“Pravind a 56 ans. Il a beaucoup attendu. Pour lui, c’est maintenant ou jamais ! »

Interview : Lindsay Riviere, Journaliste

* ‘Bérenger prendra-t-il le risque de se rapprocher de Ramgoolam après le traumatisme de 2014 ? Probablement pas.

Que lui reste-t-il, sauf une espèce de ‘remake’ du ‘remake’, mais sans SAJ ?’

* ‘Le PMSD et Xavier-Luc Duval ont changé. Ils sont devenus beaucoup plus ambitieux…

Duval pourrait bien demander beaucoup plus de ‘tickets’ électoraux et peut-être même un ‘accord à l’israélienne’… après 3 ou 4 ans de prime ministership Travailliste’

* ‘Il est inimaginable que le MSM puisse gagner les élections de 2019 seul ou avec le ML.

Pravind Jugnauth va donc toujours conserver une option MMM dans sa manche’

Si la République de Maurice a hérité du système politique de Westminster, force est de constater que les politiciens mauriciens n’ont pas la même stature que leurs homologues britanniques. David Cameron avait pensé soumettre sa résignation et devenir un backbencher. Mais il s’était ravisé très rapidement car disait-il « such a role is untenable ». Les citoyens mauriciens, eux, sont avides de commentaires à propos des déclarations d’Anerood Jugnauth et des évènements qui ont suivi : leur silence est éloquent. Nous avons contacté Lindsay Rivière, journaliste et observateur, pour commenter les derniers soubresauts en politique.

Mauritius Times : Même si le retrait de Roshi Bhadain a réussi, dans une certaine mesure, à éclipser l’essentiel : la passation du pouvoir, quelle impression avez-vous eu de cette image de SAJ – un homme qui a été au-devant de la scène politique durant ces 35 dernières années et qui paraissait toujours, lundi dernier, en pleine possession de ses moyens – prêtant serment pour servir sous son fils, le nouveau Premier ministre, en tant que No. 3 dans la hiérarchie ministérielle ?

Lindsay Riviere : Sans doute Roshi Bhadain a-t-il ‘spoiled the party’ mais l’essentiel reste la passation du pouvoir : Sir Anerood se retire après seulement deux ans ; Pravind Jugnauth devient Premier ministre, après 13 ans d’attente ; en fait, depuis 2004, quand il était devenu le Deputy Prime Minister de Paul Bérenger et le Leader en titre du MSM. C’est un ‘generational change’ important et une nouvelle page dans l’histoire du pays.

Je m’attendais à ce que Sir Anerood reste un peu plus longtemps, sans doute encore un an, le temps de consolider son bilan (qui n’est pas impressionnant), de contrer la menace d’une opposition unie MMM-PMSD-PTr-MP et aussi pour permettre à son fils d’arriver en meilleure position aux élections de 2019. Mais il a choisi de partir prématurément.

Peut-être il a changé de stratégie, en laissant à Pravind les deux tiers du mandat et l’occasion de travailler dans la durée. Peut-être aussi, sa santé décline. Ou encore peut-être en a-t-il assez car il y avait dans sa réponse à Bhadain, mardi soir, une forte irritation face aux critiques du peuple.

Toutefois, il était très décontracté le jour de la passation du pouvoir, assumant entièrement cette décision et ce ‘timing’. Clairement, SAJ ne semblait pas partir sous pression et le rôle qui a été taillé pour lui (Minister Mentor, ministre de la Défense et ministre de Rodrigues) semble bien lui convenir.

Je n’ai pas du tout l’impression que Sir Anerood « sert sous son fils ». Il sert plutôt « à côté » de son fils, dans un rôle qui lui permet à la fois de rester présent sur la scène nationale et de continuer à se rendre utile au pays sur certains dossiers mais sans le stress d’être PM. Cet arrangement lui permet aussi de rassurer, de peser sur le cours des choses par ses conseils, enfin de rester afin d’éviter au MSM une élection partielle difficile à Rivière du Rempart.

C’est à Sir Anerood de décider si ce rôle lui sied, pas à nous. Mais je ne vois rien dans sa nouvelle situation qui l’abaisse. A part l’épisode Heritage City, Pravind Jugnauth a fait très attention à ne pas trop embarrasser son père et il a bien géré sa partie de la transition. SAJ a maintenant donné à son fils toutes ses chances. Ce sera désormais à Pravind de tracer sa voie et de montrer au pays de quoi il est capable.

* Le « deuxième miracle économique » devra attendre, puisque SAJ passe le relais de sa réalisation à Pravind Jugnauth. Quant à son programme politique, Sir Anerood a réussi à installer son fils dans le fauteuil de Premier ministre malgré toutes les critiques et objections formulées par les uns et les autres. Et, dans deux ou trois semaines, les Mauriciens vont s’habituer à la présence de Pravind Jugnauth au Prime Minister’s Office, et toutes ces questions par rapport à sa légitimité vont être évacuées par d’autres sujets qui viendront dominer l’actualité… Qu’en pensez-vous ?

Il faut cesser d’employer cette expression. Il n’y a jamais de ‘miracle’, seulement du travail bien fait, et aussi de l’effort et de l’imagination. Avec Pravind Premier ministre, on verra si, d’ici 2019, Maurice poursuit sa lente ascension d’une croissance faible (3% en moyenne depuis 2011) à un taux plus vigoureux (les 4% à 5% requis pour décoller de nouveau). Il y a des premiers petits signes de revitalisation de l’économie (3,8% à 4% prévus pour 2017-2018). Pravind Jugnauth est conscient de cette légère accélération et c’est pour cela qu’il conserve le portefeuille des Finances. Ainsi, il pourra recevoir demain les dividendes politiques de toute reprise.

Sur le plan politique, que ses adversaires le veuillent ou non, Pravind Jugnauth est désormais le Premier ministre et chacun doit faire avec ce fait. Il faut toujours vivre dans la réalité, et les Mauriciens commencent déjà à accepter cette situation, même s’ils ne l’approuvent pas totalement. Dans quelques mois, on n’en parlera même plus ! D’ailleurs, le pays avait tellement intériorisé l’inévitabilité de cette transition SAJ/Pravind depuis six mois que l’événement lui-même, lundi, a constitué presque un ‘non-event’ !

J’ai toujours dit que le prime ministership de Pravind n’allait jamais être une question de SI mais une question de QUAND. Il a, en effet, toujours été question que Pravind succède, tôt ou tard, à son père comme PM éventuel. Il s’y prépare depuis longtemps. Si le MSM-MMM avait gagné les élections de 2005, Pravind serait devenu Premier ministre en 2008, après trois ans de prime ministership de Bérenger, dans un accord à l’israélienne. Ceux qui font semblant de s’étonner de voir Pravind PM sont d’une mauvaise foi patente et d’une totale hypocrisie.

* Et la question de légitimité ?

Ce débat ne fera pas long feu. On imagine bien que le Gouvernement et la Présidence ont pris tous les avis légaux requis avant d’agir. Personnellement, j’ai toujours dit et écrit que

(i)     Maurice vit en régime parlementaire type Westminster et non Présidentiel ; c’est fondamental,

(ii)    c’est du Parlement et du Parlement seul que le Premier ministre tient et exerce sa légitimité, autour du concept de « majority in the House », ce qui est le socle de son pouvoir,

(iii)    l’électorat à Maurice ne vote pas directement, sur son bulletin de vote, pour un Premier ministre mais effectivement pour trois des 62 députés dans 21 circonscriptions, dont l’un des 62 va devenir Premier ministre dans les jours qui suivent, à l’invitation de la Présidence,

(iv)   c’est le ‘party room’ regroupant les députés qui décide, par son soutien tout au long du mandat, qui sera PM,

(v)    en théorie, les députés peuvent changer ou révoquer comme bon leur semble, en cours de mandat, un Premier ministre qui n’est sur papier qu’un des leurs, soit le ‘primus inter pares » (first among equals).

Fréquemment, dans divers pays du Commonwealth dont l’Australie et la Nouvelle Zélande, on voit changer, remplacer ou renverser des Premier ministres dans le ‘party room’ si les circonstances le veulent, sans repartir aux élections. Dans ces cas, les anciens Premier ministres redeviennent tout simplement des backbenchers, sans qu’il y ait besoin d’élections générales pour désigner leur successeur.

D’où vient alors cette théorie qu’il faudrait des élections générales si un PM se retire, meurt ou step down ? Cela équivaudrait donc à dire qu’un Premier ministre ne peut plus décider de se retirer s’il est malade, s’il en a assez, s’il fait une dépression ou pour toute autre raison, sans qu’il n’y ait des élections générales ?

Si Sir Seewoosagur Ramgoolam avait voulu volontairement se retirer comme Premier ministre en 1970 quand il était très gravement malade à l’Hôpital Américain de Paris, Maurice aurait-elle eu de nouvelles élections générales, deux ans après l’Indépendance ? Bien sûr que non. Sir Veerasamy Ringadoo ou Sir Satcam Boolell serait devenu PM, tout simplement, par décision du parti. Une partie de ce débat n’a donc pas sa raison d’être. Constitutionnellement, l’affaire est réglée.

* Toutefois, le problème de légitimité persistera si l’opposition ou les organisations civiles vont de l’avant avec une contestation légale de la nomination de Pravind Jugnauth comme Premier ministre, ou si le DPP persiste dans sa démarche de contester devant le Privy Council le jugement de la Cour suprême dans l’affaire MedPoint. L’un ou l’autre va créer une situation assez déroutante avec le ‘prime ministership in limbo’, non ?

Les instances appropriées décideront, si la question leur est posée. Ceci dit, il n’est pas bon pour Maurice qu’on cultive en permanence cette incertitude sur le Pouvoir. Cela ne fait aucun bien au pays. Il faut retrouver une certaine normalité démocratique à Maurice. S’il se trouve que des circonstances entraînent une certaine remise en question du prime ministership de Pravind Jugnauth demain, alors le ‘party room’ et la Présidence de la République décideront en conséquence de ce qu’il faut faire. Il faut cesser d’anticiper le pire et d’imaginer en permanence toutes sortes d’hypothèses.

* Par ailleurs, que pensez-vous de la manière dont Roshi Bhadain a été evincé ? Le portefeuille de la Bonne gouvernance allait lui revenir dans le nouveau gouvernement, mais il semblerait que Bhadain nourrit de grandes ambitions – pas nécessairement « in line with the principles of party politics and governance »…

Roshi Bhadain n’a pas été exclu du Gouvernement mais il s’est exclu lui-même. C’est son droit et il l’assume. Bhadain a toujours entretenu de grandes ambitions et il n’a jamais été un ‘team player’. Il a une très haute idée de sa personne et de ses compétences et qualités. C’est un ‘type A personality’ classique qui ne peut pas ne pas faire valoir son point de vue.

Il est clairement, aujourd’hui, à l’étroit au MSM et il a besoin de plus d’espace pour s’épanouir. C’est bon pour lui-même qu’il forme son propre parti. Cela fait d’ailleurs plusieurs mois que de nombreux jeunes l’encouragent à s’émanciper du MSM pour voler de ses propres ailes et capter la désillusion grandissante de la nouvelle génération.

Tous ces nouveaux partis (ML de Collendavelloo, MP d’Alan Ganoo, le nouveau parti de Bhadain) vont accroître l’offre politique, ce qui n’est pas mauvais en soi.

Roshi Bhadain, au fil des mois, s’est positionné un peu comme l’héritier spirituel et idéologique de Sir Anerood. Il a souvent joué la carte SAJ, croyant qu’il allait toujours être protégé par ce dernier, qui aimait son dynamisme. Mauvais calcul ! Il ne faut jamais tenter de prendre la place du Prince héritier auprès du Roi. ‘Never try to outshine the master’ ! Le fils aura toujours préséance sur le prétendant.

Maintenant qu’il a perdu le soutien et de SAJ et de Pravind, la vie de Bhadain va sans doute devenir beaucoup plus compliquée et beaucoup de choses vont être déposées à sa porte. Démissionnera-t-il du Parlement pour provoquer une partielle ? Il y a beaucoup plus d’avantages à être au Parlement que hors du Parlement, surtout si on veut acquérir la stature d’un leader…

* Bhadain aura sans doute appris depuis lundi dernier que « politics can be a treacherous thing » après tout ce qu’il affirme avoir fait pour mater l’adversaire principal du régime. Mais pensez-vous que son retrait marquera une rupture avec des méthodes qui n’ont rien donné en termes de résultats durant ces deux dernières années ?

En tout cas, Roshi Bhadain apprendra assez tôt qu’il n’y a pas d’amitiés permanentes en politique, seulement des intérêts et ceux-ci fluctuent tout le temps. Il va sans doute déballer une partie de son sac, dire qu’il connaît beaucoup de choses sur beaucoup de questions et sur beaucoup de gens. Cela le maintiendra pendant un certain temps dans l’actualité.

Il promettra aussi ‘une autre manière de faire de la politique’, plaidera pour plus d’éthique mais ses adversaires ne l’épargneront pas et ne se priveront pas de rappeler ses excès passés, ses méthodes (que Lutchmeenaraidoo qualifiait comme celles du KGB), de le présenter un peu comme le Robespierre de la politique locale pour effrayer les gens.

* On verra bien dans les prochaines semaines la manière dont Pravind Jugnauth va gérer les conséquences politiques du retrait de Roshi Bhadain et de ses initiatives politiques. Ce dernier a parlé, lors d’une conférence de presse, mardi dernier, d’un cercle mafieux qui serait derrière le départ « forcé » de SAJ et qui, dorénavant, va tirer les ficelles au sein de l’Exécutif… Ce sera en quelque sorte le premier test politique de Pravind Jugnauth en tant que Premier ministre. Quelle opinion faites-vous de sa manière d’opérer et de son style ?

Le départ de Bhadain et la mauvaise humeur persistante de Raj Dayal vont, en effet, constituer deux premiers tests politiques importants pour le leadership de Pravind Jugnauth. Il y en aura d’autres, c’est sûr, avec les déceptions nées du remaniement ministériel, le rapprochement des partis de l’Opposition, etc.

Pravind Jugnauth a un tout autre style que son père, qui a toujours été terriblement agressif. Le nouveau PM ne favorise pas, en général, la confrontation ; il préfère la conciliation et tente de régler les problèmes dans la discrétion. Il veut se positionner comme un ‘quiet achiever’, quelqu’un qui écoute, qui étudie ses dossiers et apporte des résultats, donc un homme ‘reliable’ et qui respecte ses engagements. On verra ce que cela donne.

Nous ne sommes plus à l’époque des grands leaders – héros nationaux (du type SSR, Rozemont, Gaëtan Duval, Paul Bérenger, SAJ). Le monde actuel semble vouloir de leaders plus modernes, plus sophistiqués, plus normaux. Pravind Jugnauth pourrait devenir un leader davantage dans l’air du temps que son père. Il a été en 2000 un bon ministre de l’Agriculture et a fait pas mal aux Finances.

Je pense que c’était bien pensé de sa part de choisir le portefeuille de l’Innovation, de l’ICT et de la Communication dans le premier gouvernement Lepep. Peut-être y a-t-il là un symbole de modernité. Il faut pourtant qu’il s’entoure de gens indépendants d’esprit, non de valets.

Par ailleurs, on l’a aussi vu, dans son premier discours comme PM à la TV, qu’il tente d’apparaître comme plus ‘tough’ sur les questions de l’ordre et de la paix publique. Il va cultiver cette image. Peut-être la nation se dira-t-elle finalement qu’il faut lui donner sa chance. S’il travaille bien, tant mieux pour Maurice. S’il est une grosse déception, il sera toujours temps en 2019 de lui montrer la porte.

* Les événements de 1982-83 ont façonné Anerood Jugnauth tel qu’on le connaît. Les conditions et le contexte sont aujourd’hui grandement différents : la situation économique devrait s’améliorer en 2017, selon Business Mauritius. Quant à quelque challenge politique, Pravind Jugnauth ne devrait pas se faire beaucoup de souci eu égard à l’éparpillement des forces de l’opposition sur le terrain – même s’il devra faire face à des adversaires redoutables. Comment vont évoluer les choses pour lui et son gouvernement, selon vous ?

Pravind Jugnauth va sans doute garder sa majorité unie, sans faire trop de vagues. Le ML semble heureux d’avoir 4 ministres. L’OPR est ravie que SAJ garde Rodrigues sous son aile.

Malgré son unité de façade, l’Opposition reste très éclatée. Beaucoup va dépendre de sa pugnacité, des scandales qu’elle pourrait déterrer avec l’aide de Bhadain, des positionnements des uns et des autres. Pravind a souhaité être en poste comme PM avant son deuxième Budget. Le MSM contrôle désormais le Parlement, toutes les Municipalités, plusieurs District Councils. Avec tout cela, peut-être Pravind aura-t-il une première année relativement stable.

* Pravind Jugnauth pourra sans doute compter sur les conseils du ‘Minister Mentor’. Mais, selon Jean-Claude de l’Estrac, Sir Anerood Jugnauth – fort de ses 54 années d’expérience – fera de l’ombre à son fils et aura un contrôle considérable sur le gouvernement. Pravind Jugnauth doit se libérer de son père, conclut-il. C’est de bon conseil, pensez-vous ?

Il est difficile d’être le fils d’un grand homme, on le sait. Pravind a eu, depuis 20 ans, beaucoup de difficultés à entrer dans la lumière tant que son père était PM ou Président. Peut-être qu’un départ définitif de SAJ du Gouvernement l’aurait mieux servi que la formule ‘Ministre Mentor’ actuelle, mais il est probable que Sir Anerood comprendra la nécessité de ne pas faire de l’ombre à son fils. En même temps, Pravind a 56 ans. Il a beaucoup attendu. Pour lui, c’est maintenant ou jamais !

* La question d’une nouvelle alliance politique pour le MSM ne se pose pas dans l’immédiat puisque les élections ne sont pas pour si tôt. Mais voyez-vous l’installation de Pravind Jugnauth à la tête du gouvernement améliorer les fortunes politiques du MSM ?

Le MSM contrôle désormais tous les leviers du pouvoir et s’en servira à fond pour se consolider. Mais il est rare qu’un gouvernement en fonction progresse dans l’opinion publique, surtout face à une vigoureuse opposition. D’autre part, les alliances politiques sont devenues une impérieuse nécessité à Maurice et, quoi qu’en disent les leaders, personne n’ira seul en 2019.

Il n’y a que deux ‘alliances naturelles’ à Maurice : le MSM-MMM et le PTr-PMSD, avec toutes les variations imaginables. On a vu comment ont fini les alliances ‘pas naturelles’ PTr-MSM en 2010 et MMM-PTr en 2014.

Les sondages donnent 24% au MSM aujourd’hui (soit au même niveau qu’en 1990-95 quand SAJ était PM au fait de sa gloire). Sa popularité a fondu de moitié en deux ans. Peut-être que la nouveauté de Pravind Jugnauth PM va redresser un peu la barre mais, sur papier, il est inimaginable que le MSM puisse gagner les élections de 2019 seul ou avec le ML. Pravind Jugnauth va donc toujours conserver une option MMM dans sa manche et s’il est un jour demandeur d’alliance, le MMM sera très exigeant, sachant que le MSM n’aura pas d’autre choix que de venir échouer à ses pieds.

* On ne voit pas l’opposition travailliste, MMM ou PMSD faire de cadeaux à Pravind Jugnauth et à son gouvernement. Il y aura des actions communes mais conjoncturelles, pas plus, car chacun des leaders du Parti Travailliste, du MMM ou du PMSD ont des agendas et des ambitions différentes. Qu’est-ce qui vous paraît envisageable et le plus probable en termes de stratégies et d’options politiques de ces différents partis de l’opposition ?

Je vous ai partiellement répondu pour le MMM. Aller seul pourrait être extrêmement difficile et constituerait un bien grand risque, vu la multiplication des partis et la division des voix. Le MMM parle parfois d’un rapprochement possible avec le PTr mais « sans Ramgoolam », donc avec possiblement Arvin Boolell comme leader. Ramgoolam, selon moi, n’a aucune envie de disparaître dans le soleil couchant. Au contraire, il a une revanche à prendre et Arvin Boolell semble avoir déjà jeté l’éponge.

Alors Bérenger prendra-t-il le risque de se rapprocher de Ramgoolam après le traumatisme de 2014 ? Probablement pas. Que lui reste-t-il, sauf une espèce de ‘remake’ du ‘remake’, mais sans SAJ ?

Quant au PTr, avec la sortie du PMSD du Gouvernement, il a un allié potentiel de choix pour 2019. La priorité du PTr sera, dans les trois prochaines années, de démolir l’image du MSM, surtout en milieu rural. Il n’y a aucune réconciliation possible entre Ramgoolam et le clan Jugnauth.

Depuis 1969, PTr et PMSD ont été très longtemps ensemble au gouvernement. Pourtant, cette fois, le PMSD et Xavier-Luc Duval ont changé. Ils sont devenus beaucoup plus ambitieux. Sachant que le MMM hésitera à rejoindre le PTr pour ne pas être considéré cette fois comme étant ‘sans amour propre’, et compte-tenu de sa popularité personnelle, Xavier Duval pourrait bien demander beaucoup plus de ‘tickets’ électoraux (20 à 25) et peut-être même un ‘accord à l’israélienne’ où Xavier deviendrait Premier ministre après 3 ou 4 ans de prime ministership Travailliste.

Mais beaucoup de choses sont possibles d’ici là. ‘A week is a long time in politics’? On vient de voir, entre une allocution télévisée samedi soir et une autre lundi soir, tout ce qui peut se passer en 48 heures de politique à Maurice. Alors, vous imaginez ? Trois ans, c’est une éternité !

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