« La pauvreté existe dans toutes les communautés alors que dans certains cas, c’est plus médiatisé, dans d’autres cas, on maintient un tabou sur la pauvreté. Tout doit rester caché »

Interview : Sada Reddi, Historien

« Il faut redynamiser le football mais je suis aussi convaincu qu’il ne faudrait pas raviver des tensions ethniques, de manière volontaire ou involontaire »

« Les institutions religieuses deviennent les fléaux d’une société lorsque leurs membres ont failli dans leur tâche de dispenser l’éducation spirituelle et religieuse auprès de leurs membres et, pour masquer cette faillite, elles ont recours à d’autres stratégies, souvent discutables »

« Gouverner, c’est prévoir ». Cette formule d’Emile de Girardin est célèbre et c’est ce que la majorité des citoyens attendent de leurs élus dans une démocratie.

Les Mauriciens, eux, attendent beaucoup du gouvernement : ils insistent sur sa capacité d’anticiper les développements et les difficultés pour mieux résister aux problèmes éventuels et préparer l’avenir, que ce soit dans le domaine environnemental ou ailleurs. Est-ce que la République de Maurice avance dans la bonne direction et assure le bien-être de tous les citoyens ? Dans quelle mesure le Premier ministre réussit-il à satisfaire les aspirations du peuple mauricien ? Notre invité, l’historien Sada Reddi, répond à nos questions.

Mauritius Times : «Maurice se modernise à pas de géant», affirme le Premier ministre, malgré une situation économique mondiale difficile, et « grâce au travail abattu par l’actuel gouvernement et une stratégie bien planifiée pour le pays. » La modernisation des infrastructures apporte sans doute une valeur ajoutée à Maurice, mais voyez-vous un effet d’entraînement sur l’économie du pays ?

Dr Sadda Reddi : La modernisation des infrastructures a un impact certain sur le développement économique. Prenons un exemple. A l’époque coloniale, les chemins de fer ont été construits par les Britanniques pour faciliter la construction des sucreries dans le Plateau Central et aussi pour diminuer le temps du trajet des personnes, et l’acheminement des marchandises, du sucre et d’autres vivres de l’intérieur des terres vers le port. Même nos grands réservoirs ont été conçus pour augmenter la production agricole.

Alors, moderniser, cela signifie répondre aux besoins du présent et planifier pour le futur. Je vous donne deux exemples contemporains. L’embouteillage sur nos routes coûte énormément à notre économie, augmente les coûts et réduit, par la même occasion, notre productivité. L’arrivée des TICs a changé les modes de communication et accéléré la vitesse de transfert des informations d’un point à un autre.

Par conséquent, les nouvelles infrastructures augmentent nos capacités économiques et attirent l’investissement. De même, les nouvelles technologies diminuent les coûts et augmentent ainsi la productivité.

De plus, quand il y a un ralentissement économique au niveau mondial, c’est l’occasion d’investir dans les infrastructures des routes, du port, de l’aéroport et aussi des infrastructures sociales. Cela résorbe le chômage tout en nous préparant pour la reprise économique.

* Fidèle aux habitudes de ses collègues ministres, le ministre des Infrastructures publiques n’a pas manqué de saluer « la vision et le courage » du Premier ministre dans la réalisation de cette nouvelle route Terre Rouge-Verdun, inaugurée cette semaine. Le PM est « l’architecte des infrastructures modernes », a-t-il déclaré. Quelle opinion faites-vous de cela ? Le pensez-vous également?

Je pense que le Premier ministre est visionnaire : il voit très loin et il a une vision précise de ce qu’il voudrait pour l’Ile Maurice de demain. Il est déterminé dans son ambition.

Cependant, ce serait injuste de limiter cette vision uniquement aux infrastructures. Il faut se rappeler qu’il a des idées avant-gardistes dans tous les secteurs. N’oublions pas que c’est à lui que nous devons la protection de la Vallée de Ferney. Il a proposé plusieurs législations pour la réforme des ondes et le judiciaire, pour citer quelques exemples. Il a aussi créé le ministère des. Technologies de l’Information et de la Communication pour développer le nouveau pilier des TICs.

Récemment, il a mis sur pied un ministère de l’Education supérieure pour la démocratisation et la décentralisation de l’éducation. Il faut aussi ajouter les mesures qu’il a prises dans le domaine de la Santé pour rendre gratuite la dialyse, et donc accessible au plus grand nombre. Il a encouragé la recherche sur le cancer et le diabète.

Il a eu en tête plusieurs projets tels que le MID – Maurice Ile Durable, le Ocean State, et aussi des projets-phares dans le domaine social. Quelques exemples : le rétablissement de la pension universelle, la Equal Opportunities Commission et même l’abolition du Best Loser System en politique et la réforme électorale. Tout récemment, il a fait des Human Rights un axe majeur de la politique étrangère de Maurice. Il a agi dans ce sens, pour le Sri Lanka, par exemple.

Il demeure que, dans le contexte mauricien, certaines politiques de modernisation ont apporté beaucoup de mécontentement que ce soit au sein de son parti, de son électorat, ou d’une partie de la population. Ceci le force très souvent à trouver un équilibre entre réalisme politique et réalité de terrain, quitte à sacrifier parfois sa vision d’ensemble pour assurer la paix et l’harmonie au sein de la République.

Quant à son gouvernement qui est en train d’implémenter ces projets d’avenir, il faut faire avec des hauts et des bas et tout ce qui ralentit le fonctionnement d’une démocratie. Il ne faut pas oublier que notre tissu social est fragile.

* La modernisation des infrastructures du pays crée un effet d’enchaînement sur l’économie et cela est tout à fait souhaitable. Mais encore faut-il que le développement ne se fasse pas à deux ou à plusieurs vitesses, n’est-ce pas ?

Tout dépend de ce que vous entendez par développement à plusieurs vitesses. Le gouvernement concrétise des projets pour l’ensemble du pays, donc pour toutes les couches de la population, sans aucune distinction.

Ensuite, il y a aussi certains projets spécifiques pour éradiquer la pauvreté et autonomiser les gens les plus vulnérables de la société. C’est ce qu’on appelle empowerment. Je vous donne un autre exemple : la majorité de la population est d’accord que le dernier budget a accordé une place importante au social.

Le fait demeure que tous les projets ne vont pas nécessairement atteindre les objectifs fixés. Nous savons tous que nous avons un problème de taille quand il s’agit d’implémentation dans tous les secteurs. Ce sont les difficultés dans la phase d’implémentation qui donnent naissance à des déséquilibres dans plusieurs secteurs. Prenons l’exemple des enfants qui échouent aux examens du CPE. Depuis la création des Community Schools en 1977, il semblerait que tous les gouvernements ont échoué sur ce plan. Est-ce que ce ne sont pas les acteurs chargés d’implémenter ces projets qui ont échoué à chaque fois ?

* Malgré les bonnes intentions gouvernementales et les mesures prises par le pays depuis l’indépendance pour permettre aux Mauriciens d’atteindre un meilleur niveau de vie, on n’arrive toujours pas à endiguer la pauvreté. Selon les chiffres officiels disponibles, il existe 26,000 familles à Maurice qui vivent en-dessous du seuil de la pauvreté. Selon certaines ONGs, la situation serait même critique…

Personne ne peut nier le fait que la pauvreté existe bel et bien à Maurice malgré les efforts de tous les gouvernements depuis l’indépendance pour l’enrayer. Pourquoi un tel échec?

Une première hypothèse serait qu’on n’a jamais pu ou su identifier les vraies causes de la pauvreté et de son évolution et, dans ce cas, les solutions proposées seraient inappropriées. Cela ne fait pas très longtemps qu’il y a eu la constitution d’une Commission Justice et Vérité pour mieux appréhender les facteurs historiques associés à l’existence de poches de pauvreté à Maurice.

Une deuxième hypothèse serait que nous sommes un peuple jeune, encore à la recherche de notre Histoire, avec une volonté de mieux comprendre notre passé. Toutefois, malgré toute son importance, nous ne devrions pas nous limiter à cette unique recherche et négliger plusieurs nouveaux facteurs liés à la mondialisation.

Il y aurait une troisième hypothèse : nous ne sommes pas suffisamment proactifs ou nous manquons de compétences pour anticiper ou résoudre des problèmes…

N’oublions pas que, dans le monde actuellement, la tendance est au ralentissement de la croissance et certains économistes avancent même que ce ralentissement deviendrait peut-être permanent contrairement aux idées reçues. Si cette tendance se confirme, la pauvreté risque d’augmenter à cause des absences de perspectives d’emploi. Il faudrait donc think out of the box pour apporter de nouvelles solutions en vue d’éradiquer la pauvreté.

* L’ethnicisation de la pauvreté à Maurice a fait débat ces derniers temps, cela dans le sillage de la déclaration de Nita Deerpalsing lors des débats au Parlement à l’effet « qu’on veut faire croire que seule la communauté créole est victime de la pauvreté… et que le gouvernement fait de la discrimination contre une communauté ». Jean-Maurice Labour de l’Eglise catholique est intervenu pour citer Statistics Mauritius et d’autres documents officiels. Il dit que l’ethnie Créole serait « la plus marginalisée ». Quelle opinion faites-vous de cette question de pauvreté et de la situation des Créoles dans notre société ?

A Maurice, la pauvreté existe dans toutes les communautés. Alors que dans certains cas, c’est plus médiatisé, dans d’autres cas, on maintient un tabou sur la pauvreté. Tout doit rester caché.

Et c’est aussi vrai que l’incidence de la pauvreté est plus accentuée dans certains groupes sociaux que d’autres. Le problème est multifactoriel et multidimensionnel. Il y a des facteurs historiques, culturels et géographiques, entre autres, pour expliquer ce phénomène.

Prenons un exemple dans l’Histoire de la République : le cyclone Carol. Avant le cyclone Carol, toutes les communautés vivaient ensemble d’une façon intégrée et les valeurs des uns et des autres avaient une influence positive sur la mobilité sociale. Quand le cyclone Carol est arrivé, il a détruit les maisons et a forcé les gens à vivre dans des longères et, un peu plus tard, dans des cités ouvrières.

A ce moment-là, tous les travailleurs ayant les mêmes talents et compétences ont été regroupés dans un seul et même endroit et les opportunités d’emploi se sont réduites pour un bon nombre d’entre eux. C’est un changement important dans la vie de quelqu’un surtout s’il pouvait exercer son métier dignement auparavant. Cela s’applique indistinctement à n’importe quel métier – menuisier, charpentier, cordonnier, et tant d’autres encore…

Je pourrais vous parler aussi des facteurs géographiques, par exemple. Dans certains districts, la pluviométrie et la topographie ont une incidence directe sur le développement et le niveau de vie des habitants. Sur le plan culturel, personne ne peut nier la féminisation de la pauvreté, en partie associée à l’éclatement du réseau familial et la hausse du taux de divorce.

A Maurice, malheureusement, il y a une tendance à exacerber uniquement un facteur au détriment de tous les autres facteurs. Il n’y a pas de prise en compte holistique du problème. A ce jour, il n’y a eu aucune étude de fond sur la pauvreté à Maurice. Mais avons-nous l’expertise nécessaire pour mener de telles études ? Au cas contraire, ne l’aurions-nous pas déjà fait depuis longtemps ?

* Maurice Labour a également cité, dans le cadre de ce débat sur la pauvreté, le rapport de la ‘Truth and Justice Commission’ qui fait mention de la « race discrimination against Creoles » qui serait « a further reason for Creole people to feel ‘left behind’ ». Pensez-vous que la discrimination raciale, en particulier à l’encontre des Créoles, demeure toujours un problème à Maurice, que ce soit au sein des secteurs public et privé ou dans le domaine social ? Est-ce que cela entraverait le progrès des Créoles ?

Si le rapport mentionne que la discrimination raciale est une des raisons qui explique la pauvreté de certains Créoles dans la communauté, alors cette supposition est valable.

Mais, pour toute problématique aussi complexe que la pauvreté, il ne suffit pas d’énumérer une seule cause et de s’en tenir à cette explication ou de la diffuser au plus grand nombre.

Il pourrait bien y avoir une centaine de facteurs déjà identifiés pour expliquer un seul problème. Il faudrait ensuite mener une étude très rigoureuse pour évaluer le poids de chaque facteur associé à la pauvreté. Ces facteurs pourraient être statistiquement importants ou non. Tous les facteurs n’ont pas le même poids.

Je pense, entre autres, à la problématique de la migration et de l’insertion des Rodriguais à Maurice comme dans toutes les grandes métropoles du monde, New York, Mumbai, Londres, Paris, Nairobi,… Nous avons aussi l’épineux problème de l’accès aux terres pour la construction de logements. Sans un espace de vie adéquat, est-il possible de résoudre le problème complexe de la pauvreté ?

Pour l’instant, à Maurice, nous manquons de rigueur dans les analyses. Par conséquent, nous tournons en rond et nous perpétuons un mauvais diagnostic qui ne nous mène nulle part. Il est grand temps de hiérarchiser les multiples facteurs associés à la pauvreté et de trouver des solutions adaptées au lieu de continuer à énumérer les raisons pour l’expliquer.

* Qu’en est-il des autres composantes de la communauté mauricienne ?

La pauvreté existe dans d’autres communautés comme le révèle une étude menée par une Canadienne dans le nord du pays. Mais comme je vous l’ai dit tout à l’heure, nous n’avons aucune étude nationale de ce phénomène de société. Si nous nous en tenons aux informations de la presse locale, il apparaît clairement que les fléaux sociaux comme la drogue, les crimes et l’alcoolisme frappent toutes les communautés sans aucune distinction.

* Que pensez-vous de la décision gouvernementale de revenir avec la formule de clubs traditionnels dans le football ? Plusieurs voix se sont élevées contre cette mesure qualifiée d’«archaïque » et de « rétrograde » qui, selon elles, vont faire surgir le communalisme de nouveau malgré les assurances du ministre des Finances que des dispositions seront prises pour que les clubs ne soient pas communaux. Ces voix, ont-elles raison ?

Je comprends parfaitement les passionnés du football qui voudraient donner un nouveau dynamisme au football mauricien en relançant les clubs traditionnels. Je comprends également ceux qui ont des appréhensions par rapport à l’application effective de cette décision gouvernementale.

Pour ceux qui sont contre cette proposition, l’argument principal est basé sur les expériences du passé tandis que ceux qui prônent le retour des équipes traditionnelles pensent que le contexte a changé. Ils sont optimistes de pouvoir dissocier le football de l’ethnicité et de la religion. D’autres pensent que football et ethnicité sont indissociables. C’est difficile de trancher sur cette question du fait que ce ne sont pas les arguments qui manquent dans chaque camp.

Mais personnellement, je suis contre le retour des équipes traditionnelles comme cela a existé dans le passé.

Comment ce retour pourrait-il complètement dissocier le football de l’ethnicité dans la pratique sachant que le symbolisme d’une ethnicité peut prendre plusieurs formes?

Quelle serait l’incidence de ce retour sur les commentaires diffusés sur Facebook et les médias en général ?

Si on croit qu’on va mettre sur pied des règlements qui pourraient efficacement empêcher les dérapages ethniques, je pense que le gouvernement devrait considérer trois points.

(1) Il faudrait avoir une nouvelle gestion et aussi de nouveaux gestionnaires. Il ne faudrait pas recommencer avec les anciens management/propriétaires des équipes telles que Scouts, Cadets, Fire Brigade et autres.

(2) Les noms des équipes doivent être alloués aux différents districts, sans aucune correspondance ethnique entre le district et le nom de l’équipe. Par exemple, Cadets pourrait être allouée à Port-Louis, Scouts à Flacq, Fire Brigade à Rivière du Rempart et Sunrise à Rivière Noire, ainsi de suite.

(3) Il faudrait aussi changer les couleurs des maillots car, à ce jour, chaque couleur reflète une certaine appartenance ethnique.

Je suis d’accord avec le fait qu’il faut redynamiser le football mais je suis aussi convaincu qu’il ne faudrait pas raviver des tensions ethniques, de manière volontaire ou involontaire, sous aucun prétexte.

* Le communalisme politico-religieux et le castéisme sont-ils, à votre avis, des problèmes réels dans notre société qui entraveraient la cohésion sociale à Maurice ? On aurait cru que le Mauricien a appris, au fils des années, à se défaire de la dynamique ethnique pour évoluer progressivement vers une société post-communale…

L’appartenance identitaire, religieuse et ethnique, reste très active dans notre société pour plusieurs raisons.

Premièrement, il y a une compétition pour des ressources limitées. Cette compétition ne se fait plus sur la base de l’idéologie des classes sociales. La lutte des classes ne s’applique pas vraiment au contexte mauricien compte tenu du fait que nous avons une classe moyenne très large.

Deuxièmement, la mondialisation pousse l’individu à chercher des repères qu’il trouve facilement dans l’identité religieuse et ethnique. De plus, la technologie des communications facilite les contacts hors du territoire mauricien.

Le regroupement religieux et ethnique favorise une résurgence identitaire dans le monde et Maurice ne fait pas figure d’exception. Aujourd’hui, tous les groupes religieux et identitaires sont mondialisés et l’Etat devient souvent l’otage de ces groupes.

* L’évolution vers une société post-communale ne sera réalisée que si nous parvenons à contrer toute tentative d’instrumentalisation du communalisme par des « vested interests » — politiques et religieux – au profit du grand capital, dit-on. Qu’est-ce que l’Histoire de Maurice nous enseigne à ce propos ?

Les institutions religieuses deviennent les fléaux d’une société lorsque leurs membres ont failli dans leur tâche de dispenser l’éducation spirituelle et religieuse auprès de leurs membres. Et, pour masquer cette faillite, elles ont recours à d’autres stratégies, souvent discutables.

Au sommet de leur gloire, elles s’organisent pour jouir de leur pouvoir et de leur statut. Elles se constituent comme des interlocuteurs de la population vis-à-vis de l’Etat. Elles exercent un pouvoir sur leurs membres et ont des vested interests d’abord, pour garantir leur propre pouvoir et, ensuite, pour se servir de leurs membres pour atteindre d’autres fins non religieuses au service des groupes politiques et/ou économiques.

* Cette instrumentalisation du communalisme se manifeste souvent d’une façon sournoise et subtile dans différents secteurs – que ce soit dans l’économie ou dans l’éducation ou sur les ondes des radios privées. Comment combattre ce fléau ?

Les institutions religieuses agissent dune façon sournoise mais parfois aussi ouvertement. Leurs déclarations fracassantes en public sont utilisées pour rassurer leurs membres qu’ils agissent dans leurs intérêts alors que, plus subtilement, ils défendent d’autres intérêts inavouables et inavoués, comme par exemple, des groupes économiques et/ou politiques.

Parfois, on rentre dans un engrenage. Dans la population, chacun se demande qui a commencé le premier à communaliser et pourquoi ? La masse est ignorante des raisons réelles derrière de tels agissements. Il faut donc éduquer et développer l’esprit critique des citoyens. Le système scolaire a un rôle très important dans ce sens de même que les réformes éducatives.

* L’enseignement de l’Histoire et le projet NICE (National Institute for Civic Education) vous donnent-ils des raisons d’espérer qu’il est possible de surmonter les préjugés qui hantent notre société ?

L’Histoire a cette responsabilité première de faire réfléchir et de développer nos capacités critiques pour qu’il y ait une perpétuelle remise en question de la part de chaque citoyen. Ces deux projets doivent contribuer à créer un citoyen averti et fier de son pays, et aussi l’amener à se rendre compte de la contribution de tous nos ancêtres à la construction de la République de Maurice.

* Nous parlions au début de cet entretien de « l’architecte des infrastructures modernes » pour reprendre les mots du ministre Anil Baichoo. SSR est considéré comme l’architecte de l’indépendance et le Père de la Nation. On dit de SAJ qu’il est le « Père de l’Ile Maurice moderne ». Qu’en sera-t-il de l’actuel PM ?

On écrit l’Histoire avec le recul nécessaire sur les événements passés et sur la base de documents déclassifiés.

Ainsi, ce serait un peu trop hâtif, voire ce ne serait pas professionnel de coller des étiquettes sur des personnalités politiques tant que les Historiens n’ont pas complété des études exhaustives sur la durée totale de leurs mandats. Les Historiens doivent aussi étudier les retombées des politiques mises en place.

Quant à Navin Ramgoolam, il sera possible de formuler des hypothèses ou de se prononcer sur sa contribution sur le plan national ou régional quand il sera arrivé à la fin de sa carrière.

 


* Published in print edition on 6  December 2013

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