Jean-Baptiste Placca

Chronique de Jean-Baptiste Placca

 

Hécatombe 

Vous avez dit : hécatombe ? Vous n’êtes pas dans l’excès, loin de là, si vous faites allusion au rythme auquel les hommes politiques tombent pour corruption au Kenya. A intervalles réguliers, des poissons plus ou moins gros sont pris dans les mailles du filet. Après la démission du ministre de l’Enseignement supérieur, la semaine précédente, c’est le chef de la diplomatie qui a dû rendre son tablier, la semaine dernière, tandis que le maire de Nairobi, la capitale du Kenya, était inculpé dans une autre affaire. Sans vouloir se réjouir du malheur des autres, on peut saluer cette œuvre comme étant de salubrité publique, puisque les fonds qui s’évaporent dans les circuits de la corruption sont autant de moyens dont l’Etat ne peut disposer pour satisfaire les besoins fondamentaux des populations.

Et dans le cas précis du Kenya, cette lutte n’a rien de passager. En février dernier, le Premier ministre Raila Odinga avait déjà suspendu deux de ses ministres, dont un de ses proches, pour bien montrer que nul n’est intouchable.  

Le plus choquant, dans la corruption, c’est l’insolence 

Les « enrichis de la politique » savent donc désormais devoir faire profil bas, ou en tout cas éviter toute ostentation dans l’affichage de leurs richesses aux origines douteuses. Le plus choquant, dans la corruption, c’est l’insolence avec laquelle ces générations spontanées de riches se mettent en scène. Dans de nombreuses capitales africaines, des demeures dignes de Beverly Hills surgissent au détour des taudis les plus insalubres, comme pour narguer les pauvres.

Sans compter ces luxueuses voitures comme on n’en voit qu’au cinéma, dans lesquelles les nouveaux riches, comble de l’absurdité ou de l’inconscience, roulent sur des chaussées défoncées, parce que les fonds destinés aux routes se sont volatilisés. Ces tableaux en disent davantage que n’importe quel discours sur le frein que constitue la corruption pour le développement des pays.

Et quel terrain plus fertile, pour la corruption, que des Etats où les contre-pouvoirs sont très faibles, sinon inexistants ! Au Kenya, justement, la société civile est pour beaucoup dans l’efficacité toute récente des organes anticorruption. Rien à voir avec les pays où cette lutte n’a qu’un but purement cosmétique, l’essentiel étant de donner l’impression de combattre ce fléau.

Exactement comme certains (et souvent les mêmes) font semblant de démocratiser. Ces régimes se servent alors de la lutte anticorruption pour régler des comptes avec des dignitaires politiques tombés en disgrâce. Le crime abominable, ici, n’est pas d’être corrompu, mais de ne plus être bien en cour. 

Jean-Baptiste Placca
MFI

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