« Plus on renforce les lois, plus les fraudes vont prendre des pratiques légales…

Interview Jack Bizlall

… la seule pratique valable contre la fraude et la corruption, c’est la dénonciation »

« Je crains fort qu’ici on soit des aveugles, des sourds et des muets »

« Comment croit-on pouvoir régler la fracture sociale et rehausser le niveau de vie de la population sans une politique cohérente de rattrapage et de protection ? »

Notre population grossit avec l’arrivée des étrangers qui achètent des maisons ici ou qui travaillent ici. C’est une double contradiction qui va éclater un jour ou l’autre

Depuis les dernières élections, les mesures socialistes telles que l’augmentation de la pension universelle et la compensation salariale uniforme, ont fait l’unanimité au sein de la population mauricienne. Cependant, la manière de traiter l’affaire récente BAI/Bramer Bank provoque beaucoup d’inquietude et de rancœur, notamment à cause de l’attitude, des paroles et des agissements de quelques membres du gouvernement. Est-ce que ce Gouvernement doit respecter une ligne de conduite et mieux définir des paramètres de fonctionnement pour assurer la « bonne gouvernance » ? Notre invité Jack Bizlall, fin observateur de la société mauricienne, répond à nos questions.

Mauritius Times : Paul Bérenger disait à la presse, samedi dernier, en ce qui concerne l’affaire BAI qu’il y a eu des “zigzags, des tiraillements entre ministres du gouvernement… un cafouillage général et c’est le pays qui en fait les frais.” Personnellement, quelle appréciation faites-vous de la gestion de cette affaire par le gouvernement jusqu’ici? « Zotte inne dépasse fané », comme disait le leader du MMM?

Jack Bizlall : Bérenger joue à l’innocent. Il faudrait qu’il se demande ce qu’il aurait fait s’il avait été élu Premier ministre avec un Président de la République qui collectionne des coffres et un Rawat qui, allegue-t-on, s’accapare de tout sous la protection de Ramgoolam !

Cet homme doit savoir être humble, accepter ses erreurs et ses fautes et surtout apprendre à se taire.

Mon appréciation est mitigée. Il y a trop de vengeance et pas assez de raisonnement et d’actions réfléchis.

* Ce qui est dommage, c’est que l’affaire BAI fasse partie d’une assez longue liste d’affaires qui, d’une part, ont frappé les esprits des Mauriciens et, d’autre part, ont été préjudiciables en termes de centaines de millions de roupies tant aux épargnants qu’aux actionnaires ou membres des sociétés coopératives: Air Mauritius, Banque coopérative, Union Bank, First City Bank, MCB, White Dot, Sunkai, etc. Il faut bien situer les responsabilités, non ?

Permettez-moi de donner deux conseils aux jeunes du gouvernement. Il faut faire attention aux anciens. Ils sont de la vieille école des accapareurs. Ce qui se passe aujourd’hui est le résultat de ce qui s’est passé depuis 1983. Ramgoolam n’a fait que copier et amplifier.

Il y a un processus où des arnaqueurs vont arnaquer des arnaqueurs. Il faut maîtriser ce qui est de leur ressort, et ce qui est du ressort des fonctionnaires et des institutions indépendantes. Sinon l’Etat peut se trouver face à des procès. Ensuite, il faut passer de nouvelles lois. Il faut rechercher la compétence de gens avisés. Par ailleurs, le gouvernement va subir des pressions énormes des familles qui ont placé leur argent dans des investissements bidon. Il faut protéger les innocents du non-fonctionnement de l’Etat. La République, c’est la responsabilité de l’Etat et non d’un Premier ministre. Peut-on comprendre ce concept républicain ?

* Au fait, on ne fait que tourner en rond : une affaire en chasse une autre, et si, dans certains cas, ce sont les fonctionnaires qui sont pointés du doigt, dans d’autres, ce sont les institutions régulatrices. Sinon on met cela sur le compte des pressions ou des instructions venues « d’en haut » — de quelque bord politique soient-elles. Il faudrait peut-être réfléchir en termes d’une grande enquête menée par des professionnels indépendants et dirigée par un « sitting judge » pour faire toute la lumière sur les tenants et aboutissants de toutes ces affaires. Qu’en pensez-vous ?

Ce que vous constatez est exact. Beaucoup de gens se perdent dans ce labyrinthe des affaires sales. Mais il y a un fil d’Ariane. Il faut une Commission dite de transparence et d’aveux volontaires. Les gens qui sont responsables de fraude, de corruption et de blanchiment d’argent doivent venir de leur plein gré pour tout dire et rembourser. Il faut tout récupérer et mettre tout argent remboursé dans le Natonal Housing Scheme.

Les crimes sont multiples et des centaines de familles sont impliquées. Après, ce sera la Commission d’enquête et la responsabilité du judicaire.

* On ne peut pas savoir comment cela se passe dans les coulisses du pouvoir ou au sein des institutions censées superviser différents secteurs d’activités économiques du pays ou au sein de la fonction publique, mais s’il y a une bonne part de vérité dans les affirmations par rapport aux pressions venues « d’en haut », c’est que soit l’influence politique est vraiment très ou trop puissante à Maurice, ou les fonctionnaires et/ou régulateurs ne sont pas suffisamment protégés ou c’est carrément dû à un certain laxisme ?

Pour moi, il y a plusieurs responsables. En premier, la presse. Je vais vous dire pourquoi. La BAI a su s’octroyer la confiance des institutions et du public par le silence des radios et des journaux sur son influence.

Ensuite, il y a certains de ses anciens employés. Pourquoi sont-ils partis ? Quel a été leur rôle politique dans cette affaire ? Il y a surtout les auditeurs. Soit ils savaient et ils seraient coupables. Soient ils n’ont jamais su et ils seraient des incompétents.

Je n’épargne ni la Banque de Maurice, ni la FSC et encore moins la FIU. Tous les responsables de ces institutions doivent répondre de leurs carences.

* On ne sait pas non plus si l’encadrement légal et institutionnel pour combattre la corruption est suffisant et vraiment efficace, mais il semblerait qu’une ‘Right to Information Act’, telle que légiférée dans certains pays étrangers, constitue une arme redoutable contre la corruption, l’affairisme, le népotisme, le laxisme administratif, etc., même si cela fait toujours l’objet de débats. Mais faut-il que la société civile milite vigoureusement en faveur d’une telle loi ?

Je vais vous dire une chose de tout mon cœur. Plus on renforce les lois, plus les fraudes vont prendre des pratiques légales. La seule pratique valable contre la fraude et la corruption, c’est la dénonciation. Seul l’élément humain peut éliminer la corruption, la fraude et les autres tares que vous citez. Il faut protéger les dénonciateurs.

Les trois personnes qui ont dénoncé l’affaire d’Air Mauritius ont perdu leur emploi. L’un d’entre eux a postulé pour un poste à MK et a été sélectionné par une firme internationale. Il a été écarté. Il faut une enquête à ce sujet.

A un niveau plus terre à terre, il y a le cas de Usha Rampadaruth. Elle doit être employée par la State Bank of Mauritius de nouveau. J’ai écrit au ministre Badhain à ce sujet. Pas de réponse. Comment peut-on promouvoir la bonne gouvernance et ne pas comprendre l’enjeu du réemploi de Mme Rampadaruth ?

On n’est pas dans le champ de la vengeance mais dans celui du redressement de la société et de la protection des braves.

* On ne doit pas oublier non plus le financement politique par l’Etat, qui fait aussi débat – certains affirment que ce n’est pas aux contribuables de financer les partis politiques, mais il semblerait qu’une grande partie du mal s’explique par les financements occultes ou, parfois illicites, des politiques. Quel est votre point de vue à ce propos ?

Je suis désolé. Ce qui s’est passé n’a rien à voir avec le financement des partis politiques. Dans ce cas précis, il faudrait amender la Constitution pour que celle-ci absorbe les partis politiques et définit leur démocratie interne et leurs fonctionnements politiques. Mais c’est une autre question.

Ce qui est d’actualité, c’est la nécessité d’abolir la fonction de leader. Le leader tue la lutte, finit par détruire la démocratie et s’enrichir. A gauche comme à droite.

* Pour revenir à l’affaire BAI, la réplique a débuté avec des allégations d’actions « préméditées, calculées » pour tendre vers la chute du Groupe, et cela malgré l’accord de la FSC d’étendre le délai accordé à la BAI pour la restructuration de ses investissements dans ses entités liées jusqu’en 2016. On saura davantage dans les jours à venir sur les dessous de cette affaire alléguée de « Ponzi » ou de détournement des contributions des milliers d’assurés. Mais qu’est-ce que tout cela va donner en fin de compte, à votre avis ?

Si Rawat et les gens qui se sentent plumés agissent, cette histoire finira en Cour civile. Sinon c’est la Cour pénale qui aura à siéger en permanence pendant au moins trois ans.

* Par ailleurs, quelle analyse faites-vous de la situation sur le plan politique depuis les élections du 10 décembre 2014 ?

Les choses ont évolué très positivement. Personnellement, le fait même que le tandem Ramgoolam-Bérenger a été battu aux élections m’a réconforté. J’ai mené une campagne contre leur projet de République présidentielle et, aujourd’hui, je suis convaincu de la justesse de mon positionnement. Je crois que c’est l’élément le plus positif des élections générales du 10 décembre 2014.

L’Histoire se rappellera des gens téméraires et combatifs, à l’exemple de Collendavelloo, dans ce combat épique. Le tandem Ramgoolam-Bérenger a éclaté par la suite et cela a été la chance de notre population. Dans les faits, nous avons atteint deux objectifs :

1) nous protéger de la République présidentielle, et

2) éclater l’association conspiratrice, entre Ramgoolam et Bérenger, dangereuse pour la démocratie.

C’est du Bhagavad Gita sur le plan philosophique. Les gens ont intérêt de sortir de leur sectarisme et lire ce que dit la Bhagavad Gita pour comprendre ce qu’il faut faire dans des situations de confusion politique subjective.

* Qu’en est-il de l’action gouvernementale depuis le début de son mandat ?

D’abord, je dois dire qu’il y a eu deux décisions éminemment positives à bien des égards. La première était l’augmentation de la pension des personnes de plus de 60 ans. Cette décision, de par son universalité, a changé le regard de la population sur ses dirigeants comme cela avait été le cas pour le transport gratuit en 2010. Ce sont de telles décisions qui éliminent tout sentiment d’abandon pour cause alléguée de protections oligarchiques, claniques et ethniques.

La deuxième décision était la compensation salariale uniforme de Rs600. La nature de classe de cette uniformité et la nature politique de son universalité ont été deux aspects importants dans les rapports entre la masse et la classe politique.

Je saisis l’occasion pour réclamer des dirigeants politiques des actes qui reposent sur l’universalité des droits économiques et sociaux. C’est la base du socialisme. Il n’existe pas de socialisme sans que l’Etat n’impose des conditions communes à toute la population.

Alors que certains dirigeants politiques se sont permis de voler et de frauder, et de commettre des actes criminels, l’imposition d’un système de points excessivement répressif sur les chauffeurs et le contrôle de la population par la carte biométrique ont soulevé un tollé politique d’envergure.

Quand le nouveau gouvernement a réglé ces deux problèmes, notre société a fait un bond en avant sur le plan de la liberté individuelle et l’élimination de la peur dans la conscience populaire. De telles décisions doivent être suivies par d’autres car celles-ci font avancer la culture. Il faut éviter de culpabiliser les gens et de les rendre criminels pour rien. On ne peut pas vivre dans une société d’interdits et liberticide.

* Pensez-vous que l’action du gouvernement est comprise par la population ?

A bien des égards, notre société ne sera jamais une société libérale dans son essence pragmatique. Le combat politique doit être un combat contre l’hégémonie capitaliste et, pour atteindre ce but, il faut défendre les bases socialistes de notre société.

Que les intellectuels analysent ces bases et ils verront combien elles sont solides. Les combats politiques du PTr et, ensuite celui du MMM, ont été exceptionnels. Les gens comprennent éminemment bien les intentions des actes politiques qui correspondent à leurs désirs et à leurs intérêts. Pour preuve, le changement imposé par les électeurs du 10 décembre 2014. Du jamais vu. Croyez-vous que cette décision n’a pas de formulation consciente, politiquement parlant ?

Dans les faits, c’est un soutien énorme aux actions prises contre Ramgoolam et Rawat. Il y a un sentiment que de telles choses doivent cesser et que le gouvernement suive une autre voie. Mais le gouvernement doit faire très attention. Entre les objectifs et les actes, il y a la transition et la manière de faire.

Pour le besoin de situer ma position politique, j’aimerais affirmer que je n’ai rien à voir avec le Gouvernement. Je suis ce que je suis et je reste ce que je suis. Je ne fais que constater. Ce qui est positif doit être reconnu et dit, sans démagogie et sans les pratiques du gauchisme, et cela, surtout pas d’une façon complaisante et réductionniste. Une hirondelle ne fait pas le printemps.

* Quelle sera le plus gros problème à résoudre pour le gouvernement?

C’est sans aucun doute la fracture sociale. Une fracture sociale existe quand les nantis font plusieurs pas en avant et que les exclus font plusieurs pas en arrière sur les plans économique, social et culturel. La chose s’est aggravée dans le pays pour trois causes, et ce sont ces causes qu’il faudra éradiquer.

Premièrement, l’enrichissement d’une couche opportuniste de la classe capitaliste et d’une couche accapareuse de la classe moyenne.

Cela a eu lieu au détriment de l’ensemble de la population et par l’accaparement des biens qui auraient dû revenir aux autres dans son ensemble. Tout ce que l’on récupère de ces accapareurs doit revenir aux exclus. C’est dans ce sens qu’il faudra créer un National Housing Scheme et verser tout l’argent récupéré de Ramgoolam et consorts dans ce fond. Un logement pour chaque famille doit être l’objectif du nouveau gouvernement. Cela est possible. Les ressources sont disponibles. Je peux faire un pari à ce sujet. Que le ministre du Logement relève ce défi !

Deuxièmement, la politique actuelle de se retirer des secteurs de production pour privilégier les secteurs hors production qui n’ont rien à voir avec l’économie réelle.

Grosse erreur de tous les gouvernements qui se sont succédé. Notre économie repose sur les salaires de 550,000 travailleurs et des revenus de 150,000 autres producteurs. Il faut une stratégie pour augmenter la masse salariale tout en réduisant les inégalités salariales, augmenter les revenus des planteurs, des fermiers, des pêcheurs, des artisans, etc., protéger le secteur informel. Très important.

Un retour aux secteurs de production et à l’économie réelle est impératif. Ensuite, il faut protéger les emplois de l’accaparement des étrangers et inverser la situation en formant les Mauriciens pour qu’ils aillent travailler à l’étranger. Une bonne partie de la masse salariale part à l’étranger. Il y a une toute autre politique éducative et de formation à adopter.

Troisièmement, l’accaparement des salaires par le secteur bancaire (l’endettement des ménages surtout) ; le facteur inflationniste des décisions monétaires et le développement inégal du pays.

Comment croit-on pouvoir régler la fracture sociale et rehausser le niveau de vie de la population sans une politique cohérente de rattrapage et de protection ? Il y a de grosses lacunes dans le budget proposé. Je constate qu’il y a une analyse correcte et Lutchmeenaraidoo utilise certains concepts qui démontrent sa maîtrise de son constat. Mais les solutions proposées sont paradoxales. Il y a un manque certain d’intelligence.

On attendait du ministre des Finances qu’il nous apporte une bouteille d’eau. Il nous informe qu’il fait venir un iceberg de l’Arctique, tiré par de puissants remorqueurs.

* L’alternative crédible, c’est quoi ?

Dans les faits, son budget-programme est pharaonique avec ses treize méga projets. Il est aussi gargantuesque puisqu’il va falloir dépenser plusieurs dizaines de milliards de roupies et convertir des milliers d’arpents de terre. La superficie des terres sous agriculture se réduit d’année en année. S’il se pourrait que la nourriture de l’humanité sorte des laboratoires demain par le clonage des cellules, personne n’aura l’obligation de nous nourrir entretemps, dans un cadre de crise alimentaire de longue durée. Ces projets auront donc un impact considérable sur notre société et vont la modifier socialement, économiquement et écologiquement.

Dans le cadre actuel des choses – le cadre de la mécanique de l’histoire dans laquelle nous sommes embourbés — certains économistes keynésiens pensent que seuls les grands travaux peuvent relancer l’économie dans la perspective capitalistique de la demande par l’intervention de l’Etat. Cette tactique est conçue en tant que programme transitionnel de développement de l’infrastructure économique par l’investissement étatique. Mais il y a beaucoup de dangers qui nous guettent sans une stratégie économique autrement conçue.

* Y a-t-il donc une autre approche à laquelle le ministre des Finances n’aurait pas pensé ?

Certainement. Une question n’a pas été posée : peut-on repenser le budget selon une autre perspective qui mette l’économie au centre des activités sociales dans le cadre de l’économie réelle ? C’est une approche qui propose que tout ce qui est fait doit bénéficier à l’ensemble de la population (le collectif humain), que ce qui est organisé dans ce cadre doit avoir un souffle démocratique assuré par un Etat différemment conçu et, qu’ainsi, aucun individu ne se sente oppressé dans sa créativité, dans ses choix et dans l’énergie de son engagement et de ce qu’il entreprend. Il faudrait sortir du darwinisme social, de l’éducation d’insertion, du fordisme intellectuel… sans opter pour le collectivisme stalinien… pour entrer dans une culture maîtrisée, organisée et non mécaniste.

Si nous agissons uniquement dans un cadre de cause à effet économique, nous ne progressons pas et nous serons réduits à rester dans le cycle de l’économie capitaliste autant destructrice que créatrice.

Nous avons eu trois méga projets dans le passé : la Cyber Cité d’Ebène, le Port Franc et le Projet de Jin Fei. Tous les trois ont été des flops. Je visite régulièrement les trois endroits et je pense que, pour préserver les objectifs originaux, il faudrait délocaliser plusieurs entreprises du port et d’Ebène et repenser le projet Jin Fei.

Il y a plusieurs entreprises qui n’ont rien à voir avec notre Port Franc (soutenu par un transbordement qui est présentement subventionné) et la Cyber Cité d’Ebène (qui aurait dû être un centre de la créativité informatique, un des centres de la communication mondiale et un lieu de production de tout ce qui est créé avec l’apport des technologies de pointe dans le domaine des nanosciences, de la nanotechnologie, de la robotique, de l’intra-atomique et de l’intracellulaire).

Nous sommes dans une situation où il faut éviter le gaspillage des ressources et, par conséquent, faire revivre le Port Franc et la Cyber Cité. Ces deux projets doivent être deux objectifs à concevoir dans un Jin Fei repensé en ville nouvelle ou ville satellite.

Je ne vois pas de ville administrative à Highlands. Il n’y a nul besoin de décentraliser Port Louis. Cette ville, à bien des égards, est sous utilisée. C’est idiot de penser le contraire parce que l’accès par route est contraignant. Il faudrait contourner cette ville (pour ceux qui n’y ont rien à faire), investir dans la communication télévisuelle pour les transactions administratives et les rapports qui ne nécessitent pas de rencontres de personne à personne, l’application de la semaine de 35 heures avec 1.5 heures de déjeuner et le “flexi-time” pour assurer la permanence, etc.

Un jour ou l’autre, il faudra investir dans un nouveau port ailleurs. Je sais qu’une étude a été faite à ce sujet (à Mahebourg) et que des investisseurs européens sont intéressés. La position géographique de Mahebourg pour le trafic maritime (Australie – Le Cap) et aérien (utilisation accrue des avions cargo) est plus appropriée que Port Louis. Cependant, il est trop tôt de venir avec l’idée de la ville aéroportuaire d’Omnicane. Il faut une étude appropriée et une stratégie qui dépend des changements qui vont toucher le transport des marchandises et des passagers sur le plan mondial et dans notre région. Le rôle même d’Air Mauritius doit être redéfini.

* Pensez-vous que le gouvernement est en train de dépenser inutilement de l’argent pour concrétiser ces méga projets? Où est la faille ?

J’ose affirmer qu’il est impossible pour un gouvernement d’engager les deniers publics dans des méga projets sans des études appropriées. Je crois que le ministre des Finances est plus un aventurier qu’un volontariste. Je ne soutiens aucunement ces cinq technopoles. « Mark me » : ce seront des échecs cuisants, à moins qu’ils ne soient financés par des étrangers et occupés par des étrangers. Qu’il nous démontre d’abord que la Cyber City d’Ebène est une réussite !

Faut-il soutenir le parc intégré de Médine, le projet de Terra, la Phase II d’Azuri et les IRS de Roches Noires ? A travers le monde, le mouvement de la population se fait vers les villes. Il n’y a qu’à consulter les rapports sur l’Internet. Ici, il y a un accaparement du littoral par les riches et l’exode de la population vers le centre devient ainsi incontournable.

Je crains fort qu’ici on soit des aveugles, des sourds et des muets. Notre population grossit avec l’arrivée des étrangers qui achètent des maisons ici ou qui travaillent ici. C’est une double contradiction qui va éclater un jour ou l’autre. Il ne suffit pas de construire des maisons pour eux et de leur octroyer des permis de résidence et de travail. Il faut une politique qui les accepte comme citoyens, qui ne leur permet pas d’installer l’apartheid ici en s’appropriant des terres et du travail des autres. Il faut qu’ils contribuent au relogement de ceux qu’ils expulsent. Il faut beaucoup de choses. Il faudrait, par conséquent, que ces projets soient privés et que le gouvernement n’y contribue rien. Il y a d’autres priorités.

* Que proposez-vous en place et lieu ?

Le projet alternatif est d’urbaniser selon ce qui est fait par les urbanistes brésiliens pour la ville de Rio. Il faut chercher leur compétence. Ma proposition concerne cette partie de notre pays qui s’allonge entre Vallée des Prêtres et Forest Side en passant par Port Louis, Coromandel, Beau Bassin, Mont Roches, Rose Hill, Trèfles, Plaisance, Quatre Bornes, Vacoas, Phoenix et Curepipe. Il y a des milliers de maisons à construire. Il y a l’adoption d’autres moyens de transport, de centre commerciaux, de lieux de loisir, des milliers de petites entreprises… Cela peut nous coûter plus de 75 milliards, certes, mais c’est non seulement un pas en avant, créateur d’emplois utiles, puisque sociales, mais surtout une préservation de nos terres arables. J’en reparlerai.

 

* Published in print edition on 17 April  2015

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