‘Gouverner, c’est d’abord rassembler et surtout ne pas diviser, ni ostraciser’

Interview: Yvan Martial

* ‘Le meilleur agent politique du PTr est plus que jamais Bhai Anerood…

… il croit dérouler le tapis rouge devant son fils, sans se douter qu’il prépare l’inéluctable retour au pouvoir de Navin Ramgoolam’

* ‘Conclure que le PMSD serait aujourd’hui plus fort que le MMM serait peut-être prématuré’

L’attente d’une nouvelle année est un moment spécial. C’est la tradition d’effectuer un bilan de l’année écoulée et de se tourner avec optimisme vers l’avenir. Chacun tente d’oublier ce qui a marqué négativement sa vie et, désormais, s’accroche à l’espérance en des jours meilleurs. Nous avons invité Yvan Martial à prendre part à ce difficile exercice de fin d’année. Nous vous proposons de découvrir ses réflexions, ses espoirs, ses souhaits et ses attentes de la classe politique en 2017.

Mauritius Times : Les événements intervenus sur le plan international en 2016, tels que le Brexit et l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis, soulèvent des craintes pour la grande majorité des économies sur le plan mondial, et probablement la nôtre n’y échappera pas à cela. Par contre, ce qui donnerait des raisons d’espérer pour beaucoup et son contraire pour d’autres, en cette fin d’année à Maurice, ce sont les développements survenus sur le plan politique avec la démission du PMSD et subséquemment l’affaiblissement du Gouvernement Lepep. Qu’en pensez-vous ?

Yvan Martial : Un Etat insulaire de 2 000 kilomètres carrés, sans ressources naturelles particulièrement précieuses, même avec une population de 1,3 millions d’habitants besogneux, ne saurait peser bien lourd à l’échelle de la globalisation planétaire.

Même l’Afrique nous snobe royalement, malgré le fait que nous faisons figure de premier de la classe dans maints classements et non des moindres. Premier de la classe ? Peut-être…Parfois… Mais pas forcément le chouchou d’une maîtresse qui reste encore à identifier.

Nous avons été successivement colonie hollandaise, française et anglaise. Notre histoire est là pour nous rappeler qu’aux yeux de nos différentes métropoles (Batavia, Java, Lorient, Paris, Versailles, Londres), nous avons toujours été la cinquième roue de charrette. Il serait utopique d’espérer davantage de considération, après près d’un demi-siècle d’indépendance et un quart de siècle de république. Si encore nous pouvions courir aussi vite que les Jamaïcains ou être meilleurs footballeurs que les Islandais (300 000 habitants)…

Si encore, avec l’aide charismatique de l’Inde, grand frère ou Mother India, étions-nous capables de prendre l’initiative d’une fédération mondiale de peuples frères d’îles sœurs (une cinquantaine de voix pourtant non dispersées aux Nations Unies)…nous pourrions alors faire entendre notre voix à l’échelle planétaire, surtout en ces temps de réchauffement climatique nous menaçant davantage que le Népal ou la Suisse.

Notre insignifiance à l’échelle planétaire devrait mieux nous apprendre à dépendre le moins possible d’autres pays, à commencer par les grandes puissances surtout polluantes, sur le plan international.

Pour cela, chacun de nous devrait apprendre, sur le plan individuel, à dépendre totalement de nos ressources personnelles et aucunement d’une quelconque aide gouvernementale. Tout assistanat sur le plan international est aussi néfaste que tout assistanat surtout politisé au plan individuel.

Notre pays serait en meilleure santé si nous, journalistes, nous étions les plus farouches adversaires de tout assistanat gouvernemental, de toute tentative politique d’infantiliser à outrance les Mauriciens de tous âges, en nous inculquant à tout moment de la mentalité ou-même-papa-ou-même-mama.

Avant 1960 et les cyclones Alix et Carol, n’importe quel Mauricien était capable de construire sa maison, en plantant, à même la terre, quelques rondins d’eucalyptus, avec toit en pente surélevée, de les entourer de feuilles de tôle même rouillées ou de paille de canne. Ce n’était pas l’aide des parents, des voisins et des amis qui faisait alors défaut. Le progrès aidant, les plus entreprenants s’enhardissaient à élever des murailles avec des blocs de béton.

Depuis ces temps révolus, des ouvriers spécialisés – maçons, charpentiers, électriciens, plombiers, peintres professionnels, réclamant plus de mille roupies par journée de travail -, condamnent pourtant femmes et enfants à vivre dans des taudis, sinon à la belle étoile, en se gargarisant de slogans aussi irresponsables que : gouvernement doit moi ène terrain ! gouvernement doit moi ène la case.

Quand comprendrons-nous enfin qu’un gouvernement ne donne rien ? Il prend seulement de notre poche pour nous donner ce que les enfants gâtés, que nous sommes, mendions auprès de lui. Même un enfant en bas âge, aujourd’hui, sait que le Père Noël, c’est papa ou, plus souvent, maman. Mais nous, adultes irresponsables, infantilisés de manière irrécupérable, croyons toujours dans Gouvernement-Papa Noël, Welfare State ou Etat-Providence et autres sornettes semblables.

L’économie, surtout mondialisée, n’est pas ma spécialité. Le profane que je suis a toujours vu dans la mondialisation, qui nous est imposée depuis un quart de siècle, un dangereux effritement de notre souveraineté économique.

Je laisse le soin aux partisans locaux de la mondialisation économique de nous convaincre que nous avons profité nationalement de ce diktat des grandes puissances qui nous oppriment de la tête aux pieds. La mondialisation, c’est pour leur poche. Que nos mondialistes nous convainquent du contraire !

Nous sommes forcément les perdants quand nous avons besoin d’autrui. Nous ne devons pas compter sur lui pour nous aider gracieusement. Il nous aidera quand c’est dans son intérêt de le faire, en nous le faisant payer au centuple.

Après avoir opprimé des peuples tiers-mondistes plus pauvres et plus démunis que nous, les grandes puissances prônent le Brexit, élisent des Donald Trump, des Marine Le Pen, érigent des murs infranchissables entre Etats-Riches et pays moins chanceux, comme le Mexique, le Proche-Orient, le sous-continent asiatique, l’Afrique pas forcément subsaharienne.

Les Etats-Unis et Perfide Albion – jamais autant égoïstes – et leurs semblables nous ont pressés tant qu’ils pouvaient comme des citrons. Ils découvrent à présent que nous ne sommes plus que bagasse. Ils nous jettent à la poubelle. Espérons que nous trouverons la force de nous ressaisir et de réapprendre à nous tenir debout sur nos seules jambes, à ne compter que sur nos propres forces, à ne dépendre de personne surtout pas de politiciens du gouvernement, à redevenir des Mauriciens responsables, comme l’ont été magnifiquement avant nous nos ancêtres.

Nos politiciens locaux, nos syndicalistes patentés, sont nos Donald Trump, nos Vladimir Poutine, nos Theresa May, nos Marine Le Pen. Ils s’intéressent davantage à leur per diem qu’aux grandes misères de notre peuple admirable. Vivement que surgisse parmi nous un jeune assez charismatique pour nous débarrasser de notre vieille garde politique tellement obsolète.

* Pour revenir à l’affaiblissement du Gouvernement suite a la démission du PMSD, pensez-vous qu’il serait quand même hasardeux, à ce stade, de « write off » ce qui reste de l’Alliance Lepep, qui a trois bonnes années devant elle pour essayer de renverser la vapeur, cela sous le leadership de Sir Anerood Jugnauth qui n’est pas du genre à jeter l’éponge lorsqu’il est acculé ?

Le citoyen non politicien peut difficilement savoir ce qui se passe dans ce qui tient lieu de cervelle à un politicien. Celle-ci fonctionnerait même à reculons, parait-il. Admettons que nous parvenions à disséquer ce qui s’y cache. La vision serait assez cauchemardesque pour que nous n’ayons pas à nous vanter de ce que nous aurions entrevu.

Imaginons que vous et moi, nous soyons au gouvernement jusqu’en 2019, avec une confortable majorité de 43 voix contre 28. Nous aurions été trop heureux de pouvoir gouverner le pays au mieux de nos possibilités, en nous faisant les meilleurs serviteurs possibles de notre admirable population, en accordant toujours la priorité aux plus opprimés, aux moins chanceux mais aussi aux meilleurs producteurs de richesse nationale et autres créateurs d’emplois productifs.

Sans discourir inutilement au sujet d’un grand nettoyage, nous saurions nous montrer impitoyables à l’égard de tout fonctionnaire et autre rémunéré des fonds publics ne méritant pas son salaire payé par les contribuables en raison d’une impardonnable fainéantise. Nul besoin, en effet, de promettre un quelconque grand nettoyage.

Il suffit de faire appliquer impitoyablement la loi et sanctionner de manière exemplaire, sinon pédagogique, tout incompétent ou négligent. Ainsi, les autres salariés du secteur public se tiennent à carreau, prévenus qu’ils sont désormais de notre volonté inflexible de dégraisser notre fonction publique, en la débarrassant prioritairement de ses brebis galeuses.

Un sursis de trois ans jusqu’en 2019, c’est déjà trop pour redonner à notre service civil ses lettres de noblesse et refaire de chaque fonctionnaire un citoyen modèle intègre, honorable, digne de confiance car au-dessus de tout soupçon. Nul besoin à cet effet de changer quoi que ce soit aux règlements déjà en vigueur. Il nous suffit de les appliquer dans toute leur rigueur et de manière impitoyable, même si les coupables sont des nous banne. Et le Grand Nettoyage suivra automatiquement, sans promesse ou proclamation bruyante et inutile.

Gouverner un pays comme Maurice n’est nullement compliqué. Il suffit de prendre au hasard le premier dysfonctionnement venu, de nommer des commissaires-enquêteurs crédibles déterminés à inventorier tous les responsables, ayant fait preuve en la circonstance de négligence et de sanctionner les coupables, y compris leurs chefs hiérarchiques trop laxistes, conformément aux règlements existant pour que cela serve d’avertissement à tous les autres serviteurs de l’Etat et donc de la population, enclins à la négligence professionnelle ou à l’irresponsabilité.

Vous et moi, non politiciens, pouvons même rêver d’un amendement constitutionnel requérant une majorité des trois quarts même si la nôtre ne dépasse pas quelque unités. Il suffit de présenter un amendement assez consensuel même pour l’opposition et les parties professionnelles concernées, assez utile et avantageux pour la population, pour mettre mal à l’aise des réfractaires de mauvaise foi ou à l’ego surdimensionné. Que risquons-nous en cas d’échec ? Nous aurons toujours le droit d’expliquer à notre Peuple admirable, tellement compréhensif, que nous voulions leur bien mais que nous avons été vaincus par d’implacables adversaires de notre population, ne voulant pas l’amélioration de notre qualité de vie.

Des non politiciens, comme vous et moi, locataires de l’Hôtel du Gouvernement, que risquons-nous ? Y aurait-il des adversaires politiques se prétendant meilleurs serviteurs du Peuple que nous, plus dévoués que nous, voulant nous ravir le privilège de gouverner Maurice et de mieux servir notre Peuple Admirable ?

Tant mieux pour nous car, ce faisant, ils nous délivrent de l’écrasante responsabilité dont l’électorat a chargé nos frêles épaules. Ils prennent, à leurs risques et périls, cette lourde responsabilité administrative. Que peut-il se passer pour ceux qui usurpent un pouvoir que nous confie l’électorat ? Soit ils réussissent, ou ils échouent.

En cas de réussite, nous ne pourrons que nous réjouir qu’ils aient été meilleurs que nous aux commandes de notre pays. En cas d’échec, le Peuple saura juger et distinguer les bons des faux serviteurs. Le Peuple doit être le seul juge de ses serviteurs même s’ils se veulent politiciens.

Mais si notre Peuple est aveugle, si notre électorat vote comme ces zougadères qui se vantent à tort d’être meilleurs que les autres, nous n’avons qu’à nous en prendre à nous-mêmes car c’est nous qui élisons, lustre après lustre, bon ou mauvais gouvernement.

Tout cela pour vous dire que le MSM-ML-OPR a encore de belles cartes à jouer d’ici 2019 si cette alliance se veut vraiment serviteur irréprochable d’un Peuple aussi admirable que le nôtre. S’entêter à imposer une commission de persécution au DPP Boolell, frère d’Arvind, c’est déconcertant. Si ce faux pas pouvait débarrasser les locataires de l’Hôtel du Gouvernement d’opportunistes de poulailler, ces premiers ne seraient pas tout à fait perdants, surtout s’ils ont la sagesse de fermer toute porte à d’éventuels transfuges encore plus opportunistes.

Recevoir de l’électorat du 10 décembre 2014 un cadeau aussi excessif qu’une majorité des trois quarts et perdre son temps à s’entêter à vouloir éliminer politiquement un adversaire et imposer une commission de persécution à un DPP, plus con que cela tu meurs.

Il y a une manière incontestable de nous convaincre que l’amendement constitutionnel anti-DPP n’est pas un amendement ad hominem. Il suffit de proposer que cet amendement entre en vigueur après le départ à la retraite du titulaire de ce poste constitutionnel. Tout le reste est baratin parle-mentère.

* Toutefois, si on doit accorder quelque crédit au dernier sondage de DCDM, effectué après la démission du PMSD, la popularité du Gouvernement aurait chuté par 50% en deux ans. Qu’est-ce que cela signifie pour vous ? Les carottes sont cuites pour le Gouvernement Lepep ? Et les choses vont se compliquer davantage durant les mois à venir pour le MSM et le ML ?

Pour répondre à cette question, nous devons d’abord jauger convenablement la valeur exacte de cette large victoire (majorité des trois quarts) à une alliance faite de bric et de broc :

• MSM, trahi et délaissé par le PTr (le guet-apens de MedPoint, funeste à Pravind Jugnauth, plus débutant que jamais) et le MMM (gâteau d’anniversaire-baiser de Judas, suivi de rencontre inavouable avec le PTr) ;

• PMSD, délaissé par Navin en faveur du MMM et de l’aberration d’une Seconde République ;

• ML, composé de « fausse militants ».

Une alliance Lepep aussi hétéroclite, aussi fragile, aurait dû avoir le triomphe modeste malgré l’ampleur de sa victoire (majorité des trois-quarts). Modestie et retenue auraient dû être de mise pour la bonne raison que le MSM de Pravind Jugnauth fait partie en 2010-11 du gouvernement sortant et battu, en raison a fortiori de la présence du PMSD cum Grand Argentier de 2010 à 2014, sans oublier le second mandat présidentiel de Bhai Anerood, de 2008 à 2013, incontestable générosité de Navin Ramgoolam à son égard.

Cette modestie et retenue auraient dû inclure des excuses publiques à l’électorat, en lui faisant comprendre l’utilité, pour le bien supérieur de la population, de ne pas mettre en pratique les pires promesses préélectorales de 2014, pour ne rien ajouter aux misères du peuple mauricien. UN exemple parmi mille.

Avant les Législatives du 10 décembre 2014, le permis à point et caméras-radars, sanctionnant les chauffards en excès de vitesse, commençaient incontestablement à rendre plus prudent l’automobiliste mauricien. Aujourd’hui, les chauffards se rattrapent. Visiblement, ils ne craignent plus nos caméras-radars plus ou moins désaffectés. L’inexorable augmentation du nombre de tués sur nos routes parle d’elle-même.

Notre Police semble vouloir redresser cette courbe dangereuse en sévissant sévèrement contre des chauffards au volant malgré leur état d’ébriété. Deux ans ont été simplement perdus. Notre code de la route et notre police routière ont perdu leur impact dissuasif.

Nous ne sommes pas imbéciles. Nous pouvons comprendre les difficultés de nos gouvernants dépassés par l’ampleur de leurs tâches, s’ils sont capables de jouer cartes sur table et s’empêcher de nous prendre par des demeurés.

Ce Gouvernement de bric et de broc fait exactement le contraire. Il joue les matamores. Il se permet de démanteler l’empire de Dawood Rawat, de saisir les coffres-forts de Navin Ramgoolam, de maltraiter des personnalités aussi respectées que Manou Bheenick, Megh Pillay. En revanche, ce même Gouvernement nomme des suspects au poste de conseiller ministériel.

Au lieu de gouverner au mieux de ses possibilités avec ses ministres et députés, le Gouvernement Lepep semble s’embarquer plus dangereusement (pour l’avenir politique du MSM) dans une stérile croisade anti-Parti Travailliste, sinon anti-Navin Ramgoolam. Il a cru pouvoir terrasser à jamais cet adversaire, sinon cet obstacle majeur à la suite de la carrière politique de Pravind Jugnauth. Le résultat n’est guère flatteur pour une stratégie aussi suicidaire à la fin de 2016, à trois ans au maximum de la prochaine échéance électorale, sinon avant.

Cette haine viscérale contre Ramgoolam, de nature peut-être bissoondoyaliste, ne réussit qu’à resserrer les rangs autour de Navin, à souder des forces de plus en plus vives autour de celui qui, de playboy, redevient victime et héros. Le meilleur agent politique du PTr de Navin Ramgoolam est plus que jamais Bhai Anerood. Il croit dérouler le tapis rouge devant son fils, sans se douter qu’il prépare l’inéluctable retour au pouvoir de Navin Ramgoolam.

Il aurait été plus sage de sa part de nous prouver qu’il existe la possibilité d’une bonne gouvernance, pouvant être une alternative acceptable à tout retour de Navin Ramgoolam au pouvoir. Le terme « bonne gouvernance » est aujourd’hui tellement galvaudé qu’il dit mieux que tout ce que le Gouvernement Lepep a promis d’être et qu’il est, à ce jour, incapable d’être.

Un « U-turn » de sa part n’est pas impossible. Mais, pour le réussir, il faudra que le Gouvernement Lepep du jour dépasse les solides rancunes travaillistes accumulées stupidement depuis le 10 décembre 2014. Gouverner, c’est d’abord rassembler et surtout ne pas diviser, ni ostraciser. Nos meilleurs vœux accompagnent donc le Gouvernement Lepep de Bhaï Anerood, au seuil d’une année 2017 s’annonçant décisive.

* Si les choses vont se compliquer davantage durant les mois à venir, raison de plus de renvoyer cette passation de pouvoir annoncée. Qu’en pensez-vous ?

L’inutile annonce de la passation de pouvoir entre l’Empereur Soleil et son fils-dauphin nous renvoie curieusement à un ancien MMM qui, dans les années 1980, multipliait les effets d’annonce du style : « Mardi prochain, je fais éclater une bombe-Bedos en pleine Assemblée Législative, dans le vain espoir d’impliquer la police politique du PTr dans l’incendie de l’immeuble du journal Le Mauricien ». La tête d’Emmanuel doit peut-être se souvenir de cela. Comme quoi, le militantisme mauve doit posséder quelque chose d’indélébile…

Voilà notre Bai Anerood désormais coincé dans une situation cornélienne qu’il ne doit qu’à lui-même : s’il demeure notre Premier ministre jusqu’à 2019, il se dédit ; s’il passe le sceptre au fiston, petit frère ou petit crétin, selon la terminologie du MMM, futur allié du MSM pour contrer, en 2019 ou avant, une alliance plus naturelle PTr-PMSD, ce sceptre devient spectre et déclenchera une avalanche de réactions hostiles.

La succession de Pravind à la tête du MSM, sinon du pays, est assez difficile : faudrait-il se glisser sous les pieds pareille peau de banane, ne pouvant que fragiliser le régime en place ? Cela dit, il nous faut être de la plus grande naïveté en prétendant ignorer, le 10 decembre 2014, qu’un Bhai Anerood Jugnauth, octogénaire, pourrait ne pas pouvoir rester aux commandes jusqu’à la fin de ce mandat quinquennal, obtenu par une victoire électorale inespérée, inattendue et quasi miraculeuse.

Nul ne peut savoir ce que nous réserve l’avenir. Mais si, demain, pour une raison ou une autre, Bhai Anerood ne peut demeurer sagement notre Premier ministre, la logique la plus constitutionnelle veut que notre Présidente de la République se tourne vers le leader du parti politique le mieux placé pour recevoir cette responsabilité administrative la plus grande, la plus délicate. Ce leader n’est nul autre que Pravind Jugnauth.

Tout le reste est mauvais cinéma, réaction de mauvais joueur, d’enfants gâtés. Soyons adultes et faisons preuve de responsabilité civique. Dans sa sagesse, notre électorat, exemplaire à tant d’égards, a confié le pouvoir gouvernemental, jusqu’en 2019, à une alliance Lepep où le MSM tient un rôle prépondérant.

Réclamer des Législatives, tous les ans, pour un oui ou pour un non, relève d’un infantilisme indigne d’une population aussi éclairée que la nôtre. Soyons adultes et responsables et sachons assumer jusqu’au bout les conséquences de notre choix électoral du 10 décembre 2014, le dernier en date.

Ceux qui regrettent leur vote de ce scrutin doivent apprendre à réfléchir davantage avant de désigner les trois candidats de leur choix. Après, c’est trop tard.

* Autre fait qui retient aussi l’attention à partir des résultats du sondage de DCDM Research : malgré la chute de popularité du Gouvernement, l’opposition n’en profite pas. Qu’est-ce qui expliquerait cela, selon vous ? Alternative non-crédible ou quoi ?

Tout sondage est, par définition, une photo étriquée d’une société donnée à un moment donné. Nous aurions tort de vouloir prendre une simple indication pour une parole d’Evangile infaillible.

En revanche, il appartient aux leaders de nos partis de décider s’ils doivent ou non tenir compte de cette indication. S’ils sont intelligents, ils accepteront avec l’humilité voulue cette piqure de rappel et en profiteront pour mobiliser davantage les forces et énergies civiques dont ils peuvent encore disposer.

Les plus intelligents parmi eux pourraient même chercher plus de données auprès des organisateurs de pareils sondages. Ils pourraient obtenir davantage de précisions notamment par circonscription pour savoir où accorder la priorité en attendant des résultats plus encourageants.

Ceux qui manquent de vision, eux, s’encroûteront davantage dans leur suffisance et arrogance, voueront aux gémonies sondeurs et médias qui leur accordent de l’importance, jusqu’aux pénibles réveils postélectoraux.

Les résultats des derniers scrutins législatifs et municipaux ne sont pas des sondages insignifiants. L’opposition et la majorité doivent partir de là et conclure que ces sondages (malgré leurs imperfections) démontrent qu’ils ne progressent pas assez vite ou qu’elle régresse trop vite. Nous devons être assez intelligents pour comprendre que tout leader politique tient un langage différent selon qu’il se trouve devant des journalistes, devant répercuter ses propos, ou au sein d’un politburo où il faut appeler un chat par son nom, secouer les fainéants et autres parasites du parti, en espérant qu’il n’y aura aucune indiscrétion inopportune.

N’oublions surtout pas que les résultats de nos scrutins se dessinent malheureusement dans les jours, sinon les heures, précédant l’ouverture des bureaux de vote. D’ici là beaucoup d’eau coulera sous les ponts de la GRNO.

* L’actuel Gouvernement se verra confronté à un grand challenge de mener sa barque jusqu’à la fin de son mandat. Mais il aura réussi en attendant l’exploit de réunir sur une même plateforme Navin Ramgoolam, Paul Bérenger et Xavier Duval pour le contrer. Trois hommes politiques avec différents styles de leadership et des intérêts pas nécessairement convergents sur le long terme. Comment cela va-t-il se passer sur ce plan-là, selon vous ?

Beaucoup de Mauriciens s’interrogent sur une éventuelle concertation au sein d’une opposition parlementaire tellement disparate que la nôtre comprenant des débris du MMM, du PTr sinon CAM, du PMSD, du MP, pour ne rien dire d’opposants indépendants mais arborant peut-être des langues-cravates que Pravind Jugnauth connaît intimement.

Ils sous-estiment seulement le fait qu’il est plus facile pour des opposants même aussi hétéroclites d’adopter, au pied levé, une attitude commune qui consiste bêtement à damer le pion à la majorité gouvernementale en face.

Quant au Gouvernement, il doit faire preuve de sagesse administrative et ne rien attendre d’opposants ligués contre lui, ne cherchant qu’à s’amuser à ses dépens sans se soucier aucunement de la qualité d’un débat parlementaire, désormais télévisé en direct, et sur lequel compte une population de plus en plus déboussolée et désabusée. Celle-ci s’efforce de comprendre la signification exacte d’un débat politique, engageant quand même l’avenir du pays et surtout celui des enfants de nos enfants.

Quant à la présente cohabitation, dans les mêmes travées d’opposition parlementaire avec des représentants du PTr, du MMM, du PMSD, du MP et d’indépendants indéfinissables, elle ne pèsera pas lourd quand se feront les prochaines alliances électorales significatives, à seulement quelques semaines du prochain dépôt de candidatures législatives. Tout le reste ne mérite pas qu’on s’y attarde.

* Toujours, selon le sondage de DCDM, Xavier Duval s’est hissé à la première place en tant qu’homme politique le plus populaire du pays avec une cote de 70%, et dépassant largement les Jugnauth, Ramgoolam et Bérenger. Il aura aussi réussi de « rebrand » positivement le parti des « Joes », et il ne cache pas ses ambitions premier ministérielles. Le voyez-vous réussir ce que Gaëtan Duval n’a pu réaliser ?

La vie politique, sinon électorale, à Maurice est dominée par un électorat rural, plutôt hindou sur le plan religieux, qui choisit malheureusement massivement entre deux tendances que nous pouvons qualifier, faute de mieux, de ramgoolamienne et de jugnauthienne. Il sait manifester sa capacité de recourir à une certaine alternance.

Son choix se simplifie quand ces deux pôles d’attraction électorale s’unissent pour mieux damer le pion à leur principal adversaire, le MMM de Paul Bérenger, comme en 2010, pour ne pas devoir remonter aux alliances tricolores bleu-blanc-rouge de 1983 et de 1987.

Nous ne pourrons jamais empêcher ces deux pôles d’inégales forces d’ailleurs de chercher d’utiles appoints, en proposant alliance à soit le MMM, soit le PMSD ou leurs ersatz (MP, ML, RMM).

Tous rêvent – mais peut-être tout en le craignant comme la peste – une lutte électorale à trois ou davantage, permettant à chaque parti et groupuscule de connaître exactement sa force à l’occasion d’un scrutin, faisant office de sondage mais à dimension nationale et donc incontestable.

Cela est difficilement concevable. Personne, à fortiori même le leader d’un parti politique ne représentant que lui-même, ne voudrait se retrouver nu sur la place publique, devant extérioriser toutes ses faiblesses, handicaps et autres incapacités. C’est tellement plus facile de prendre place dans le train du plaisir et de se laisser tirer vers le pouvoir par une locomotive rouge ou orange.

Rajiv Servansingh voit, cette semaine, dans une autre publication, tout un symbole dans la passation du titre de chef de l’opposition entre Paul Bérenger et Xavier Duval, fils de Gaëtan, le vaincu du 21 décembre 1976, à Port-Louis Nord-Montagne-Longue, terrassé par le trio déjà hétéroclite de Lloyd Baligadoo – Sylvio Michel – Suresh Moorba. Mais, de là, à conclure que le PMSD serait aujourd’hui plus fort que le MMM serait peut-être prématuré.

Toutefois, la défaite du MMM, lors des dernières Municipales, me paraît encore plus alarmante. Tout effritement d’un électorat qu’on pensait acquis à jamais n’est jamais une bonne nouvelle, à moins d’être l’occasion d’un nouveau démarrage, d’une nouvelle mobilisation d’énergies, peut-être endormies…

Désormais, nous devons cesser de nous référer à nos anciennes expériences politiques et électorales. Dorénavant, seule aura une signification certaine toute mobilisation politique des jeunes (de moins de 40 ans) par des jeunes, pour des jeunes. Filles de préférence.

Cette mobilisation ne gagnera sans doute pas les Législatives de 2019 mais il nous faudra désormais compter avec les futures meilleures mobilisations de jeunes, par des jeunes, pour des jeunes. Sur ce plan, nous devons donner quelques longueurs d’avance à Xavier Duval (sans oublier Adrien), Pravind Jugnauth, Steeven Obeegadoo, Rezistans ek Alternativ, en attendant mieux.

*Autre enseignement relevé à partir de ce sondage, et qui s’est vérifié dans les faits avec la hausse du taux d’abstention au fil des élections : c’est le désenchantement des Mauriciens, paraît-il, de la classe politique. 60% des sondés de DCDM Research disent qu’ils n’étaient proches d’aucun parti politique. C’est une grande masse d’électeurs, et on ne voit rien à l’horizon en termes d’alternative crédible et valable. Votre opinion ?

Le détestable jeu d’alliances électorales avant ou après des scrutins nous a dégoûtés de la politique. Nous ne sommes pas assez girouettes pour suivre aveuglément des prétendus chefs politiques ne sachant plus d’où vient le vent, vainqueur de préférence, pour se vautrer sans vergogne dans le gruyère gouvernemental.

Il nous reste seulement le devoir civique pour voter pour la moins pernicieuse de toutes les alliances électorales contre-nature (pour le pays) que peut encore nous proposer une classe politique que domine outrageusement le castéisme le plus abject, de moins en moins capable d’accorder de la valeur à la compétence et la méritocratie. Comme les zougadères du Champ-de-Mars, nous attendons la sortie du programme officiel des candidats aux prochains scrutins pour faire notre choix des moins mauvais postulants, en espérant qu’ils seront moins médiocres que leurs devanciers. C’est infiniment triste mais c’est ce que veut notre classe politique.

* Que nous réserve 2017, selon vous ?

Je ne souhaite qu’une chose. Que nos dirigeants politiques, syndicalistes et religieux de tous bords acceptent de faciliter la tâche (autant qu’ils peuvent le faire) de ceux qui améliorent vraiment la richesse nationale de notre pays, ceux qui sont encore capables de créer le maximum d’emplois productifs.

Je souhaite, par-dessus tout, que chaque Mauricien, chaque Mauricienne, mette sincèrement en pratique cette recommandation sagement rappelée par John Kennedy : « Ne demandons pas ce que notre pays peut faire pour nous. Faisons ce que nous pourrons faire, en 2017, pour notre pays. »

Que chacun balaie devant sa porte et refuse de salir ce qui est du domaine public et notre pays en sortira gagnant. Nous ne pouvons pas débarrasser notre pays de toutes ses turpitudes, surtout politiques et clientélistes.

Débarrassons-nous des nôtres et la moitié du travail national sera accompli. Soyons surtout sûrs d’une chose : nous avons une chance inouïe de vivre dans un pays aussi merveilleux que le nôtre et de bénéficier d’une coexistence pacifique aussi harmonieuse que la nôtre. Ne boudons pas un tel bonheur terrestre. Le nôtre. En 2017 plus que jamais.

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