« Rs 5 milliards : Ce n’est pas cher payer pour assurer notre paix sociale…

Interview: Yvan Martial, journaliste et historien

Tout est préférable au chaos, à l’absence d’un gouvernement crédible et digne de confiance »

« Si Interview: Yvan Martial, se met à parler beaucoup de nos dirigeants, surtout politiques, certains perdront bien vite le sommeil…

Comment ne pas penser ici à Sir Harry Tirvengadum, tellement vilipendé après avoir été tellement généreux avec l’argent d’Air Mauritius, à l’égard de nos politiciens »

« Vivement un MMM et un PTr reconstitués, ressuscités, de nouveau dynamiques, capables de mieux défendre nos intérêts»

« Des farceurs déguisés en dirigeants politiques se font fort d’inventer une 3e force. Laissons-les à leurs illusions »

La multiplication de scandales à Maurice est dangereuse et les tentatives d’y mettre bon ordre de la part du gouvernement représentent une initiative louable. Le contexte est difficile et fait appel au bon sens. Mais il y a aussi le besoin de se pencher sur la classe politique elle-même pour mieux comprendre ses faiblesses dans le monde contemporain. Somme toute, rien n’est plus sacré que l’intégrité de l’esprit. Yvan Martial, journaliste, nous livre ses impressions.

Mauritius Times : L’affaire BAI domine toujours l’actualité, et la gestion de cette crise va sans doute demeurer la préoccupation principale du gouvernement durant les prochains mois. Au-delà des contestations légales à venir, il s’agit dans l’immédiat, et ce, jusqu’au 30 juin 2020 du remboursement de quelques Rs 22 milliards du package du ‘Super Cash Back Gold’ alors que les actifs ne vont générer que Rs 17 milliards, soit un trou de Rs 5 milliards à combler ! Voilà ce que nous coûtera, en fin de compte, cette crise, affirment les milieux officiels. Pensez-vous que le gouvernement a fait preuve d’habileté dans la gestion de cette affaire, ou est-il allé un peu trop vite en besogne, ce qui a probablement engendré des conséquences non voulues ?

Yvan Martial : Le scandale de la British American Insurance continuera à faire les choux gras de nos journaux et médias. Elle ne doit pourtant pas dominer notre actualité, au point de nous faire oublier les autres scandales qui polluent toujours l’atmosphère souillée que nous devons respirer. Nous, Mauriciens, comptons sur nos meilleurs journalistes d’investigation, nos meilleurs médias, pour faire mentir l’adage : «un scandale chasse l’autre»…ou encore « on en parle et puis nous oublions ». Nous devons rester des fanatiques de la Vérité, de toute la Vérité, rien que la Vérité. La Vérité qui éclaire impitoyablement les ténèbres que nous tolérons trop facilement. Le nettoyage doit se faire au Karcher. Impitoyablement. Tant pis pour ceux qui n’ont pas la conscience tranquille, fussent-ils nos meilleurs amis, fussent-ils des proches. Nos meilleurs journalistes ont intérêt à privilégier une rubrique « nos scandales d’il y a un an » pour combattre notre préjudiciable culture d’impunité, reposant sur notre malheureuse propension à l’amnésie la plus coupable.

Notre société mauricienne devient pire qu’un dépotoir. Désespérer est une perte de temps. La seule chose à faire, c’est de nous armer d’un balai pour nettoyer tout ce qui mérite de l’être. Et si les magouilleurs patentés échappent à la sanction en raison d’un toujours possible vice de forme ou de procédure, nous devons diriger plus loin notre guerre sainte pour débusquer les responsables de ces vices, géniteurs d’intolérable impunité.

Derrière toute malpropreté frauduleuse, il y a toujours, en amont, à la chaîne, des responsables ou plus exactement des irresponsables. Nous devons les traquer impitoyablement, pas forcément pour les envoyer croupir dans un sordide cachot mais pour que la Vérité se fasse et éclate, pour empêcher toute récidive, pour que les enfants de Lumière et de Vérité, que nous devons nous efforcer de devenir, l’emportent sur ceux des ténèbres, sur ceux d’entre nous qui veulent s’enrichir frauduleusement aux dépens de leurs victimes. Vouloir la Lumière, la Vérité, à tout prix, sur n’importe quel scandale, n’importe quelle irrégularité, pour ne pas donner la moindre place, la moindre prise, à tout ce que peut ressembler de près ou de loin à une once d’impunité. Voilà notre mission. Ne pas la remplir, c’est déchoir.

Je ne suis ni économiste ni spécialiste des bilans financiers. Je ne peux que juger les scandales qui nous environnent de plus en plus, sous l’angle de la morale sociale.

Nombre de ces scandales existent depuis belle lurette. Certains d’entre nous étaient au parfum et d’autres l’ignoraient. Ceux qui savaient, et qui se sont tus, sont aussi coupables que les pires fraudeurs. Nous comptons sur ceux qui savent et qui ont l’expérience voulue pour remplir efficacement la mission, forcément sacrée, d’éclairer nos lanternes et nous mettre en garde.

Les politiciens ont un rôle de première importance dans ce dépotoir à scandales que devient notre pays. Ils ne sont pas toujours à la hauteur. Il en va de même pour certains hauts fonctionnaires dont nos régulateurs. Qu’une commission d’enquête établisse au plus vite et au-delà de tout soupçon leur vile responsabilité ou irresponsabilité. Ils devraient, dans certains cas, perdre leurs droits civiques pour une durée indéterminée, y compris celui de briguer de nouveau nos suffrages.

Un politicien, a priori un parti politique, qui scelle une adhésion ou une alliance électorale avec un autre parti ou un gouvernement, corrompu jusqu’à la moelle, se contamine automatiquement et devient aussi corrompu que les auteurs de corruptions et magouilles, que leur bénisseurs. Dans Roméo et Juliette, on emmure le moine, acceptant de confesser un lépreux ou un pesteux, à l’article de la mort. On ne reculait alors devant aucun sacrifice pour éradiquer un fléau social et l’empêcher surtout de progresser.

Le gouvernement Lepep hérite d’un dépotoir de toutes sortes de scandales dont nous ne voyons présentement que le bout de l’iceberg. Il a le courage de crever les abcès au fur et à mesure qu’ils apparaissent ignominieusement. Comment en vouloir au chirurgien, ayant ce courage de trancher dans le vif, d’user et d’abuser du gros sel guérisseur, dans le fol espoir d’empêcher la cancérisation générale de notre société tellement malade ? Les présents locataires de l’Hôtel du Gouvernement ne sont pas parfaits. Ils ignorent la manière de faire une omelette sans briser les œufs. Nous les avons plébiscités pour un lustre. Il sera toujours temps, d’ici 2019, de savoir s’ils ont été guérisseurs ou pollueurs, responsables ou irresponsables.

Nous n’avons pas le droit moral de rendre responsable le gouvernement Lepep des méfaits de ses prédécesseurs, à l’Hôtel du GM, de la transformation du gouvernement de Maurice, entre 2005 et 2014, et de bon nombre d’institutions d’Etat régulatrices, en de véritables écuries d’Augias. Le gouvernement Lepep s’attelle présentement à essayer de nettoyer ce qui peut l’être encore dans ces écuries. C’est définitivement moins malangue qu’avant le 10 décembre 2014. Nous avons un Hercule qui travaille pour nous. Sachons lui rendre justice du bien qu’il nous fait, en notre nom.

* Mais la « paix sociale » pour Rs 5 milliards, selon les estimations faites à ce stade des examens des comptes de la BAI, c’est cher payé, non ?

La paix sociale n’a pas de prix. Cinq milliards de roupies, c’est ce que nous dépensons allègrement pour financer un système éducatif même pas capable d’obtenir que tous nos écoliers sachent au moins lire, écrire, calculer, au terme de six ans d’études primaires. Qu’un de nos instituteurs ne s’émeuve pas parce qu’un écolier d’une dizaine d’années soit toujours incapable d’écrire son nom, son adresse, la profession de ses parents ou de ses tuteurs, voilà qui dit bien l’extrême facilité avec laquelle nous acceptons que les irresponsables de nos finances publiques, de nos sous, ceux des contribuables, les gaspillent aussi allègrement. Il suffirait pourtant de sévir pédagogiquement contre un seul fonctionnaire incompétent et inefficace, pour que tous les autres se tiennent désormais à carreau et se mettent à fonctionner à notre satisfaction générale.

Le contraire de la paix sociale, c’est le chaos, l’absence de toute forme possible de gouvernement, de tout Etat de droit. Pareille situation existe présentement dans nombre de pays ou de régions, tels que Libye, Syrie, Somalie, certaines provinces nigérianes, plus près de chez nous à Durban où prévaut une xénophobie même pas respectueuse de frères et sœurs africains. Heureusement, nous sommes encore loin de pareille calamité. Nous devons mobiliser nos efforts les plus patriotes pour empêcher que ce chaos ne s’installe un jour chez nous. Les œufs sont déjà cassés. Autant en faire la meilleure omelette qui soit.

Si seulement cela pouvait ne coûter que cinq milliards de roupies. L’ardoise risque fort d’être plus sévère. Mais ce n’est pas cher payer pour assurer notre paix sociale. Tout est préférable au chaos, à l’absence d’un gouvernement crédible et digne de confiance.

* Pensez-vous que la manière de procéder et les méthodes utilisées par les autorités pour l’ « opération de nettoyage » sont parfois brutales et arbitraires ? Une approche plus souple et moins drastique dans l’affaire de la BAI, par exemple en ordonnant le retrait du ‘Super Cash Back Gold’, aurait épargné le contribuable mauricien de faire les frais de ce trou financier de Rs 5 milliards, sinon plus, soutiennent certains commentateurs ? Qu’en pensez-vous ?

Votre question appelle une technicité comptable et financière à laquelle je ne saurais prétendre.

La décision gouvernementale de rembourser les victimes les plus pitoyables de ce possible Ponzi Scheme est louable. Mais nous devons cesser, et là je fais un appel pressant et spécial à mes confrères et consœurs médiatiques, cessons de traiter nos compatriotes comme s’ils doivent rester de perpétuels assistés, des irresponsables incapables d’agir en adultes. Nous sommes les premiers responsables de chacun de nos actes, surtout quand nous nous permettons d’être responsables des enfants que nous mettons au monde, que nous soyons femmes ou hommes. L’ADN et les tests de paternité permettent aujourd’hui de retracer à coup sûr ou presque le géniteur responsable de tout enfant d’une fille-mère. Nos lois doivent obliger tout géniteur irresponsable à contribuer au moins deux tiers du coût mensuel de tout ce qui est requis pour que cet enfant ait droit à une enfance épanouissante, sans être privé d’aucun de ses droits à l’égalité des chances.

Il n’est pas normal que nous, contribuables, payons pour ceux qui se sont laissé tenter par des gains financiers, des intérêts dits supérieurs. Il nous suffit de savoir que des hommes d’affaires, des experts-comptables, se laissent prendre à ce miroir aux alouettes, pour comprendre que ce n’est pas notre ignorance des subtils rouages économiques qui est ici en cause mais notre avidité, la démangeaison qui nous attire, nous aimante, vers l’argent facile, même malhonnêtement acquis.

Le mal est d’autant plus grand que nombre de nos ancêtres sont des modèles de probité et de prudence, de refus des biens mal acquis, un sens de l’honneur. Nous entrons dans l’ère des légions d’horreur.

* La couverture médiatique de cette affaire donne l’impression d’une vaste opération de détournement des investissements des assurés. Cependant d’aucuns soutiennent qu’on assiste plutôt à un lynchage médiatique du patron de la BAI. Qu’en pensez-vous ?

Tout journaliste n’a qu’à faire son examen de conscience pour savoir si, dans sa couverture du scandale BAI, sans oublier les autres, il cherche à établir la Vérité qui permet au lecteur, à l’auditeur, au téléspectateur, de poser un jugement équitable, ou s’il se livre à un lynchage médiatique. En pareil cas, ont droit de répondre à votre question et de porter un jugement sur notre travail médiatique, non pas ceux se prétendant de possibles victimes de notre éventuel lynchage médiatique, leurs avocats et avoués compris, mais leurs victimes qui, innocemment ou avidement, se sont laissé tenter par le miroir aux alouettes tendu devant leurs yeux en forme de roupies.

* Presque tout ce qui a été avancé jusqu’ici par rapport à l’affaire BAI et répercuté par la presse provient principalement des déclarations des responsables politiques. Il faut bien dans un esprit de « fairness » donner à Dawood Rawat l’occasion de s’expliquer par rapport aux accusations portées contre lui, mais ce dernier a soutenu dans une lettre ouverte que « les conditions garantissant le respect de (ses) droits ne sont pas réunies aujourd’hui » à Maurice, d’où sa proposition de la tenue d’une commission rogatoire en France. A-t-il tort de craindre que justice ne lui soit pas faite sur le territoire mauricien?

Qu’est-ce qui empêche Dawood Rawat de répondre, dans la presse mauricienne, à ses détracteurs politiques ou journalistiques ? Il n’a même pas besoin d’être à Maurice. Il peut se tenir au courant de tout ce qui est publié sur son compte. Il n’a qu’à leur donner sa réplique, même au jour le jour, pour que nous soyons pleinement informés de sa version des faits. Une commission rogatoire peut aisément se déguiser en tactique dilatoire. Ce ne sont pas les confessions de Dawood Rawat à un juge d’instruction français qui éclaireront nos lanternes ni ne satisferont le droit à l’information des Mauriciens.

Je pense surtout aux innombrables solliciteurs, surtout politiques de Dawood Rawat, qui osent désormais vomir sur lui, de manière tellement obscène. Si Dawood Rawat se met à parler beaucoup de nos dirigeants, surtout politiques, certains perdront bien vite le sommeil. Comment ne pas penser ici à Sir Harry Tirvengadum, tellement vilipendé après avoir été tellement généreux avec l’argent d’Air Mauritius, à l’égard de nos politiciens de tous bords, y compris les plus respectables.

Voulez-vous des noms ? Consultons la collection de « L’Hebdo », ayant, mais en pure perte, publié le « fac simile » du carnet la boutique de Gérard Tyack. Lui, au moins, peut se regarder aujourd’hui dans la glace. Aucun grand journal n’a osé alors reprendre cette information-choc pourtant de première main et incontestable. Nous ne pouvons pas pratiquer un journalisme honnête et intègre et espérer demeurer l’ami de ripoux. Nous devons choisir notre camp. Cet épisode demeure une des plus grandes hontes de notre presse mauricienne, tellement exemplaire par ailleurs.

La communication demeure toutefois une arme à double tranchant. Nul n’a le droit de sélectionner des réponses. Soit il fait prévaloir son droit au silence, soit il répond sans détour, en étant bien entendu que toute absence de réponse et même de démenti joue contre lui, selon le principe du « qui ne dit mot consent ».

Médiatiquement un événement, a fortiori un scandale, a une durée d’une quinzaine de jours car un scandale chasse malheureusement l’autre. Il y a certes notre justice juridique mais nous la savons prudemment lente. Une population ne peut attendre un ultime verdict, peut-être même celui du Conseil Privé (qui est loin d’être parole d’Evangile, cf. l’affaire Badry, menaçant de déculotter en public un Victor Glover) pour faire son propre jugement.

Il y a une justice plus populaire mais aussi plus expéditive, à laquelle nous journalistes, nous sommes partie prenante. Elle est beaucoup plus imparfaite que celle qui est juridique. La population l’accepte malgré ses limites, ses défauts, ses imperfections, parce qu’elle travaille au jour le jour, l’informe et aide tout un chacun à se faire un jugement même imparfait.

C’est donc à ce niveau que la bataille de la communication se gagne ou se perd. Mais en matière de communication, Dawood Rawat sait à quoi s’en tenir.

Mêmes les historiens se réfèrent davantage, mais sûrement à tort, aux journaux des précédentes décennies, pour rappeler ce qui s’est passé à Maurice à telle ou telle époque. Rares sont ceux à se référer aux documents officiels en supposant que ceux-ci sont plus crédibles que les journaux de telle ou telle époque.

L’information journalistique est peut-être le pire moyen de communiquer entre nous, pour nous tenir informés de ce qui se passe chez nous mais nous n’avons rien inventé de mieux depuis Théophraste Renaudot (1586-1653), l’inventeur de la gazette journalistique.

* On aurait dû être plus « wise » et agir en conséquence après toutes ces affaires de détournement de fonds ou de blanchiment ou même du type Ponzi qui ont dominé l’actualité à Maurice depuis des années déjà. Mais, malgré les déclarations d’intentions de divers gouvernements qui se sont succédé et le renforcement de l’encadrement légal, une affaire ne fait que chasser l’autre. Il ne semble pas toutefois que nous sommes aujourd’hui au bout de nos surprises et peines. Les responsables politiques sont généralement pointés du doigt dans presque toutes ces affaires, mais il y a aussi les régulateurs qui sont censés protéger les investisseurs et le public contre l’arnaque, la fraude et la corruption, et les abus. Faut-il peut-être une grande enquête pour situer les responsabilités des uns et des autres ?

Arvin Boolell a essayé d’être percutant en disant que le précédent régime, le scandaleux gouvernement Ramgoolam de 2005 à 2014, n’a jamais usurpé les fonctions d’aucun régulateur. Que peut-il répondre à tous les Mauriciens pensant, non sans raison, que nos anciens ministres travaillistes, Xavier Duval et même Pravind Jugnauth compris, n’avaient pas besoin de parler à la place des régulateurs puisque ces derniers, dans trop de cas, se sont efforcés de devenir la voix de leur maître, non professionnel mais bassement politique ?

On parle de trous abyssaux dans les bilans financiers de certaines banques et maisons d’assurance. Le Peuple de Maurice a le droit de savoir ce que faisaient nos régulateurs attitrés dont la Banque de Maurice et la Commission des Services financiers. En sont responsables non pas ceux qui sont présentement à leur tête mais ceux qui l’étaient avant le 10 décembre 2014. Ils nous doivent des comptes. Du moins s’ils tiennent à leur honneur.

Il n’y a pas que nos ministres à déchoir jusqu’à se reconnaître poupette pour sauver leur misérable carcasse.

Quand un régulateur fait preuve d’irresponsabilité, je me tourne vers celui qui l’a nommé à ce poste et je l’interpelle. On ne peut ambitionner être Premier ministre, autrement dit être le détenteur de tout pouvoir politique et administratif et vouloir se défiler ou encore se réfugier dans le droit au silence quand le Peuple exige des explications satisfaisantes.

* Nous ne sommes pas aussi au bout de nos surprises au regard de ce qui se passe dans le camp de l’opposition : le MMM semble se désintégrer et l’un des plus anciens, Alan Ganoo, part pour, selon ses dires, construire une « troisième force ». Le PTr parvient difficilement à se relever avec un leader « on leave » politique – et qui sera probablement tenu occupé avec différentes enquêtes policières – et un porte-parole qui n’ose pas affronter Navin Ramgoolam et son ‘establishment’ au sein du parti. Quelle impression vous fait tout cela ?

Ce qui se passe au niveau du MMM et du PTr est une véritable tragédie, pas tant pour leurs dirigeants désormais confinés dans carreau cannes, mais pour nous, Mauriciens, qui avons besoin de partis politiques, crédibles, fiables, dignes de ce nom. Des partis politiques naissent meurent, ressuscitent peut-être sous d’autres formes.

Notre système électoral, le plus vicieux qui, soit, The First Past The Post, nous oblige non seulement à recourir à nos principaux partis politiques mais encore à les obliger à former deux blocs d’égale importance pour notre équilibre politique et démocratique. Je mets au défi n’importe quel journaliste de me contredire sur ce point. S’il le fait, je lui demanderai d’ôter la parole au MMM et au PTr pour la donner à des groupuscules que notre population n’a pas encore adoptés. Il verra fléchir alors la courbe de vente de ses livraisons. Depuis notre Indépendance, des farceurs déguisés en dirigeants politiques se font fort d’inventer une 3e force. Laissons-les à leurs illusions.

Nous avons droit à une opposition squelettique, agonisante, grabataire. Cela est malsain pour notre équilibre démocratique. Vivement un MMM et un PTr reconstitués, ressuscités, de nouveau dynamiques, capables de mieux défendre nos intérêts, les intérêts vraiment supérieurs de la nation mauricienne. Qui doit les diriger ? Laissons la réponse à leurs adhérents. Ne nous ingérons pas dans leur intimité.

* En attendant, nous voyons le fils de Sir Gaëtan Duval occupé à faire du PMSD un « parti national » et « sans distinction et sans discrimination », et celui du Premier ministre attendant son heure. Voilà nos leaders de l’avenir — et la troisième force devra attendre. Qu’en pensez-vous ?

J’ai suffisamment dit du mal du PMSD des Duval, pour me permettre ce compliment. Xavier Duval a réussi un congrès des 60 ans du PMSD qui redonne confiance dans la vie politique à Maurice. Il a droit à nos plus vives félicitations. Grâce à lui, à son parti, à ses collaborateurs, nous pouvons dire : « Non, l’espoir politique n’est pas tout à fait mort à Maurice. Une mèche fume encore. Ne l’éteignons surtout pas ». Que ce Congrès réussi du PMSD fasse le plus d’émules possibles !

Partis politiques de Maurice, des plus grands aux plus symboliques, locataires de l’Hôtel du Gouvernement ou moisissant dans carreaux cannes, remplumez-vous au plus vite. Permettez-nous de recommencer à croire dans les bienfaits de notre classe politique. Il en va de la démocratie mauricienne, celle de notre Assemblée coloniale, à la fin de 18e siècle, comme celle d’Adrien d’Epinay et de Rémy Ollier, celle de Louis Léchelle, celle d’Onésipho Beaugeard et d’Eugène Laurent, celle de Maurice Curé et d’Emmanuel Anquetil, celle de Seewoosagur Ramgoolam et de Renganaden Seeneevassen, celle de Goolam Mohamed Dawjee Atchia et d’Abdool Razack Mohamed, celle de Jules Koenig et de Gaëtan Duval, celle de Paul Bérenger et de Baï Anerood. Du haut de nos trois siècles d’Histoire commune, ils nous contemplent. Ne les décevons pas. Jamais avons-nous eu autant besoin de politiciens intègres et exemplaires à tous points de vue.

 

* Published in print edition on 1  May  2015

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