrique dans la figuration 

Quarante milliards de dollars pour l’Egypte, la Tunisie et les éventuels autres pays arabes qui s’ouvriront à la démocratie. Et pour l’Afrique noire, de très belles photos souvenir ! Ce n’est pas une plaisanterie, mais la terne réalité que l’on retiendra, au sud du Sahara, du sommet du G8, qui vient de s’achever, à Deauville, en France. L’Afrique, bien présente, et même très visible, à ce sommet, n’était pourtant ni un sujet majeur de discussion ni une destination pour les financements que les pays riches ont prévu de consentir à ceux qui ne le sont pas. Surtout, ne dites pas que les chefs d’Etat africains n’ont fait que de la figuration à Deauville ! Ils pourraient en être peinés. 

Les médias nationaux diffuseront à satiété les images de leur président, serrant la main à Barack Obama ou échangeant brièvement avec tel autre grand de ce monde. Les commentateurs rivaliseront de superlatifs dithyrambiques pour voir dans ces images la preuve d’un immense rayonnement international. Mais ils ne pourront annoncer un seul financement décroché par leur chef d’Etat à Deauville. Et en la matière, les assurances verbales ne valent pas engagement ferme. 

La photo souvenir, mesdames et messieurs ! 

Est-ce réellement utile d’apparaître constamment dans ces sommets, où l’on distribue des milliards aux uns, et rien que de chaleureuses poignées de main aux Africains ? Certes, en 2005, à Gleneagle, l’Afrique était à la mode. Mais elle a peu obtenu, et peut-être découvrirait-on, en creusant un peu, que les Africains eux-mêmes n’ont mis aucune stratégie ni structure en place, pour convertir ces maigres promesses en réalisations concrètes.  

Les Sénégalais auront sans doute observé avec curiosité Nicolas Sarkozy, insistant pour présenter Karim Wade à un Obama toujours très gentleman, mais qui ne comprenait visiblement rien à l’utilité de cette insolite introduction. La photo souvenir, mesdames et messieurs ! 

Dans les années 90, déjà, des chefs d’Etats africains (Soglo, Konaré et autres Mbeki) étaient accueillis au G8. Dans les années 2000, Mbeki et d’autres dirigeants (Obasanjo, Bouteflika, Wade) y étaient reçus, de la même façon. Aujourd’hui, de nouveaux visages apparaissent. C’est dire que le tout n’est pas d’avoir été invité, mais de savoir ce que l’on en a concrètement tiré pour son peuple, pour l’Afrique ! C’est à cette seule et unique condition que l’on pourra s’abstenir de dire que leurs excellences font de la figuration  

Jean-Baptiste Placca
MFI

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