Interview – Yvan Martial, Journaliste & Historien

‘Notre pays ne sait plus où il va, quelle direction il doit prendre et pour quelle raison. Nous nous contentons de changer de capitaine, lustre après lustre’

* ‘Je parie pour une alliance MSM-PTr ou l’inverse…

 

…diverses options sont envisageables : partage de pouvoir à l’israélienne, Ramgoolam président et Pravind Premier ministre ou l’inverse’

* ‘Ramgoolam ne peut que monter et Jugnauth descendre. Les ministres Lépep sont les meilleurs agents électoraux de Navin’


La scène politique mauricienne ressemble de plus en plus au soap opera ou au roman-savon où les feuilletons s’étendent sur plusieurs épisodes, chaque épisode nous promettant des rebondissements et la promesse de nous livrer plusieurs épisodes ultérieurs. Toutefois, il existe une différence de taille : les acteurs principaux de la scène politique deviennent, eux, de moins en moins populaires. Les revirements soudains, les sauvetages in extremis, les révélations les unes plus bizarres que les autres, tout dérange les citoyens ordinaires. A part une minorité de « roder-boute », les autres Mauriciens sont inquiets de l’inexistence d’une force capable d’enrayer la dégradation qui enlise la République un peu plus après chaque alternance. Yvan Martial, journaliste et historien nous en parle.


 

Mauritius Times : Du jamais vu, pire cela continue de plus belle : les crocs-en-jambe et les coups échangés sur la place publique par des membres de l’Alliance Lepep, dont des ministres, ce qui nous a valu une descente policière chez le ‘Senior Adviser’ du ‘Prime Minister-in-waiting’, la sortie en règle du ministre de la Bonne gouvernance contre le « sleeping chihuahua » sur sa page Facebook… L’opposition, plus particulièrement le PTr, n’en demande pas mieux, non ?

Yvan Martial : Nous avons connu des gouvernements offrant, mais seulement en surface, une apparence de plus grande cohésion et de solidarité. Mais des ministres sagement assis, tout mielleux, tout sourire, autour d’un Premier ministre, en place ou en attente, les terrorisant peut-être, n’offrent pas forcément un signe d’unité et d’esprit d’équipe.

En la présente équipe gouvernementale, nous savons seulement que les joueurs sont sur le terrain, même pas au complet, puisqu’il nous manque toujours Raj Dayal, qui nous fait voir de toutes les couleurs. De plus, Pravind Jugnauth évolue sur le terrain, avec une épée de Damoclès sur la tête. Il y a des images plus rassurantes.

Nos ministres pé batte boule lors la plaine. Ils ont même mis quelques buts parce que le camp adverse n’avait pas de gardien de but. Mais, depuis plus d’un an, les filets adverses ne tremblent plus ou presque. Ce n’est pas que l’opposition fragmentée, atomisée, aurait depuis trouvé un goal-qui-perd. Mais les attaquants gouvernementaux se replient sur la défensive et ne dépassent plus ou presque le milieu de terrain. Quelques interpellations parlementaires suffisent, malgré leur inanité, à jeter le trouble au sein de l’équipe gouvernementale.

Une astuce adverse, plus ridicule que les autres, nous sidère plus particulièrement. L’opposition amorce une attaque. Son capitaine, mais seulement constitutionnel, hurle : Je veux dribbler tel ministre. Ce dernier reçoit le ballon en plein ventre et s’empresse de le passer à un ministre plus anodin, sinon badin. Nous spectateurs, plus choqués que d’habitude, retenons notre souffle. Il n’en fera qu’une bouchée, appréhendons-nous. Nenni ! Notre matamore mordille sa moustache et drapé dans sa dignité, s’insurge que la victime ministérielle de son choix stalinien ait fait la passe et l’impasse. Monsieur quitte le terrain, entraînant derrière lui quelques fidèles suiveurs. Ils accusent l’habile passeur de poltronnerie. Un moindre mal à celui qui a été traité de « petit crétin » mais de manière peu chrétienne. Et l’on veut nous faire croire que ces dribleurs et passeurs, s’insultant mutuellement, pourraient, demain, jouer ensemble, face à un joueur en train de s’entraîner et de gagner peut-être du souffle, de la prestance et même de la jactance.

* Nos joueurs gouvernementaux ne marquent plus de buts depuis un an et des poussières…

C’est mieux encore que leurs adversaires qui n’ont pratiquement pas scoré depuis le 10 décembre 2014. Pour assurer le spectacle, nos joueurs gouvernementaux marquent pléthore de buts mais contre leur camp. Sur ce plan, ils sont des champions toutes catégories. Ils sont imbattables. Remarquez que pour réussir un own-goal, nul besoin d’être Platini ou Georges Best. Il suffit de faire une passe à son portier, aussi éveillé qu’un sleeping chihuahua.

Et cette partie de faire foot qui doit s’éterniser jusqu’à 2019…

Nos ministres sont sur le terrain en train de batte boule…Mais nous cherchons en vain, parmi eux, un capitaine, un entraîneur, un stratège. Nous n’avons qu’à nous en prendre à nous-mêmes, nous, spectateurs indignes. Nous savions cela, avant le coup d’envoi du 10 décembre 2014. Nous avons voulu faire confiance à une équipe de has-been, qu’accompagnent quelques néophytes ignares et inexpérimentés, ne sachant peut-être que plonger sous un navire échoué. Nous avons fait ce choix sous prétexte que l’équipe adverse était encore plus indigeste. Nous pensions que l’odeur des vestiaires redonnerait tonus et vivacité à de vieux muscles octogénaires ou presque. Nous hurlons notre désapprobation, frustration, déception. Mais nous sommes devant nos téléviseurs et non pas au stade. Nos vociférations font trembler nos salons, sans parvenir à réveiller nos léthargiques joueurs gouvernementaux là-bas sur le terrain, à l’aise sur leur cocotier qu’aucune rafale populaire ne secoue. Les gradins de nos meetings publics demeurent désespérément vides. Nous nous complaisons dans notre désorganisation.

Que me dites-vous ?…La mi-temps arrive…Et après ? Ne vous ai-je pas dit qu’il n’y a ni entraîneur, ni stratège, ni soigneur de bobos, ni guérisseurs d’égos surdimensionnés et de susceptibilités, ni masseurs pour redonner du muscle à des fessiers ramollis…Pas même un président de club pour réveiller nos sleeping chihuahua…

Le Défi Plus nous a offert récemment une saisissante caricature. Navin escalade une échelle monumentale. Il est à mi-chemin mais les échelons supérieurs font défaut. Qu’à cela ne tienne. Notre actualité lui tend des planchettes pouvant tenir lieu de montants additionnels. Sur ces planchettes sont inscrits les noms de scandales à venir mais déjà bien réels. Navin n’a qu’à les clouer aux montants pour parvenir de nouveau au Pouvoir. Il y arrivera mais dans quel état ! Dans quel Etat ?

* Un sondage objectif, non-partisan nous sera utile dans la présente conjoncture pour tâter le pouls des Mauriciens, mais lorsque les parents, les collégiens, les travailleurs de la CWA se mettent à défier publiquement les autorités devant l’Hôtel du gouvernement en l’espace de quelques jours en raison des frais d’examen SC/HSC ou contre la privatisation de la CWA, etc., cela donne l’impression que le vent tourne et la contestation du régime ira en s’accentuant. Qu’en pensez-vous ?

Un sondage n’est qu’une imparfaite photographie d’un moment précis du subconscient volatile d’une société. L’imprime-t-on que la réalité s’est peut-être modifiée radicalement. Contempler nos photos de mariage suffit-il à nous transporter en arrière au temps béni de notre lune de miel, pouvant devenir si facilement lune de fiel ?

Sondage non-partisan coûte plus cher encore que sondage partisan. Qui est ce généreux mécène, disposé à casquer le coût d’un sondage objectif et scientifique mais d’aucune utilité, d’aucun dividende, car il sera contesté par ceux qui en ont le plus besoin, parce qu’il leur offrira l’hideuse image, l’intolérable image, de ce qu’ils deviennent, de ce que nous devenons… A savoir des parasites, de pauvres assistés, se croyant toujours des sauveurs.

Elèves de l’école buissonnière, employés d’une CWA aux réservoirs remplis de dettes, défendeurs de certaines plages victimes d’érosion, ne sont que des symptômes d’un virulent cancer interne. Il faudrait un remède de cheval mais nous avons un ministre de la Santé que la prolifération des drogues synthétiques dans nos collèges d’Etat n’alarme guère. Nos sleeping chihuahuas dormiraient-ils les yeux ouverts sur leurs lauriers électoraux tellement éphémères ?

Le vent tourne mais pas seulement à présent. Il tourne dès le lendemain du 10 décembre 2014. Tout gouvernement normalement constitué sait d’avance qu’au lendemain du décompte des suffrages commence le compte à rebours. Les présents locataires de l’Hôtel du gouvernement confondent seulement mandat électoral quinquennal et heure de la sieste… Le réveil pourrait être brutal… Le réveil matin pourrait intervenir avant même 2019… Ah ! si seulement, il y avait un coq pour empêcher notre gouvernement de sombrer ainsi dans la léthargie…

Notre gouvernement oublie seulement qu’il n’a que cinq ans pour réaliser toutes ses promesses préélectorales. Il ne suffit pas, par exemple, de hurler : « Mo pou fout Navin dans cachot ! » Faut-il encore pouvoir le faire, dans le délai quinquennal imparti, en respectant toutes nos procédures juridiques et judiciaires. Au train (même pas diligence mais charrette) où vont les choses nous sommes encore à des années-lumière d’un possible verdict accablant. Le cotomili ne dit-il pas : « L’Italie ça me botte…» ?

Notre gouvernement Lépep fait seulement penser à une hétéroclite équipe de prétendus bâtisseurs. Ils nous ont convaincus, avant le 10 décembre 2014, que notre vieille demeure avait grand besoin de rafistolage, de réparation, de rénovation… Nous nous sommes laissé embobiner et nous avons signé un très onéreux contrat ce jour-là. Dans les semaines qui ont suivi, ils ont rapidement et entièrement démoli notre ancienne demeure…Tabula rasa… Cela fait, ils s’autorisent une pause-thé qui dure toujours et qui pourrait bien se prolonger jusqu’en 2019… Quand je passe devant l’hôtel de ville de Curepipe, j’y vois irrésistiblement l’image que nous offre notre gouvernement Lépep.

Détruire n’est pas construire.

Ce gouvernement Lépep veut changer de Parlement. Pourquoi ne s’installe-t-il pas dans le défunt théâtre municipal de Port-Louis… ? Cela pourrait réveiller certains…

* La situation au sein du gouvernement Lepep découle sans doute de cette perception de l’absence de leadership à la tête du gouvernement ou du bicéphalisme Jugnauth-Jugnauth, ce qui favoriserait les écarts de certains. Pravind Jugnauth, dont la nomination comme prochain PM dans le cadre d’un remaniement ministériel « very soon » a été annoncée par Sir Anerood Jugnauth, vous donne-t-il l’impression de pouvoir gérer efficacement tout ce désordre ?

Baï Anerood se démène comme diable en bénitier ! Mais il a 86 ans. J’en connais des septuagénaires moins fringants que lui. A son âge, Chacha Ramgoolam pouvait à peine déclarer « ouverts » les 2es Jeux des Iles de l’océan Indien. Il ne suffit toutefois pas de ne pas avoir de cheveux blancs pour être aussi fringant qu’un Marcus Rashford.

Il y a pire que le bicéphalisme Jugnauth-Jugnauth que d’aucuns et non des moindres espèrent heureusement dépassé. On a beaucoup jacassé récemment pour savoir si Xavier Duval (seulement une demi-douzaine de députés au compteur) doit automatiquement succéder à Baï Anerood si ce dernier consent demain à rendre son tablier de Premier ministre… Et dire que c’est un homme de loi qui a pondu cette constitutionnelle nécessité.

D’autres trouvent légal mais immoral que Pravind hérite familialement du fauteuil de Premier ministre…Nous les comprenons…Ce sont des accros d’élections générales annuelles ou semestrielles…Existe-t-il une année, depuis l’Indépendance, où Bérenger n’ait pas réclamé – mais heureusement vainement – des élections générales avant la fin de l’année ? Son disque préféré est aussi usé que le Petit-Papa-Noël de l’immortel Tino Roussi.

La vraie question à se poser est de savoir, valeur du jour, qui de Baï Anerood ou de Pravind commande actuellement une majorité parlementaire ? Question tabou par excellence…Y penser est déjà blasphématoire sinon sacrilège pour plus d’un. Je rêve seulement d’un jeune journaliste plus curieux, plus professionnel, que d’autres, capable de demander, à chacun des membres de la prétendue majorité parlementaire, de quel côté se rangerait-il si demain une lutte à mort opposait Baï Anerood et le fiston Pravind, à l’instar de celles ayant opposé Chacha et Navin, Gaëtan et Xavier-Luc, Bérenger et Prem Nababsing, Boodhoo et Dinesh Ramjuttun, Anerood et Ashok…

Si l’opposition avait une stratégie se voulant efficace, elle créerait une situation où, dans la famille Jugnauth, papa et fiston ne seraient plus en speaking terms… Mais elle se décompose surtout en un spécialiste des « walk-out », cherchant à parfaire ses sorties de scène, et un défunt Roi Lion à l’entraînement, se contentant d’un footing décrasseur tous les 18 septembre ou tous les 15 décembre. Même le 1er-Mai, il ne se croit plus tenu de se remettre à l’entraînement.

* Que faites-vous de l’investiture éventuelle de Pravind Jugnauth aux fonctions de Premier ministre telle que annoncée par Sir Anerood Jugnauth récemment ? Il n’y a pas d’autre option, disait le Premier ministre, et même si cette investiture serait légale aux termes de la Constitution, elle n’est pas « moralement acceptable », selon Paul Bérenger, du fait qu’elle n’a pas été plébiscitée par l’électorat lors des dernières élections générales. Et, le leader du PTr lui souhaite que Pravind Jugnauth passe par la « grande porte », pas par « l’imposte »…

J’ai perdu mon père à l’âge de huit ans. Il m’a toujours été facile d’occuper, mais seulement à la maison, une place devenue vide bien malgré moi. Je m’efforce mais bien en vain depuis de mettre mes pas dans ceux de mon père, comme dans ceux de mes autres devanciers. Je suis grandement aidé en cela par ceux qui ignorent combien ceux qui nous ont précédés nous sont supérieurs à tous points de vue. Je pense plus particulièrement à un Maurice Rault que nous avons tellement méconnu, snobé, méprisé, entre autres, pour avoir voulu, lui, si intelligent, tellement épris de liberté personnelle, en faire un inconditionnel d’un Gaëtan Duval, alors qu’il est candidat travailliste aux Quatre-Bornes, lors des Municipales de décembre 1953 (Il obtient 1 293 voix contre 1 543 à Régis Chaperon).

Mais si demain mon père revenait sur terre, j’irais me terrer au fond de Trou-aux-Cerfs dans l’espoir d’éviter son regard, certes paternel, mais inévitablement lourd de réprobation, me reprochant surtout d’avoir tant reçu et si peu donné alors qu’il a si peu reçu et tant donné, d’être ignorant alors qu’il fut phare, d’être resté suiveur alors qu’il fut chef de file, figure de proue…

C’est dire si je compatis avec mes semblables, mes frères d’infortune qui, comme moi, survivent difficilement à l’ombre d’un nom trop lourd à porter, alors que nous ne parvenons même pas à sortir notre prénom de l’anonymat dans lequel il s’englue.

Pitié donc pour tous les fils à papa qui peinent à immerger…

Si pour moi, devant vivre à l’ombre d’un père tôt disparu, la route est ardue, que dire de ceux qui sans cesse doivent se mesurer à des géniteurs ayant façonné notre histoire, notre destinée, notre vivre ensemble, quand tout un pays exige qu’ils fassent mieux que papa ?

Xavier-Luc ne parvient guère à nous faire oublier la légendaire figure paternelle, en dépit de son droit à l’excès. Nous aurions pu oublier ce que demeure à jamais Sir Seewoosagur Ramgoolam, dit Kewal de Belle-Rive, mais sans cesse son fils nous rappelle ce qu’il a fait, ce qu’il a dit, ce que nous lui devons, pour ne rien dire de sa monumentale omniprésence.

Nous allons demander à Pravind Jugnauth, que d’aucuns et non des moindres a surnommé « petit crétin », d’être vizir à la place du calife, d’être Premier ministre à la place d’un… Baï Anerood, du vivant de son père, alors que ce dernier continuera à siéger dans la même Assemblée nationale, parce que l’alliance Lépep appréhende une déroute électorale au No 7, et parce que nous devons résister à toute tentation d’élections anticipées, même partielles, pour cause de possibles incitations à la haine électorale sinon raciste, incitations à la violence politique, cause de paralysie économique.

Pravind Jugnauth deviendra tôt ou tard notre Premier ministre, ne serait-ce que parce qu’il compte une décennie de moins que ses principaux rivaux, ne serait-ce que parce qu’il détient la clé d’un coffre-fort nommé Sun Trust. Nous devons lui souhaiter le baptême du feu le moins ardent qui soit. Souhaitons-lui au moins la sincère solidarité de tous ses colistiers de l’alliance Lépep. Prions surtout pour qu’il soit, dans l’exercice de ses futures responsabilités de Premier ministre, à l’abri de tout coup de Jarnac ou de Trafalgar, toute allusion à couteau sous le manteau, à poignard dans le dos, pouvant me valoir les Assises.

Le gouvernement d’un pays aussi minuscule que Maurice ne saurait être une partie de plaisir. Au-delà de la victoire électorale d’une dynastie sur une autre, il en va surtout de l’économie d’un pays, de la prospérité d’un Peuple, d’une population, les nôtres. Le 10 décembre 2014, une majorité d’entre nous, nous avons plébiscité l’alliance Lépep pour le meilleur comme pour le pire. Soyons adultes. Soyons professionnels. Assumons pleinement notre choix démocratique même si nous n’avons pas voté pour MSM-PMSD-ML ou MP. 2019 viendra toujours assez tôt pour rendre au Peuple sa pleine liberté de désigner le gouvernement de son choix pour le prochain lustre.

* Par ailleurs, quelles que soient les raisons qui auraient poussé Sir Anerood Jugnauth à annoncer son retrait de ses fonctions premier ministérielles – divergences concernant le projet de Heritage City, raisons de santé ou autres – et le ‘timing’ de cette annonce, vous paraît-il que le gouvernement sera davantage fragilisé et vulnérable ?

Jusqu’à preuve du contraire, nous devons considérer Baï Anerood comme un sage capable par lui-même de choisir le moment idéal pour passer le flambeau de Premier ministre à celui que son ancien parti, le MSM, reconnait déjà comme son leader. Baï Anerood, ancien président de notre République, n’est présentement que le locataire de la majorité parlementaire, détenue par un parti politique nommé le MSM, qu’il a certes créé mais qu’il ne dirige plus. Père et fils ne sont pas toujours sur la même longueur d’onde, comme par exemple au sujet d’Heritage City…Et après ? Ce ne sont pas les occasions qui leur manquent de laver en famille ce linge sale.

Heritage City n’est qu’un furoncle qui nous empêche de nous asseoir à l’aise. Mais le mal qui ronge la société mauricienne est beaucoup plus profond et plus pernicieux que nous ne voulons le croire. Nous n’avons plus de ministère du Plan ni d’Aménagement du Territoire depuis belle lurette. Notre pays ne sait plus où il va, quelle direction il doit prendre et pour quelle raison. Nous nous contentons de changer de capitaine, lustre après lustre.

Chaque capitaine s’amuse à prendre la direction contraire de celle prise par son prédécesseur, à détruire ce que l’autre a construit (exemple : les radars de contrôle de vitesse… ils commençaient tout juste à porter leurs fruits… l’anarchie, depuis, n’a jamais été aussi violente sur nos routes… pendant que l’hécatombe automobile prolifère…et tout ça pour seulement gagner des élections générales).

Ne trouvons donc pas cela étrange si nous tournons en rond, pendant que même Rodrigues poursuit vaillamment son petit bout de chemin. Ne nous étonnons pas si demain des footballeurs comoriens flanquent une raclée au XI mauricien. C’est pourtant ce qui nous pend au nez. Les autres progressent et nous faisons du sur-place. La nostalgie ne mène à rien. Ce n’est pas en nous endormant sur nos lauriers que nous redeviendrons la clé et l’étoile de la Mer des Indes.

* Le Parti Travailliste, et en particulier son leader Navin Ramgoolam, a réussi dimanche dernier son comeback politique au niveau d’une circonscription généralement considérée comme bastion du parti, et la montée du PTr ira en s’accentuant dans les mois à venir, prévoient les stratèges du parti qui se disent agréablement surpris du renversement de la situation en faveur du PTr bien avant qu’ils ne l’espéraient. L’électorat a-t-il déjà basculé, selon vous, ou est-ce trop tôt pour l’affirmer ?

Le 10 décembre 2014, Navin Ramgoolam touche le fond de l’abîme. Il ne peut désormais que remonter à la surface, ne pouvant descendre plus bas. Nous lui avons attaché aux pieds deux coffres-forts bourrés de billets de banque tant locaux qu’étrangers. Ils se transforment, avec le temps, en… bouées de sauvetage. Tous les méfaits, dont Lépep voulait accabler le précédent régime, perdent, jour après jour, de leur impact. L’effet boomerang devient irrésistible. Mam ine viré le 10 décembre 2014. Astère boule pé viré.

Ramgoolam ne peut que monter et Jugnauth descendre. Les ministres Lépep sont les meilleurs agents électoraux de Navin. Il ne fait rien et il retrouve sa popularité d’antan. Siégerait-il présentement à l’Assemblée nationale qu’il aurait déjà rallié à lui une majorité de députés Lépep déçus de la présente paralysie gouvernementale et de ses valses hésitations. Si Navin ne procède pas présentement à cet inévitable ralliement des députés dépités de Lépep, c’est pour ne pas devoir offrir le siège du Premier ministre à… Shakeel Mohamed.

La petite foule rouge présente à Triolet, peut-être transportée d’ailleurs, ne me convainc guère. Je rêve seulement d’un parti politique capable, entre deux élections législatives, d’animer simultanément nos 20 circonscriptions ; non pas en multipliant des invectives contre des adversaires d’aujourd’hui mais possibles alliés de demain. Mais en se mettant à l’écoute des plus profondes aspirations du Peuple et bâtir ensemble avec nous un nouveau dynamisme pas seulement économique.

Adoptons dès aujourd’hui une règle d’or. Ne nous intéressons qu’aux futurs leaders mauriciens âgés de moins de 45 ans. C’est dire si le lecteur peut se dispenser de cette interview d’un autre âge.

* Navin Ramgoolam a annoncé l’intention de se présenter seul aux prochaines élections, et selon Jean-Claude de l’Estrac, le scenario le plus probable pour les prochaines législatives serait une nouvelle alliance MSM-MMM face à une recomposition de l’Alliance Travailliste-PMSD. Votre avis ?

Le temps des alliances n’est pas encore arrivé. Laissons cela pour 2019. Nous sommes encore à celui du défrichage, du labour, de la préparation du terrain, de la mise en terre des meilleures semences politiques, de l’irrigation scientifique, du désherbage. Penser, en 2016, en termes d’alliance alors que les prochaines Législatives sont programmées pour 2019, c’est vouloir stupidement récolter avant d’avoir planté. Si un politicard ou un observateur averti ne comprend pas ce langage, les Mauriciens tellement agricoles reçoivent ce message 5 sur 5.

Que chaque parti profite du temps qui lui est alloué d’ici 2019 pour renforcer son enracinement dans chaque circonscription, dans chaque village, dans chaque quartier urbain, dans chaque club de jeunesse. Un parti politique sans organe de presse digne de ce nom ne mérite pas d’être porté au pouvoir. Nous devons savoir ce qui se passe à l’intérieur de chaque parti. Si ses toilettes sont bien gérées, propres, coquettes et nickel, il peut alors prétendre au gouvernement de notre pays.

N’oublions surtout pas cette vérité première. Ce ne sont pas les leaders qui peuvent décider d’une alliance électorale. Seule la base peut décider en l’occurrence. Mais faut-il encore que la direction soit assez humble pour solliciter son avis.

Mais s’il faut succomber à la stérile tentation de prédire ce qui va se passer demain, je parie pour une alliance MSM-PTr ou l’inverse. En pareil cas, diverses options sont envisageables : partage de pouvoir à l’israélienne, Ramgoolam président et Pravind Premier ministre ou l’inverse. Bref répétition de 2010, avec à la clé ré-MedPoint ou Omega Ark, ou Bétamax/ou Petredec, etc. Je pressens que nous allons nous amuser pendant que s’enlisera davantage le pays des enfants de nos enfants. Ils auront le droit de cracher sur nos tombes.

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