Jean-Baptiste Placca

Nigeria : triste parenthèse

 

Souvenez-vous de Nicolae et Elena Ceaucescu ! Alors que le monde rend hommage à Umaru Yar’Adua, le président du Nigeria disparu après seulement trois ans de pouvoir, un rappel aux dirigeants africains qui veulent non seulement mourir au pouvoir, mais y survivre par leur descendance. Les peuples excédés sont capables de solutions radicales.

 

 

Ils le pleureront sans doute un peu, mais pas au point de sombrer dans un inconsolable chagrin. Les citoyens du Nigeria n’ont pas suffisamment connu leur défunt président pour le regretter ou pour se réjouir d’en être débarrassé. Umaru Yar’Adua s’est éclipsé, le 5 mai dernier, de la manière dont il a gouverné : en toute discrétion.

 

Une fin d’autant plus triste que le pays ne semblait plus se préoccuper de son sort. Sa famille, ses collaborateurs et une poignée d’intrigants s’étaient évertués, ces derniers mois, à démontrer que dans l’incapacité à gouverner du chef de l’Etat, le sort de la nation leur importait moins que les juteux privilèges qu’ils risquaient de perdre. Ils ont donc triché avec la vérité sur l’état de santé réel du président, pour que le pouvoir ne leur échappe point. Quel contraste avec l’intégrité et la grande humilité  que tous s’accordent à reconnaître à Yar’Adua !  

Ces gens enrichis par le pouvoir ne s’imposent aucune limite 

Le prix Nobel de littérature Wole Soyinka n’a pu contenir sa colère face à un tel degré d’indécence. Olusegun Obasanjo, qui a tout fait pour l’imposer à la tête de l’Etat, ne pouvait pas ne pas le savoir malade. Mais, aveuglé par ses calculs vindicatifs, il a préféré hypothéquer l’avenir du Nigeria, en lui donnant, à la faveur de fraudes massives, un président médicalement en sursis. Umaru Yar’Adua meurt sans avoir terminé un seul mandat. Il a passé le plus clair de son temps à se soigner à l’étranger, même si on lui reconnaît quelques chantiers courageux, dans la lutte contre la corruption et pour le retour de la paix dans le Delta du Niger.

Mourir au pouvoir est le rêve de bien des dirigeants africains, mais pas après un règne aussi bref. Certains non seulement veulent mourir au pouvoir, mais y survivre, par leur descendance. C’est même en train de devenir la mode. L’Afrique livrée aux « Baby Doc » et autres « Kim Jong Il », ce sera dur à avaler ! D’autant que ces gens enrichis par le pouvoir ne s’imposent aucune limite dans l’ostentation et ne cessent de narguer les populations réduites à des conditions miséreuses.  Le danger qui menace ces dynasties de pacotille et autres présidences à vie est que les peuples, à bout de patience, finissent par se rebeller et leur infligent un sort semblable à ce que les Roumains ont fait subir à Nicolae et Elena Ceaucescu. Ces solutions radicales ne sont pas politiquement correctes. Mais qui se souvient, lorsque l’on vante aujourd’hui le développement économique et la démocratie au Ghana, qu’il y a trente et un ans, trois anciens chefs d’Etat et cinq généraux étaient fusillés sur une plage d’Accra, pour moins que ce que l’on observe, ces temps-ci, dans certains pays africains ?

 

Jean-Baptiste Placca

MFI

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