Interview : Joseph Tsang Mang Kin

Interview : Joseph Tsang Mang Kin

 

« On en a marre. On est tous indignés »

* Notre système électoral a créé un monstre : la partocratie
… c’est-à-dire gouvernance du parti, par le parti, pour le parti.

* « Les alliances c’est pour capturer le pouvoir. Rien de patriotique là-dedans » Joseph Tsang Mang Kin, fin observateur de la scène politique, tout en épousant certaines propositions faites par le Professeur Carcassonne par rapport à ce qu’il appelle un système électoral dépassé, relève des points fort pertinents d’un certain contraste avec certaines réalités mauriciennes.

Dans son analyse, il remonte le cours du temps, plus précisément en 1982 avec le résultat de 60-0 remporté par le MMM-PSM, en soulignant que pendant un temps relativement court au pouvoir, la Constitution du pays est violentée : toutes les « entrenched clauses » protégeant le peuple mauricien sont enlevées. « Un passé qui est le point de départ de nos malheurs », avance-t-il en s’y référant.

Abordant le sujet de Best Loser System, M. Tsang Mang Kin dira d’emblée qu’il est la cause du communalisme dans notre société. Selon lui, c’est comme si on s’attaque aux effets et non à la cause. Il trouve cela « illogique et non sequitur »…

 

* Mauritius Times : Le Professeur Carcassonne vient de faire des propositions pour notre réforme électorale. Des idées révolutionnaires qui peuvent mettre fin à nos hésitations et amener assez rapidement les réformes tant souhaitées, affirme-t-on. Le pensez-vous également ?

Joseph Tsang Mang Kin : Je dois dire qu’il fait des propositions intéressantes. Notre système électoral actuel a plus d’un demi-siècle d’existence et nous sommes tous d’accord qu’il est dépassé. Il ne répond plus aux aspirations de la population, et encore moins des jeunes qui ne s’y retrouvent pas, car la nouvelle génération n’admet plus le communalisme (on dit communautarisme en France) sur lequel il est fondé. C’est dire que nous avons longtemps laissé derrière nous le contexte dans lequel et pour lequel notre système électoral avait été formulé. Nous voulons tous d’une réforme électorale.

Or, pour ne pas nous tromper de réforme, nous devrions donc nous poser la question de savoir pourquoi et pour qui nous voulons cette réforme électorale. Pour tout patriote, la réforme électorale ce n’est pas pour assurer le triomphe de tel ou tel parti politique. Cette réforme n’est pas une affaire de parti. Nous la voulons d’abord pour le peuple mauricien. La jeunesse mauricienne est de moins en moins communaliste. Je pense certes à ceux qui sont nés après 1968, mais surtout à ceux qui ont 15 ans aujourd’hui et qui vont voter aux prochaines élections législatives. C’est dire combien nos jeunes sont en dehors des jeux communalistes pour adultes. Ils sont déjà bien avancés dans le processus de dé-communalisation ou de dé- communautarisation. Nous devons donc, avec les jeunes, identifier les problèmes d’aujourd’hui pour voir comment une réforme électorale va faire avancer notre société et préparer nos jeunes pour vivre dans la société de demain. Nous savons qu’ils la veulent sans communalisme, sans passe-droit, sans corruption.

Je crois qu’en toute bonne foi le Professeur Carcassonne a essayé de nous apporter des solutions à nos problèmes. Bien sûr, il est par sa formation tributaire d’un contexte qu’il connaît bien mais qui n’est pas le nôtre. Par exemple, il propose la nomination de technocrates aux postes de ministre, mais qui connaît bien les réalités locales dira que la proposition ne convient nullement à notre société de « rodère boutte » ou de chantages communautaristes. Elle passe complètement à côté des réalités mauriciennes et n’apportent pas de solutions à nos problèmes.

Par ailleurs, on a fait un bourrage de crâne avec la question du best loser. On semble en être intoxiqué. Le Professeur Carcassonne devrait savoir que ce système que certains évoquent avec hargne est un leurre. On a fait du système best loser la cause du communalisme dans notre société alors qu’il est seulement le produit. C’est mettre la charrue devant les bœufs. En d’autres mots, on s’attaque aux effets et non à la cause. C’est illogique et c’est un non sequitur. Il faut se rappeler qu’il fut introduit à un certain moment de notre Histoire pour protéger des groupes ethniques minoritaires. Le contexte politique a changé, les mentalités ont évolué. Le problème est dépassé.

* Vous pouvez dire qu’il est dépassé, mais toujours est-il qu’un groupe a porté la question au Judicial Committee of the Privy Council, à Londres. Si ce n’est pas le best loser systèm qui cause des problèmes, alors où est le problème, selon vous?

Le vrai problème, c’est tout notre système électoral actuel. Le mal, c’est qu’il a permis aux partis politiques de gagner la totalité des sièges du Parlement — 60 sièges. Ce faisant, ce système a cassé la société en deux. Il a divisé la société mauricienne en deux blocs, un groupe qui a les 60 sièges et l’autre qui a 0 siège, c-à-d ‘winner takes all’. Cela a fait notre malheur. Il n’a pas fait que des gagnants et des perdants, mais il a fait des vainqueurs et des vaincus. Il a estropié, si l’on peut s’exprimer ainsi, son être intérieur, faisant ainsi un tort immense à la psyché de la société mauricienne.

* Vous allez un peu fort dans votre diagnostic. Comment expliquez-vous cela ?

Pour bien comprendre comment on en est arrivé là, il faudrait retourner vers le passé en 1982, car c’est à ce moment-là que tout a basculé. Rappelez-vous qu’en cette année, l’alliance MMM-PSM gagna les élections et le premier acte des députés fut de voter un projet de loi qui a violenté la Constitution : ils ont enlevé toutes les entrenched clauses qui protégeaient le peuple mauricien contre tout dérapage possible du gouvernement. Ce gouvernement MMM-PSM a ainsi eu les mains libres pour persécuter tous ceux qui étaient suspectés de ne pas être partisans du MMM. Rappelez-vous ce qu’ont fait alors les puissants du jour, Jugnauth, Bérenger, Cuttarree, de l’Estrac. Ils ont renvoyé les fonctionnaires, fait la chasse aux sorcières. Non, je ne peux oublier les grands fonctionnaires qui ont aidé à mettre en place notre Welfare State : les grands serviteurs de l’Etat comme B. Ghoorah, Secretaire du Cabinet et Chef du Service civil, E. Venchard, Solicitor-General, Régis Bourdet de son bureau, Hervé Duval, Secrétaire permanent aux Affaires étrangères, Pynee Padayachy, C. Kaneti Banymandhub, Padayachy, sans oublier Jean Delaître, Directeur général de la MBC, les conseillers d’ambassade comme Reynald Olivier, Tangavel Narainen, etc. Les vainqueurs ont abusé de leur victoire et ont sans pitié écrasé, humilié, terrorisé les vaincus. C’est à ce moment que l’on a commencé les transferts punitifs, avec l’envoi des fonctionnaires pour travailler dans des districts ou villages éloignés de leurs domiciles. Il serait bon que le gouvernement institue une Truth et Reparation Commission pour faire la lumière sur les persécutions politiques de cette période.

* Mais tout cela c’est du passé…

Mais ce passé est le point de départ de nos malheurs ! Ces morts ne sont pas tout à fait morts. Et les blessures ne sont pas tout à fait cicatrisées, la souffrance est toujours vivante. Il faudrait l’exorciser. Pourquoi donc pensez-vous que Kaneti Banymandhub a écrit son The Ubiquitous Royal, un très beau livre qui en parle… Il raconte comment tous les avocats qu’il avait approchés pour s’opposer au gouvernement et demander justice à la Cour suprême avaient peur et l’ont laissé tomber. On lui a seulement dit d’essayer d’obtenir le best deal et partir !

Aujourd’hui, je vois que ceux qui lui ont fait du tort tant à lui qu’aux autres tournent autour du Pouvoir, « rôdent leur boutte ». Les violeurs de la démocratie et des droits de l’Homme, membres du premier gouvernement d’Anerood Jugnauth doivent des excuses à ces patriotes et à leurs familles injustement maltraités, humiliés, financièrement meurtris. Certains parents faute de moyens financiers, ayant perdu leur boulot, ont dû rappeler leurs enfants qui faisaient des études à l’étranger. Tout pourra alors être oublié s’ils présentent leurs excuses et leurs regrets à leurs victimes d’hier. Cela aura l’effet d’une catharsis et le peuple mauricien pourra alors se réconcilier avec lui-même. Nous attendons cela pour pouvoir fermer ce douloureux chapitre de notre histoire.

* Vous avez parlé de la violence faite à la psyché mauricienne. Comment dans la pratique et d’après vous se manifeste ce mal causé à l’âme ? N’avez-vous pas là une lecture partisane de notre passé politique ?

Non ! Croyez-moi, j’essaie d’être objectif. Je cherche, j’analyse. On n’est pas obligé d’être d’accord avec moi. Mais on peut se souvenir de cette période où la population avait peur de s’exprimer librement ou de faire valoir ses droits légitimes. On disait alors : « Chacha, père la Nation, et Jugnauth, nation peur li.» La société avait perdu sa boussole. Résultat ? On ne se trouvait plus dans un Etat de droit et on se mit à attendre les faveurs du prince. Et c’est ce qui a développé cette étrange mentalité qui dicte de toujours passer par des détours pour demander même ce qui vous est dû. En même temps, ceux qui n’avaient aucun droit se sont mis, grâce à leurs contacts politiques avec le Pouvoir, à demander ce qui ne lui revenait d’aucun droit, et ont ainsi acquis titres, postes et même des lopins de terre… C’est à partir de ce moment que date cette mentalité si bien exprimée par notre expression: rode so boute, rodère boutte. (Comme dit le poète: “The best curry we make is to curry favour.» ) Donc, c’est cela le mal. Et c’est cela qu’il faudrait guérir.

* Mais ne pensez-vous pas qu’il n’y a que les partis à pouvoir tout changer ?

Oui et non. Ils ont le pouvoir de le faire, mais que font-ils ? Regardez autour de vous. Quand on parle d’alliance, on ne se demande jamais si le peuple en veut. Et l’on sait à quel point la population en a marre des ces alliances qui ne sont jamais faites ouvertement dans le cadre d’un programme commun dans l’intérêt de la population, mais seulement dans l’opacité, sans que l’on parle de grands projets patriotiques à réaliser. Il s’agit simplement d’un truc de partis pour assurer la prise du pouvoir. Si vous voulez connaître la vérité, allez poser la question aux étudiants d’Université, nos leaders et dirigeants de demain. Ils les rejettent autant que le best loser system, qui en son temps, reconnaissons-le, avait certes joué un rôle nécessaire. Les alliances c’est pour capturer le pouvoir. Rien de patriotique là-dedans.

Outre les partis, il faudrait surtout que la population mauricienne s’engage dans les débats. Cette apathie, je pense, serait due au traumatisme subi lors de la chasse aux sorcières de 1982. Cette réforme ne concerne pas que les partis politiques. Elle nous concerne tous. Il ne faudrait pas qu’à la légère, on entre tête baissée dans ce qu’on nous propose. Le drame c’est qu’on est en train de se retrouver en partocratie.

* Partocratie ? C’est-à-dire ?

C’est un monstre qu’a créé notre système électoral. Je l’appelle la partocratie, c’est-à-dire gouvernance du parti, par le parti, pour le parti. Il est tout puissant, personne ne peut l’arrêter, sauf si nous avons une bonne réforme électorale.

Prenons la question de la réforme électorale : il n’y a que les partis qui aient leur mot à dire, qui décident ou qui dictent leur volonté. Et sur la question des alliances, même chose. On ne demande jamais au peuple ou aux électeurs de dire ce qu’ils pensent de ces combines. Les électeurs n’ont pas leur mot à dire et on n’a pas besoin de les consulter. N’est-ce pas là une preuve de la dictature de partocratie.

La raison de ce remplacement de la démocratie par la partocratie vient hélas de notre système électoral qui tient les Mauriciens en otage. Il est curieux que le Professeur Carcassonne n’y ait pas été sensible. Voyez toutes les déclarations sur le système électoral, elles viennent surtout des politiciens qui ne parlent que de faire entrer leur parti au Parlement. C’est seulement un jeu de pouvoir, un power game, c’est tout. On ne donne jamais une raison qui touche aux intérêts de la population. On ne parle pas de projet de société. On se fiche de ce que pense la population, de cette majorité rendue plus timide et encore plus silencieuse depuis les terreurs des années Jugnauth-Bérenger.

La population est indignée par les alliances de convenance entre partis, pour le maintien au pouvoir des partis. Si des alliances doivent se faire, qu’elles se concrétisent sur la base d’un programme connu de toute la population. C‘est la seule indication ou preuve qu’elles se font dans l’intérêt de la nation et non des individus. On a pris l’habitude sans se scandaliser d’entendre que dans telle alliance de partis, il est uniquement de distribution de tickets ou de ministères à se partager ou de nombre de présidences de paraétatiques ou d’ambassades à distribuer. Non ! On en a marre. On est tous indignés. Mais souvent on se tait dans l’attente de son boutte. Il faut attaquer le problème de front, pendre le taureau par les cornes, c’est-à-dire avoir le courage de reconnaître tout le mal que nous fait la partocratie… donc quitter la partocratie pour revenir à la démocratie.

Il faudrait pour la bonne marche démocratique de notre société que tout changement constitutionnel fasse l’objet d’un consentement populaire. La nouvelle Constitution doit être adoptée par voie de référendum.

* Comment le faire ?

La cause de cette toute puissance du parti vient de la présence de trois candidats par circonscription. C’est là le mal. D’abord, il permet les combines communalistes ; doser selon la composition ethnique de la circonscription, c’est donc perpétuer le communalisme que l’on dit vouloir combattre. C’est cette circonscription à trois candidats qui crée tout le mal communautariste. D’abord, il oblige les chefs de partis à faire des sélections communalistes, puis en demandant aux électeurs de voter de manière communaliste et communautariste. Comme vous le voyez, ce n’est pas la seule responsabilité du système de best loser qui est en cause, mais tout le concept même de circonscription à multiples sièges.

Et le communautarisme continue une fois les députes élus. Tous ne se sentent pas responsables vis-à-vis des électeurs de la circonscription. Ils ne prennent pas tous leurs responsabilités. Avec trois élus, on ne sait plus vers qui se tourner, on va vers l’un et il répond : « Pas moi ça, li ça. » Ce système déresponsabilise le député et lui il va penser que seuls les candidats de son appartenance politique peuvent s’adresser à lui et de la même manière un électeur qui ne serait pas de sa communauté pensera que c’est une perte de temps de s’adresser à lui. Le présent système de trois élus par circonscription renforce le communautarisme.

* Alors vous n’en voulez pas ?

 Oui, le nouveau système que je propose, est en réalité un retour à notre ancien système. Il permet aux électeurs de choisir le candidat qu’ils veulent, un seul qu’ils connaissent et qui sera le seul responsable vis-à-vis des électeurs. Il faut que la circonscription sache qui est son/sa député(e) et qu’elle peut compter sur lui ou elle. Ce qui m’amène à dire qu’il faudrait retourner aux circonscriptions à siège unique. Le système de siège unique par circonscription va donner l’occasion aux électeurs de combattre le communautarisme. Or, aujourd’hui, des jeunes et ils sont nombreux à rejeter le communalisme et le communautarisme. Il faut leur faire confiance, leur donner l’occasion de voter de manière rationnelle, c’est-à-dire qu’ils puissent choisir le candidat selon ses qualités propres, et non pas seulement parce qu’il a eu un ‘ticket’, comme on dit chez nous. Ou parce qu’il y a une machine qui l’attrape et l’entraîne dans le piège communal.

D’abord, on responsabilise la population qui aura à choisir le candidat le meilleur qui soit, quelqu’un qu’il connaît bien, travailleur, honnête, quelle que soit sa communauté ou sa religion. Cela n’empêche qu’il peut être soutenu par un parti politique. Dans une petite circonscription, une petite population d’électeurs peut faire un libre choix, en tenant ou non compte de la communauté du candidat. Ici, on responsabilise la nouvelle classe de jeunes électeurs sans a priori communautariste. On combat alors le communautarisme. C’est un début. Dans une petite circonscription, un candidat n’a pas besoin de millions pour se faire élire, toute personne bien connue dans un quartier pour son honnêteté et son dévouement pour la chose publique peut faire acte de candidature et être élu. Dans le contexte actuel de partocratie, vous tuez le bon candidat, vous l’empêchez de servir la nation.

* Vous pensez que les chefs des partis en seront d’accord ?

Je pense bien ! Ce système à siège unique va rendre un immense service au parti : Il va libérer les leaders des partis de l’emprise des sociétés ou groupes de pression communalistes qui veulent imposer leurs candidats aux partis. Le parti aura tout simplement à donner sa caution et son appui aux candidats que leur proposent les partis de la circonscription, reconnus pour partager les mêmes idéaux et convictions politiques du parti. Ce sera le libre jeu de la démocratie.

Un élu n’est pas pour une communauté ou une caste, il est élu pour la nation mauricienne en commençant par sa circonscription. C’est une opportunité que l’on donne aux électeurs de choisir non des gens en raison de leur caste ou communauté, mais le gars valable, connu pour être honnête et irréprochable, en qui ils ont confiance. Un siège par circonscription, donnera aux électeurs l’occasion de mettre fin au communalisme et enfin vraiment bâtir la nation mauricienne. Et puis, cela va assainir la politique et encourager les gens qui veulent servir le pays à venir de l’avant.

Mais quand vous augmentez le nombre de candidats par circonscription, vous mettez le pays à la merci des partis et vous augmentez la possibilité de corruption, car il faudrait alors beaucoup de millions pour un honnête homme sans financement occulte d’oser aborder les élections et faire acte de candidature.

Voilà donc pourquoi je dis que le Professeur nous rend un mauvais service : avec un nombre réduit de circonscriptions avec chacune un nombre accru d’élus, il va porter le coup de grâce à notre démocratie déjà fort malade. Ou plus grave, faire entrer dans notre Parlement des tas d’opportunistes poussés par des ambitions communalistes, et l’on se verra des tas de «pieds bananes, » parasitaires et coûteux. (Il faudrait expliquer au Professeur, le sens cette expression typiquement mauricienne !)

* On n’a jamais fait de référendum dans ce pays !

C’est l’occasion de l’utiliser pour faire avancer la démocratie.

* Qu’en est-il des communautés minoritaires ? Pensez-vous qu’elles vont accepter votre proposition ?

Le premier réflexe d’un homme né avant 1968 serait de dire non. Il a peur et c’est normal. Il appartient aujourd’hui à une génération du passé, une minorité qui est en train de faire place à une nouvelle population mauricienne. Elle pèse de moins en moins dans la balance électorale. Regardons l’avenir. Je vous dis que la population dans sa majorité grandissante et dans sa jeunesse y verra un moyen de se débarrasser du communalisme. Faites confiance à l’avenir. La nouvelle génération se fiche de la communauté de son élu. Elle voudra simplement que son député soit non communal, non corrompu. C’est aussi simple que cela. Il sera plus facile pour un homme d’une communauté minoritaire, connu pour son intégrité et sa compétence, de se faire élire dans une petite circonscription.

Revenons donc au système : Un siège par circonscription. Il faudra alors accroître le nombre de circonscriptions, et avoir entre 75 et 90 circonscriptions, compte tenu de l’accroissement de la population. C’est l’occasion de corriger les disparités ente les circonscriptions, autre cause du communautarisme. Il faudra alors avoir les circonscriptions avec le nombre presque égal de votants. Il n’est pas normal que dans une circonscription on a deux fois plus d’électeurs qu’ailleurs. Cela aussi n’est pas démocratique. Cela aussi est tout aussi communaliste ou communautariste que le best loser system. Avec 70 à 90 candidats à élire, le peuple fera le bon choix. Ce système est beaucoup plus sûr que n’importe quel autre de mettre fin au communalisme. Rappelez-vous à l’époque, en 1959, je crois, où l’on avait 40 circonscriptions, l’IFB fit élire un Musulman à Bon Accueil, une circonscription à majorité hindoue.

* La question des ministres non politiques fait également débat. Qu’en pensez-vous ?

Oui ! D’abord j’avoue que dans certains pays comme la France, cela peut être une excellente chose. Nous avons hélas ! une société dans laquelle il y a de nombreux groupes de pression, des rôdère boutte entre autres, ou des sociétés comme nous les appelons et qui ne se préoccupent que de l’avancement de leur communauté. Vous imaginez un peu la pression que le chef du gouvernement aurait à subir de la part de ces groupes qui menacent, réclament, exigent la nomination de leurs porte-parole ou protégés au sein du gouvernement. Ce serait une tragédie pour le pays. On va reculer en démocratie et entraîner le pays davantage vers le communautarisme. Voilà encore un exemple qui montre que tant soit bien intentionné le Professeur Carcassonne, il ne connaît pas les réalités mauriciennes.

* Est-ce tout ?

Non ! Il faudrait protéger la nation des dérives totalitaires en rendant aux Mauriciens les entrenched clauses inscrites dans la Constitution pour les protéger. Rappelons les circonstances dans lesquelles les ‘entrenched clauses ont été balayées en 1982. Avec le mauvais système électoral, le peuple avait élu démocratiquement un parti unique au Parlement. Il a cru que c’était une grande victoire, les vainqueurs ont dû beaucoup rigoler, car il ne s’est jamais rendu compte qu’on lui avait volé sa souveraineté. Et personne n’a eu le courage de dénoncer cela !

Mais il faut ajouter que les vrais responsables de cette dérive, c’étaient au départ ceux qui nous avaient donné une constitution qui s’est avérée désastreuse. Et pourtant, dans son rapport, Banwell avait pensé aux dangers que représentait un 60-0 et que pareille victoire d’un seul parti pouvait enlever tous les ‘check and balances’ de la Constitution et mettre le pays à la merci d’un éventuel gouvernement, rendu fou par le pouvoir. Il avait même pensé introduire une clause dans la Constitution pour empêcher qu’un gouvernement avec la majorité absolue des 60 -0 ne vienne toucher aux entrenched clauses : il lui faudrait obtenir l’accord préalable de l’Opposition si toutefois cette Opposition avait obtenu 25% des votes. Mais cette disposition protectrice ne fit pas son entrée dans la Constitution, car personne n’a cru que l’on ne se trouverait jamais devant une telle situation.

On s’est trompé. En fait en 1982, en face des 60-0 du MMM-PSM, le Parti de l’Alliance nationale avait obtenu plus de 25 % des votes. Cela veut dire qui si les responsables de la Constitution avaient introduit cette disposition dans notre Constitution, on aurait empêché tous les abus, les injustices, les alliances contre nature que les Mauriciens ont eu à subir. Ces experts constitutionnels ont donc failli dans leur mission et la société mauricienne en a fait les frais. Il faut empêcher que d’autres spécialistes ne viennent ajouter aux mêmes erreurs d’antan.

Il faudrait d’ores et déjà prévoir des dispositions pour protéger la population des 60-0 qui a étranglé la démocratie naissante à Maurice en 1982. Il nous faut cette clause qui dit qu’un parti qui obtient un 60-0 n’aura pas le droit de toucher aux ‘entrenched clauses’ sans l’accord du parti qui obtient 25% des votes exprimés. D’ailleurs, il faudrait redéfinir de nouveaux entrenched clauses et les inscrire dans la Constitution.

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