Interview Jack Bizlall

Interview : Jack Bizlall

« Que le contrat Medpoint soit cassé par la famille Jugnauth à la demande du gouvernement !
On ne peut continuer à se nourrir de telles tractations… »
 

* « Je pose ici une question à Ramgoolam : ‘Que représente la dynastie Jugnauth sinon elle-même ?’ » 

* « Quand le MMM tire sur la famille Jugnauth, il se place objectivement en allié du PTr. Pourquoi dans ces conditions Ramgoolam devrait s’empresser ? » Jack Bizlall nous livre ses impressions cette semaine sur les derniers événements ayant fait La Une : affaire Medpoint, la solidité de l’Alliance au pouvoir, les stratégies et les attentes du Leader de l’Opposition, la peine de mort, le cas de l’entreprise Infinity, la montée en flèche des prix et les révoltes dans le monde arabe… 

Mauritius Times : Il semblerait que le MSM, hier qualifié comme une opposition loyale, serait devenue une alliée embarrassante pour le Parti travailliste. Est-ce que cela relève uniquement d’une question touchant l’affaire Medpoint ? Et est-ce que cet embarras est suffisant pour casser la baraque ?

Jack Bizlall : Il y a des raisons occultes qui ont poussé le Parti travailliste dans les bras de la famille Jugnauth. D’après mes informations, ce sont certains religieux qui décident à la place de Ramgoolam. Plus des ‘Pusari’ que des Swamis.

Ramgoolam, je vais étonner plus d’un, est un fervent croyant dans les prédictions. Je vais un jour lui écrire une lettre pour lui démontrer que l’on peut savoir ce qui va se passer en interprétant les événements par rapport à la connaissance que l’on a des êtres humains, en général, et de ceux qui sont directement concernés, en particulier. Ce n’est pas si difficile de savoir ce qui va se passer. C’est uniquement pour qu’il comprenne qu’en République, on analyse les rapports sous ses différentes formes et non en allant consulter les diseurs de bonne aventure, surtout certains charlatans.

L’hindouisme est de loin beaucoup plus une philosophie qu’une religion. J’ai un respect incommensurable pour cette philosophie. En Inde, la partie religieuse subit une surexposition aux rituels et une véritable agression de l’obscurantisme de ceux qui croient encore qu’ils appartiennent à des castes supérieures. Ils se posent comme détenteurs de la philosophie hindoue (qui est, en elle, le plus grand des savoirs que je connaisse), mais ils pratiquent le réductionnisme religieux qui ne transmet rien d’autre que les rituels. Et encore ! Alors que Krishna, par exemple, est une source d’inspiration philosophique et politique, il n’est réduit qu’à une référence métaphysique. Certains de ces religieux habitent Maurice et contrôlent plusieurs de nos politiciens et de nos décideurs. Ils sévissent dans au moins trois temples.

Donc, j’ose affirmer que la baraque se cassera quand Ramgoolam aura constaté que cette alliance ne tient plus objectivement la route. Je pose ici une question à Ramgoolam : « Que représente la dynastie Jugnauth sinon elle-même ? » Mais il consultera ses consultants en lecture de l’avenir avant de décider s’il cassera ou non cette alliance. La décision finale ne sera pas la sienne.

* Le body language des leaders des deux alliés PTr-MSM est examiné avec soin par la presse depuis quelques temps. Navin Ramgoolam ne s’empresse pas pour exprimer une quelconque solidarité avec le MSM, alors que Pravind Jugnauth se lance dans une campagne de meetings pour impliquer le précédent gouvernement dans la prise de décision dans l’affaire Medpoint. Pensez-vous que son avenir politique est menacé en raison de cette affaire ou est-ce là un simple accident de parcours ?

La presse locale a ceci de particulier. Elle s’attarde trop à l’événementiel qui se rapporte plus à la publicité, au scoop, à transformer des choses sérieuses en faits divers et en spéculations politiques. On n’ose pas aller aux faits.

Ramgoolam est quelqu’un qui agit avec lenteur. Il porte beaucoup de peur en lui. Il a besoin d’être rassuré. Constamment. Observez-le et vous verrez qu’il n’a pas beaucoup confiance en lui-même. Pour combler cette lenteur, il s’offre une voiture qui roule vite. On a toujours besoin d’équilibrer nos rapports avec nous-mêmes.

Mais les choses jouent en sa faveur. Deux principalement.

Il exerce un contrôle total sur le PTr en évitant tout lien avec qui que ce soit dans ce parti. Il n’a pas d’opposant ou de remplaçant au sein du PTr. Vous constaterez qu’aucun prétendant au leadership n’est nommé comme Vice-Premier ministre. Jugnauth avait eu des problèmes dans le passé avec Madun Dulloo. Lui, il n’en a pas et il n’en aura jamais.

Par ailleurs, l’opposition MMM ne veut absolument pas assumer le pouvoir seul. Ce parti a deux alliés possibles : le PTr ou la famille Jugnauth. Le MSM n’existe pas en tant que parti politique autonome. Quand le MMM tire sur la famille Jugnauth, il se place objectivement en allié du PTr. Pourquoi pensez-vous, dans ces conditions, que Ramgoolam devrait s’empresser ? Beaucoup de personnes suivent ce qui se passe dans les rencontres publiques entre Ramgoolam et Bérenger. Quelle fumisterie ! On oublie qu’ils sont voisins.

Pravind Jugnauth finira un jour à vouloir contrôler un PTr délaissé par Ramgoolam. Il s’attaquera tôt ou tard à ce dernier directement. Il va le faire un jour ou l’autre. Il n’y a aucun doute à ce sujet. Qu’il implique le PTr dans l’affaire Medpoint, c’est inévitable en analysant la séquence des événements jusqu’à l’achat des bâtiments de cette clinique. Dans le fond des choses, Ramgoolam est politiquement impliqué. S’il devait avancer qu’il y aurait eu manipulation dans ce dossier par des fonctionnaires proches de la famille Jugnauth bien avant les élections, il n’aurait pas tort. Mais quoi qu’il dise, il est responsable de cette tractation…

 Je me moque carrément d’un possible accident de parcours, du risque de perdre des voix, ou d’une possibilité de contracter une autre alliance de la part de Ramgoolam. Je suis en faveur de la démarche suivante : que ce contrat soit cassé par la famille Jugnauth à la demande du gouvernement ! On ne peut continuer à se nourrir de telles tractations… Il faut des décisions fermes. Après, chacun prendra ses responsabilités devant la loi et subira le jugement de l’opinion publique.

* Paul Bérenger, de son côté, ne s’est pas fait prier pour tirer l’artillerie lourde sur Pravind Jugnauth. Il égratigne le PM sans toutefois s’attaquer à lui. A quel jeu joue-t-il ?

Si jusqu’à l’heure, le public et vous-même, vous ne savez pas à quel jeu joue Bérenger, c’est qu’il aurait conservé quelque part un jardin secret ou une virginité politique.

Je dois dire ici que si le dossier Medpoint n’a pas été dénoncé en premier par lui, il a énormément contribué à porter ce scandale dans l’opinion publique. Ça, il faut le reconnaître. J’ai écouté le jeune Uteem à la radio se faire coincer par deux intervenants pour son manque de rigueur dans ce dossier alors que les informations sérieuses étaient en possession de son leader. Passons.

Il est tout à fait logique que Bérenger utilise l’artillerie lourde contre Jugnauth. A-t-il un autre choix ? Qu’il égratigne le PM, c’est de la pure tactique politique. Une jeune journaliste m’a dit l’autre jour qu’elle était outrée par la façon dont les choses sont traitées du point de vue journalistique. Elle m’a dit que si Ramgoolam devait prendre position avec Jugnauth, toute cette histoire finirait aux oubliettes. Combien c’est vrai.

Je demande à vos lecteurs de bien suivre la manière dont les dénonciations sont faites à Maurice. Dans les faits, combien de dossiers n’ont pas été traités avec autant de sérieux par Bérenger ? Combien de fois nos politiciens ont-ils dénoncé l’existence du Sun Trust ?

Boodhoo va tenir 10 meetings publics. Il veut à tout prix tenir son premier meeting devant le Sun Trust. Pourquoi ? Il suffirait qu’il dévoile comment le Sun Trust a été financé et comment il a gagné certains cas en cour, pour que l’on finisse une bonne fois avec la dynastie Jugnauth. Il sait beaucoup de choses sur l’enrichissement de la famille Jugnauth. Pourquoi n’en parle-t-il pas ?

* Paul Bérenger donne aussi l’impression de vouloir à tout prix se retrouver au pouvoir. Pourquoi est-ce ainsi ?

Pourquoi croyez-vous que Bérenger fait de la politique ? Pour se trouver dans l’opposition ? Bérenger a quand même trois caractéristiques.

Il a concédé depuis tout jeune adulte qu’il ne pourrait être le PM que par intermittence. Cela le mine psychiquement mais il ne pense pas défier cette auto-imposition et il a eu la malencontreuse idée de penser qu’il peut être historien tout en faisant l’histoire. Sa lecture de l’Histoire est ainsi catastrophique. La place qu’il va occuper dans l’Histoire est autant catastrophique. On dit souvent qu’un homme meurt deux fois. Lui, il va mourir trois fois.

Il ne veut pas être PM à n’importe quelle condition. C’est plus un technocrate qu’un politicien. Il veut être un bon gestionnaire du système capitaliste. Il s’est débarrassé de ses velléités socialistes depuis longtemps. Il parle du social en déconnection avec l’économie. A la rigueur, il peut se retrancher dans la sociale démocratie. Mais cela ne dépend pas de lui. Un technocrate ne choisit pas son camp.

Enfin, et c’est plus grave, il a une conception de la démocratie qui n’est aucunement loin de la démocratie bourgeoise. Ce qu’il propose pour une nouvelle constitution n’est aucunement porteur d’un changement qualitatif. Il va faire une connerie monumentale dans le cadre d’un accord avec Ramgoolam pour pousser Maurice vers un régime présidentiel.

Je vous ai déjà dit plus d’une fois que je ne me préoccupe pas des tractations pouvoiristes. Mais, rassurez-vous, je vais combattre plus d’un dans un avenir pas trop lointain. Je me suis armé à ce sujet.

* Percevez-vous chez Paul Bérenger la crainte de désaffection des militants avec la traversée du désert vers les prochaines élections ? Quelles peuvent être ses motivations ?

Il faudrait poser ces questions aux pusaris de Ramgoolam. Pour l’instant, je constate deux choses : Que le soutien des électeurs au MMM est conséquent. Consultez les résultats des dernières élections. L’électorat du MMM est conditionné par la stratégie politique de Bérenger. Et je peux vous dire que j’ai quelques fois remarqué que Bérenger ne veut pas agrandir l’électorat du MMM. Cela apparaît paradoxal pour quelqu’un qui recherche le pouvoir. Cela ne l’est pas autant.

La stratégie de Bérenger est de ne pas perdre dans un certain milieu ce qu’il pourrait aller chercher inutilement dans un autre milieu. Il s’est fixé un itinéraire depuis 1987 et il n’a aucune intention de le changer. Sa motivation reste le pouvoir, mais ce n’est certainement pas le pouvoir auquel pense l’opinion commune.

* Navin Ramgoolam se doit d’être enchanté de retrouver chez Paul Bérenger une prédisposition bienveillante vis-à-vis de son gouvernement. C’est presque une deuxième opposition loyale après celle du MSM à partir de 2009. Cette disposition va-t-elle durer ?

Je ne sais pas. Les élections générales, c’était hier, en mai 2010. On ne peut pas envisager de changements drastiques en politique après une campagne électorale lors de laquelle les dirigeants politiques se sont critiqués assez férocement. Ce serait inacceptable pour l’opinion publique.

Je crois qu’il faut cesser de parler si constamment de Ramgoolam, de Bérenger et de Jugnauth. Pas en ce moment au moins quand on voit ce qui se passe en Egypte, en Tunisie et en Lybie, entre autres. Les choses changent. Les Etats capitalistes ont tellement parlé de démocratie qu’ils ont réveillé le lion qui dormait : la liberté.

Vous allez voir ce que vous allez voir. La cohabitation de la misère et de la richesse n’est pas possible dans n’importe quelle démocratie. Le soulèvement des citoyens va s’enclencher même dans les pays dits démocratiques. C’est déjà le cas même aux Etats-Unis.

Ces tractations politiques ne sont porteuses d’aucune solution aux problèmes du pays. Il faut autre chose. « Qu’ils s’en aillent tous », dit Jean-Luc Mélenchon. C’est ce qui se fait à travers le monde. Aucun pays n’est épargné d’une telle position.

* Par ailleurs on ne parle plus au gouvernement de la réintroduction de la peine de mort. Pas la peine d’irriter son allié et de secouer la barque sans doute ?

La peine de mort est un crime odieux en soi. Un crime contre l’humanité. Un crime contre la civilisation. Amnesty International projette une campagne contre sa réintroduction. J’y participerai. Je compte lancer une campagne abolitionniste sur Facebook.

Je ne dispose pas de grands moyens pour le faire autrement. Mais cela ne veut aucunement dire que si on n’a pas de moyens, on doit laisser le champ libre aux réactionnaires et aux obscurantistes.

Dans les faits, il existe une forte dose de démagogie dans la position de Ramgoolam sur cette question. Je ne veux pas être lapidaire dans mes propos. Mais il démontre un manque de savoir-faire évident. Je l’ai critiqué dans une publication en avril 2010. Critiquer est une façon de dire à l’autre qu’il te faut changer. Sur la question de la peine de mort, je le dénonce. On ne peut laisser nos dirigeants dire et faire ce qu’ils veulent.

* Autre sujet ces jours-ci qui est devenu la principale préoccupation des politiques et des syndicats : les augmentations de prix. Ces derniers se préparent à la mobilisation pour mener un combat contre l’érosion du pouvoir d’achat. La pression s’intensifie contre le gouvernement. Qu’est-ce que celaannonce ?

Dans un livre que j’écris sous le titre ‘La déconnection’, je dis à l’égard des dirigeants des syndicats par rapport à la fin de l’année dernière: ‘Je ne pouvais raisonnablement accepter leur silence, leur défaitisme et leur incapacité de comprendre qu’ils avaient gagné une bataille importante et que la suite ne pouvait être autre chose que de pousser leur lutte dans sa logique de protéger le pouvoir d’achat des masses, de combattre la politique monétaire inflationniste, de faire introduire le concept de seuil de pauvreté, de salaire social, de minimum vital, de politique de rattrapage pour le secteur privé, et de politique de réduction de l’écart des revenus pour casser ce qui brise la société en deux : le racisme salarial’.

L’année dernière, on a clos les négociations sur un CPI de 2.7 alors qu’arrivé à la fin de l’année, il était de 6.4. Jugnauth en tant que ministre des Finances a leurré toute la population avec son budget. Tout a augmenté après. La responsabilité des uns et des autres est totalement engagée. Je préfère me taire pour l’instant. J’essaye par tous les moyens de rassembler les syndicats. Mais je dois dire qu’il y a des syndicalistes qui ne comprennent rien. Il n’est pas loin le temps où je pratiquerai une déconnection avec eux aussi. C’est déjà en cours, d’ailleurs.

* Je suppose que le révolutionnaire que vous êtes suit avec beaucoup d’attention les révoltes en cours et la fin des régimes dictatoriaux dans le monde arabe. Les leçons à retenir de votre point de vue ?

Trois remarques que je considère pertinentes.

La situation est la même partout dans le monde. A des degrés différents. Les ingrédients sont les mêmes : Effets de la mondialisation de l’économie capitaliste avec ses crises (crise de l’endettement, crise alimentaire, crise énergétique, crise de surproduction), cassure sociale aiguë (enrichissement des uns et appauvrissement des masses), systèmes politiques autocratiques, oligarchiques, dynastiques ; exploitation terrible du capitalisme (essentiellement du secteur financier et bancaire). Analysez la situation dans notre pays et dites-moi si vous n’y trouvez pas de similitudes. Nous ne vivons pas dans un oasis. Nous vivons dans un monde où tout est transformé en marchandise pour consommation planétaire.

Nous ne sommes plus dans le cadre de révoltes isolées. Nous sommes bel et bien au milieu d’une révolution qui déborde celle d’une révolution politique qui touche toute une région. Une révolution politique se joue au sein de la classe dirigeante. Malheureusement, il n’y a pas eu de proto-alternatif dans ces pays. Les régimes en place ne l’ont pas permis. S’il y en avait, nous aurions eu une révolution sociale.

La population en révolution ne cède pas. Il y a un comportement qui se place dans le cadre d’une démocratie directe. Il peut y avoir un accaparement de ce qui se fait mais l’expérience acquise est importante. Je note que les forces islamiques ne percent pas et sont marginalisées. Elles ont une expérience de la maîtrise de l’entraide, elles sont organisées et opèrent dans des pays à majorité islamique. Le combat de la population en Turquie a porté ses fruits et l’alternative ne pousse pas vers l’avènement de la théocratie. Même l’Iran est menacé d’un soulèvement populaire contre les Ayatollahs. Il y a beaucoup de leçons à tirer de cette révolution en pleine dynamique d’une partie de quilles.

* Certains disent que de telles révoltes dans notre contexte est impossible. Serait-ce de l’exagération ?
 

C’est le sentiment que porte toute personne se retrouvant dans la catégorie des nantis. « Cela est impossible », disent-ils. Nous avons eu pourtant notre révolte en 1999.

Si on lit l’analyse de Abdelwahed Meddeb dans Le Nouvel Observateur de fin janvier 2011, nous apprenons ceci : Il n’y avait aucun signe annonciateur de la révolte tunisienne. Il rapporte cependant ce que lui aurait dit et aurait fait Mohamed Charfi, ancien ministre de l’Education :Concevoir un enseignement qui formera des sujets qui ne pourront plus accepter la soumission volontaire.’

Le révolté, c’est qui ? C’est quelqu’un qui ne peut plus subir ce qui est imposé d’en haut contre ses libertés et des droits qui en découlent. En 1999, la mort de Kaya avait déclenché la révolte. Comme cela avait été le cas en Tunisie avec le suicide sacrificiel de Mohamed Bouazizi. A Maurice, des révoltés potentiels, nous en avons et plus qu’il n’en faut.

Le révolutionnaire, c’est qui ? C’est fondamentalement quelqu’un qui ne veut pas subir le cadre politique qui opprime la liberté de sa personne et la liberté des autres. C’est quelqu’un qui n’accepte pas la soumission sous n’importe quelle forme. C’est quelqu’un qui a appris à combattre toute forme d’éducation parentale et systémique l’obligeant à se soumettre volontairement.

Si vous croyez que dans notre pays, il n’y a aucun révolté et aucun révolutionnaire, vous faites erreur. Gravement erreur. Si nous sommes paralysés, c’est qu’il y a trop d’organisations qui agissent comme des tampons entre les oligarchies politiques et économiques et les masses.

Le jour où les tampons tomberont et il y a des indications dans ce sens, nous aurons le même soulèvement.

* Autre sujet qui a soulevé les passions : l’affaire Infinity. Si les employés de Infinity ont pu obtenir en fin de compte leur salaire, des questions subsistent et les autorités seraient en train de mener des enquêtes. Vos commentaires.

Il n’y a pas de cohabitation, de conciliation et de compromis entre un secteur financier qui tire vers le bas avec la spéculation, la fraude, le blanchiment d’argent, le taux d’intérêt usurier, le profit facile, qui est protégé par l’Etat quand vient la crise d’un côté, et le secteur de production qui tire vers le haut avec d’innombrables difficultés d’opérer à l’intérieur d’un marché tellement concurrentiel que tout se joue sur les bas salaires de l’autre côté. Ajoutez-y, ses problèmes de gestion des équipements, du personnel, de la qualité, etc.

A l’intérieur de ce cadre, entre le rien à faire du secteur financier et le tout à faire du secteur créatif, nous avons des tricheurs émérites. Ils arnaquent tout le monde : les banques, les compagnies leasing, les fournisseurs, les clients et les travailleurs. Ils créent des entreprises pour les pousser à la fermeture pour ensuite vivre tranquillement de l’argent détourné.

Je connais quelqu’un qui était payé pour transporter les équipements de Infinity pour les détruire. Les équipements étaient en si bonne condition qu’il les a gardés. Il a eu des problèmes avec la police.

Pour moi, il faut enquêter pour découvrir où est l’argent détourné. Personne ne se rend compte qu’une entreprise n’a pas de propriétaires. Les actionnaires n’ont qu’un contrôle juridique sur les actions. Ils nomment des directeurs qui prennent le contrôle économique sur leur entreprise. Combien d’entreprises ont été vampirisées par les directeurs et les managers ? C’est dans ce sens que j’ai proposé que dans la nouvelle constitution, on fait une démarcation entre une propriété privée personnelle (maison, voiture, etc.,) et une propriété privée sociale.

* Il y a aussi le différend concernant le projet McDonald’s à Phoenix et l’autre par rapport à l’option du Bible Knowledge au Collège Saint Esprit. Des différends qui nous ramènent des années en arrière. Qu’en pensez-vous ?

Je vais vous dire trois choses bien précises.

1) Qu’il n’y a aucune raison pour un adepte de l’hindouisme de se convertir à une autre religion. L’hindouisme embrasse tout ce qui peut exister. Le problème est que celui qui est uniquement dans le rituel, un jour ou l’autre s’échappe d’un système qui ne lui donne aucune spiritualité existentielle. Cet oxymore est semblable à celui de développement durable ou de liberté restrictive.

2) Il faut faire la différence entre Dieu, la foi, la croyance, la religion et les institutions religieuses. Et il ne faut jamais hésiter à dénoncer n’importe quelle institution religieuse et leurs appendices fondamentalistes et intégristes.

L’Eglise catholique, de mon point de vue, est sectaire et déforme ainsi le christianisme qui est une façon universelle de concevoir sa vie et le social — par rapport à la pratique religieuse — que tout le monde gagnerait à connaître. La connaissance de la Bible ne doit pas être un moyen de conversion, mais une manière de vivre.

S’il faut combattre le prosélytisme religieux, il est absolument inacceptable de proposer l’interdiction de la conversion. Le problème est qu’il faut arrêter ces discours insipides au nom de l’Hindouisme et au nom des Hindous. Voice of Hindu, pour moi, est une organisation sectaire qui pratique le terrorisme sous plusieurs formes. Le mot Hindu utilisé de surcroît au singulier est une aberration. Devrions-nous avoir affaire à la voix de l’Hindou ou à la voix de l’hindouisme ? C’est un manque de culture total.

3) Je suis foncièrement contre tous les projets Mc Donald pour des raisons de santé publique et j’ai aimé le repas pris au restaurant qui se trouve à côté, appartenant à Haré Rama Haré Krishna, pour les mêmes raisons de santé publique. Mais avons-nous affaire à une guerre entre restaurants ?

Savez-vous quelle similitude il existe entre un mangeur de viande et un mangeur de végétaux ? Les deux sont omnivores biologiquement parlant.

Les deux vont cesser de se battre à l’avenir. Actuellement, le mangeur de viande nourrit les animaux en masse pour les manger. Les mangeurs de végétaux ne veulent pas que l’on tue les animaux et veulent qu’ils se reproduisent à l’infini. Les deux auront à s’entendre dans quelques décennies, puisqu’il faut dix kilos de protéine végétale pour produire un kilo de protéine animale. Nous ne pourrons nous payer le luxe ni de manger de la viande ni de nourrir les animaux, dans le cadre de la gestion de l’espace et de la démographie.

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