« Au Parti travailliste comme au MMM, il faut tourner la page sur Navin Ramgoolam et Paul Bérenger »

Interview : Joseph Tsang Man Kin

“Si SAJ a su chasser le danger qui nous menaçait, pourquoi ne se mettrait-il pas, lui, aujourd’hui, à construire notre société de confiance”

Franc-maçonnerie et MMM : « On sait que c’est un Bérenger acculé qui cherche à détourner l’attention. Si les loges étaient aussi puissantes au point de diriger l’Etat ou les partis, comment se fait-il qu’il n’y soit pas ? »

“Le Parti travailliste avec les vrais Travaillistes, héritiers de la culture Fabian, a encore un rôle considérable à jouer dans la construction de Maurice”

 

Cent jours après l’avènement au pouvoir du nouveau gouvernement, la population de Maurice se pose des questions. Faudrait-il s’attendre à des changements majeurs au niveau de la culture politique, notamment des financements des partis et aussi la manière de renouveler les bureaux politiques ? Faudrait-il être optimiste et s’attendre à des jours meilleurs ? Joseph Tsang Man King répond à nos questions.

Mauritius Times : Le gouvernement de l’Alliance Lepep a passé le cap de ses 100 premiers jours. Le pays respire mieux depuis, diriez-vous ?

Joseph Tsang Man Kin : Oui, effectivement le pays tout entier respire mieux. Pour cela, il y a trois raisons.

La première, c’est l’immense satisfaction d’avoir lui-même balayé le couple Ramgoolam-Bérenger qui voulait lui imposer leur projet d’une Deuxième République, bananière et liberticide. Ce qui a eu pour conséquence de porter au pouvoir une nouvelle équipe, un triumvirat : Jugnauth-Duval-Collendavelloo, qui nous a promis le changement. Ce sentiment de satisfaction et de soulagement est également partagé par les familles, tant travailliste que militante.

La deuxième raison, c’est que le triumvirat a tenu ses promesses, on peut les qualifier d’électoralistes, mais elles ont apporté un soulagement immense à des centaines de milliers de foyers qui n’en peuvent plus de vivre avec moins de Rs 8 000 par mois, sans oublier la suppression du permis à points avec les amendes de Rs 2 000 qui écrasaient le petit peuple : pensez au chauffeur qui touche Rs 8 000 par mois…

La troisième raison, c’est la réouverture de dossiers, voulue par la population qui a donné un mandat sans équivoque au nouveau régime pour amener la bonne gouvernance dans le pays. Oui, les cent jours – dans l’ensemble – se sont bien passés. Le nettoyage a commencé et le peuple se réjouit.

* Or la majeure partie de cette période de grâce a surtout été dominée jusqu’ici par les enquêtes policières à partir de l’affaire Roches-Noires et de la bande sonore diffusée lors d’un meeting public. Il y a aussi les affaires relatives aux ‘State Lands’, le limogeage de l’ancien gouverneur de la Banque de Maurice, et le directeur général de l’Independent Commission Against Corruption (ICAC), sous la clause couperet 113 (3) (b) de la Constitution Que faites-vous de tout cela ?

Ne mettons pas tous ces événements dans le même sac : les bandes sonores, c’est une affaire de dérapage durant la campagne électorale. Il faut mettre fin aux déballages de la vie privée de l’adversaire politique, aux coups bas honteux. C’est une bonne chose que cette affaire soit portée en justice.

Quant à l’affaire Roches Noires, c’est une affaire banale, un fait divers, s’il n’y a aucun lien avec la mort d’un prisonnier en détention policière. Or, l’affaire se corse avec des témoignages, vrais et faux. Les dossiers ont été ré-ouverts c’est maintenant une affaire de police qui suit son cours.

La Police a aussi le devoir de faire toute la lumière sur les terres de l’Etat accordées aux privilégiés du régime d’antan. On oublie que les terres de l’Etat, c’est le patrimoine de toute la population, comme les plages, les mornes et les rivières. Il ne faut pas être naïf pour croire que ces largesses ont commencé sous Ramgoolam. Rien n’empêche de remonter au moment de l’arrivée au pouvoir du MMM en 1982.

Et, effectivement, c’est l’année de l’amendement à la Constitution, qui s’appelle Constitution of Mauritius (Amendment) Act No II of 1982. Et c’est ce qui a donné aux Autorités du jour le pouvoir de chasser de leur emploi de nombreux fonctionnaires. C’était le début de la chasse aux sorcières.

On connaît les circonstances du passage au Parlement de cet amendement inique à la Constitution, d’ailleurs avec effet rétroactif, c’est- à-dire que la loi est entrée en vigueur le 20 décembre 1976. Durant ces moments d’invincibilité et de furie, il n’y a eu que deux députés qui avaient eu le courage de mettre en garde contre le projet de loi : Anil Gayan et Dharam Gokhool.

J’ajoute qu’il nous faudrait effacer cette tare sur l’histoire juridique de notre pays, et qui n’est nullement flatteuse pour le gouvernement en place de 1982. J’affirme qu’il nous faut aujourd’hui répudier cette loi. Aujourd’hui, que le Premier ministre a – une nouvelle fois – , la chance extraordinaire de disposer d’une majorité de trois quarts de votes au Parlement, comment ne pas lui demander d’accomplir le geste noble et réconciliateur: apporter un amendement pour supprimer cette clause malheureuse de notre Constitution ? Elle a ouvert la porte à toutes sortes d’abus, tels que ceux auxquels nous venons d’assister et qui ont touché l’ex-Gouverneur de la Banque ou le Directeur général de l’ICAC.

* Et ce qui se passe du côté du judiciaire : la rencontre des trois VVIPs avec deux représentants de Dufry AG et l’interpellation de l’avoué Tandrayen dont les services ont été retenus par Nandanee Soornack, sans oublier le bras de fer entre le DPP et le nouveau gouvernement… Trouvez-vous tout cela normal, sans parler des arrestations hautement médiatisées ?

D’abord, l’affaire des VVIPs en compagnie des agents de Dufry. On sait ce qu’ils voulaient : des dossiers, des informations, des preuves incriminantes. Pour les obtenir, il y a deux approches: la procédure juridique et la manière forte.

Les juristes, de par leur formation, opèrent dans le respect des institutions et ne croient pas que la fin ne justifie pas les moyens. Par contre, les partisans de la manière forte ne s’embarrassent nullement de ces scrupules juridiques et, pour eux, tous les moyens sont bons, pourvu qu’on arrête les coupables.

Or, on a l’impression que la tendance à l’heure actuelle, c’est de privilégier la manière forte. Témoin, le traitement réservé à l’avoué Tandrayen à sa descente d’avion alors qu’il serait porteur d’un « brief » qui est « privileged, » de nature confidentielle. Et la population de s’interroger sur la légalité de cette action qui semble dépasser les bornes et ne sait pas s’il est en Etat de droit ou en république bananière.

Vous avez raison d’évoquer le bras de fer entre le DPP et le Gouvernement : la décision de mettre le DPP sous l’aile de l’Attorney General, ne serait-ce pour des besoins administratifs, mais annoncée et effectuée sans préavis – cette mesure n’est nullement de nature à rassurer la population.

Sans entrer dans les arguments en faveur ou contre cette décision, ce qui est inquiétant, c’est l’impression que donne le gouvernement de faire de la navigation à vue et de prendre des décisions ad hoc, inattendues, et de façon cavalière.

On ne peut pas faire de surprises à la population surtout quand il s’agit de l’administration de la Justice. Espérons que ce sera le dernier choc donné à la population.

* Après la confirmation des mesures populaires, dont l’augmentation de la pension de vieillesse au tout début de son mandat, l’opération nettoyage engagée depuis par le Gouvernement continue de plus belle, et il ne semble pas qu’on en verra la fin de si tôt. Même si c’était prévisible, nécessaire même, il se peut que les gens deviennent las de tout cela au bout d’un certain temps. On n’a pas encore atteint le stade de ras-le-bol ?

Non, je ne le pense pas. Comme je vous l’ai dit, le peuple applaudit au nettoyage, et ce qui est certain, c’est que plus elle dure, plus cette opération servira de rappel et de mise en garde contre les abus de pouvoir du régime précédent.

Elle gardera Navin Ramgoolam immobilisé pour toute la durée de l’opération, sans qu’il ait le temps, l’énergie ou la force intellectuelle ou morale de faire autre chose que de penser tout le temps à l’épée de Damoclès suspendu sur sa tête.

La poursuite du nettoyage aura donc pour effet de le décrédibiliser, lui et tous ceux qui ont profité de ses largesses et qui risquent de l’accompagner dans le tourbillon.

Autre raison qui fait que l’on ne va pas se lasser de la campagne de nettoyage, c’est le grand déballage de faits divers croustillants, qui circulent sur toutes les places publiques : le marché, les grandes surfaces, les taxis, les salons de coiffure, sans oublier les réseaux sociaux… N’oubliez pas que la population mauricienne est en train de vivre, et en direct, les feuilletons que l’on voit à la télé : les soupçons, les mensonges, les trahisons, les femmes perverses, une mort mystérieuse, et les coffres-forts pleins de millions comme au cinéma, et nos acteurs et actrices, sont bien des gens que l’on connaît, et des célébrités !

On aime les palabres! Et puis ces feuilletons font tellement plaisir aux ennemis du Parti travailliste… Donc pas de ras le bol, car, on veut voir la suite et savoir comment toute cette histoire va se terminer.

* Toutefois, certains observateurs sont d’avis qu’avec les nominations des CEOs et autres responsables des institutions publiques … le capital de confiance dans le Gouvernement va s’estomper assez rapidement. Est-ce une mauvaise analyse ?

Oui et non ! Tout porte à croire que le Gouvernement a été dépassé par les événements et n’avait pas mis en place un protocole pour gérer la situation.

En réalité, le pays s’est trouvé devant une pratique très américaine, où l’on voit le Président nouvellement élu venir avec son équipe qui remplace celle de son prédécesseur. Cette pratique est étrangère à notre culture politique mais je soutiens qu’elle est la conséquence du fameux Amendement à notre Constitution de 1982.

Dans la zone grise de ce no man’s land, on avait annoncé la fin des nominations arbitraires, l’appel de candidatures et le recrutement sur concours, afin d’embaucher les plus compétents et les mieux qualifiés. La population a accueilli avec bonheur cette annonce comme une rupture avec le passé et y avait vu la reconnaissance de la méritocratie.

Hélas ! Tel n’a pas été le cas. La population s’est sentie trahie. Or, il y a eu des voix divergentes et des hésitations au sein du Gouvernement. Certains ministres ont pris les devants et ont choisi seuls de former leur équipe de protégés, sans la bénédiction des leaders de parti qui ont laissé faire.

Et c’est alors que l’on a vu l’arrivée en masse et en catimini d’un tas de nouveaux protégés, un déferlement de nominations de proches, de très – sinon trop proches, copains, copines -, parfois compétents mais pas toujours et ce qui est grave, pour prendre la place de ceux qui font déjà très bien leur travail et qui se fichent bien de partisanerie politique. La liste est mieux connue qu’on ne le croit, on n’a qu’à lire Facebook….

La population a été le témoin impuissant des renvois injustifiés et des nominations passe-droit ! Pour le peuple, le Gouvernement n’a pas tenu parole, il a tergiversé, il a essayé de rectifier le tir, mais la balle est partie. Toujours est-il que le Gouvernement a perdu des plumes. Il faudrait, pour la bonne gouvernance du pays, prévoir un cadre juridique d’embauche pour les diverses catégories d’emploi au service de l’Etat. Ce serait alors un pas décisif vers la méritocratie et la bonne gouvernance.

Au sondage, le Gouvernement peut perdre des points, mais ce n’est pas pour autant que le peuple va lui retirer sa confiance, du moins pour le moment. Mais il faut lui rappeler que les cent jours sont terminés.

* Pour revenir aux affaires qui défraient la chronique depuis le début de l’année, et qui sont venues éclabousser le précédent gouvernement directement et indirectement et, plus particulièrement, les leaders de ces deux grands partis, certains observateurs soutiennent que la crise de confiance qui secoue et le PTr et le MMM depuis les dernières élections est en train de prendre une ampleur sans précédent et que tout cela pourrait déboucher sur une nouvelle configuration du paysage politique. Qu’en pensez-vous?

Exact. Le futur paysage politique est en train de se dessiner sous nos yeux. A la veille des élections du 10 décembre, j’avais parlé de la nécessité de penser l’après Ramgoolam, l’après Bérenger et l’après Jugnauth.

Il est curieux que Bérenger parle maintenant de l’après Jugnauth, oubliant de songer à l’après lui-même. Aujourd’hui le Parti travailliste traîne le boulet de Navin Ramgoolam, lui-même empêtré dans ses propres problèmes et n’arrivant pas à s’assumer, le parti étant vidé de sa moelle idéologique et culturelle, et les partisans vrais et faux qui se trouvent au chevet du malade, ne savent pas quelle potion miracle lui prescrire.

Le MMM, pris dans l’étreinte jalouse et désespérée de Bérenger, ne parvient plus à respirer et passe à l’agonie, sauf que son clone, le Muvman Liberater, porte l’espoir de lui redonner vie. C’est dire, qu’au Parti travailliste comme au MMM, il faut tourner la page sur Navin Ramgoolam et Paul Bérenger.

Ils n’inspirent plus, ils sont entièrement dépassés, incapables de comprendre que la population ne voulait pas de leur projet, incapables de prévoir le tsunami, car déconnectés de la réalité et des besoins du peuple mauricien, incapables de faire demi-tour et de proposer autre chose.

Cet entêtement, cette persistance dans l’arrogance que les Grecs appelaient le hubris les a complètement disqualifiés. Ils n’ont rien à offrir à la population et la population n’a pas besoin d’eux, point barre ! Cela fait pitié, vraiment, de voir les deux hommes dépassés et inutiles vouloir s’accrocher à leur parti où ils n’ont plus leur place !

* L’avenir de ces deux partis va donc se faire sans Bérenger et Ramgoolam ? Quel avenir pour les deux grands partis toutrfois ?

Oui, ce sera pour le plus grand bien du pays. J’ai parlé, dans mes précédents articles, de la méfiance, de la défiance envers des politiciens de ce pays, comme ailleurs bien sûr, car les politiciens n’ont cessé de trahir.

Je continue de dire que, dans toute réflexion politique aujourd’hui, nous devons avoir les yeux fixés sur la génération d’après 1995. Je parle de ces jeunes qui constituent l’avenir du pays, les vrais Mauriciens sans les préjugés des générations précédentes et qui sont indifférents au communautarisme, garçons et filles comme on en voit au Collège et à l’Université, qui ont besoin de challenges, de nouveaux horizons, et ils ont besoin d’être encadrés, protégés et formés car ils constituent la nouvelle génération de véritables Mauriciens. Leur proposer Ramgoolam ou Bérenger, c’est les provoquer ou les pousser au cynisme.

Les partis devraient faire des séances de recrutement à l’université, et bien sûr, dans des clubs de jeunes à travers le pays, il faudrait leur expliquer la philosophie, l’idéologie, les réalisations et l’histoire politique du pays.

C’est ainsi que l’on aura des jeunes qui ont « la flamme dans zotte lé coeurs, » comme disait Chacha, ceux qui veulent servir. Le Parti travailliste, dans cet exercice, a un grand avantage : il est la source et le dépositaire de toutes les grandes transformations faites dans ce pays, dans tous les domaines : politique, économique, social, éducatif, sanitaire, infrastructurel, sans oublier le tourisme, la zone franche, les télécommunications.

La seule raison plausible et indiscutable de tirer le Parti travailliste du coma, c’est qu’il a le devoir historique de sauver et de maintenir le Welfare State. Ceci est très sérieux car un gars venu du FMI, David Lipton, son Deputy Managing Director, a eu l’audace sinon, l’inconscience, de nous demander de supprimer l’éducation gratuite.

Alerte ! Il ne faudrait surtout pas oublier que les inégalités croissent de façon inéluctable, Et ce sera le cas aussi longtemps que les fruits du capital seront supérieurs à ceux du travail, comme l’ont fait remarquer l’ancien Gouverneur de la Banque de Maurice, Manou Bheenick, et le ministre des Finances Vishnu Lutchmeenaraidoo quand il a attiré notre attention sur les milliards en termes de profits des banques.

Oui, effectivement, on ne peut s’empêcher de penser aux travailleurs manuels qui suent au soleil pour gagner quatre sous alors que dans le confort feutré des banques, on récolte des millions !!!

Et, ajoutons, que les augmentations de salaire auxquels pensent le président de NESC, Sadien ne pourront jamais rattraper les profits massifs. Donc, il faut autre chose que les augmentations de salaire uniquement, comme l’avait compris Chacha, qui pourtant n’avait pas lu Piketty !

Et, pour parer à l’accroissement des inégalités sociales, et empêcher que la société mauricienne ne soit cassée en deux catégories, les très riches et les très pauvres, Chacha avait fait construire des maisons Longtill pour les dockers, etc.

C’est donc dire que le Parti travailliste avec les vrais Travaillistes, héritiers de la culture Fabian, a encore un rôle considérable à jouer dans la construction et le développement de ce pays.

Du coté du MMM, on ne voit pas grand-chose, hélas ! Car, au cours de sa longue histoire, on n’a jamais vu le MMM venir avec une quelconque proposition pour l’avancement du pays. Bérenger a toujours été contre la zone franche, contre le tourisme et contre l’association avec la CEE, aujourd’hui l’Union européenne, qui a garanti le développement du pays au cours de ces 30 dernières années. Il appartient donc au Muvman Liberater de faire ses preuves.

* Les financements politiques retiennent l’attention des Mauriciens depuis que les images des coffres-forts et valises. Selon un sondage réalisé par StraConsult, sur un échantillon de 1 200 personnes à Maurice et à Rodrigues, entre juin et juillet 2014, 79 % des Mauriciens n’admettent pas que les partis politiques soient financés å partir des deniers publics. Résultat étonnant, n’est-ce pas, alors qu’on aurait pu croire que les Mauriciens s’opposeraient au financement des partis à partir des donations occultes?

Partout dans le monde, dans le monde entier, les peuples se lèvent et réclament la transparence, la bonne gouvernance et le combat sans arrêt contre la corruption. Pas étonnant donc que les Mauriciens disent non au financement des partis à partir soit des finances de l’Etat ou du secteur privé, car ces financements sont souvent source de corruption.

Ces fonds ne vont pas toujours au trésor du parti, et les partis n’ont pas de compte en banque pour recevoir ces fonds. Les partis, comme ailleurs dans le monde, doivent être financés par la contribution des membres, qui peuvent faire des dons s’ils le veulent.

* Par contre, il y a Ivan Collendavelloo qui disait à un quotidien en novembre 2014 : «Chacun est libre de financer un parti politique. Si quelqu’un souhaite financer un parti, c’est son droit. Mais ce qui est important, c’est la transparence. » Est-ce suffisant, selon vous ?

Collendavelloo a raison de dire que chacun est libre de financer son parti ou le parti de son choix, à condition, bien sûr, que le parti politique soit enregistré et ouvre ses livres au Registrar of Associations.

* A quelques semaines des dernières élections générales, un syndicaliste avait brandi un document prouvant que les compagnies sucrières consacrent un budget pour les financements politiques et a dénoncé le fait que par le pouvoir de l’argent, ces compagnies contrôlent et influencent les partis politiques traditionnels. Finalement, on se pose des questions sur le poids réel que pèsent les politiques dans le mécanisme décisionnel de l’Etat. Qu’en pensez-vous?

Ce syndicaliste a dit ce que tout le monde savait déjà et qui n’est nullement illégal, il enfonce une porte ouverte. Il devrait plutôt se demander si on a ouvert tous les coffres de River Walk et si l’on n’a pas oublié d’autres valises.

Les financements occultes servent deux buts différents.

  1. Donner les moyens financiers au parti de son choix et dont on partage les objectifs et les idéaux pour l’aider à organiser les élections, financer la logistique, le collage des affiches et le transport des électeurs aux centres de vote, ce qui n’est pas un délit dans notre pays et qui est entré dans nos mœurs électorales. Il n’y a rien de mal à cela.
  2. Donner des fonds sous le couvert de financements politiques en vue d’obtenir des faveurs, des passe-droits. Ici, on n’aide pas le parti, on achète le ministre ou le fonctionnaire responsable du dossier qui vous intéresse !

Donc c’est seulement à partir d’un cadre juridique que l’on pourra s’assurer que les fonds vont directement dans le compte bancaire du parti. Aussi simple que cela !

* Et qu’en est-il de l’influence des loges dans le mécanisme décisionnel de l’Etat et des partis politiques ? Il semblerait qu’elle soit grandissante au point d’offusquer le Secrétaire général d’un parti qui, selon son leader lors d’un dîner de fin d’année, a évolué, passant de radical gauche à centre gauche ?

Soyons plus concret : on sait que c’est un Bérenger acculé qui cherche à détourner l’attention. Si les loges étaient aussi puissantes au point de diriger l’Etat ou les partis, comment se fait-il qu’il n’y soit pas ? Comme il a commencé, on pourrait lui demander si aucune loge n’a voulu de lui ?

* L’AfroBarometer nous informe également que 68% des Mauriciens sont favorables à une limitation du nombre de mandats à deux termes pour le Premier ministre. Opinion éclairée, diriez-vous ? Restriction de mandat à deux termes qui devrait être appliquée à l’ensemble du Conseil des ministres — cela en vue de favoriser en permanence un renouvellement de la classe politique ?

Effectivement, c’est la tendance dans presque tous les pays, et surtout ceux d’Afrique. Mais je crois que c’est un sujet qui devrait être débattu dans les partis politiques, qui chôment depuis des décennies. Qu’ils le fassent, discutent et fassent des propositions et que l’on ait un débat national. C’est par l’intervention de la population dans des questions de cet ordre que l’on pourra faire avancer la démocratie dans ce pays.

* Pour provoquer un renouveau politique, il faut une double condition, dit-on : l’émergence d’hommes exceptionnels et de circonstances exceptionnelles. La deuxième condition est présente. Pour l’autre, il faudrait peut-être passer plus tard…?

La situation est exceptionnelle, certes, et il nous faut un leader exceptionnel. Mais qu’entendons-nous par « leader exceptionnel » ? Dans le passé, la masse était ignorante, illettrée. Donc, elle glorifiait le chef, le suivait, sans réfléchir et sans discuter. Et cette pratique qui a traversé les siècles, est devenue le réflexe conditionné des bureaux politiques du PTr ou du MMM.

D’ailleurs, à regarder Navin Ramgoolam et Paul Bérenger, on voit bien dans quel fossé ils ont conduit ce pays. On sait et certains ont toujours su qu’il n’y avait rien derrière le masque… Ce que je dis, c’est qu’aujourd’hui, les Mauriciens n’ont plus besoin de ces leaders qui savent tout.

Les Mauriciens sont un peuple des plus éduqués de la planète, ils sont bien au courant de tout ce qui se passe dans le monde des affaires, des grandes théories économiques du moment, des erreurs du FMI, ou du consensus de Washington, des méfaits et des bienfaits de la globalisation.

Je dis que ces hommes et ces femmes ont des idées pour guider notre pays et produire un road map pour les prochaines années. Il nous faut tout simplement les mettre ensemble, quel que soit leur bord politique et, à travers la réflexion collective, ils sauront trouver des solutions appropriées qui répondent aux besoins de notre pays.

Le leader n’est plus le seul instruit et il ne sait pas plus que les autres. Le leader qu’il nous faut, c’est un homme sage, qui sait mettre ensemble toutes ces intelligences que possède notre pays et qui sait les pousser à donner le meilleur d’eux-mêmes.

Le leader moderne, celui dont nous avons besoin aujourd’hui, c’est le Rassembleur, l’Inspirateur ! Et la société que nous devons bâtir, c’est une société de confiance, confiance dans les institutions qui nous protègent et, d’abord et surtout, confiance dans les hommes qui nous gouvernent.

Si SAJ a su chasser le danger qui nous menaçait, pourquoi ne se mettrait-il pas, lui, aujourd’hui, à construire notre société de confiance. Qu’il en jette les bases ! On ne peut que lui souhaiter d’assumer ce rôle historique !

 

* Published in print edition on 19 March  2015

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