Interview : Joseph Tsang Man Kin

 

Interview : Joseph Tsang Man Kin

Le PTr demeurera ce qu’il est aujourd’hui à condition que nous élisions toujours de vrais chefs…

… de véritables Travaillistes, avec une culture travailliste, une idéologie travailliste et un engagement travailliste »

* « Qu’entend-on par une coïncidence de l’intérêt des deux partis ? Que le MMM et le PTr travailliste s’entendent sur le dos du public pour se maintenir au pouvoir ? »

* « L’indépendance toute seule ne suffit pas à nourrir son peuple, à faire vivre : il faut avoir des produits à vendre, avoir des marchés pour les acheter… »

Cette semaine, le Congrès du Parti travailliste, le parti politique le plus ancien de la République de Maurice, a retenu l’attention de plusieurs Mauriciens. Bien entendu, il était question de célébrer les réussites du passé. Mais les citoyens mauriciens s’intéressent surtout à l’avenir, notamment à l’évolution de ce parti pour y intégrer les jeunes générations, les sensibiliser à l’idéologie du parti et les former à assumer un rôle actif en politique. Quelle est la vision du Parti travailliste qui se veut résolument moderne dans ce contexte ? Joseph Tsang Man Kin nous en parle.

Mauritius Times : 77e anniversaire du parti “le plus ancien” et qui a été au pouvoir pendant 25 ans durant les 45 ans d’indépendance de Maurice. C’est aussi “le parti le plus moderne du pays”, a déclaré le leader du PTr lors du 71e congrès depuis sa création en 1936. « Le feu allumé au Champ-de-Mars par des personnalités comme Curé, Assenjee, Sahadeo et repris par les autres tribuns dont SSR ne s’éteindra jamais », a-t-il ajouté. Le pensez-vous également ?

Joseph Tsang Man Kin : Bien sûr, je partage cette affirmation qui est fondée sur le plan historique. Le parti a été au pouvoir et, sans celui-ci, rien de ce qui a été fait pour le pays n’aurait été concrétisé. Le fait demeure aussi que rien n’a été fait sans l’apport de ce parti : le plus ancien, le plus créatif, le plus progressiste et le plus révolutionnaire. Aucun parti, je l’affirme sans crainte de contradiction, aucun parti ne pourrait en dire autant sur son bilan.

Ce feu a bien été allumé par des hommes extraordinaires mais a toujours été alimenté par le soutien du peuple qui a apporté le bois, la paille, les brindilles, le charbon, pour garder le feu de l’enthousiasme et de la conviction allumé pour éclairer la route. Bien sûr, d’autres tribuns comme SSR, Jagatsingh, Forget, Ringadoo, et Boolell, entre autres, y ont apporté leur contribution. Que le feu ne s’éteigne jamais : tel est mon souhait, mon vœu, car on dit que rien n’est jamais acquis.

Ceci dit, il y a aussi ce proverbe qui me vient à l’esprit : s’endormir sur ses lauriers. Adopter une telle attitude, ce serait définitivement un risque. Mais celui qui connaît notre leader, le Dr Navin Ramgoolam, sait qu’il est fort capable de mettre la pression sur ses ministres. Il s’attend à ce qu’ils apportent des résultats, qu’ils tiennent leurs promesses vis-à-vis du peuple mauricien, qu’ils deliver the goods, comme on dit. Il est capable de les motiver et de leur insuffler le drive quand il le faut.

Oui, le parti demeurera ce qu’il est aujourd’hui à condition que nous élisions toujours de vrais chefs, de véritables Travaillistes, avec une culture travailliste, une idéologie travailliste et un engagement travailliste. Au cas contraire, personne ne leur fera confiance. Il faut qu’ils soient convaincus des bienfaits du Welfare State et qu’ils s’engagent à le maintenir surtout dans l’environnement contemporain de la mondialisation. C’est cette tendance mondiale qui ne croit que dans les bienfaits du marché libre et l’impose au reste du monde avec, pour résultat, l’enrichissement continu des uns et l’appauvrissement de la grande majorité des citoyens.

* « Nous sommes un parti où il existe un débat d’idées, un débat politique. Et, il faut dire que tous les développements survenus dans le pays depuis son accession à l’indépendance portent l’empreinte du PTr. » Vous venez de confirmer la deuxième partie de cette déclaration du leader. Mais qu’en est-il de la première partie?

La vision est là, le but est là, le tableau est là. Nous disposons des grandes touches. Ce qui manque, ce sont les détails, les petites touches. Ce qui manque aussi, ce sont les débats sur la voie, les sentiers, les cheminements car un poète latino- américain affirme que le sentier n’existe pas : on le crée en marchant. C’est cette marche vers le grand Idéal qui nécessite discussions et débats. Il nous faut des débats dans les détails, et là, trois groupes devraient intervenir : les intellectuels, les universitaires, et les ONGs, sans oublier les partis politiques eux-mêmes.

Aujourd’hui, aucune institution ne saurait progresser sans le débat d’idées. Bien sûr, le PM est entouré de quelques hommes extrêmement compétents – nous le savons bien – et ils l’encadrent avec efficacité. Mais, il me semble qu’il y a quelques zones de déficience ou d’insuffisance… Par exemple, je pense à l’absence d’engagement des nouvelles recrues en faveur du travaillisme.

Dans une démocratie participative, les débats sont omniprésents mais il n’y en a jamais assez. Chaque jour évolue, je dirai même qu’aujourd’hui chaque instant évolue. Et notre environnement national et international change, ce qui nécessite une remise en question de chaque instant. Oui, il y a des débats au sein du parti mais ce ne sera jamais assez. Plus il y a de débats, plus le peuple – dans sa majorité – se sentira concerné.
Il faut se rappeler que le but des débats, ce n’est pas seulement de dégager des idées et d’adopter les positions de la majorité. Les débats ont lieu pour convaincre et surtout amener les autres, tous les autres, à devenir propriétaires des idées. On ne défend pas les biens, tout comme on ne défend pas les idées, s’ils ne nous appartiennent pas.

Il est évident que le PM a une vision pour l’avenir. Une vision inspire et donne une direction. C’est le sommet qui indique la voie à atteindre. Et une fois la vision indiquée, il faut l’atteindre. J’en retiens surtout deux points essentiels: la démocratie de l’économie et le concept d’une République durable. Pour l’implémenter il y a plusieurs acteurs qui devraient intervenir. D’abord, les intellectuels qui se trouvent dans deux grandes catégories : les théoriciens, à savoir les universitaires qui ont la formation et les capacités de réflexion et d’analyse, et les praticiens à savoir, les syndicalistes, les associations et les ONGs qui s’occupent des petites et grandes misères de diverses sections de la population, parfois négligées ou oubliées.

* Donc une réactualisation du travaillisme serait primordiale, compte tenu des changements intervenus dans le monde et à Maurice elle-même depuis le siècle dernier. Que faut-il au juste pour assurer la pérennisation du travaillisme, selon vous ?

On n’a pas besoin de pérenniser uniquement pour les besoins de pérennisation. Il faut, au départ, que le travaillisme réponde à un besoin, à une nécessité. Il faut donc une idée, pour ne pas dire une idéologie, et une équipe convaincue et structurée.

Pour moi, il y a plusieurs types de problèmes qui se posent. Prenons le cas de la misère de ceux qui doivent vivre avec moins de Rs6000 par mois. Et ensuite, je pense à l’existence des IRS à plusieurs millions de roupies que 95% de Mauriciens ne pourront jamais s’offrir. Ceci débalance la structure économique, sociale et ethnique de notre pays avec l’arrivée des Sud-africains à l’Ouest et des Arabes à l’Est de l’île. Il faut que des débats aient lieu sur ces sujets et que des réflexions émergent de ces discussions. Il faut qu’on se pose des questions sur la manière de traiter ou d’intégrer ces faits dans notre pays.

* Concrètement, comment faut-il s’y prendre pour pérenniser le Parti travailliste ?

Concrètement, il faut deux ingrédients : d’abord les idées et ensuite la structure. Au dernier Congrès du parti, le leader fait état d’un millier de candidats à la centaine de sièges de cette Haute instance décisionnelle. Donc, il y a déjà une volonté populaire de pérenniser le Parti travailliste. Et ce que je trouve merveilleux, c’est cette masse de jeunes qui veulent servir le pays même s’ils n’ont pas été préparés…

Par conséquent, la question suivante coule de source : Comment prépare-t-on les jeunes recrues à assumer un rôle actif au sein du parti ? D’abord, il faudrait les encadrer, les former et leur enseigner l’histoire du Parti travailliste. Il faudrait qu’ils découvrent, les grands tribuns et leurs actions, les combats et les réalisations du Parti travailliste. Mais plus important encore, il faudrait que les jeunes acquièrent l’esprit, la philosophie et les idées du Parti travailliste. Il faudrait qu’ils y croient et qu’ils y adhèrent.

Il ne faut pas oublier la structure fondamentale du parti telle qu’elle a été conçue par ses fondateurs. Je vous parle de la Constitution du parti qu’il faudrait mettre à la disposition de chaque membre, de chaque nouvelle recrue. Sans l’épine dorsale que représente la Constitution, nous ne pourrons rien construire durablement.

Il y a la base qui est le Constituency Labour Party ou le CLP. Donc, il faudrait faire entrer les jeunes recrues au sein des différents CLP. Ensuite, ils recevraient une formation sur l’histoire, l’idéologie et les réalisations du parti. Que les jeunes passent d’abord par le CLP de la circonscription avant d’entrer au sein du Comité national ! On pourra demander à chaque CLP d’élire 3 à 5 membres, lesquels seraient candidats aux élections le jour du Congrès au sein du Bureau politique National.

Il est question d’avoir 21 bureaux politiques régionaux, qui seront appelés à alimenter le Bureau politique national. Cette base démocratique ne fera que consolider le parti.

* On n’a pas l’impression que les théoriciens du travaillisme au PTr ou même ceux des autres principaux partis politiques du pays s’engagent dans des réflexions et des débats par rapport à l’Etat-providence, aux privatisations, au développement durable, à l’Etat laïc… Votre opinion ?

D’abord, jusqu’à la création du Parti travailliste, la voie était toute tracée, les données étaient claires. On se trouvait alors dans une île Maurice d’exploitation des laboureurs des champs et des artisans d’usines sucrières. On n’avait pas besoin d’idéologie, on avait une idée toute simple : mettre fin aux exploitations.

Ensuite est venue la deuxième guerre mondiale et l’empire britannique menacé d’abord par le Troisième Reich, puis par l’empire soviétique qui montait en puissance. L’idéologie devenait tout simplement un choix entre le communisme et la sujétion continue sous les Anglais.

L’Inde est la première à donner l’exemple et les portes s’ouvrent aux colonies pour accéder à la liberté, à l’indépendance et à la souveraineté. Pas besoin là non plus d’idéologies compliquées, il suffisait d’une idée simple : obtenir son indépendance. Ce qui a été obtenue en 1968. Mais l’indépendance toute seule ne suffit pas à nourrir son peuple, à faire vivre : il faut avoir des produits à vendre, mais d’abord il faut aussi savoir les produire, avoir des marchés pour les acheter et trouver des partenaires pour sortir le pays de la misère, et assurer une certaine prospérité dont nous bénéficions toujours aujourd’hui.

Puis sont venues trois décennies de développement sans qu’il n’ait été utile d’imaginer de nouvelles idéologies. Le Road Map était fin prêt et il n’a pas fallu inventer autre chose pour aider à la modernisation du pays, avec la création de nouveaux pôles de développement dont le tourisme avec construction d’hôtels, et la zone franche d’exportation.

Mais ce qui est remarquable, et ce qui a empêché la division du pays entre milliardaires et misérables, ou peut-être même son éclatement, c’est une idéologie toute simple et généreuse, incorporée dans notre psyché mauricienne, à savoir le Welfare State avec l’éducation gratuite, les soins médicaux gratuits sans oublier le mouvement syndical, les coopératives, ou encore les repas pour les enfants des écoles primaires, ou les subventions sur le riz ou la farine…

Il ne faudrait pas penser que ces mesures en faveur du peuple avaient été acquises facilement par le Parti travailliste et ce, de manière définitive. Une fois écartés du pouvoir, les ennemis du Welfare State se sont mis à le désarticuler ou à le casser. Et heureusement, il y avait à ce moment-là des hommes comme Kader Bhayat qui s’étaient opposés à leur parti pour maintenir les acquis du Welfare State.

J’ajouterai que l’édification de notre Welfare State n’est pas encore terminée. C’est pour cette raison que l’actuel Premier ministre, Navin Ramgoolam, a institué le transport gratuit pour les étudiants mauriciens, par exemple.

Or, effectivement, le grand défi aujourd’hui est le suivant : on semble avoir honte de parler du Welfare State, on semble gêné. Mais je dois dire à nos compatriotes qu’il existe aujourd’hui des universitaires dans presque chaque famille mauricienne et ce, grâce au Welfare State. Sans l’éducation gratuite, les jeunes – ayant bénéficié d’une formation – ne seraient pas là pour jouer un rôle et apporter leur contribution dans la construction de la société mauricienne comme ils peuvent le faire aujourd’hui et ils pourront le faire demain.

Je soutiens que la construction du Welfare State n’est pas terminée. C’est maintenant face au défi de l’idéologie totalitaire du marché libre, qui vise sans cesse à la surproduction et aux concurrences de plus en plus féroces, qu’on a un nombre décroissant de bénéficiaires. On est dans une course effrénée vers une société de plus en plus inhumaine. On ne semble pas oser se demander où nous allons avec cette nouvelle idéologie qui ne fait que concentrer les biens du monde entre les mains d’un nombre décroissant de bénéficiaires, alors que tout autour de nous, ici et ailleurs dans le monde, la pauvreté, le manque d’eau et de nourriture, sont des spectacles insoutenables.

Il est temps de s’arrêter pour se mettre à réfléchir. Si c’était plus facile avant car les enjeux étaient clairs, aujourd’hui les problématiques sont beaucoup plus complexes et c’est là que des hommes et femmes politiques au sein de différents partis doivent se mettre ensemble pour entamer une réflexion collective. Et ils doivent trouver des réponses aux challenges, aux défis de notre temps. Les fins du monde – non pas celles annoncées par des prophètes de malheur mais celles des scientifiques qui étayent leurs réflexions en produisant des faits, des chiffres, des statistiques de production et de consommation des biens de la planète, et la progression du gaspillage de nos ressources naturelles – nous annoncent un monde apocalyptique pour les années 2050.

* Une réactualisation du travaillisme imposerait aussi une réflexion sur les rapports du Parti avec le secteur privé (et sur le projet relatif à la démocratisation de l’économie), la presse (considérée comme l’une des « bêtes noires » de Navin Ramgoolam), les mouvements socio-religieux, les jeunes, la condition féminine, les personnes âgées, les femmes. Qu’en pensez-vous ?

Pour moi, la question est fort simple : il faut tout revoir… Il serait prétentieux et irresponsable de vouloir dicter de son fauteuil les rapports qui devraient exister entre le secteur privé et le secteur public. Mais ce qui est certain, ils sont comme les deux mains d’un même corps et ne peuvent rien faire l’un sans l’autre. Or, chaque secteur a ses idées propres en ce qui concerne ses objectifs, ses ambitions, ses responsabilités, ses codes de conduite, et son rôle dans la société mauricienne. Mais les deux secteurs devraient être complémentaires dans la gouvernance de la vie sociale et économique du pays.

Depuis l’occupation française, le secteur privé a été contrôlé, possédé et dominé par une seule section de la population mauricienne. Ce sont les anciens propriétaires d’esclaves qui contrôlaient tout. C’est le même schéma qui prévaut à l’heure actuelle : sucre, import-export, assurances, et plus récemment grandes surfaces, agriculture fruitière, nouvelles énergies, malls. D’ailleurs, le journal du MMM avait en son temps dénoncé le fait que le pays appartenait à une poignée de familles d’une seule section de citoyens mauriciens.

Apres le départ des Anglais, le secteur public s’est graduellement ouvert à ceux qui n’étaient pas dans le secteur privé.

Cela dit, il y a un problème. Il faut un débat national pour tirer tout cela au clair et redéfinir les rapports non-communaux entre les deux secteurs.

Parlons maintenant de la presse. Il y a un grand malentendu au sujet de la liberté de la presse à Maurice. Il ne faut pas se leurrer. Il faut remonter au 19e siècle pour bien comprendre cette question de la liberté de la presse à Maurice. Lorsque les Anglais accordent la liberté aux propriétaires d’esclaves – les maîtres du pays – de fonder un journal, ils accordaient en même temps la domination totale du pays par une classe sociale pour des décennies à venir. Sucriers des plantations et businessmen des villes avaient un porte-drapeau pour se grouper et s’opposer aux Anglais, et réduire en esclavage économique tous les autres immigrés, anciens esclaves, hindous et chinois.

Ceux-ci n’avaient aucun journal pour les défendre. Pas étonnant donc qu’au 20e siècle, Le Cernéen ne pouvait accepter l’idée d’indépendance et allait la combattre par tous les moyens. Et la question d’indépendance est devenue une question communale : on parlait alors de l’opposition entre civilisation européenne et chrétienne à protéger et barbarie païenne et hégémonie hindoue à combattre. Les partis politiques se sont alignés sur ces données communautaristes.

On se trouve entre deux grandes catégories de journalistes face à l’indépendance : celle qui était pour et celle qui était contre. Les réflexes ont la vie dure. Et pour celui qui ne connaît pas l’Histoire et qui ne connaît pas les idéologies qui animent tel ou tel journal, il croit que les journalistes sont des intellectuels indépendants, honnêtes et intègres qui font leur devoir de renseigner le public face à un pouvoir qui veut – par tentation dictatoriale – les empêcher de parler, d’écrire ou de dire la vérité, de le dénoncer. Rien de plus inexact ! On fait confiance à leurs analyses et à leur objectivité alors que ces journalistes, en général, ont la préoccupation partisane.

On les appelle parfois des pseudos intellectuels. Ce n’est pas juste, mais il s’y trouve des commissaires politiques qui censurent ou jettent au panier les articles qui froissent leur couleur politique. Et ce sont les journalistes de ce niveau qui parlent de la liberté de la presse.

Certes, il y a une question de la liberté de la presse à examiner. Et comme dans la plupart des cas, je dis qu’il nous faut des réflexions collectives avec la participation des universitaires, des partis politiques ainsi que des parlementaires.

* Qu’en est-il des rapports du Parti avec les autres formations politiques ? Par exemple, avec l’allié fidèle de longue date – le PMSD, malgré l’épisode Duval/Sik Yuen qui a failli déboucher sur un conflit Ramgoolam-Duval?

Il faut dire qu’avec le PMSD, le Parti travailliste a eu un allié fidèle qui lui a permis de réaliser pas mal de choses positives pour le pays : le développement du tourisme, la consolidation des liens avec les pays d’Afrique.

Mais dans toutes les relations humaines, ce n’est pas de tout repos. Il y a des problèmes, mais l’incident Sik Yuen est mineur. On ne met pas en péril une alliance qui marche pour le pays pour si peu.

* Et que faire de l’autre « bête noire » de Ramgoolam : le MSM des Jugnauth, que le leader du PTr compte réduire en bagasse ?

On n’a aucune décision à prendre contre le MSM. Ce n’est pas le rôle d’un autre parti de mettre fin à son existence. Nous sommes en démocratie. Alors que Gaëtan Duval venait de perdre une élection et que je me trouvais en tête-à-tête avec SSR à l’hôtel au Sénégal, je m’étais hasardé à dire à Chacha : il me semble que Gaëtan est fini. Il m’avait repondu : Eh ou là, pas croire ça. Un homme politique est fini seulement quand il est mort.

Parlant de SAJ en tant que chef de gouvernement, je dirai qu’il s’est montré en tant que véritable leader qui avait le courage de ses opinions, qui n’avait peur de rien, osant chasser l’ambassadeur d’un pays déstabilisateur. Non, je crois qu’il a son rôle à jouer, et c’est au peuple mauricien de décider de son sort.

* On peut supposer que les données sont aujourd’hui différentes par rapport au MMM. Vous vous attendez quand même à ce que les intérêts des deux leaders coïncident avec ceux de leurs partis respectifs au cas où ils parviennent à trouver un terrain d’entente ?

Non ! Mais qu’entend-on par une coïncidence de l’intérêt des deux partis ? Que le MMM et le Parti travailliste s’entendent sur le dos du public pour se maintenir au pouvoir ? Démocrate que je suis, je dénonce ce cartel politique. Par contre, si les deux partis tombent d’accord sur un programme de développement économique et social et surtout patriotique, le peuple mauricien aura le devoir de lui accorder tout son appui.

Il est inacceptable et peu démocratique que deux partis se concertent entre eux d’autant plus que ces deux partis ont toujours eu des vues diamétralement opposés sur toutes les grandes questions touchant à l’avenir du pays, que ce soit les questions d’ordre économique, industriel ou social.

D’ailleurs, au dernier Congrès du parti, le leader Ramgoolam nous a fait voir les tableaux et les statistiques de la chute de popularité du MMM qui est passé à moins de 48 % dans Port Louis. Si on interprète bien ce qu’il a dit, le MMM n’a plus la cote de la Population générale et ne la représente plus comme c’était le cas auparavant.

Pour moi, le message de Navin Ramgoolam semble transmettre l’idée qu’il peut regarder ailleurs. Si le MMM veut une alliance, il ne pourra pas prétendre obtenir plus de 10 tickets. A prendre ou à laisser.

Notre histoire politique est faite d’alliances contre-nature en raison de notre système électoral qui encourage le communalisme et le communautarisme. Je n’arrêterai jamais de dire que c’est une situation malsaine. On se trouve dans un cartel politique que l’on a aujourd’hui l’occasion de briser.

* Avec l’échéance de la date butoir du 28 février découlant du Pronouncement du Comité des Nations unies sur les Droits de l’Homme du 31 août de l’année dernière, l’actuel gouvernement doit communiquer sa position sur l’abolition du Best Loser System (BLS). Rezistans ek Alternativ est monté au créneau pour proposer au Premier ministre de faire coïncider la présentation d’un projet de loi constitutionnel remettant en question le Best Loser System avec les célébrations du 45e anniversaire de l’accession du pays à l’indépendance. Qu’attendez-vous du parti « le plus moderne du pays » ?

On continue donc d’enfoncer cette porte ouverte ? Comment peut-on s’attarder sur une question entièrement dépassée ? Tous disent aujourd’hui on n’en a que faire de cet appendice d’un autre âge. Les jeunes de la nouvelle génération s’en moquent.

De toutes les manières, avec ma proposition de créer 80 circonscriptions à siège unique, avec seulement 11,000 votants, on n’aura pas besoin du BLS. Il sera mort sans que l’on ait à le tuer.

Il y aura des circonscriptions avec une seule communauté, comme Plaine Verte, par exemple. S’il y a 10 ou 15 candidats musulmans, alors je dis tant mieux, la population aura le choix et on pourra lui faire confiance pour qu’il envoie le meilleur du lot au Parlement. Ce ne sera pas n’importe quel musulman, mais un musulman parmi d’autres qui se distinguera et en qui la majorité aura confiance.

Le même principe s’appliquera dans les autres circonscriptions où on aura nécessairement et inévitablement des circonscriptions avec une ethnie unique et majoritaire. J’attends du parti le plus moderne du pays de proposer cette reforme électorale expliquée plus haut. Elle est simple, nette et propre, fermant la voie au communalisme et à la corruption. Qui dit mieux ?

* Les « réalités mauriciennes » constituent-elles toujours un blocage ou un handicap pour la mise en application des valeurs et des idées fortes du travaillisme ?

Personne ne nous dit ce que recouvre exactement le mot « réalités » et en quoi consistent ces réalités mauriciennes ? Mais si vous les opposez aux valeurs du Parti travailliste ces réalités ne peuvent pas être des vertus. Une des vertus que clame très fort le leader travailliste, c’est l’égalité d’accès aux opportunités qu’offre le pays à chacun de ses citoyens. Quiconque a le sens de la justice et de l’équité ne peut être qu’en accord avec une profession de foi aussi généreuse. Or, nous savons qu’un des blocages à la réalisation de cet idéal de justice, c’est ce poison nommé communalisme qui est un des sous-produits des années 60, juste avant et après l’indépendance. Les opprimés ou écartés, pour quelque raison que ce soit, cherchaient ensuite leur revanche.

Or, aujourd’hui, toutes les sections de la société mauricienne ont eu accès à l’éducation, ce qui fait que l’on peut – sans en être gêné – appliquer dans toute sa rigueur les principes d’accès égal à tous, pour toutes les communautés, hommes ou femmes, villageois ou campagnards, une chance égale pour tous les Mauriciens, quel que soit leur communauté, leur ethnie, leur caste, hindous, musulmans, créoles, chinois, blancs, etc., etc. Tous ces qualificatifs ne doivent pas, aujourd’hui, diviser notre République moderne et civilisée.

* M Tsang Man Kin, que vous inspire les 45 ans d’indépendance de Maurice ?

Il serait souhaitable que tous les Mauriciens prennent conscience de ce que signifie le concept « indépendance » ou « souveraineté ». Il faudrait cesser de se montrer complexé vis-à-vis des capitales étrangères. Il y a tant de sociétés culturelles ou philosophiques qui continuent de prendre des ordres des capitales étrangères. Je leur dis : Assumez-vous.
Le grand challenge pour le parti le plus moderne du pays, aujourd’hui, c’est de domestiquer et de gérer notre zone économique exclusive.

* There’s “unfinished business” to be attended to ?Of course ! Life is an unfinished business. Take time to watch a butterfly!

 

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