Interview: Joseph Tsang Man Kin – « Assez de ces soi-disant leaders charismatiques qui finissent par devenir des dictateurs arrogants et malfaisants ! »

* ‘Bérenger fait la même chose au MMM que Ramgoolam au Parti travailliste : détruire son parti’

* ‘Les Travaillistes se sont donc intelligemment servi du balai de Jugnauth pour balayer Ramgoolam. Mais que Jugnauth ne se trompe pas lorsqu’on lui fait croire que les Travaillistes sont passés dans son camp’


Le temps passe et les partis politiques continuent d’alimenter les conversations, notamment, à propos des leaders qui refusent de céder la place de manière démocratique à un autre membre de leur parti. Est-il possible de revenir aux valeurs qui ont animé le Parti travailliste dans le passé ? Est-il pensable que le Parti travailliste ait une structure, un projet de société, un programme et une culture qui animeraient aussi l’ensemble des Travaillistes et de leurs partisans dans un futur proche ? Joseph Tsang Man Kin nous en parle…

Mauritius Times : Kailash Purryag passe la main à Ameenah Gurib Fakim, cette semaine-ci, cela dans le cadre d’un « deal » entre le Premier ministre et lui-même, nous informe Sir Anerood Jugnauth. On ne connaît pas les détails de ce « deal », conclu depuis janvier 2015 mais cela laisse supposer que la démission de Kailash Purryag n’aurait aucun lien avec les tracasseries que connaît son ancien parti et en particulier le leader ‘en congé’ du PTr. Qu’en pensez-vous ?

Joseph Tsang Man Kin : Oui, Kailash Purryag est parti. Or, je n’étais pas de ceux qui voulaient son départ mais son maintien au Réduit pour sauvegarder la continuité de l’Etat, et ne pas donner l’impression que l’on soumet une institution de l’Etat à la merci des calculs politiques.

Quand on dit que M Purryag s’était engagé dès janvier à partir maintenant, il me semble que c’est surtout un moyen de dorer la pilule et de calmer les esprits. Tant mieux. Mais me faire accroire qu’il y a eu un « deal » conclu en janvier, permettez-moi d’en douter.

Le départ est abrupt, soudain, surprenant aujourd’hui, ce qui me fait penser que le Premier ministre dispose d’arguments assez convaincants pour avoir obtenu ce départ inattendu de Kailash Purryag du Réduit.

Les rumeurs avancent une autre hypothèse, mais toute aussi farfelue: l’ancien président serait appelé à remplacer l’ancien leader du gouvernement à la tête du Parti travailliste. S’il y a eu des pressions pour faire partir Purryag, ces mêmes pressions pourraient l’écarter du leadership du Parti travailliste, si toutefois il en avait l’ambition, ce dont je doute.

Tout l’entourage immédiat de Navin Ramgoolam étant vulnérable, à tort ou à raison, pour prendre la relève, est disqualifié.

* Le leadership du PTr fait débat depuis la défaite de ce parti aux dernières élections et, davantage, depuis que Navin Ramgoolam fait l’objet d’une série d’enquêtes policières. Après l’épisode du porte-parole qui a mal tourné et faute d’un alternatif crédible au sein du parti, le regard des Travaillistes s’est effectivement tourné vers Kailash Purryag depuis un certain temps, ce qui traduit dans un certain sens le sentiment que les Travaillistes cherchent désespérément un leader, non ?

Commençons par dire qu’il n’y a jamais eu de véritable leadership au Parti travailliste, surtout depuis août 2000, à partir du moment où sans consulter, sans rencontrer, et même sans informer le Bureau politique, Navin Ramgoolam avait annoncé la dissolution du Gouvernement à un Conseil des Ministres choqué.

Navin Ramgoolam ne m’a jamais pardonné de lui avoir dit ses quatre vérités, d’où mon exclusion de la liste électorale pour les élections de 1996 et cela malgré les demandes spontanées des partisans de ma circonscription. Après sa défaite, je lui ai demandé de partir et de nous laisser choisir un nouveau leader.

Or, parce que j’avais osé demander cela, un suiveur a demandé mon expulsion du parti. C’est donc vous dire que l’on n’avait plus d’hommes indépendants d’esprit et de véritables patriotes, mais des flatteurs et rodère-boutte que Navin Ramgoolam a fait entrer en grand nombre pour avoir la majorité et pour lui dire oui. Cette bande qui dit aujourd’hui représenter le Parti travailliste est une honte.

Durant les années 1990, dans les réformes que j’avais apportées à la Constitution du Parti travailliste en tant que Secrétaire-Général du parti, j’avais porté le nombre de représentants par circonscription, Navin Ramgoolam, lui, a fait entrer une vingtaine uniquement de sa circonscription.

Aujourd’hui, ses suiveurs sont plus d’une quarantaine. Pas étonnant qu’il y a eu défaite à cause de la lâcheté collective qui n’a pas osé lui dire que tous les Travaillistes authentiques refusaient son mariage avec Bérenger, que son projet était mauvais pour le pays et qu’il allait être battu.

Donc, si on parle de défaite, il faut préciser qu’il n’y a jamais eu de défaite du Parti travailliste. Il y a eu défaite de Ramgoolam lui-même, défaite de sa bande qui a accaparé le Parti travailliste, défaite des opportunistes, des transfuges et des rodere-bouttes, animés d’aucune conviction travailliste, sans idéal travailliste, qui ont fermé les yeux sur les dérapages, abus, trahisons, donc complices et tout aussi coupables.

Les véritables Travaillistes avec lesquels j’ai eu l’occasion de discuter sont toujours là, fidèles. Les Travaillistes se sont donc intelligemment servi du balai de Jugnauth pour balayer Ramgoolam. Mais que Jugnauth ne se trompe pas lorsqu’on lui fait croire que les Travaillistes sont passés dans son camp.

Personne dans l’entourage immédiat de Navin Ramgoolam n’a le courage de lui dire que, vu ses problèmes personnels qui embarrassent et paralysent le Parti travailliste, il est de son devoir de quitter le poste de leader du Parti.

Il doit partir. En réalité, quand il part, et il sera obligé de le faire, qu’il le veuille ou non, tous ces rodère-boute, faux Travaillistes qui s’accrochent encore à lui vont se rendre compte qu’il n’y a plus rien à attendre et ce sera la débandade.

L’épisode Arvin Boolell porte-parole est triste : C’est encore une fois la malfaisance de cette bande de suiveurs, majoritaires au Comité Exécutif qui a empêché à Arvin Boolell d’être leader du parti !

* Refaire la santé d’un parti, PTr ou autre, requiert sans doute un leadership fort, crédible et pouvant susciter l’espoir de sa base électorale. Mais faut-il aussi des conditions sociales et politiques favorables au décollage de toute formation politique. Ces conditions n’existent pas, du moins pas pour l’instant, malgré l’affaire BAI, n’est-ce pas ?

Il n’y a pas lieu de se soucier de la santé du parti lui-même, mais de ceux qui, à l’heure actuelle, parlent en son nom. Bien évidemment, souvent, comme on le constate un peu partout dans la classe politique dans le monde, c’est toujours la tête qui pourrit en premier lieu et, ensuite, la partie qui l’entoure.

Mais la base électorale travailliste n’est pas atteinte, elle est en bonne santé et s’est mise à attendre, patiemment tout simplement. Et, on ne peut pas dire que le parti cherche désespérément un leader.

Bien au contraire. C’est l’occasion pour le parti de sortir du conditionnement qui veut qu’on fasse appel aux fils à papa. Il faudrait commencer par une révision de la Constitution du parti : revenir à 5 représentants élus par circonscription pour siéger au Comité Exécutif. On aura donc 105 membres au Comité Exécutif avec 21 circonscriptions.

Ce sera à ces 105 membres d’élire un leader, n’importe lequel d’entre eux pouvant faire acte de candidature. Ce sera la chance de se remettre à faire de la politique sur la base de principes directeurs, de projets et de programme à mettre en place. Assez de ces soi-disant leaders charismatiques qui finissent par devenir des dictateurs arrogants et malfaisants !

Pour arriver à élire son leader, il faudrait confier la responsabilité à une petite équipe de Responsables pour organiser et superviser cet exercice. Entre-temps, chaque circonscription, sans tenir compte nécessairement de ceux qui sont censés les représenter au Comité Exécutif, se mettent à s’organiser et le moment venu cette circonscription sera prête et viendra de l’avant affirmer sa position et pourra ainsi reconstituer le nouveau Comité Exécutif !

Un Leader librement et véritablement élu sera bien plus fort car il sera un leader légitime. Ce sera une situation saine car cette nouvelle façon de choisir le leader donnera désormais de l’espoir aux jeunes qui veulent entrer dans le parti ; et ils auront ainsi la chance de poser leur candidature pour le poste de leader.

Toute notre misère, c’est parce que, au départ, nous n’avons pas eu la chance de choisir le leader à travers le bulletin de vote secret. Ce que je dis ici s’applique également aux autres partis : ils qui sont arbitraires et n’ont rien à dire dans le choix de leurs leaders. C’est par le jeu démocratique, honnête et loyal, que l’on fera avancer le parti et, par conséquent, le pays tout entier.

Le Parti travailliste va décoller de nouveau, que les conditions sociales ou politiques soient présentes ou non. Mais, à l’heure actuelle, les multiples affaires criminelles qui suivent Navin Ramgoolam pèsent très fort et vont le forcer à lâcher prise. C’est seulement une question de temps. Dès qu’il tourne le dos, la porte sera ouverte pour accueillir une nouvelle génération de jeunes Travaillistes soutenue par l’expérience et le soutien de la vieille garde de véritables Travaillistes, toujours présente.

* Les conditions sociales et politiques n’existent pas pour l’instant parce que le Gouvernement, il faut l’admettre, ne tarde pas à agir ou à réagir à chaque fois que des foyers de mécontentement se profilent à l’horizon et fait dans le ‘damage-control’ à grands frais (des contribuables) s’il le faut – comme par rapport à l’affaire BAI, par exemple. Qu’en pensez-vous ?

Ce que vous dites est tout à fait exact : ce que vous appelez damage control montre bien que nous avons un Gouvernement réactif, qui sait seulement réagir et prendre des mesures après l’éclatement d’un problème.

Il n’est pas proactif, n’ayant pas la faculté de prévoir ou de mettre en place des mesures pour anticiper et empêcher l’apparition du problème. Tout cela n’est nullement étonnant. Au pouvoir, nous avons trois groupes, et je n’ose pas employer le terme « partis » à leur endroit. A les observer, on voit bien qu’aucun d’eux ne se comporte comme un parti ni individuellement ni collectivement.

D’abord, un parti a une structure, un projet de société, un programme, une culture. Or, ici, il n’est nullement clair s’ils ont tous une structure ou un vrai secrétariat. On ne sait pas s’ils sont faits pour être ensemble, et pour faire quoi ensemble ?

La vérité, c’est que ces trois groupes ont été amenés ensemble CONTRE le projet malsain et liberticide du couple ambitieux. Mais sont-ils POUR quelque chose ?

Par exemple, ont-ils jamais dit qu’ils sont POUR un projet de société, avec une grande idée, généreuse pour faire progresser le pays ? On ne les a jamais vus se réunir pour débattre des grandes questions de la société mauricienne ou pour mettre au point un programme commun.

C’est pour cette raison qu’il n’y a pas de vue d’ensemble, pas d’approche collective, pas de solution nationale. Heureusement, dans le Cabinet, il y a quelques hommes d’exception. Forts de par leur passé, leur expérience et leur engagement, ils se lancent dans des actions parfois individuelles mais qui sont bonnes pour le pays.

Mais on ne peut pas dire la même chose de la plupart de leurs collègues qui ne semblent pas savoir pourquoi ils sont au Cabinet, d’autant plus qu’ils n’ont pas de Road Map ou de feuille de route gouvernementale pour les guider. En réalité, c’est triste de le constater : on ne peut pas dire que nous avons une équipe soudée, compétente, créative et qui inspire confiance.

* C’est Rama Valayden qui disait que « le gouvernement Lepep a bien démarré, mais a confondu vitesse et précipitation. En peu de temps, il s’est coupé de la masse ». Avez-vous l’impression que le ‘feel-good factor’ et le capital de confiance commencent à s’estomper malgré ce qu’en disent les sondages privés ?

Oui ! Valayden a tout à fait raison. Le Gouvernement a eu un départ foudroyant avec l’appui et l’accord de toute la population. Et le peuple, y compris les Travaillistes, dans leur grande majorité, choqués par les révélations de coffres et des cadeaux des terres de l’Etat, ont poussé un grand ouf de soulagement.

Ils se sont félicités d’avoir évité le malheur national dans lequel ils auraient précipité le pays. Ne nous laissons pas berner ! Le feel good factor est toujours là et il n’y a que le la bande de Navin Ramgoolam pour dénoncer une soi-disant vendetta politique.

Tant qu’on y est, en ce qui concerne les affaires de coffres et valises, si tout le monde croit savoir que les leaders politiques encaissent des millions aux élections, pourquoi ne viennent-ils pas, dans un exercice honnête et patriotique, dire au Parlement combien de millions ils ont encaissé et combien ils en ont dépensé ?

Et tous ces donateurs généreux qui viennent, dit-on, dans les parages, les valises bourrées de billets rouges, qu’attendent-ils dans le même élan d’honnêteté pour dire franchement au peuple mauricien combien ils ont donné et à qui ? Cet exercice cathartique donnera la vraie mesure de la sincérité de tous ceux qui veulent servir le peuple et non s’en servir.

Il faut le dire : ce qui est inquiétant c’est que l’on voit le pays reposer sur l’épaule de deux personnes, le Premier ministre qui rassure à cause de son prestige et sa détermination de réussir, et le ministre des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo, qui semble être le seul à avancer des idées pour faire progresser l’économie.

Le problème, c’est que rien ne semble décoller et on reste toujours dans l’expectative. On ne voit pas la création d’emplois et surtout pas le démarrage de projets qui donnent de l’emploi, maintenant et non pas en 2020…

* Au fait, on soutient qu’il y a beaucoup de personnes qui commencent à se poser des questions par rapport aux priorités du gouvernement. D’autant plus que c’est l’emploi, le coût de la vie, etc., qui figurent parmi les sujets qui interpellent de plus en plus les Mauriciens ces temps-ci. Mais nous n’en sommes qu’au début du nouveau gouvernement, et il faut lui donner le temps de réaliser son programme économique ?

Comme je l’ai dit plus haut, les trois composantes du Gouvernement ne se sont pas réunies pour établir un programme du Gouvernement. Certes, il y a des mesures ponctuelles prises pour corriger les abus (cartes d’identité, permis de conduire) ou pour améliorer le pouvoir d’achat des aînés (pension vieillesse), que nous applaudissons tous, bien sûr.

Mais on ne voit pas de mesures de construction de la société, de mise en place de projet à long terme susceptible de changer la société pour le meilleur. Il n’est pas étonnant que le Gouvernement n’ait pas les réponses aux questions touchant à l’emploi, au coût de la vie, car justement la coalition des partis qui s’est faite n’est pas venue devant la population lui proposer son programme de gouvernement adopté par les trois partis et faisant l’unanimité. Vous demandez s’il faut leur donner du temps pour réaliser leur programme économique. Où est-il, ce programme ?

Dans le passé, le gouvernement de SSR venait avec des 5-Year Plans, préparé au ministère responsable du Développement économique. On savait ce que le gouvernement proposait de faire chaque année et, à la fin de chaque année, on pouvait mesurer les progrès accomplis ou qui restent à faire.

Avons-nous un plan de Gouvernement ? Et le Gouvernement est-il en mesure ou capable de nous proposer un 4-Year Plan, aujourd’hui ? La grande question est : Le Gouvernement a-t-il des idées ?

Comme je suis optimiste et que je veux le bien de mon pays, je me force à croire que la réponse est oui. Aujourd’hui, dans tous les secteurs, le pays a des hommes et des femmes hautement qualifiés. Que le Gouvernement les reconnaisse et fasse appel à eux, sans distinction de partis, en respectant le seul principe de la méritocratie que tous les Mauriciens veulent aujourd’hui, tout comme tous les citoyens du monde entier le réclament aujourd’hui !

* Est-ce que c’est trop tôt pour se poser la question : en quoi et comment l’alliance gouvernementale est-elle différente de celle qui a été au pouvoir durant les cinq dernières années ou même du mandat 2005-10 de l’alliance PTr-PMSD-MR sur différents plans, tels que la bonne gouvernance, la méritocratie, la prise des décisions…?

Je crois avoir anticipé la question et avoir déjà répondu quoique indirectement. Du temps de SSR, Gaëtan Duval se trouvait en présence de partis qui chacun avait une certaine vision de la société, que tout le monde connaissait ; ils se sont battus, réconciliés et ont travaillé ensemble.

Or, aujourd’hui, aucun des trois partis en alliance ne semble avoir une idée, pour ne pas dire idéologie précise et claire sur ce qu’il représente ou défend.

– Que reste-t-il de la social-démocratie au PMSD ?

– Que représentent le Parti Lepep sinon un groupe de partisans désabusés, non du point de vue idéologique mais révoltés contre un leader dépassé qui s’accroche?

– Et le MSM qu’apporte-t-il du point de vue idées ou projets, en dehors de l’aura prestigieuse de son leader ?

Tragique pour le pays si la réponse est non à la question suivante : Y a-t-il des hommes ou des femmes dans ces partis qui savent ou qui peuvent dire pourquoi ils sont là dans ces partis ? Quelle vision les anime, que ce soit le PMSD, Liberater ou le MSM ?

Cette coalition, durant sa dernière campagne électorale, avait dénoncé la mauvaise gouvernance du régime de Navin Ramoolam et prônait la méritocratie. Le peuple lui a fait confiance, mais plus maintenant sur ce sujet, car sur la place publique, au marché et sur le net, tout le monde vous dit ce sont les mêmes passe-droits que l’on a vus sous le Parti travailliste…

Et pourtant le gouvernement avait promis le recrutement sur concours pour remplir les postes dans les para étatiques. Le Gouvernement n’a pas tenu sa promesse. On attend toujours de voir arriver la bonne gouvernance dans nos institutions.

* Comment s’annoncent les municipales de votre point de vue ? Une occasion pour l’Alliance Lepep de faire taire les critiques contre le Gouvernement, surtout dans le sillage de l’affaire BAI?

— Je me pose la question de savoir à quoi servent les Municipales. Permettez que je revienne un instant à la question fondamentale du fonctionnement démocratique au sein de nos partis politiques. Ceux qui obtiennent le ticket pour poser leur candidature, le doivent-il au libre jeu démocratique qui amène les plus valables, les plus sincères qui veulent servir le peuple ou tout simplement des inconditionnels derrière chefs de partis sans lesquels ils n’ont pas droit au ticket. Autre question ? Que vont faire ces Conseillers municipaux une fois élus ? Ont-ils un programme ou mieux un Code de conduite ? Savent-ils ce que l’on attend d’un Conseiller municipal ? Ont-ils été formés dans leur parti ? A quoi vont-ils servir ?

Ne serait-il pas temps de se poser la question de revoir la place, la fonction, les pouvoirs, sinon l’utilité même des Municipalités dans leur forme actuelle dans l’ensemble des institutions gouvernementales du pays?

De toutes les manières, il y a comme un sentiment de lassitude vis-à-vis de ces élections. Vu l’ambiance de morosité sur ce sujet, tout porte à croire que le taux de participation qui était de 42% la dernière fois va passer à moins de 35%.

* Les municipales constituent toutefois une occasion inespérée pour Paul Bérenger et le MMM de rebondir et, éventuellement, d’essayer de reprendre le contrôle de l’agenda politique. Valayden disait aussi que ce dernier va vivre pour voir son MMM de nouveau en position de force, d’autant que les Bérengistes sont toujours là. Etes-vous du même avis ?

Bérenger est un homme du passé. L’agenda de sa vie n’a été que sa survie politique, à lui seul. Il fait la même chose au MMM que Ramgoolam au Parti travailliste : détruire son parti. Sérieusement, à l’heure actuelle, servent-ils à autre chose ?

* Par contre, le PTr a choisi de s’abstenir des municipales. Nous ne savons pas si cela fait partie d’un arrangement avec le MMM ou si les Travaillistes ne disposent plus de moyens financiers. Par contre, il aurait été fatal pour ce parti si les rouges ne faisaient pas bonne figure aux municipales car Pravind Jugnauth et son MSM auraient pénétré au cœur de l’électorat travailliste, surtout que le MSM ne manque pas de moyens financiers et de logistique selon Valayden. Qu’en pensez-vous ?

Encore une fois, laissez-moi vous répéter que ce n’est pas le Parti travailliste qui s’est abstenu de participer aux élections municipales, mais la bande à Navin qui a pu imposer cette mauvaise décision grâce à leur nombre disproportionné au Comité exécutif.

Arvin Boolell avait mis en place des équipes pour défendre la couleur rouge du parti, mais c’est Navin Ramgoolam lui-même qui est venu tout détruire. Ce n’est certainement pas qu’une question d’argent qui a empêché la participation du Parti travailliste. Le trésorier en sait quelque chose.

En tout cas, c’est un mauvais calcul que de ne pas participer aux élections municipales, bien que je n’en pense pas grande chose. Il est évident que le Parti aurait eu fort à faire pour gagner mais l’alignement des candidats aurait passé un message à la famille travailliste de l’île pour dire : on est présent, on ne vous laisse pas tomber, faites-nous confiance. Bien sûr, ceux qui ont accaparé le parti ne pouvaient pas tenir pareil langage, ils n’ont aucune crédibilité !

Rappelez-vous 1982 : Chacha savait que les rouges allaient être battus, mais il a tenu à être présent, et l’année suivante en 1983, Jugnauth a eu besoin de lui pour battre Bérenger. Il faut toujours voir plus loin en politique, une défaite aujourd’hui annonce la victoire de demain.

Pour revenir à l’analyse de Valayden, je ne pense pas qu’une défaite ou une performance minable du parti allait le jeter dans les bras du MSM. Sachez qu’il y a des déçus qui pensaient former un autre parti, ce qui est révélateur de l’état d’esprit de la base travailliste qui tient à son identité et à sa survie. Elle n’est pas à vendre ! Encore une fois, ce n’est pas uniquement une question d’argent ! C’est pour cette raison que le Parti travailliste ne disparaîtra pas de sitôt.

*  Published in print edition on 5 June 2015

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