Interview Dr Navin Ramgoolam

Interview: Dr Navin Ramgoolam, Leader de l’Alliance de l’Avenir  

 

 

« Le MMM est tout près de subir sa pire défaite électorale depuis 1976 »  

 

* « PTr-MMM : Nous aurions remporté une victoire haut la main mais nous aurions gouverné dans la douleur… » 

 

* « Notre vision, c’est de construire l’avenir, celle du MMM reste la division »Navin Ramgoolam, Premier ministre et chef de file de l’Alliance de l’Avenir se dit aller tout droit vers la victoire. Il suffit de comparer les discours des deux blocs, de voir le traumatisme prématuré des adversaires pour déduire que le peuple mauricien a fait son choix. La continuité et la stabilité avec une équipe qui a enclenché un développement moderne et qui préconise une politique de tout pour tous…    

 

Mauritius Times : Une alliance PTr-MMM avait sans doute de meilleures chances de victoire aisée que la nouvelle alliance bleu-blanc-rouge, électoralement parlant. Vous avez pourtant choisi de tourner le dos au MMM. Doit-on comprendre par-là que de, votre point de vue, le MMM aurait constitué un partenaire encombrant au regard de ce que vous souhaiteriez appliquer en termes de programme gouvernemental lors d’un troisième mandat ?

 

Dr Navin Ramgoolam : J’ai eu l’occasion d’expliquer au cours de la présente campagne électorale pourquoi j’ai rejeté l’option d’une victoire facile en alliance avec le MMM. Pour moi ce n’est pas une victoire aisée qui comptait mais les garanties de pouvoir gouverner sereinement et dans la stabilité pour l’intérêt de toute la population. A certains proches collaborateurs qui m’ont demandé pourquoi je n’ai pas choisi l’option mauve, j’ai déclaré qu’au moment où le leader du MMM discutait avec moi je voyais défiler au fil des rencontres les images de notre expérience au sein du gouvernement rouge-mauve de décembre 1995 à juin 1997. Vous savez bien que les mêmes causes ont les mêmes effets et pour moi le leader du MMM n’a pas évolué de ce point de vue. Nous aurions encore une fois remporté une victoire haut la main mais nous aurions gouverné dans la douleur. Ce qui aurait inévitablement débouché sur une cassure, un traumatisme que je voulais à tout prix éviter au pays. Je ne recherche pas la victoire facile pour moi mais une victoire durable pour le peuple qui ne peut qu’être assuré par la stabilité et une vision commune dans l’intérêt de toute la population. Notre vision, c’est de construire l’avenir. Tandis que la seule vision du MMM reste la division.

 

* Vous avez laissé entendre durant la présente campagne électorale que votre prochain combat sera livré contre, entre autres, les IPPS. Doit-on donc comprendre que la mise à l’écart de Rama Sithanen constitue, pour vous, une condition essentielle pour la mise en application d’un programme de réforme plus radical en cas de victoire ?

 

Vous devez savoir que le rassemblement de toute la population mauricienne et la démocratisation de l’économie constituent la pierre angulaire de mon engagement politique. Je ne suis pas homme à transiger sur mes convictions profondes. Souvenez-vous de la bataille ardue dans laquelle je m’étais investi pour que les petits planteurs, artisans et laboureurs puissent être partie prenante à hauteur de 35% dans la nouvelle industrie cannière et les 2,000 arpents obtenus après des négociations ardues. Les IPPs demeurent le « unfinished business » que j’avais mentionné dans mon discours au Parlement. Encore une fois j’ai expliqué durant la campagne électorale qu’il est inconcevable que les profits énormes réalisés par les IPPS ne soient pas partagés avec les consommateurs, ne serait-ce que pour alléger leur facture d’électricité. Je suis le Premier ministre et en tant que tel je suis souvent appelé à prendre des décisions et trancher. Comme dit l’Anglais, « the buck stops here » c-à-d au Bureau du Premier ministre. Quand vous êtes Premier ministre et que vous devez porter sur vos épaules le poids de la responsabilité de toute une nation, il vous faut mettre de côté les sentiments et l’émotion. En ma qualité de chef d’équipe, il me revient de décider quelle équipe aligner et qui laisser sur la touche.

 

* La mise à l’écart de Rama Sithanen n’a rien donc à voir avec quelque complot ourdi par le MSM, réclamant sa tête, ni un règlement de compte personnel exécuté par un Premier ministre qui ne peut tolérer que quiconque ministre lui marche sur les pieds. C’est ça ?

 

Comme je l’ai dit, Sithanen demeure un ami mais nous sommes en campagne et, autant que je sache, il ne l’est pas. Comme j’ai eu l’occasion de vous expliquer tout à l’heure, en ma qualité de chef d’une équipe, je décide quand et où aligner un joueur. Savez-vous que Deva Virahsawmy est revenu après une disette de 10 ans ? Il avait l’humilité d’accepter qu’il ne fût pas indispensable. Personne ne l’est, moi inclu.

 

* On a entendu dans le sillage de la non-conclusion d’une alliance PTr-MMM toute une série d’allégations et de critiques lancées par vos adversaires – « alliance de fils à papa », consolidation du « Vaish power », etc. Certains se posent des questions quant à votre « générosité » vis-à-vis du MSM. Vous ne vous attendiez pas à cette résistance, n’est-ce pas ?

 

Tout ce que vous entendez maintenant n’aurait pas été d’actualité si j’avais conclu l’alliance que Paul Bérenger quémandait, voici six semaines de cela. Quand j’avais conclu une alliance avec le MMM en 1995, j’étais le fils de qui ? Ceux qui me suppliaient de contracter une alliance avec le MMM comme « senior partner » m’auraient encensé aujourd’hui parce que j’aurais fait leur jeu. Je suis un Mauricien à part entière et je vous assure que la consolidation d’un quelconque pouvoir castéiste n’a jamais effleuré mon esprit. Ceux qui me connaissent savent que je ne réfléchis pas ainsi et savent aussi qui de moi ou Paul Bérenger est l’homme politique le plus obsédé par les calculs communaux et castéistes. Vous savez ce sont les dirigeants du MMM et ses entremetteurs et autres subalternes qui ont été les plus décontenancés par le fait que j’ai accordé 18 investitures au MSM. Pourtant, ils avaient concédé 30 investitures à ce même parti en 2000 et 2005. Je suis certain qu’après le 6 mai je dirigerais un gouvernement stable qui oeuvrera en commun pour l’égalité, l’unité et la modernité

 

* A voir l’ethnicisation du débat politique durant ces deux dernières semaines, avez-vous le sentiment que les vieux démons du passé, ceux des années pré indépendance sont revenus nous hanter ?

 

A consulter certains journaux et à entendre certains chaînes de radio, c’est ce qu’ils auraient souhaité – c’est la seule voie pour empêcher une déroute du MMM le 6 mai. Il y en a certaines tentatives mais je ne pense pas que ceux qui veulent réveiller le démon communal ont plus de chances d’être entendus maintenant. Les Mauriciens sont beaucoup plus intelligents que certains ne le croient. Le temps a fait son œuvre, il est plus difficile aujourd’hui de détruire le tissu social. A en juger par l’accueil que nous recevons lors de nos réunions et nos meetings, je suis convaincu que toutes les composantes de la nation sont déjà avec l’Alliance de l’Avenir et que cette adhésion va s’accélérer dans les derniers jours de la campagne.

 

* Comment réagissez-vous aux initiatives et aux déclarations de Jocelyn Grégoire ? Vous vous posez des questions sur ses motivations ?

 

Vous savez que j’accueille toujours avec plaisir tout mouvement, pas seulement celui du Père Grégoire, qui milite en faveur de l’avancement de la cause créole à Maurice. Dois-je vous rappeler que c’est mon gouvernement qui a permis aux locataires des maisons de la CHA de devenir les propriétaires et aussi que c’est nous qui avons institué la Commission Justice et Vérité que mon ami Sylvio Michel n’avait pu obtenir alors qu’il faisait partie d’un gouvernement dirigé par Paul Bérenger ? C’est ce qui l’avait d’ailleurs contraint à la démission. Lors des différentes interactions que j’ai eues avec le Père Grégoire, il m’a toujours assuré que la Fédération des Créoles Mauriciens est un mouvement apolitique. Je n’ai aucune raison, du moins pour le moment, de mettre en doute sa parole.

 

* Pour vous, Dr Navin Ramgoolam, cette nouvelle alliance bleu-blanc-rouge est faite pour durer – malgré le fait que S. Soodhun ait déjà désigné un héritier politique pour vous ?

 

Je ne crois pas qu’il serait juste d’exagérer les propos de M. Soodhun. De toute façon c’est tout à fait prématuré de désigner qui que ce soit comme mon héritier tout simplement parce que la question ne se pose pas. L’Alliance de l’Avenir est une alliance basée sur une confiance et un respect mutuel. C’est la meilleure alliance pour la stabilité et qui oeuvrera pour un avenir meilleur pour tous les Mauriciens. A en juger par l’ambiance qui y règne à l’intérieur, personnellement je lui prédis un avenir au-delà de 2015.

 

* « Héritier politique »-in-waiting (selon Soodhun) ou « otage » du MSM (selon Boodhoo) ou pas, vous êtes vous pas, Dr Navin Ramgoolam, « in control » ?

 

Quand vous êtes engagé dans une bataille pour la modernisation de votre pays, il vous reste très peu de temps pour vous attarder aux balivernes de Harish Boodhoo. Quand vous avez, comme Boodhoo, votre beau-frère candidat dans le camp mauve, vous devez au moins avoir la décence de déclarer vos intérêts et de ne pas se faire passer pour un observateur indépendant pour lancer un mot d’ordre pour voter le MMM ! De toute façon Vijay Makhan va vers une défaite certaine malgré la campagne de Harish Boodhoo en sa faveur. Les Mauriciens savent que j’ai toujours été ‘in control’ en toute situation. Notre façon de gérer les soubresauts de la crise internationale le démontre.

 

* Et il vous faut cette « majorité absolue » pour pouvoir « remain in control », n’est-ce pas ?

 

Les deux vont de pair. Il est évident que pour réaliser certains projets qui me tiennent à cœur comme l’instauration d’une deuxième République avec une nouvelle Constitution, il me faut une majorité absolue.

 

* Pensez-vous sincèrement pouvoir sur la base de votre bilan convaincre l’électorat de vous accorder un troisième mandat ? Je vous renvoie ici aux 10 promesses faites à l’électorat en 2005…

 

L’électorat sait que je suis quelqu’un qui tient toujours ses promesses. Savez-vous que pour le transport gratuit les estimations étaient de Rs 300m et qu’en fin de compte il nous coûte Rs 900m ? C’était un fardeau énorme compte tenu de l’héritage économique qui nous avait été légué par le précédent gouvernement. Mais j’ai tenu parole. Personnellement, je suis confiant de pouvoir convaincre l’électorat de soutenir mon équipe et notre projet de société. Je suis un homme de conviction – convaincu d’une Ile Maurice pour tous et d’un avenir ensemble. Au moment où je vous parle, une majorité s’est déjà ralliée derrière l’Alliance de l’Avenir et chaque jour qui passe, nous ne faisons qu’accentuer notre avance sur nos adversaires.

 

* Avez-vous le sentiment, Dr Navin Ramgoolam que nous sommes aujourd’hui en présence d’un électorat différent, avec des aspirations et des attentes nouvelles, et qui souhaiterait voir émerger un nouveau type de leadership à Maurice ?

 

Oui – l’Alliance de l’Avenir est résolument tournée vers l’avenir.

 

La récente crise mondiale nous démontre que nous vivons dans un village global. Notre économie est ouverte sur le monde. Notre devise au sein de l’Alliance de l’Avenir est Unité, égalité, modernité. Nous allons beaucoup investir dans la jeunesse. Nous voulons que nos jeunes soient partie prenante de la transformation tant économique que sociale que nous projetons d’opérer dans le pays. C’est pour cela que nous allons remettre un laptop aux étudiants de Lower VI et faciliter l’accès à l’internet et ce à haut débit.

 

* Etes-vous prêt à assumer ce nouveau type de leadership ?

 

Mais je l’assume déjà. Je m’efforce de rassembler toutes les composantes de la nation mauricienne alors qu’à l’opposé Bérenger met tout en œuvre pour semer la division entre les communautés. Je prône la démocratisation quand d’autres la bafouent. Je m’en réjouis que maintenant le MMM a adopté la démocratisation comme thème dans son manifeste électoral.

 

* Les chefs de tribus n’auront plus leurs places dans la nouvelle société, le pensez-vous ?

 

Ils ne l’ont pas de toute façon. En tout cas pas avec moi. Nous vivons dans une société pluriethnique et j’ai toujours prôné le rassemblement des différentes composantes de notre société. C’était de toute façon ma « mission statement » quand je me suis jeté dans l’arène politique.

 

* Lorsqu’on parle de nouvelle société, ou d’un électorat différent, cela requiert également une réforme en profondeur des partis politiques. Réforme allant aussi dans le sens d’une démocratisation des partis politiques. Votre parti peut-il compter sur votre leadership pour envisager une telle réforme ?

 

Le Parti travailliste fonctionne dans un cadre démocratique. J’ai veillé à ce que les représentants au comité exécutif soient élus par une instance régionale dans chaque circonscription. Il y a longtemps que nous avons abandonné le système de liste bloquée. Dois-je vous rappeler aussi que j’ai fait amender la constitution du Parti afin qu’au moins 20 sièges au sein de l’exécutif du PTr soient réservés aux femmes ? Qui plus est, nous avons installé lors du dernier congrès une femme à la présidence du PTr. Je vais poursuivre la réforme amorcée dans toutes les sphères de la société mauricienne.

 

* La présente campagne électorale prend déjà la forme d’un match présidentiel : Ramgoolam v/s Bérenger. Au-delà d’une réforme électorale, autant donc se diriger vers un système présidentiel à Maurice. Qu’en pensez-vous ?

 

La politique à Maurice s’est bipolarisée depuis la joute triangulaire de 1976. Il en sera ainsi pendant encore quelque temps. Vous aurez toujours en face de vous un Premier ministre sortant et un challenger en face de lui. Les Mauriciens devront choisir le bateau et le capitaine qui les mèneront à bon port. Les capitaines qui sont proposés par les deux blocs sont moi-même et Paul Bérenger. D’un côté, vous avez un bilan, la stabilité et une équipe tournée vers l’avenir et qui prône l’unité. De l’autre côté, c’est la division, la défense des intérêts particuliers et des injures quotidiennement contre moi et d’autres dirigeants de notre alliance. C’est pourquoi je dis que le choix n’avait jamais été aussi clair et facile.

 

* Vous disiez récemment qu’il suffit, selon sir Gaëtan Duval, d’avoir l’express et Week-end contre soi pour s’assurer de la victoire lors des législatives. Ça tient toujours la route, selon vous ?

 

Voyez un peu les résultats des élections de 1983 et de 1987 et la collection de ces deux journaux pendant la période correspondante pour s’y convaincre. Plus près de nous, je vous invite d’aller consulter ces journaux en 2005 – ils voulaient convaincre la population que la victoire était acquise pour ceux avec qui ils partagent des intérêts communs. Ils font une campagne similaire cette fois-ci. Ils manipulent les images, les chiffres et pondent n’importe quoi. L’Express a même eu la bassesse d’écrire que les bookmakers avaient affiché la cote de l’Alliance de l’Avenir le 30 mars. Or, tous les Mauriciens savent que l’alliance n’avait été annoncée que dans la soirée du 31 mars. Heureusement que la population n’est pas tombée dans le piège. Pour la première fois la MBC accorde autant de couverture aux réunions des deux partis en assurant une couverture équitable. C’est bien pour la démocratie.

 

* Mais il semblerait que la propagande de l’opposition – toute l’opposition confondue — contre le bleu-blanc-rouge parvient à fragiliser votre électorat parce qu’on vous voit monter en première ligne pour défendre vos candidats. Votre réaction ?

 

Le dénigrement systématique et la ‘character assassination’ sont les faits marquants de l’histoire du MMM. Qui sont ceux qui avaient inventé les mots comme Pac-Pac, Rasoir et l’affaire Sheikh Hossen ? En somme le drame aujourd’hui avec le MMM, c’est qu’il croit en sa propre propagande. Il est desservi en cela par l’express. ‘Mark my words’ le réveil sera très brutal pour certains dirigeants du MMM, le 6 mai prochain. Les autres le savent déjà, ils ont déjà intériorisé la défaite, rien qu’à tenir compte de leur langage vulgaire. Comme un chef, je dois faire bloc autour de mes candidats. Ils sont après tout mes choix et j’ai le devoir de les défendre.

 

* Vous êtes donc confiant de remporter une « très, très grande victoire » ? Un pronostic ?

Sans l’ombre d’un doute, nous nous acheminons vers une très large victoire. Nous devons maintenir la discipline jusqu’au dernier jour et voter en conséquence. Il n’y a pire aveugle que celui qui ne veuille pas voir. Mon pronostic ? Le MMM est tout près de subir sa pire défaite électorale depuis 1976.

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