‘Rien n’empêchera au peuple mauricien de se choisir le gouvernement qu’il veut en 2019’

Interview : Sydney Selvon – Journaliste & Historien —

Un rajeunissement du Premier ministre en la personne de Pravind Jugnauth bien que souhaitable dans la conjoncture, sera-t-il efficace en termes
de résultats ?’

Sydney Selvon, journaliste et auteur de livres d’histoire et de politique, donne une idée de la tournure des évènements avec les crises qui s’amorcent et se désamorcent. Politique de bascule, loin de là ! Ce n’est, selon l’observateur de terrain, qu’une impression. Mieux vaut parler de politique attentiste même si on parle de virus de changement. L’esprit frondeur, critique n’est-il pas une seconde nature ?

Mauritius Times : Ce n’est pas nouveau, mais tellement inopportun dans le contexte politique actuel: le démembrement et la dispersion d’une section de l’opposition parlementaire alors qu’on fait état d’une grande désillusion ‘across the board’, à l’égard du pouvoir et qui ne fait que grandir le réservoir d’indécis au niveau de l’électorat. Que faites-vous de cela ? Crise de leadership ?

Sydney Selvon: Je vois les choses avec beaucoup de recul et dans la perspective historique, surtout que je remets à jour à 2016 mes deux volumes d’histoire en mille pages, publiés en 2012 et aujourd’hui épuisés.

Je réponds d’abord sur la question de crise de leadership. La classe politique se rajeunit, l’économie tarde à redémarrer. Cela aura bien sûr des incidences d’ici les prochaines élections générales en 2019. Les Travaillistes donnent l’impression – mais cela reste encore à être prouvé – d’un regain de popularité en certains milieux qui basculent entre le MSM et le PTr depuis toujours, les mêmes milieux ayant auparavant basculé entre le PTr et l’IFB depuis le début des années 50.

Du côté du MMM, la colère contre l’alliance avec les Travaillistes reste encore forte, mais donne l’impression de s’atténuer – encore une impression à prouver.

Il y a une montée en puissance de la contestation de ce rideau de fer que représente l’interdiction à la liberté de penser dans les politburos mauriciens, surtout par des parlementaires plus jeunes, bardés de diplômes et d’expériences professionnelles très riches, dans le gouvernement et l’opposition, et qui ont des idées difficiles à accepter par les vieilles générations, mais qui pourraient faire bouger le pays dans le bon sens.

Les Mauriciens, âgés entre la vingtaine et la cinquantaine, s’impatientent contre une mentalité moyenâgeuse de certains leaders qui cautionnent encore les obsessions et les intolérances de vieux bonhommes et de vieilles bonnes femmes des années 40 à 60, intolérances encore très présentes également chez les chefs des religions.

Que les drogues dures et les drogues à quatre sous, dites drogues synthétiques, tuent, ces bonhommes et ces bonnes femmes s’en fichent, car il leur faut une politique des drogues encore figée dans le Moyen Âge pour envoyer de petits fumeurs de gandia faire leur apprentissage au grand banditisme dans nos prisons.

Ces gens-là en sont encore au temps d’un capitalisme des années 50 et ne se rendent pas compte que le développement économique aujourd’hui s’appuie de plus en plus sur les secteurs informels, celui des self-employed et des PME. En Grande Bretagne ce secteur est en forte croissance et compte déjà 4,2 millions de personnes, allant du professionnel au marchand de rue travaillant à son propre compte et devenus à la mode à New York et autres grandes villes avec leurs food trucks.

Les barons de l’économie, savent par eux-mêmes ce qu’il faut faire pour réussir, ils n’ont besoin que d’être acceptés dans le cadre d’une coopération rigoureusement professionnelle avec les autorités – et pas plus que cela, surtout pas un jeu de copinages corrupteurs.

Ajoutez à cela la question lancinante chez la grande masse des gens sur le sérieux des promesses politiciennes lors des campagnes électorales et qui accroît le soupçon que tous les politiciens sont les mêmes, soit tous des voleurs et des menteurs – ce qui n’est pas vrai quand même. Aux USA, Donald Trump a créé une vague phénoménale de colère quand il a promis de faire arrêter son principal adversaire, Hilary Clinton s’il gagne les élections ! C’est un phénomène qui, à Maurice, peut faire grossir la foule des indécis et même d’électeurs qui voteront comme des électrons libres…

* Au fait, il serait probablement utile de se rappeler que les dissidences à Maurice ont été tous des échecs, sauf le MSM, lui-même créé à partir d’une dissidence du MMM, et qui a pu maintenir la tête hors de l’eau du fait qu’il contrôlait l’appareil du pouvoir et disposait du soutien du PTr et du PMSD d’alors dans le sillage de la cassure de 1983, non ?

Vous avez raison de mentionner le MSM. La réussite des dissidences obéit à des règles en politique et à des conditions historiques précises, y compris certaines opportunités à tel ou tel tournant de l’évolution d’un pays. Celles-ci doivent être présentes pour faire d’une dissidence une nouvelle force qui compte.

L’IFB, d’abord, suivant une dissidence au PTr, en 1958, puis le PSM suivant une dissidence au PTr qui dura de 1978 à 1979, et le MSM formé en 1983, obtinrent de gros succès électoraux gravés dans l’histoire nationale, et n’ont pas été de vulgaires exceptions à quelque règle figée et immuable. Le MMM lui-même eut des conditions exceptionnelles pour se former et amener un changement de générations à la direction du pays, alors que son Premier ministre d’alors, Anerood Jugnauth, n’avait que 52 ans.

Le fait est qu’aujourd’hui, faute d’un idéal élevé, les Mauriciens se rabattent sur le pouvoirisme avec l’encouragement d’un Establishment lui-même pouvoiriste. C’est –à- dire le pouvoir pour en jouir à satiété et tout se permettre (ou presque). On s’aperçoit seulement qu’à travers le monde, les establishments politiques se rajeunissent et se modernisent.

Justin Trudeau, Premier ministre du Canada, le premier exemple mondial de la tolérance des minorités, n’a que 45 ans et vient d’une minorité et son ex-chef d’Etat était une Créole haïtienne. Maurice ne va pas se défaire de l’impatience grandissante des Mauriciens. L’idéalisme reviendra en force tôt ou tard… Le pouvoirisme, une espèce de drogue qui crée une accoutumance vicieuse, connaît tôt ou tard une défaite cuisante. Posez la question à ceux qui ont connu ce genre de retour subit et brutal de la manivelle.

* Donc, eu égard à la dispersion de l’opposition, l’Alliance Lepep, forte de sa majorité parlementaire, n’a aucune raison de s’alarmer. D’autant plus que ni le MMM ni le PTr, même si ce dernier connaît une remontée ces derniers mois, ne peuvent véritablement, à ce stade, inquiéter le
gouvernement ?

L’Alliance Lepep a une forte majorité qui va durer jusqu’aux prochaines élections. Une remontée de l’opposition est une réaction populaire quasi-instinctive à chaque fois que le peuple a jugé un gouvernement trop fort et que ce gouvernement se soit senti trop fort au point de se permettre de croire qu’un pouvoir octroyé pour seulement cinq ans veut dire pour l’éternité. Et d’adopter alors certaines attitudes et actions, dont un laxisme à la place d’une bonne performance ministérielle, alors qu’il aurait mieux en faire l’économie pour se concentrer sur l’avancement du pays dans tous les domaines. Et ce, allant de la culture à l’économie, de la libération des femmes d’un machisme toléré par les politiques et les religieux qui nous empêche d’avoir un quota acceptable et fort de femmes au Parlement et au Cabinet en plein 21ème siècle, d’une lutte efficace contre la corruption qui nous ronge jusqu’à la moelle des os, et j’en passe.

Je vois en fait un gouvernement Lepep qui a une chance de mieux faire durant les trois prochaines années avec un Premier ministre plus jeune, à certaines conditions en termes d’efficience et de rigueur, ainsi que d’absence de complaisance face aux maillons faibles les plus notoires de son équipe.

* Par ailleurs les leaders du MMM et du PTr ne souffrent d’aucune contestation. Malgré le débâcle de décembre 2014 et son alliance avec Navin Ramgoolam, Paul Bérenger a dit sa ferme intention de ‘stay put’ mais il donnera bien au MMM une nouvelle Constitution qui ne devrait pas l’inquiéter. Navin Ramgoolam aussi reste en poste et s’attend à ce que les procès logés contre lui soient rayés… Tous deux attendent leur heure. Qu’en pensez-vous ?

Je vais dire ma part de vérité sur Paul Bérenger. Il a amené au pouvoir lui-même deux des trois autres Premiers ministres qui, à part lui-même, ont dirigé le pays depuis 1982: SAJ en 1982, 1991 et 2000, et Navin Ramgoolam en 1995. Il a apporté, aux côtés de ses alliés politiques, une forte dose d’idéalisme en politique, prônant plus d’égalité entre les classes sociales, l’anti-communalisme et une réforme électorale. Il a aussi été le leader de l’opposition le plus efficace et redoutable, encore respecté par ses adversaires, y compris les Jugnauth et Navin Ramgoolam. Il est surtout le digne successeur, en la matière, de Sookdeo Bissoondoyal et de Gaëtan Duval et on peut remonter aux Drs Beaugeard, Eugène Laurent, Maurice Curé et, plus loin, Rémy Ollier en matière d’opposition aux pouvoirs et forces qu’ils combattaient.

Mais tout bilan comprend forcément un passif, toute comptabilité a des ‘liabilities’. Paul Bérenger a eu des stratégies de prise du pouvoir et des prises de position qui l’ont mené au désastre, surtout dans les années 80 et, avec d’autres partis à ses côtés, aux désastres électoraux qu’il a subis de 2005 à 2014. Le passif de Bérenger, c’est un certain manque d’anticipation dont doit obligatoirement faire preuve un joueur d’échecs. Il devrait se montrer capable d’anticiper au moins les dix prochains mouvements des Jugnauth et de Ramgoolam… Sinon il court d’autres risques.

Voyons Navin Ramgoolam. Il n’égale en aucune manière Paul Bérenger dans l’opposition mais il peut quand même être redoutable et charismatique à la tête de ses partisans. Les deux ont à peu près le même âge. Mais les deux, tout comme Xavier Duval, n’ont pas trouvé l’idéalisme élevé et porteur qui a permis à un Justin Trudeau de triompher dans son pays et de rester très populaire après la prise du pouvoir.

Depuis pas longtemps, Bérenger cherchait une nouvelle formule de socialisme et de réforme électorale répondant aux aspirations du monde moderne. Mais il faut ajouter au passif de son bilan, un pouvoirisme qui semble n’épargner personne. Voilà pourquoi je disais qu’ils sont encore loin de prouver qu’ils remontent vraiment la pente.

Par ailleurs, leur sort est étroitement lié à la performance de Pravind Jugnauth en tant que Premier ministre d’ici les prochaines élections générales. Ce dernier écoute beaucoup plus qu’il ne parle – d’ailleurs, il est bien moins bon communicateur que Ramgoolam et Bérenger. Mais la fonction fait l’homme et Pravind a déjà obtenu un grand succès avec son budget 2016-2017, accueilli favorablement même par le leader de l’Opposition qui l’a trouvé ‘intéressant’.

Pravind Jugnauth est timide et cachottier, mais en même temps, une force tranquille. Son avenir d’ici 2019 décidera, en quelque sorte, du sort du MMM et des Travaillistes aux prochaines élections générales. Pour l’instant, il garde toutes ses chances, pourvu qu’il sache jouer ses cartes.

S’il crée les emplois dont les Mauriciens ont besoin, s’il développe les secteurs qu’il faut, s’il introduit de nouvelles activités comme l’agri-énergie et autres pôles d’activités économiques et professionnelles, le secteur bio comme il se doit, etc., il aura trois années pleines de réalisations. Il pourra même dire alors : « Je n’ai eu que trois années pour faire tout cela, je peux faire encore plus dans les prochaines cinq années. » Et il serait difficile de lui donner tort !

* Pour revenir aux leaders du MMM et du PTr, si on vous disait qu’au final, ce sont les militants et les Travaillistes – la « base » — qui décident en dernier lieu, même s’ils ne contrôlent pas directement l’appareil du MMM ou du PTr, celui le plus apte à diriger ces deux grands partis, on pourrait croire que Paul Bérenger et Navin Ramgoolam ont toujours de beaux jours devant eux…

Oui. Berenger et Ramgoolam ont le charisme et un ‘hard core’ relativement important dans l’électorat. Mais les bases ne sont plus ce qu’elles étaient jadis. L’enthousiasme du ‘hard core’ et des bases n’entraîne pas forcément un mouvement identique au niveau national. Même si le gouvernement est aussi impopulaire que certains le croient, je pense qu’il y a une majorité silencieuse qui ne va pas aux meetings mais qui suit tout ce qui se passe. Et qui votera pour ou contre le gouvernement ou l’opposition actuelle ou pour d’autres formations ? Rien n’est garanti aujourd’hui sur l’échiquier politique.

* Le pari de Alan Ganoo ne s’est pas avéré comme il l’aurait sans doute souhaité, son Mouvement Patriotique a été un échec, du moins c’est l’impression qui s’en dégage. Qu’en sera-t-il du Mouvement Libérateur d’Ivan Collendavelloo ?

Le MP ne semble pas être allé loin. Le Mouvement Libérateur (ML) a l’avantage d’avoir l’appareil d’Etat à sa disposition et peut profiter de cette partie de l’électorat qui penche vers le pouvoirisme, mais c’est peu de chose, car en cela, les ‘grands partis’ sont en meilleure position.

La différence se jouera à long terme cependant. Si dans les trois années qui viennent, le nouveau ton insufflé par Pravind Jugnauth à l’action gouvernementale, tout au moins en tant que ministre des Finances et au moyen de son action comme projetée dans son budget, arrive à prévaloir avec au moins 50,000 nouveaux emplois et une croissance des secteurs des PME et des self-employed, le ML en bénéficierait du moins collectivement avec le gouvernement, aux prochaines élections.

C’est ce qui s’est passé en 1987, par exemple.

* Par ailleurs, le ‘Bolom’, nous apprend Pravind Jugnauth, ne va pas démissionner pour le moment. « Il va se battre afin que le pays puisse récupérer les Chagos, » devait-il expliquer lors d’un congrès du MSM, lundi dernier. La suspense va durer, et SAJ choisira le moment de son départ – n’en déplaise aux politologues, investisseurs et les caciques du MSM ?

L’incertitude continue de prévaloir à ce sujet et même les investisseurs réclament plus de précisions et de clarté. Les gens soupçonnent toujours la langue de bois du politicien. Ce que je peux dire, c’est que légalement et constitutionnellement, le leader du MSM a le droit de succéder au Premier ministre puisqu’il contrôle une majorité parlementaire. La Constitution exige d’un Premier ministre une majorité à trois niveaux. Au Parlement, dans son Groupe Parlementaire, et au Cabinet.

Au Parlement, Pravind Jugnauth a le soutien du MSM, du ML, du PMSD et aussi de l’OPR et, à coup sûr, au sein du groupe des députés indépendants. Il peut mettre le poste de Premier ministre dans la balance et obtenir confortablement un vote de confiance, ce qui, peut-être, serait un excellent moyen pour lui d’affronter l’opinion publique. Il devrait être bien conseillé dans ce sens car qui pourrait alors lui reprocher d’avoir simplement succédé à son père, alors qu’il aurait recherché proactivement un vote du Parlement avec décompte des voix pour montrer au pays qu’il entre par la grande porte ?

Un Premier ministre, membre ou pas d’un parti, n’a besoin que d’une majorité pour être nommé. Pas plus que ça. Je ne sais pas quand Pravind Jugnauth accèdera au poste de PM. Et je comprends aussi que SAJ se bat courageusement pour les Chagos avec le soutien surtout, au niveau de l’opposition, du MMM représenté par Paul Bérenger. Il a réalisé un exploit en associant Olivier Bancoult à son action au niveau international. Je leur souhaite de tout cœur le succès total. Oui, alors, ce renvoi pourrait alors se justifier. Mais il faut une clarification officielle – et Sans Peur…

* Autant la cause est juste, autant faut-il se rappeler que le jeu politique sera déterminé par les « bread and butter issues », pas par les Chagos et Tromelin. Le ministre des Finances – et Prime Minister-in-waiting – s’en souviendra, sans doute, en raison principalement de ce jeu politique qu’on connaît à Maurice?

Non. Un retour des Chagos provoquerait non seulement une joie immense à travers le pays, mais donnerait le signal d’un développement économique, aussi bien qu’écologique, d’une ampleur extraordinaire. Il est question de plusieurs îles, de terres et de lagons riches.

La production de coprah peut reprendre pour la production d’essences et d’huiles végétales, des petites industries artisanales produisant des articles d’artisanat pour les yachts et paquebots de passage pourraient aider les habitants à obtenir des revenus en devises de la base et des touristes dans un cadre environnemental bien contrôlé, on pourrait ouvrir des éco-hôtels comme la France le fait dans certaines îles du Pacifique pour de riches touristes et certaines formes d’agro-industries.

Il y a déjà des yachts de passage qui s’arrêtent souvent au Chagos. La sécurité restera une préoccupation majeure, mais les bases américaines sont ailleurs proches des zones habitées comme à Guantanamo. Mais les perspectives économiques seront importantes. Evidemment, rien n’empêchera au peuple mauricien de se choisir le gouvernement qu’il veut en 2019, soit l’alliance actuellement au pouvoir, soit un parti de l’opposition qui pourrait fort bien être le MMM au cas où il y aurait une lutte à trois et si le MMM remonte vraiment la pente d’ici là…

Tout n’est que spéculation et conjectures pour le moment… mais les Mauriciens aiment ça !

* Aux Etats-Unis, actuellement, on parle de la « presidentialisation » de Hillary Clinton eu égard aux efforts de son ‘Campaign Team’ de la présenter comme candidat le plus apte à diriger à partir de l’Oval Office. Il nous semble assister à la « prime ministerialisation » de Pravind Jugnauth ces temps-ci. Qu’en pense l’homme des médias à ce propos?

Je comprends parfaitement que le MSM veuille vendre ‘la marchandise’ – cette expression ne se veut pas offensive, mais dans le langage de la communication et des médias, elle est courante même pour Hillary Clinton. En politique, on vend à l’électorat un produit avec une campagne d’explication, en fait de publicité. C’est un art qu’il faut maîtriser dans le monde moderne. Il faut employer des moyens modernes. Je l’ai fait pour mon épouse, d’ailleurs lorsqu’elle s’est présentée comme candidate.

Il y a toute une panoplie de moyens. J’ai d’ailleurs assisté à des élections aux USA et dans les pays où j’ai vécu et travaillé pendant des années, le Canada, l’Australie et l’Angleterre plus récemment. Oui, il faut vendre Pravind Jugnauth comme un produit premier ministériel – et c’est ce que son parti fait en ce moment.

* L’enjeu crucial des élections générales depuis 1983 a été la question de ‘prime ministership’. Il ne semble pas que les choses puissent être différentes en 2019. Qu’en pensez-vous ? Dans le monde hippique, il arrive des fois que des « outsiders » remportent les courses, dit-on…

Oui. En 2019, les jeunes qui sont nés en 2000, soit au 21ème siècle iront voter pour la première fois, sans compter des dizaines de milliers d’autres qui ont voté pour la première fois en 2014, qui voient des révolutions électorales ou même virulentes, ou carrément violentes, se produire à travers le monde au nom de la démocratie.

Nos villes et nos campagnes regorgent maintenant de ‘révolutionnaires’ en puissance. Surtout beaucoup de médecins chômeurs ou travaillant dans le public, des professionnels et autres gradués chômeurs ou pas, des personnes ayant perdu leur emploi, des jeunes qui n’ont jamais eu l’occasion de travailler, sont très, vraiment très en colère. Tous ces gens-là ont l’impression qu’on se fout de leur gueule au niveau de tous les establishments politiques.

J’ai presque toujours habité les régions rurales et je n’en connais pas moins bien les villes et je parle aux gens de la rue tous les jours et participe à des réunions politiques. Je vois et j’entends, je parle aux passants, aux gens dans les supermarchés et les boutiques. Vous avez raison – on peut s’attendre à tout en 2019.

De quelle façon cette colère peut-elle être apaisée ? Dans quelle mesure le gouvernement arrêtera une série de bavures et d’incroyablement mauvais exercices de communication ? Comment finira une certaine guerre de clans au sein du pouvoir ?

Et du côté de l’opposition, quand le peuple, déjà remonté contre tout l’establishment politique, verra-t-il la lumière au bout du tunnel ? L’opposition est de plus en plus éclatée et personne ne sait plus quoi faire. Si l’opposition au Parlement s’affaiblit, elle s’enfle dans la rue. Un rajeunissement du Premier ministre en la personne de Pravind Jugnauth bien que souhaitable dans la conjoncture, sera-t-il efficace en termes de résultats ? Qu’est-ce qui se passera et quand ces questions trouveront-elles réponse ? L’Histoire seule nous le dira.

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