Jean-Baptiste Placca

Chronique de Jean-Baptiste Placca
PMA : Guérir de la lèpre de la pauvreté
 

Rarement le détroit du Bosphore aura vu autant d’Africains que durant cette Quatrième conférence des Nations unies sur les Pays les moins avancés. Chefs d’Etat, ministres, diplomates et autres technocrates venus du continent et d’ailleurs ont investi Istanbul, du 9 au 13 mai, avec des discours bien flamboyants.

 

Ils se sont quittés sur une résolution visant à réduire de moitié le nombre des Pays les moins avancés (PMA), en l’espace de dix ans. 2020 ! C’est demain ! Et on ne sait par quel miracle cela sera possible. La notion de PMA, faut-il le rappeler, a été créée, en 1971, par l’Onu, pour désigner élégamment les Etats qui peinent dans la cale du sous-développement. A l’origine, ils étaient 25. Ils sont 48, aujourd’hui. Dont 33 africains.  

Le guichet de la soupe populaire des nations 

Dans les années quatre-vingts, certains esprits pervers les désignaient par un cruel sobriquet : « Le club des lépreux » ! En quarante ans, seuls deux pays du continent (le Botswana et le Cap Vert) ont su réchapper de ce club, tandis qu’une bonne dizaine d’autres Etats y entraient, pour pointer à ce qu’il faut bien appeler le guichet de la soupe populaire des nations. Quitte, pour leurs dirigeants, à déclamer ensuite, à usage interne, des slogans politiques prétendant faire de leurs patries des pays émergents.
Le secrétaire général des Nations unies réfute l’idée de charité. Il préfère considérer désormais ces pays, non pas comme des Etats pauvres et faibles, mais comme « de vastes réservoirs de potentiels inexploités ». Belle formule ! Mais ce n’est qu’une formule, et elle ne change rien à la misère des populations.

Pour s’être si longtemps abreuvée de promesses et de mots, l’Afrique devrait avoir compris que ceux qui s’en sortent à peu près sont ceux qui, même dans la pauvreté, savent faire des choix rigoureux, forment leur jeunesse et élaborent des stratégies pour proposer sur le marché mondial un peu plus que les seuls matières premières, quand ils en ont.

A Istanbul, loin des projecteurs et des grands discours, les hôtes de cette conférence ont organisé des rencontres entre le secteur privé africain et de potentiels partenaires turques. Les entrepreneurs africains seraient plutôt satisfaits, et les Turcs, heureux. Même à une conférence où l’on ne se gargarise que de mots, un Etat bien organisé peut créer des opportunités pour les entreprises, pour le pays. Nous parlons, ici, de leadership, et il en faut, pour sortir les peuples de la lèpre de la pauvreté. 

Jean-Baptiste Placca
MFI

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