Interview P.Jugnauth

Interview: Pravind Jugnauth, leader du MSM

 

“ Pravind Jugnauth n’est pas entré en politique pour vouloir s’approprier des positions coûte que coûte…


…la question d’‘héritier politique’ de Navin Ramgoolam ne se pose pas »

 

* « Je n’ai plus un sou de confiance en Paul Bérenger. J’avais déjà mis une croix sur Bérenger et le MMM après ce qu’ils m’ont fait depuis 2006… »

 

Pravind Jugnauth, leader du MSM et partenaire de l’Alliance de l’Avenir, est confiant de la victoire du 6 mai. Cette alliance bleu/blanc/rouge, dit-il, a coupé bras et jambes aux adversaires et incendiaires communalistes. Le peuple est averti des magouilles et fait la différence avec les bonnes intentions. Là n’est pas question d’hériter un fauteuil et courir après les galons. La priorité des priorités est de réconcilier le social et l’économie.  

 

Mauritius Times : Vous disiez, quelques semaines de cela, que le MSM « akot gate » de l’Hôtel du gouvernement, cela avant même la conclusion de l’Alliance de l’Avenir et alors que le Premier ministre était en train du « koz kozé » avec Paul Bérenger. Vous saviez déjà que Navin Ramgoolam allait opter pour le MSM ? Pourquoi ces propos ?

 

Pravind Jugnauth : Ceux qui suivent la politique de près – je ne parle pas là de ceux qui portent des visières ou qui ont des agendas cachés – savaient déjà que depuis l’élection partielle dans la circonscription No 8 les dés étaient jetés. J’avais dit après ma victoire que Quartier Militaire/Moka avait tracé le chemin de l’avenir pour le pays. Les relations de confiance entre le Dr Navin Ramgoolam et moi-même se sont raffermies bien avant l’élection partielle et se sont consolidées par la suite. Il était clair que la configuration politique telle qu’elle est actuellement avait été dessinée bien avant. Le Dr Navin Ramgoolam et moi-même savions exactement dans quelle direction nous nous acheminions.

 

* Quelle appréciation faites-vous du « response » de l’électorat du MSM et de celui du PTr devant la concrétisation de cette alliance ?

 

La synergie déjà impressionnante entre l’électorat du MSM et du PTr à l’occasion de la partielle de l’année dernière s’est développée en une véritable symbiose en marge des élections générales du 5 mai. Le ‘response’ est extraordinaire, voire fantastique pour plusieurs raisons : l’Alliance Ptr-PMSD-MSM est un souhait de la population. C’est une alliance qui garantit la stabilité, le développement, le progrès et le bonheur pour tous. C’est une alliance qui est basée sur la confiance, la sincérité et a été concrétisée dans un esprit patriotique. C’est une alliance qui rassemble la nation mauricienne et qui garantit l’unité dans notre diversité.

 

* Estimez-vous que l’annonce à l’effet que vous seriez « l’héritier politique » de Navin Ramgoolam déchaîne l’enthousiasme chez l’électorat travailliste ?

 

Pravind Jugnauth n’est pas entré en politique pour vouloir s’approprier des positions coûte que coûte. La question d’‘héritier politique’ de Navin Ramgoolam ne se pose pas. Je vous ai dit que l’alliance que le MSM a contractée avec le PTr va bien au-delà de telle considération. Le Dr Navin Ramgoolam est le leader incontesté de l’Alliance de l’Avenir.

 

Ma mission en politique, c’est servir mon peuple et mon pays. C’est le peuple, c’est le destin, ce sont mes réalisations, ma capacité de répondre aux attentes et aspirations de la nation mauricienne qui détermineront ce que je serai demain.

 

* Etre désigné dès à présent « l’héritier politique » de Navin Ramgoolam par nul autre que l’un des vôtres, en l’occurrence Showkatally Soodhun, considéré comme le fidèle parmi les fidèles, n’est-ce pas aller un peu vite en besogne, M Jugnauth ?

 

Je veux être très clair là-dessus. La question ‘d’héritier politique’ de Navin Ramgoolam ne se pose pas. Nous sommes en campagne électorale et notre objectif commun est de gagner les élections générales et mettre en place un gouvernement qui va travailler dans l’intérêt du pays et de la population. Ce qui importe le plus pour moi c’est le contrat de confiance que l’Alliance de l’Avenir signera avec le peuple pour bâtir une société moderne, avant-gardiste, juste et où il y aura un partage équitable de la richesse nationale. Plus important encore est le contrat de confiance entre le Dr Navin Ramgoolam et moi-même. Nous regardons l’avenir avec sérénité. Nous réfléchissons déjà au-delà des cinq ans à venir. Et vous allez voir le miracle que l’équipe composée de Navin, Rashid, Xavier et Pravind réalisera dans les années à venir.

 

* Cela vous embarrasse-t-il, ou dites-vous que devenir l’héritier politique de Navin Ramgoolam constitue pour vous une aspiration légitime ?

 

Je crois que j’ai répondu clairement que ce n’est pas ma priorité. Je laisse cela entre les mains du destin et du peuple. 

 

* Beaucoup dont Rama Sithanen, Jean Claude de l’Estrac, Paul Bérenger, etc., ont déclaré ne pas comprendre la « générosité » de Navin Ramgoolam vis-à-vis du MSM par rapport aux 18 tickets pour un parti qui, selon eux, représenterait 4% en termes de poids électoral. Faut-il voir un acte de générosité de la part de Navin Ramgoolam dans tout cela ?

 

Le Dr Navin Ramgoolam a compris les véritables enjeux de cette joute électorale. Il a compris où se trouvent la sincérité et la volonté pour travailler corps et âme dans l’intérêt de ce pays. Il a accordé le respect et la considération que le MSM mérite. Ceux qui disent ne pas comprendre ce qui s’est passé ne comprendront jamais que c’est le vœu du peuple qui compte beaucoup en politique. Ceux qui ont voulu à tout prix marginaliser le MSM se sont trompés grossièrement. En fait, ils ont cru dans leur magouille, leur complot, leur agenda machiavélique pour asseoir à tout prix le diktat du tout-puissant gros capital. Le Dr Navin Ramgoolam a compris ce vilain jeu, ce jeu infect pratiqué dans le dos de la population. Dans le bon créole, je dirai : « zotte finne découillonné ».

 

* Il semblerait que le MMM s’était montré particulièrement généreux vis-à-vis du MSM (avec son offre de 30 tickets et le partage du ‘prime ministership’) après que les négociations PTr-MMM eurent échoué. Pourquoi malgré tout avez-vous tourné le dos à Bérenger ?

 

Bérenger m’avait effectivement proposé 30 tickets et le poste de Premier ministre, il y a quelque temps de cela quand il a eu le sentiment d’être déjà dans ‘carro canne’. J’ai refusé catégoriquement ses avances indécentes, parce que je n’ai plus un sou de confiance en Paul Bérenger. J’avais déjà mis une croix sur Bérenger et le MMM après ce qu’ils m’ont fait depuis 2006.

 

* Harish Boodhoo a ajouté son grain de sel dans le débat en affirmant que le MSM détiendrait des informations qui expliquerait la « générosité » du PM vis-à-vis du MSM. Que répondriez-vous à Boodhoo ?

 

Quelle est la crédibilité de Boodhoo sur la scène politique ? A-t-on oublié les frasques de ce soi-disant ‘Mahatma’ ? Je le mets au défi de révéler les informations qu’il prétend détenir. Pour terminer avec lui, je dirai qu’il irait à l’abattoir politique en compagnie de Bérenger, Pac Pac, Razoir et autres Pagla Mamou le 6 mai prochain.

 

* M. Boodhoo a aussi parlé de la perception, selon lui, que l’alliance entre le PTr et le MSM est conclue pour privilégier les Vaishs aux dépens des autres catégories hindoues et des minorités. D’autres focalisent leurs attaques, ces derniers jours, sur « l’alliance des fils à papa » voire d’alliance entre deux familles. Comment réagissez-vous à cela ?

 

Laissez-moi vous révéler que c’est ce même Boodhoo qui était venu voir Sir Anerood Jugnauth en 2003 alors que ce dernier était Premier ministre pour lui dire d’empêcher à tout prix Paul Bérenger de devenir Premier ministre. Alors, qu’il cesse son vilain jeu ! Son hypocrisie a trop longtemps duré. En 1982, quand il avait contracté une alliance avec le MMM qui avait comme leader et Premier ministre Sir Anerood Jugnauth, pourquoi n’avait-il pas dit que les ‘Vaishs’ étaient privilégiés ? L’Homme de Belle Terre est dépassé ; ses méthodes sont révolues ; ses affirmations sont répugnantes. Le peuple a mis une croix sur Boodhoo. Qu’il le sache !

 

L’Alliance de l’Avenir fait la part belle à toutes les communautés. Voyez la liste de nos candidats ; c’est une liste arc-en-ciel. Nous incarnons l’unité nationale alors que nos adversaires ont pour seule arme la division. Bérenger, Boodhoo, Pac Pac et consorts sont des dinosaures politiques appelés à disparaître pour de bon.

 

Quant à ceux qui parlent d’alliance entre deux familles, puis-je leur demander pourquoi ils n’avaient pas tenu ce même langage quand Bérenger avait contracté une alliance avec Sir Anerood Jugnauth ou avec le Dr Navin Ramgoolam ? N’y avait-il pas deux familles concernées à ce moment-là ? Il est clair que ces personnes jouent intensément sur le clavier communal. Mais ce langage ne passe plus ; parce que l’Alliance Bleu-Blanc-Rouge rassemble toute l’île Maurice et se dirige vers une très grande victoire.

 

* Vous savez que politiques et journalistes ont effectivement fait ces derniers temps le compte des années où le pouvoir politique a été dominé par deux familles. Si je ne me trompe pas, ça fait 40 sur 42 années post-indépendance. Pas mal en termes de « track record », n’est-ce pas ?

 

Nous vivons dans un pays démocratique. C’est le peuple, par la voie du scrutin, qui choisit les hommes et les femmes qui dirigeront le pays au sein d’un gouvernement. Si le peuple a fait le choix qu’il juge approprié pour le pays, qui sommes-nous pour contester cette décision ? Ceux qui font le décompte aujourd’hui sont ceux-là mêmes qui roulent pour le gros capital. Je laisse le soin au peuple de porter un jugement sur leur vraie motivation.

 

* Par ailleurs, Rama Sithanen soutient avoir eu la certitude, à partir des ses rencontres avec Navin Ramgoolam ces derniers jours, que ce serait le MSM qui aurait ourdi un complot pour le liquider politiquement. Faut-il voir ailleurs, M Jugnauth ?

 

Ce n’est pas dans la culture du MSM d’ourdir de complot contre qui ce soit. Le Dr Navin Ramgoolam a dit hier à Vacoas que « défenseur secteur privé ki ti pé mette bâton dans la roue » en ce qui concerne la démocratisation de l’économie et ne fait plus partie de son équipe. Il a ajouté qu’il veut accélérer le processus de démocratisation de l’économie et qu’il sait qu’avec le tandem Navin-Pravind ce rêve sera réalisé dans l’intérêt de la nation mauricienne.

 

* Complot ou pas, dites-nous M Jugnauth, est-ce que la présence de Rama Sithanen aurait constitué un obstacle à la cohésion gouvernementale d’un éventuel gouvernement de l’Alliance de l’Avenir ?

 

Je vous renvoie à la déclaration du Premier ministre et leader incontesté de l’Alliance de l’Avenir, qui a si bien répondu à cette question hier lors du meeting Bleu-Blanc-Rouge à Vacoas.

 

 

* At the end of the day, qu’est-ce qui, à votre avis, expliquerait cette hostilité venant des Boodhoo, Grégoire, Sithanen, etc., vis-à-vis de l’Alliance de l’Avenir et en particulier vis-à-vis du rapprochement PTr-MSM ?

 

Chacune des personnes que vous avez mentionnées a son agenda personnel. Le Dr Ramgoolam a dévoilé une partie du voile sur l’agenda du fameux défendeur du gros capital. Je ne m’attarderai pas sur lui.

 

Boodhoo est un éternel magouilleur qui sait qu’une victoire de l’Alliance de l’Avenir signifierait la fin de sa carrière politique.

 

Quant au Père Grégoire, je ne comprends pas comment le prêtre, qu’il est, puisse tenir un langage qui ne lui fait pas honneur. Je l’ai rencontré récemment et nous avons parlé dans une atmosphère détendue et empreinte de sérénité. Je lui ait dit que notre porte est ouverte à toutes les communautés ; que nous avons une considération égale pour chaque communauté. Au sein de l’Alliance de l’Avenir, nous avons aligné 14 candidats issus de la population générale. L’Alliance du Cœur en a aligné le même nombre si on compte Bérenger et Guimbeau. Alors, je ne vois pas pourquoi le Père Grégoire s’acharne contre nous et encense nos adversaires.

 

Je fais un appel à la population générale pour qu’elle fasse preuve de discernement, de rationalité et de sagesse. Sortez du ghetto dans lequel Bérenger vous isole. Faites élire les candidats de l’Alliance de l’Avenir, y compris bien sûr, les candidats issus de la population générale et ensemble dans l’unité, construisons l’avenir pour que nous puissions ensemble partager équitablement le gâteau national. Ne restez pas en dehors du train de la victoire. Je sais que beaucoup de nos compatriotes créoles ont trouvé qu’il n’y a pas d’avenir avec Bérenger. Nous les accueillons à bras ouverts comme nous accueillerons ceux qui viendront d’ici la fin de la campagne électorale. Laissez Bérenger seul dans son ghetto. Dites lui : « to finne assez couillonne nou ».

 

Je voudrai attirer l’attention de vos lecteurs sur les réprimandes d’Amnesty International à l’égard de Paul Bérenger pour ses propos d’ordre communal. Cette organisation a condamné fermement les propos de Bérenger, qualifiés « de nature à attiser la haine raciale et religieuse ». La population devrait en tenir compte et se rappeler sans cesse du pyromane qu’est Bérenger.

 

* Vous aviez à partir des bancs de l’opposition sévèrement critiqué, chiffres à l’appui, les « largesses » de Rama Sithanen en faveur du secteur privé traditionnel. Pensez-vous que le prochain gouvernement se doit de rétablir un certain équilibre ? Quelles sont les mesures qui devront être prises dans cette optique ?

 

Je vous ai dit que le Premier ministre et leader de l’Alliance de l’Avenir a déclaré hier que « défenseur » gros capital ne fait plus partie de son équipe. C’est une déclaration très importante qu’il faut retenir.

 

Cela étant dit, il n’y aucun doute qu’il faudra rétablir l’équilibre entre l’économie et le social. Il n’est pas possible qu’un ministre des Finances coure au secours du gros capital au moindre frémissement du côté du JEC et de la Plantation House, alors qu’en même temps, il ignore le cri de détresse de la population. On ne peut pas regarder juste dans la direction du gros capital. Il faut faire la part des choses. Il faut une politique économique qui marie l’économie et le social. Il faut une politique économique dans l’intérêt de toute l’île Maurice ; encourageante, rassurante et incitative en même temps pour le secteur privé et pour la population.

 

Je ne peux à ce stade vous divulguer le contenu de notre programme. Mais déjà, nous nous sommes tombés d’accord pour abolir la ‘National Residential Property Tax’ qui se serait autrement collé au Dr Navin Ramgoolam lui-même. Nous allons abolir la taxe sur les intérêts, exception faite pour ceux qui brassent des milliards. Nous allons revoir toute la question de subsides sur les frais d’examens du SC et du HSC pour assurer qu’aucun de nos enfants ne puisse pas se présenter à ces examens faute de moyens financiers. Ce sont des engagements que j’avais déjà pris avec la population et je suis heureux que ces engagements seront honorés par le prochain gouvernement que nous formerons à partir du 6 mai.

 

* On a lu ces derniers temps vos commentaires sur la question de la démocratisation de l’économie. Pensez-vous qu’il y ait du retard à rattraper par rapport à ce dossier ?

 

Depuis 1983, il y a eu des étapes qui ont été franchies. Mais comme vous le signalez, il reste beaucoup à faire. Le Dr Navin Ramgoolam et moi-même nous nous rejoignons sur ce dossier. Le processus de démocratisation de l’économie sera accéléré par le prochain gouvernement de l’Alliance de l’Avenir. Ce sera l’une de nos priorités, car nous voulons donner des opportunités à tous. Et l’une des actions que nous envisageons, c’est permettre aux travailleurs dans différents secteurs économiques de participer à l’actionnariat de leur entreprise.

 

* Pour avoir fait preuve de « loyauté » sur les bancs de l’opposition, avez-vous le sentiment que vos partisans souhaiteraient vous voir installé à la tête du ministère des Finances. Nous savons que ce sont les prérogatives du PM, mais…

 

J’ai fait preuve de loyauté vis-à-vis du peuple avant tout. Mes collègues du MSM et moi-même, nous avons agi en tant qu’opposition responsable et sérieuse. Certes, nous avons critiqué mais nous avons également fait des propositions que le Premier ministre a appréciées et il le dit publiquement.

 

Je vous ai parlé au début de notre entretien qu’il y a un contrat de confiance qui me lie au Dr Navin Ramgoolam. Je suis loin d’être de ceux qui ne pensent qu’aux intérêts personnels. J’ai contracté une alliance avec le PTr pour servir le peuple et mettre mes compétences et celles de mes collègues du MSM au service du pays. La question de portefeuille ministériel ne se pose pas. C’est le Premier ministre qui détient la prérogative de nommer les ministres. Et je lui fais totalement confiance.

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